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C'est M. Got qui fait le Prceses

ANNEE l86z. 3l9

générale de Tœuvre, qui manque surtout d'élévation, on ne saurait cependant méconnaître les grandes, les incontestables qualités de ce prodigieux inventeur : la souplesse de son talent, la variété dans les sujets qu'il a traités, l'habileté constante avec laquelle il a su dénouer les intrigues les plus heureusement embrouillées, et même, en quelques occasions, — surtout dans ses livrets d'opéras, — la grandeur de certaines scènes véritablement inspirées.

La Comédie- Française ne pouvait oublier que son répertoire doit à Scribe une série d'oeuvres ^ dont quelquesunes, sans doute, lui survivront toujours; elle assista, en corps, aux funérailles de l'éminent écrivain , qui eurent lieu le vendredi 22 février, à l'église Saint-Roch2. Elles furent véritablement solennelles, et célébrées avec une pompe magnifique 3. Le corps, transporté au Père-La-

1. Voici, par ordre chronologique, la liste complète des pièces de Scribe représentées à la Comédie-Française : 1822, Valérie^ 3 actes; — 1827, le Mariage d'argent, 5 actes; — 1829, les Inconsolables^ i acte; — 1833, Bertrand et Raton, 5 actes; —1834, la Passion secrète, 3 actes; l'Ambitieux, 5 actes; — 1837, la Camaraderie, 5 actes; les Indépendants, 3 actes; —1840, la Calomnie, 5 actes; Japhet, ou la Recherche d'un père, 2 actes;' le Verre d'eau, 5 actes; — 1841, une Chaîne j 5 actes; — ,1842, Oscar ^ ou le Mari qui trompe sa femme, 3 actes; îe Fil$ de Cromwell, 5 actes; — 1843^ la Tutrice, 3 actes; — 1848, le ?uff, 5 actes; — 1849, Adrienne Lecouvreur, 5 actes; — 1850, les Contes de la reine de Navarre, 5 actes; ^- 1851, Bataille de dames, 3 actes; — 1854, Mon étoile, i acte; — 1855, la Clarine, 5 actes; — 1858, Feu Liânel, 3 actes; les Doigts de fée, 5 actes; — 1859, Rêves d'amour, 3 actes.

2. M. Scribe demeurait i?, rue Pigalle, dans un hôtel qu*il avait fait bâtir depuis quelque temps, et qui a été racheté par le banquier Oppenhcim. L'église Saint-Roch n'était pas sa paroisse, mais on la choisit en raison de Texigulté de la chapelle de la Trinité, rue de Clichy, qui était alors la paroisse du quartier qu'habitait Scribe.

3* Le ministre d'État, M. Fould, était au premier rang dans le cortège. Les cordons du char étaient tenus par MM. Vitet, Maquet, Paillard de Villeneuve et Edouard Thierry. Les décorations du défunt étaient ensuite

320 LA COMéDIE-FRANÇAJSE.

chaise, y fut déposé dans un caveau de famille, après que plusieurs discours eurent été prononcés en présence de la nombreuse assistance qui, malgré une pluie persistante, n'avait pas quitté le cimetière. M. Vitet, au nom de l'Académie française, dont Scribe était membre depuis j 836; M. Auguste Maquet, au nom des auteurs dramatiques; M. [Paillard de Villeneuve, représentant le conseil municipal, dont Scribe faisait partie; M. Labrouste, directeur de Técole Sainte-Barbe, au nom de la société des Barbistes, à laquelle appartenait Scribe; enfin, M. Edouard Thierry, au nom de la Comédie-Française, prirent successivement la parole.

Nous retiendrons ici, de ce dernier discours, le passage suivant qui touche plus particulièrement la ComéJic- Française :

a La vie entière de Scribe tient dans un instant de bonheur c: d'acclamations unanimes. Bonheur de Valérie, — je parle au nom de la Comédie-Française et seulement de ce qu'il a Mit pour elle, — bonheur de Bertrand et Raton, de la Canurâderie, du Verre d*eau et d'Aline chaîne. Ses autres joies ne nous appartiennent pas, mais nous avons^eu les plus grandes et les meilleures. Ses chefs-d'œuvre sont à nous; ils ont leur pU^" dans ce répertoire qui commence à Corneille, j*allais dire j Molière, et qui s'accroît lentement de chef-d'œuvre en ch;.îd'œuvre. Lui-même il prend son rang à la suite des niaiir:^

portées sur un coussin (Scribe était commandeur de la Légion d'hoonn' et de la Couronne de chêne de Hollande ; officier de Tordre de LéopoLi :• Belgique et chevalier de Tordre du Cruzeiro, du Brésil); puis venaieot i^ nombreuses députations de TAcadéraie, de la Société des auteurs dnnu* tiques, de celle des gens de lettres, et même une députation de vingt élit.> de Técole Sainte-Barbe, où Scribe avait fait ses études. Pendant roÊreligieux, M. Faure, de TOpéra, chanta divers morceaux de Chérubin; t: le Pie Jesu. Enfin, le soir, la Comédie-Française, TOpéra et TOpéra-O mique firent relâche en signe de deuil.

qu'il n'a pas imités, de ces observateurs, de ces moqueurs gais ou amers qui s'appellent -Regnard, Dufresny, Destouches, Marivaux, Sedaine, Beaumarchais, Picard, et qui n'ont garde de se ressembler, parce qu'ils ressemblent chacun à un moment divers de la socjété française.

« ... Il a bien aimé le succès, mais on peut lui donner hautement cet éloge qu'il n'a jamais cherché un applaudissement de douteux aloi, en flattant les intérêts toujours un peu frondeurs du parterre. S'il a quelquefois hasardé la fortune de ses pièces, il l'a fait sciemment et'en mettant l'esprit d'opposition contre lui. Tout son théâtre n'est pas seulement le théâtre du plus ingénieux, du plus inventif et du plus aimable esprit; c'est le théâtre d'un honnête homme*. »

3 Avril. — Première représentation de Un jeune homme qui ne fait rien^ comédie en un acte, en vers, de M. Ernest Legouvé.

L'auteur de cette fine et charmante bluette nous raconte dans sa préface imprimée, que « s'iljn'avait eu peur d'un grand titre pour une petite pièce, il aurait intitulé celle-ci : l'École des inutiles. » Bien qu'un peu considérable, en effet, pour un sujet aussi ténu et aussi peu développé, ce titre avait l'avantage de contenir la morale de la pièce nou-

I. Je ne résiste pas au plaisir de citer encore ce portrait exquis que j'emprunte au discours de M. Vitet :

« Esprit infatigable, souple, inventif, adroit, plein de ressort et de finesse, de traits, de saillies, d'à-propos; amoureux du succès, sachant braver les chutes, ne redoutant que le repos, sans cesse il touchait le but, mais pour recommencer à le poursuivre encore, et ses plus éclatants triomphes n'étaient qu'un aiguillon de plus à son activité. C'est ainsi que, pendant cinquante ans, on l'a pu voir fournir un répertoire inépuisable à quatre théâtres à la fois ; tisser des trames par centaines, créer des caractères, combiner des fictions, faire sortir dp l'invraisemblance tous les charmes de la vérité, prêter à la musique une assistance habile et profiter de son concours, faire à lui seul, enfin, autant, peut-être plus que tous ses rivaux ensemble, et nous tracer ainsi, dans ce travail d'un demi-siècle, une longue et charmante page de la comédie humaine. »

velle. Hé non, n'est point inutile qui veut, à la façon de Maurice de Verdières, un jeune homme qui ne fait rien, cela est vrai, mais qui à la rigueur pourrait tout faire, puisqu'il sait, et au delà même, tout ce qu'un homme bien élevé doit savoir! Mais les qualités improductives sont insuffisantes pour le bonhomme Dubreuil, qui regarde comme de purs oisifs tous ceux qui n'ont pas, à son exemple, durement travaillé de leurs dix doigts, et voilà pourquoi cet industriel entêté refuse à Maurice la main de sa fille. C'est ici que va triompher l'habileté de ce beau jeune homme qui ne fait rien ; il fera si bien, au contraire, grâce à ses talents de société, à son esprit, à son courage même, qu'il finira par prendre le cœur du père Dubreuil^ comme il a pris celui]de sa fille. Cest,[en somme, la victoire de l'éducation, de l'instruction, de la grâce, — et aussi de la musique^ — que Maurice remporte au dénoûment de la pièce, laquelle se termine, comme bica vous pensez, par le mariage des deux jeunes gens.

La comédie nouvelle n'a pas une très-grande importance, mais elle est fort joliment tournée; le caractère de Maurice, tout idéalisé qu'il soit, — et peut-être pour cela même, — est très-sympathique et aussi très-attachant. Ajoutez à cela quelques vers frappés au bon coin, deux ou trois tirades dans lesquelles Maurice se défend avec une chaleur dont bonne part revient au poëte, et vous aurez le bilan de cette pièce aimable, dont l'Académie avait eu la primeur, et que les doctes collègues de M. Legouvê avaient applaudie avant nous^.

I. Cette petite pièce avait d'abord été lue par son auteur, qui est, cotnse chacun sait, l'un des premiers liseurs et diseurs de notre temps, à Uséaocc publique de l'Académie, le 23 août 1860. Elle avait ensuite été publiv^, en feuilleton, au Moniteur (not des 24', 25 et 26 août 1860}. Les rôles co

Nous entrons maintenant dans une série de reprises qui sont en quelque sorte d'usage à chaque retour de la belle saison.

Le 14 avril, remise à la scène d'Adrienne Lecouvreur^ afin de nous montrer, pour quelques soirs, M**« Devoyod dans un des rôles les plus populaires de Rachel. Elle y fait preuve à coup sûr d'une grande intelligence, mais les personnages modernes lui conviennent décidément beaucoup moins que ceux de la tragédie classique. M"« Emilie Guyon, qui- représente la princesse de Bouillon, attire surtout à elle le succès et même l'intérêt de la soirée.

Le 21 mai, reprise d'une des plus jolies comédies d'Alex. Dumas, Un mariage sous Louis XF, représentée pour la première fois, et en cinq actes, mais sans grand succès, le I" juin 1841. La pièce était alors trop longue et arrivait, au travers de bien des difficultés, à un dénoûment, lequel^ en somme, ne dénouait rien. M. Régnier, si habile en ces sortes de matières, a remanié ces cinq actes en refondant le cinquième dans le quatrième, et en modifiant le dénoûment, si bien qu'aujourd'hui la pièce, également rétouchée çà et là dans ses autres actes, a pu passer pour une nouveauté , grâce aussi à une interprétation tout à fait différente de l'ancienne, ce qui ajoutait encore à l'intérêt de la reprise. La Cour en .avait d'ailleurs eu la primeur, dans une représentation spéciale donnée le dimanche 19 mai, au palais des Tuileries.

lurent créés, au Théâtre-Français, par MM. Monrose (Dubreuil), Bres- MDt {Maurice de Verdières), tout à fait charmant, plein de grâce et de jeunesse, et chantant avec une voix ravissante et un goût parfait les stances de Korner, accompagnées au piano par M. Fissot; Worms (Ocuvej; M«« E. Dubois (Valentiile), Lambquin (Thérèse), — L'Empereur et rimpé ratrice assistaient à la représentation.

Voici la distribution actuelle de la pièce rapprochée de celle de la création :

Personnages . 1 84 1 . 1 86 1 •

Valclos. MM. Menjaud. Leroux.

Le Commandeur. Périer. Monrose.

Candale. Firmin. Bressant.

Jasmin. Régnier. E. Provost.

Comtesse de Candale. M"*' A. Plessy. Madel. Broban.

Marton. Ânaîs. Ponsin.

Le 255* anniversaire de la naissance de Corneille est célébré comme d'habitude le 6 juin, mais cette fois d'une manière tout à fait exceptionnelle. M. Ed. Thierry remet à la scène, à cette occasion, diverses pièces ou fragments de pièces du grand tragique, lesquelles n'avaient pas été représentées depuis un nombre incommensurable d'années. Voici d'abord la tragédie de Nicomède^^ puis /*//lusion comique^ réduite de cinq en quatre actes ^, avec un fragment de Don Sanche d'Aragon^^ intercalé au quatrième acte, et enfin le célèbre Éloge de Corneille, par Racine^ déclamé par M. Samson*. Le couronnement du buste de Corneille^ par tous les artistes, terminait cette curieuse représentation.

1. Tragédie en cinq actes (i632). Les rôles sont joués par BeauTalict ,\)comède), Maubant (Prusias), Worms (xVtlale), Chéry (Flamlnius), Vcrdellet (Araspe)j M»*» Guyon (Arsinoé), Dcvoyod (Laodice), Bondois (Cléone.)

2. Comédie en cinq actes, en vers (i636}. — Jouent dans ces quatre ictti et dans le fragment de Don Sanche: MM. Delaunay (Clindor), Got .: Matamore), Barré (Géronte), Maubant (Alcandre), Talbol (PridaiM"t. Worms (Manrique) ; M»ef Fix (Isabelle), Posa Didier (Lyse.)

3. Comédie liérolque en cinq actes et en vers (i65i). Le fragment représenté est emprunté au premier acte de la pièce.

A. Éloge lu à l'Académie par Racine, le 27 janvier i685, lors de U réception de Thomas Corneille, succédant à son illustre frère.

Certes, on ne saurait trop louer M. Edouard Thierry du désir qu'il a éprouvé de nous servir, pour une fois, et en une telle circonstance, autre chose que les tragédies ordinairement jouées de Corneille, et à jamais consacrées par la tradition et par le succès. 11 est évident que cette soirée a été un régal de haute curiosité pour les délicats et les lettrés ; mais Téminent administrateur de- la Comédie a dû reconnaître bien vite que le genre de public qui se complaît à ces spectacles choisis est des plus restreints, et qu'une telle soirée ne saurait avoir beaucoup de* lendemains. Nicomède est la plus estimée des trois pièces qu'il nous a données aujourd/hui, mais Don Sanche et surtout ïlllusion comique n'offrent qu'un intérêt purement rétrospectif, et ce sont des œuvres inférieures où Ton ne retrouve la griffe du maître qu'en de rares endroits. M. Thierry a pratiqué lui-même, — ainsi qu'il nous le raconte dans un fort piquant et curieux travail, à la 'fois critique et historique, qu'il a cru devoir publier pour nous initier, par avance, à l'attrait tout spécial de ce nouveau spectacle*, — les coupures qu'il avait été nécessaire de faire, dans les quatre actes joués de V Illusion comique, pour rendre sa représentation possible.

Cette représentation a été également intéressante et curieuse au point de vue de l'interprétation des rôles de ces pièces depuis si longtemps remisées aux archives du vieux répertoire. Dans la tragédie de Nicomède^ Beauvallet, Maubant, et Mme» Guyon et Devoyod ont joué leurs rôles en tragédiens habitués aux grandes façons cornéliennes ; mais c'est surtout dans la fantasque comédie de V Illusion

i . Ce travail est une étude littéraire et théâtrale fort intéressante, publiée] sous forme de lettre au directeur du Moniteur^ dans le numéro du 4 juin 1861 de la feuille officielle. Nous y renvoyons le lecteur.

comique que le rôle du Matamore a donné lieu à l'interprétation la plus originale. M. Got s'y est montré d'une fantaisie incroyable, se laissant aller à son inspiration et à sa verve avec tout l'abandon et toute la licence que le genre de la pièce et le personnage lui-même autorisaient si largement, d'autant mieux que le type représenté n'est qu'un composé d'exagérations et d'extravagance. Il était impossible d'être plus amusant, plus vraiment comique, et M. Got a remporté là l'un de ses meilleurs triomphes 4.

Le 2 août suivant, reprise de la belle adaptation de V Œdipe-roi^ de Sophocle, par M. Jules Lacroix, avec musique d'Edmond Membrée. Nous renvoyons le lecteur à la date de la première représentation de cette consciencieuse et souvent brillante traduction (i8 septembre i85S . Quelques modifications ont été apportées dans la distribution .des rôles, notamment pour celui de Jocaste, crée par M™e Nathalie, et que joue actuellement, avec beaucoup de supériorité, M"« Devoyod, qui a d'ailleurs souicité cette reprise '^,

Quelques jours plus tard, le 9 août, le roi de Suèie

1. « Il est difficile, sinon impossible^ d'être plus superlativement bo.r que Got dans ce fantoche, charge à la Michel-Ange crayoonée pi' • main qui doit plus tard tracer le Cid^ Cinna et Polyeucte. Quelle farouche et truculente 1 quel inimitable accent gascon ! quels passages > •' dains de la rodomontade à la poltronnerie ! quels rauqueroents de - >' finissant en bêlements d'agneau à l'ombre du moindre bâton! et r. quel beau costume fantasque et classique à la fois! Maurice Sand, ïi"'de Masques et Bouffons^ n'y trouverait rien à reprendre. • {Th. Gactis-'

— L'Illusion comique fut cependant enterrée après quelques rcpa>-' tions. On tenta de la reprendre, le 9 septembre suivant, en la rci- «^ encore d'un acte, mais sans un meilleur succès.

2. M»« Cornélie remplace également M"» Stella Colas dans le pe*i* d'une femme thébaine, et Mme Ponsin reprend le personnage de la deuv« jeune fille qu'avait créé MUe Jouvante.

Charles XV, et son frère, le prince Oscar*, qui sont en ce moment les hôtes de l'Empereur, assistent à une représentation composée spécialement pour eux, et sur leur demande, des Femmes savantes^ du Médecin malgré lui et de Valérie.

Le i3 août, nouveau "début de M"« Pauline Granger, qui s'était, pendant un certain temps, éloignée de la Comédie-Française. Elle paraît dans Dorine, de Tartu/e^^ et Lisette, du Jeu de V Amour et du Hasard^ et le même soir, début de M. Laroche, dans Valère, du même Tartufe.

M. Laroche est un tout récent lauréat du Conservatoire, il a de fe tenue, de la physionomie, un physique distingué et même agréable, et il doit, — nous le verrons par la suite, — fournir une assez belle carrière à la Comédie- Française. On peut cependant lui reprocher déjàj dans le geste aussi bien que dans la diction, certaine raideur dont il ne se défera jamais. Il n'en demeure pas moins une précieuse acquisition pour le théâtre, qui saura, toutefois, mieux l'utiliser dans la tragédie ou dans le drame, que dans la comédie.

Le 23 août, reprise de V Esprit de contradiction^ comédie en un acte, en prose, de Dufresny, et la meilleure qu'il

1. Devenu roi, sous le nom d'Oscar II, le i3 septembre 1872, à la mort de son frère, Charles XV.

2, La pièce est assez curieusement distribuée : GefFroy joue Tartufe ; Mu« Devoyod représente Eimire, mais sans autorité et surtout avec des essais de grands airs que ne comporte pas le personnage; Worms fait liamis, et Coquelin continue ses brillants débuts dans le rôlet de Loyal, auquel il donne une bien originale figure. Quant au précédent début de Mu« Granger, le lecteur en retrouvera la trace à la date du 4 août i856:

avait eu lieu dans les mêmes rôles et dans les mêmes pièces.

ait écrite 1. 11 est à regretter que cette amusante comédie, ne soit pas toujours à demeure au répertoire, ne serait-ce que comme lever de rideau. Elle est vivement menée, et remplie d^imprévu; le rôle d'Angélique est charmant, et sa grande scène de dissimulation avec sa mère, est Tune des plus parfaites qui soient au théâtre; M"" Fix la joue avec beaucoup^ de finesse et d'esprit, mais peut-être trop en dedans^ quant à la verve du personnage. Au siècle dernier, la pièce de Dufresny était représentée fort souvent, et avec la meilleure faveur.^11 paraît que, de nos jours, elle n'a plus le même droit de cité, car elle n'occupe, cette fois-ci encore, que passagèrement l'affiche.

2 1 Octobre. — Première représentation de la Pluie ei le Beau Temps ^ comédie en un acte, en prose, de Léon Gozlan2.

Ce n'est là qu'un amusant badinage, qui n'a pas le mérite de la nouveauté, mais qui a vivement réussi, autant par l'esprit de l'auteur que par le talent des interprètes. Le point de départ en a été pris dans la Gageure imprévue, de Sedaine, et une partie des développements est empruntée à une anecdote racontée par M. Eugène Chapus, dans le journal le Sport ^. Cela se joue entre deui

1. La pièce date du 29 août 1700. Elle n'a d'abord ea, chose assez sarprenante, qu'an succès médiocre, et n'a été jouée que dix fois de suite difi sa nouveauté. Les rôles sont actuellement tenus par MM. Talbot (Tti* baudois), Barré (Lucas), Mirecour (Oronte), Ariste (Valère); M««Nnh»lie (M"* Oronte], Fix (Angélique).

2. Ont créé les rôles : MM. Pressant (un inconnu), Anselme (premi^'* création de Coquelin) ; Mb«« Plessy (baronne de Contran), Rosa ï^'-^ (Victorine).

3. M. Léon Gozlan a fait précéder sa pièce imprimée d'une préface qui ^ donne le petit historique, et dans laquelle €t trouve reproduite PaoecdoK en question.

personnages, devant un paravent, â volonté, avec effets de tonnerre à la cantonade. Un jour de pluie, une dame s'ennuie, dans son castel isolé, et, comme dans la susdite Gageure^ elle fait appeler chez elle le premier passant de bonne mine, qu'elle aperçoit sur le grand chemin. Elle coquette, minaude et marivaude avec lui, veut le renvoyer quand le soleil reparaît et le retient si le ciel se rembrunit, et, comme dit Chapus, « la morale de l'histoire est que Thomme du monde doit se mettre en garde à la campagne contre les écueils barométriques, et faire en sorte de ne pas appartenir à la catégorie des visiteurs à qui les jours de pluie seuls sont favorables. »

Cette fine bluette est jouée en perfection par Bressant, et surtout par M"® Plessy, qui est, comme chacun sait, l'artiste née de ces jolis riens auxquels elle donne tout de suite une valeur considérable. Toute petite et sans importance qu'elle est, cette agréable saynette avait eu, d'ailleurs, une bonne fortune, qu'auraient enviée beaucoup d'œuvres plus sérieuses. Représentée d'abord dans une soirée, chez M. Jules Sandeau, elle fut jouée ensuite au palais des Tuileries, et c'est à la suite de ces littéraires puis augustes suffrages qu'elle a reçu droit de cité sur la scène du Théâtre-Français, où Ton n'a jamais cessé de la maintenir au répertoire.

18 Novembre. — Première représentation de On ne badine pas avec l'amour^ drame en trois actes, en prose, d'Alfred de Musset*.

I. Ont créé les rôles : MM. Provost (le baron), Delaunay (Perdican), Barré (M« Blazius), Monrose (M« Bridaine), Coquelin (le chœur des jeunes gens), E. Provost (le chœur des vieillards) ; M«" Favart (Camille), Jouassain (dame Pluche), Emma Fleury (Rosette). — On ne badine pas avec C amour a d'abord été publié dans la Revue des DeuX'Mondes (i*' juil-

33o LA COMÉDIE-FRANÇAISE.

C'est à M. Edouard Thierry que revient tout personnellement rhonneur de la mise à la scène de ce dramatique proverbe de Musset. Nous ne nous étions pas douté qu'il pût produire un effet aussi impressionnant, en passant du livre au théâtre, et nous reconnaissons qu'en dépit de bien des critiques, il est peu de pièces, même plus habilement charpentées et comportant plus de développements, qui aient excité à un degré aussi vif et aussi profond rémotion générale. Nous n'analyserons pas ici,parcc qu'il est dans toutes les mémoires, ce drame si humain et si vrai, si puissant et si simple en même temps, et qui ne doit, en effet, le grand, l'immense degré de poignant intérêt auquel il arrive, qu'à l'emploi des moyens les plus naturels et parfois même les plus ordinaires. Ce caractère de Camille, si admirablement joué par M"* Favart, est cependant nouveau au théâtre. Cette femme qui se raidit, qui se révolte contre l'amour même qu'elle ressent, comme malgré elle, rapprochée de cette poétique et charmante Rosette qui se laisse aller tout entière au sentiment qu'elle croit inspirer et qui en meurt, cette femme fière, orgueilleuse, emportée, violente même, est une création'des plus originales qui se puissent voir.

Les trois rôles principaux de la pièce ont été joués d'une manière hors ligne, par M"« Favart, tout d'abord, qui devient certainement la première artiste de la Comédie-Française. [C'est par l'art de la composition de son

let 1834.]. M. Paul de Musset dit, dans la notice qu'il a consacrée à cette pièce (édition in-8« des œuvres de son frère), qu'elle était si bien UiU pour la scène que quelques changements seulement ont rendu sa représen> tation possible. On trouve ces changements indiqués dans Téditioo même que nous venons de signaler.

rôle et par l'énergie vraiment étonnante dont elle y a fait preuve, qu'elle a forcé la constante admiration du public et même la surprise de la critique. La grande scène du prie-Dieu ne saurait être mieux comprise, mieux rendue, et nous ne croyons pas quUl y ait à Paris une seule comédienne capable de Tinterpréter avec cette puissance et cette vérité *. Citons aussi M. Delaunay, jeune, charmant, plein de vivacité d'abord, puis de tendresse ensuite, et M"fi Emma Fleury, si touchante, si naïve, si émue dans le petit personnage de Rosette.

I. • Mil» Favart a rendu à merveille la physioiiomie froide, hautaine et méprisante de cette fille que les préjugés du couvent ont mise en garde contre l'amour, même le plus chaste; et quand au quatrième acte, dans un grand mouvement de passion, elle se jeta sur un prie-Dieu et fondit en larmes mêlées de sanglots, on s'aperçut avec surprise que Mii« Favart était capable même des tendresses les plus emportées et les plus violentes. Ce fot comme une révélation. Art ou nature, on se demanda d'où venait la chose; on fut transporté. » (Fr. Sarcey.)

a I Janvier. — Première représentation (à ce théâtre h de VHonneur et V Argent^ comédie en cinq actes, en vers, de M. Ponsard.

La première représentation, au théâtre de TOdéon, de cette comédie, qui est demeurée la plus célèbre et certainement la meilleure de tout le théâtre de Ponsard, date du II mars i853. Nous avons été tout étonné, en la relisant et en la voyant jouer à une distance de bientôt vingtcinq ans, de l'impression toute différente , et surtout moins fieivorable, qu'elle a produite aujourd'hui sur nous. Hé quoi ! un ouvrage tant prôné, si fort, si irrésistible, et

1 . Je ne veux mentionner que par une note la belle représentatioo sonuelle donnée le i5 janvier en l'honneur de Molière (240* anniversaire de sa naissance), et qui a été composée de Tartufe^ avec Ma'Plessy daoi Elmire, et du Malade imaginaire^ joué par MM. Samson (Pnrgon), Rcgnier (Thomas), Provost (Argante), Maubant (Béralde;, Worms (Oéank). Barré (Diafoirus); et M"« Aug. Brohan (Toinette), Nathalie (Bélisc), Fit (Angélique). M. Got faisait \t prœses dans la cérémonie qui a terminé U spectacle.

2. 11 est bon de noter au passage que TOdéon n'a joué, le premier, >< pièce de Ponsard qu'après le rejet déguisé de cette même pièce par b Comédie-Française, qui l'avait reçue seulement • à corrections. •

proclamé chef-d'œuvre dès le premier soir, a autant vieilli en si peu d'années! Il est vrai que c'est en 1877 que nous écrivons ces lignes. Cependant, si nous nous reportons à la reprise de 1862, qui nous occupe ici, nous voyons que l'impression de l'époque, et alors que la pièce de Ponsard n'avait pas encore tout à fait dix ans d'existence, était déjà modifiée dans un sens d'appréciation qui lui était aussi plus contraire. Les vices que flétrissait la pièce, en i853, étaient devenus en quelque sorte le fond même de nos mœurs en 1862^ et avaient tendu, dans ce court espace de temps, beaucoup plus à se généraliser qu'à se restreindre. «La société, a dit avec beaucoup de justesse M. Vapereau, au sujet de cette reprise, ne s*est pas convertie depuis dix ans, il s'en faut^ à des sentiments plus désintéressés, elle ne met pas davantage l'honneur au-dessus de l'argent; seulement elle s'est si bien*habituée à la souveraineté des écus, que toute protestation a pris l'air d'une déclamation stérile. » Et c'est là en effet, aujourd'hui, — aussi bien en 1862 qu'en 1877, — ^^ point faible de la comédie de M. Ponsard; ses arguments les plus solides et les plus indignés n'ont plus la force et la valeur qu'ils pouvaient avoir dix ou vingt ans plutôt ; on peut même dire qu'ils font maintenant long feu, puisqu'ils sont inutiles et prêtent parfois à sourire. Ils tournent en ridicule ou veulent fustiger des travers trop enracinés en nous, pour que nous puissions prendre au sérieux toutes ces belles tirades dont la verve s'émousse en quelque sorte sur la scène même où elles se débitent et sans dépasser la rampe. En revanche, la pièce a moins perdu de ses qualités solides, comme style et comme délicatesse de touche, surtout dans sa partie sentimentale. Le vers de M. Ponsard est demeuré ferme et fortement frappé ; beaucoup ont^cette valeur précieuse et rare de contenir une maxime dans leurs douze pieds et

334 ^^ CX>MÉlflE-FRAKÇAISB.

d'être, par cela même, restés plus &cilement dans la mémoire. La comédie de rHonneur et F Argent^ en dépit de cette teinte un peu archaïque qu'elle a déjà revêtue, doit être cependant considérée comme la plus parfaite du théâtre de Ponsard, aussi bien actuel que futur; elle est même destinée à lui survivre et à reparaître parfois à la scène comme certaines comédies classiques du dernier siècle, au nombre desquelles elle a sa place tout naturellement marquée.

L'interprétation nouvelle est certainement très-supérieure, comme ensemble, à celle de l'Odéon; elle a cependant moins d^imprévu, et les personnages, eux aussi, paraissent avoir moins de relief. M. Samson, qui est un comédien bien autrement considérable que M. Kime, ne joue pas le bonhomme Mercier avec le même naturel ; il y met plus de finesse, ce qui n'était pas le cas. M. Got n a pas, non plus, donné au personnage de Rodolphe, le moraliste raisonneur, le caractère plus sérieux que nous étions habitué â lui voir sous les traits de M.. Tisserant. Quant au rôle de Georges, que M. Laferrière * a créé à rOdéon avec cette verve nerveuse, ces gestes et cette diction saccadés et cette passion exubérante et souvent mal réglée qui caractérisent en partie son talent si réel et si impressionnant d'ailleurs, il a dû à M. Delaunay de nous apparaître sous un jour tout à fait nouveau et il a valu, en outre^ au charmant jeune premier de la rue de Richelieu un de ses meilleurs succès. Après les deux scènes capitales du troisième acte (les scènes v et vi), où M. Delaunay exprime avec une chaleur si vraie et si communi-

I. Ce remarquable comédien est mort, à Paris, le i5 juillet 1877, * l'âge de soixante et onze ans.

cative les sentiments successifs d'émotion, de tendresse et d'indignation qui débordent de son cœur désespéré par la nouvelle du mariage de celle qu'il aime, la salle tout entière Ta rappelé avec persistance, à la chute du rideau, mais M. Delaunay n'a pas cru devoir reparaître.

Les autres rôles, presque tous épisodiques, sont également remplis par des premiers sujets, et depuis, en dépit des réserves que nous avons dû faire, la comédie de M. Ponsard est toujours demeurée au répertoire *.

6 Mars. — Première représentation de la Loi du cœur, comédie en trois actes, en prose, de M. Léon Laya.

La pièce nouvelle de M. Laya est beaucoup plus un drame qu'une comédie; elle tient même un peu du sermon et ne renferme pas le plus petit mot pour rire. L'auteur,

I, Distribution des rôles dans les deux théâtres : /

Odéon. Théâtre-Français.

Rodolphe MM. Tisserant Got.

Georges Laferrière Delaunay.

Mercier Kime Samson.

Le notaire Harvilie Maubant.

Ud capitaliste Têtard Barré.

Un homme d'Etat Philippe Mirecour.

Un vieux monsieur. Talbot Talbot.

Laure. „ . . M»" Préval . . Royer.

Puis Florence

Lucile '. Valérie Fix.

Une vieille fille Holbé Nathalie.

Les amis de Georges, représentés à l'Odéon par Colin et Métrème, étaient joués rue de Richelieu par Ariste et Laroche; Etienne, Grigny, Préville et Douin faisaient à l'Odéon les quatre créanciers que jouèrent au Théâtre-Français Coquelin, Chéry, Montet et Verdellet. Enfin M. Tronchet remplace M. Benjamin (Odéon), dans le rôle du Clerc de notaire. — L'Empereur et Tlmpératrice assistent à la douzième représentation, qui a lieu le 14 février.

qui est un homme expert en matière dramatique, et qui compte à son actif des œuvres fort gaies et même bouffonnes, telles que VÉtourdi^ ce désopilant triomphe de Ravel, a voulu sans doute nous montrer la souplesse de son talent en abordant, cette fois, la discussion d'une thèse à la fois sociale et juridique sur la question de savoir si, en fait de loi^ dans certaines discussions de Êimiile, c'est celle du cœur qui doit l'emporter sur les sèches prescriptions du Code. Un fils a-t-il le devoir, — au point de vue du cœur, — de payer les dettes de son père, même au détriment de sres propres intérêts et de ceux des siens que sauvegardent la loi? C'est ce que conteste M. Richaud, homme d'affaires enrichi qui a marié sa fille au fils du co- Jonel d'Orémond. Le colonel, pendant qu'il feit campagne^ perd dans un incendie tout ce qu'il possède, plus cent mille francs dont ce désastre imprévu le laisse débiteur vis-à-vis de créanciers qui ne se gêneront pas pour le poursuivre. Son fils Horace veut payer ces cent mille francs en les prenant sur les deux cent mille que son père lui a donnés en dot ; Richaud, le Code en main, s'y oppose de toutes ses forces en faisant intervenir aussi, à l'appui de ses arguments, l'avenir des futurs enfants de soo gendre que leur père n'a pas le droit de dépouiller par avance. A ce moment, le colonel, qui ignore tout, revient à l'improviste ; Richaud se prépare à lui faire connaître son malheur^ lorsque, par un jeu de scène fort habile, t\ vraiment nouveau au théâtre, Horace, finalement inspiré, déplace tout à coup la question. Il raconte à son père que c'est Richaud qui vient d'être ruiné et que lui, son gendre, croit de son devoir de l'aider à sortir d'embarras en lui sacrifiant la dot qu'il a reçue en épousant sa fille. Le colonel applaudit de toutes ses forces à ce trait généreux, et ici s'établit une discussion très-savante, je le veux bien,

mais vraiment bien longue sur la manière d'accorder la loi de la nature avec celle qu'a si nettement établie le Code. Le colonel triomphe d'abord; mais je vous laisse à penser quelle est sa confusion quand, un peu plus tard, il s'aperçoit qu'en somme il n'a fait que plaider sa propre cause. 11 ne voit alors qu'un moyen de dénouer la situation; il donnera sa démission et acceptera une place brillante dans l'industrie, sur les émoluments de laquelle il payera ses créanciers. Donc la pièce recommence au moment même où une solution semblait pourtant bien désirable I Richaud qui, malgré tout, a du cœur, est plein de perplexités et ne sait auquel entendre lorsqu'à rrive à propos son ancien copain de collège, Morin, qui lui raconte les souffrances raisonnées que lui fait subir son fils, homme très-correct, au point de vue légal, mais qui possède un roc à la place du cœur. Richaud s'humanise tout à fait à ce pénible récit qui s'applique, partant d'endroits, à sa propr<e situation; il s'avoue vaincu en présence de toys les siens, fait amende honorable, et, en vertu de la loi du cœur, supérieure cette fois à celle édictée par le Code, Horace et sa femme payeront les dettes du colonel, dont la démission a été refusée et que, pour comble de bonheur, on a nommé général.

Cette donnée, d'ailleurs intéressante, a été assez mal exploitée par M. Laya, qui s'est noyé dans une série de discussions administratives ou juridiques d'une étendue vraiment démesurée. Sa comédie manque donc de celte rapidité entraînante, avant tout nécessaire pour un ouvrage qui, comme la Loi du cœur, est dépourvu de tout élément comique 4. Une seule scène, que nous avons

I . • Il nous a semblé que l'œuvre, malgré Tintérêt qu'elle excite, pèche on peu par le côté comique. L'effet général est triste quoique le dénoû-

U COIIEDIE-FUKÇUSE.

baui, a tto moraenl enchiclé le pr • : u qu'une lueur passagère qui n'a ^•.i ii succès. Lmœrpreuition était cejï:^:

I.:: noar les dem rôi« ia colonel K -: l.'ii. ftressan: « Worms ontjoués jik--- ■;-.:; Cl aDcsrande mesorei. MaUr;::/ - i dtsnira de l'affiche après ime tm"-:-

To7J«ij. lauréat du CoDserïîloiri ;ii'^ -, •!-:,■ Jansie roi; de Chinait du Gi' .r,:^..:r;ati. bien dQuée.araiit(lslj;ii'i: --;T-'ni> J^Êuldepronancialionj-:

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.ent, — dans le répertoire tragique, elle a quitté la nédie-Française , et du même coup le théâtre, pour jurner en Belgique, où elle est devenue lectrice de la ne, femme de Léopold II, et professeur au Conseroire de Bruxelles.

:i Avril. — Première représentation de la Papillonne. nédie en trois actes, de M. Victorien Sardou *. jà pièce 'nouvelle de M. Sardou n'était pas destinée à la médie-Française ; elle avait été promise au théâtre du mdeville, où M"« Fargueil et M. Félix devaient en créer > principaux rôles. Le grand succès de la comédie Nos times (^it novembre 1861), ayant donné tout à coup à m brillant auteur une notoriété et même une sorte de opularité hors de pair, on trouva tout à fait étonnant ue le Théâtre-Français n'eût pas encore ouvert à deux attants les portes de la maison de Molière au jeune triom- >hateur. Le Ministre d'État, M. Fould, se fit volontiers, 211 cette circonstance, l'interprète du sentiment public et il demanda tout de suite à M. Sardou une comédie nouvelle, pour notre premier théâtre. — « Soit, répondit Sardou, je vous la promets pour l'hiver prochain. — Non, répliqua le Ministre, c'est immédiatement qu'il nous la fautl — Mais vous ne pouvez vraiment m'obligerj à bâcler en quinze jours une pièce destinée à une scène aussi importante. — Bah! vous en avez bien quelqu'une toute faite, en portefeuille! — Pas la moindre, je vous jure!... — Mais le Gymnase ou le Vaudeville n'ont-ils pas une comédie de vous bientôt prête à passer? — Pas davantage ; j'ai lu simplement à Fargueil et à Félix trois actes... —

I. Ont créé les rôles : MM. Got (de Champignac), Leroux (Riverol), Eug.'Provost (Fridolin), Tronchet (Josselin) ; MUe»Aug. Brohan (Camille), Figeac (Constance).

— Nous les prenons!... — Je m'y refuse formellement. 11 s'agit d'une pièce un peu bouffonne qui sera très-bien à sa place sur une scène de second ordre, mais qui ne peut avoir aucun succès rue de Richelieu. — Nous la prenons, vous dis-je; il nous la faut! — Mais... — Je le veux I...» Tel fut à peu près le dialogue vif et aniipé qui s'établit entre le Ministre et M. Sardou, et à la suite duquel ce dernier reprit sa comédie au théâtre de la place de la Bourse pour l'apporter à celui de la rue de Richelieu *.

La Papillonne est une pièce des plus gaies, des plus folles même, mais qui a obtenu un très-vif succès partout ailleurs qu'à la Comédie-Française. « C'est celle de mes pièces, nous disait encore Sardou, qui me rapporte le plus de droits en province 1 » Le fait est que la nouvelle comédie, jouée par M. Félix et M"« Fargueil, aurait sans doute tenu longtemps Taffiche du Vaudeville, où elle eût été dans son cadre véritable; mais elle était, — ne craignons pas de le dire, — véritablement peu digne de la Comédie- Française ; non pas que le talent de l'auteur y fût inférieur à celui qu'il avait déjà si glorieusement montré; il n'avait même jamais mieux fait au point de vue de l'habileté et de la dextérité dans le développement et le dénoûment de l'intrigue la plus embrouillée et la plus compliquée, mais enfin il était clair, dès les premières scènes de la pièce, qu'elle n'avait pas été écrite pour la Comédie- Française. Et cependant, cet auteur, tant prié, tant supplié de livrer son œuvre, quoiqu'il en eût! on l'avait soumis aux plus durs désagréments qu'auraient pu subir un inconnu et un débutant! Sa pièce n'arriva à la

1. C'est de M. Sardou, lui-même, que nous tenons ces curieux détails.

rampe qu'après mainles suppressions et coupures, et encore à la suite de la première représentation, où certains passages provoquèrent des murmures et aussi quelques sifflets ^, ces mêmes passages durent également disparaître à la scène. L'auteur se donna le malin plaisir de rétablir dans sa pièce imprimée toutes ces suppressions, — avant et après la lettre, — en manifestant toutefois Thumeur qu'a pu lui donner sa déconvenue dans une courte préface qui avait tout Tair d'une petite vengeance. Mais, je n'ai parlé ici que de l'histoire de la pièce et non de la pièce elle-même. C'est un imbroglio fort moral à coup sûr, puisqu'il a pour but de démontrer que l'inconstance des maris — inconstants — tourne souvent à- leur détriment et à leur confusion. M. de Champignac est affligé de ce mal que Fauteur appelle « la papillonne, » maladie morale empruntée au système de Fourier et qui se déclare ordinairement chez les conjoints après deux ou trois ans de mariage. Il se trouve que la femme de ce volage époux n'est pas éloignée d'éprouver les atteintes du même mal, et il est probable que tous deux succomberaient à leur passion réciproque et étrangère si une tante, que la Providence semble avoir placée là tout exprès, n'intervenait heureusement pour les sauver. Champignac poursuit une

I. I Le saccès de la pièce n'a pas été aussi franc qu'on pouvait l'espérer. Les applaudissements n'ont pas couvert, tout à fait, certaines marques de désapprobation. Il y a cependant beaucoup d'esprit, de verve et (Tingéaiosité dans la Papillonne,, mais au Théâtre-Français, ces feux d'artitice, ces prestidigitations d'effet, ces mécanismes à surprise ne suffisent pas. Il faut quelque chose de plus large, de plus humain, de plus étudié, de plus grave, pour ainsi dire, dans le comique. Ailleurs, tout cela eût été charmant, et nous croyons que, dans l'origine, M. Sardou n'avait pas destiné cette œuvre d'un pétillement léger et d'une gaieté un peu hasardeuse au théâtre de la rue de Richelieu. » (Th. Gautier.)

amie de sa femme ; ce sera donc sa femme que, les yeux bandés, il trouvera à la place de son amie. Ici commence une sorte de colin-maillard et une suite de scènes plus ou moins burlesques, véritable course au clocher qui demandait des interprètes habiles en ces sortes de choses, pour lesquelles les comédiens ordinaires de l'Empereur manquent tout à fait de la spécialité voulue. Vous comprenez bien qu'après ce chassé croisé où Champignac passe successivement de sa femme véritable à la femme qu'il aime et qui est elle-même représentée par sa véritable femme, l'auteur a naturellement amené, comme conclusion, la réconciliation et aussi la guérison des deux époux.

Le public et la critique ont été tout à fait déconcertés par cette pièce étrange, écrite dans ce style haché et nerveux qui semblait alors exclusif à M. Sardou, et qu'il a si heureusement modifié depuis, surtout dans ses deux grands drames de Patrie et la Haine^ lesquels, malgré le succès différent qui les a accueillis, demeurent à tous les points de vue les chefs-d'œuvre de son théâtre. On trouvait aussi, dans le développement de cette intrigue surmenée, quelques incertitudes et obscurités qui ont nui parfois à sa compréhension. M. Sardou avait, d'ailleurs, eu fort à faire avec ses interprètes, qui n'avaient pu parvenir à mettre leur talent au diapason de leurs rôles, cî qui, — je crois, entre nous, qu'il faut les en féliciter, — s'étaient en quelque sorte montrésjinsuffisants. LavenreJt M. Got et celle de M"«A. Brohan,tous deux;si étincelant> d'ordinaire, semblait inférieure à celle même de la pièce, et l'emportement fébrile qui eût été nécessaire pour leurs rôles, leur fit complètement défaut. Les comédiens de b rue de Richelieu ne voulurent sans doute pas déroger en descendant de la comédie jusqu'au vaudeville!

Il faut constater toutefois .que la Papillonne eut aux

représentations suivantes un succès de gaieté, plus fr^c et plus durable même que n'aurait pu le faire présager l'accueil du premier soir*. La pièce ne tint cependant que trente fois l'affiche et elle n'a jamais été reprise. Quant à M. Sardou, il a donné depuis au Gymnase et au Vaudeville bon nombre d'autres comédies brillantes et courues, dont quelques-unes eussent été certainement mieux reçues rue de Richelieu que la Papillonne, mais le célèbre écrivain garde, sans doute, encore rancune à la Comédie- Française du mauvais sort de sa première pièce, et comme Alexandre Dumas fils, il attend que l'Académie fran- , çaise ait consacré son immense et incontestable talent... pour demander une seconde lecture 21.,.

6 Juin. — Belle et curieuse «oirée en l'honneur du 256« anniversaire de la naissance de Corneille, composée des Horaces^, des trois actes conservés de V Illusion comique, et surtout de la première représentation d'une petite comédie en un acte, en vers, de M.Edouard Fournier, Corneille à la'butte Saint-Roch, Trop modeste, notre érudit confrère n'a donné que le titre d* à-propos à cette jolie pièce qui survivra certainement à l'occasion qui l'a fait naître.

1. L'Empereur et rimpératrice, accompagnés de Guillaume III, roi de Hollande, et de la reine Sophie, sa femme (fille du roi de Wurtemberg et alliée à la famille impériale), assistèrent, le 8 mai, à la dixième représentation de la Papillonne^ qui était précédée de l'Aventurière. La veille, le roi de Hollande était venu seul, et on avait joué pour lui Mademoiselle de la Seiglière,

2. Cette consécration a été octroyée à M. Sardou le 7 juin 1877. Il a été en effet élu, ce jour-là, par dix- neuf voix sur trente-sept votants, membre de l'Académie française, en remplacement de M. Autran décédé.

3. MM. Maubant (le vieil Horace), Worms (Curiace), Guichard (Horace), Laroche (Valère) ; MU" Devoyod (Ciamille;, Tordeus (Sabine.)

LA COMEDIE-FBANÇAISR.

Cette aimable comédie met en scène le mariage da fils de Corneille, avec la fille du marchand de draps Caachois. La jeune Marie ne connaît d'abord son fiancé qi par son prénom, sans se douter de son origine illustre, rf comme elle aime aussi la poésie, ce n'est pas sans un ja et glorieux orgueil qu'elle apprend bientôt l'honneurd lui promet l'alliance projetée. 11 est vrai que son pira bonhomme Cauchois, préftre de beaucoup les écial ^ poésie, et que sans l'intervention d'un meunier, a^fî^ ', Meriin, qui s'est pris de belle passion pour Corneilla Hère et leurs œuvres, le mariage ne se ferait pas. i-^^„ ■ Merlin plaide si bien la cause des poëtes et de la d^^- ^ '

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que Cauchois se laisse attendrir. Marie deviendra fille du grand Corneille.'

Une chose assez curieuse à remarquer, c' cette pièce, où l'on ne parle que de Corneille, seul n'a point de personnage. Son rôle, en effet, i. la cantonade. Mais nous avons, en revanche, ncille et aussi tout le tableau du ménage de M. Fournier nous a restitué avec un grand bi surtout avec cette science scrupuleuse des mei historiques, où il excelle, l'intimité même de la %i tique de l'auteur du Cid. La petite intrigue (-jy ' '' laquelle il a si habilement relié les uns aux auaj>ï ^^ vers morceaux qui composent sa pièce, est su^^ ^" intéressante et fournit en quelque sorte un mant au tableau qu'elle avait poui

L'interprétation a été de tous points il faut noter à part le grand succès obiei bant, dans le personnage de Merij que c'est ic rôle le pJi Worms joue fort agrêablei a beaucoup Je naturel daf

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HlI^Nathalie représente aussi historiquement que possilJ(,lafeniniedu grand tragique. La jolie M"' Ponsiii, à HDJDe si éveillée et si fraîche, créait son premier rôle Us le personaage de Marie Cauchois ; M. Coquelin Wt dans celui d'un faus marquis, qui était aussi Ipteraière création sérieuse, un rôle un peu plus dé- )fpé que cens qu'il avait joués jusqu'alors. |JciN. — M. Coquelin joue, pour la première fois, jtde Figaro' dans le Mariage de Figaro, et s'y pose Jtsuite en maître. Il n'est pas non plus de person-~ |hi répertoire classique qui l'ait mieux servi dans l'a- Usa prise de possession lui fait d'autant plus d'hon- . Ju'ii a plutôt négligé que suivi les traditions et qu'il jriout montré lui-même. C'etait,en effet, une grande nleaudace, de la part d'un aussi jeune comédien, que Buer à un rôle aussi complexe et aussi difficile. Le i l'expérience n'y suffisent pas toujours et les physiques y sont également indispensables. Or, DS, M. Coquelin les possède au plus haut degré: , la verve, la jeunesse, un organe plein, sonore ible, jusqu'au masque le plus parfait pour ce able, et il a fait feu, — le cas est de le dire, — de >rillantes qualités à la fois. Il les a même pro- [u.'à. l'abus, brûlant absolument les planches, et ement enlevé la salie après le grand monolo-

gue du quatrième acte, 'dont sa voix mordante a fait vibrer, VunQ après Tautre, toutes les phrases avec une juvénilité et une force extraordinaires. Ce qui manque encore à cette interprétation, c'est la modération d'abord; M. Coquelin croit trop qu'il est de son devoir de se donner tout entier; ce sont ensuite les nuances que Tacteur néglige parfois dans le feu et Temportement de son jeu. Tout cela demande à être perfectionné dans le détail et mieux fondu. A ces réserves près, que, je suis obligé de faire pour indiquer rimpression du moment, il faut reconnaître, après cette audition du Mariage de Figaro, que depuis bien longtemps le Théâtre-Français n'avait pas produit un comédienjnouveau qui ait montré tout d'abord de si brillantes et de si complètes qualités, et qui ait surtout permis de concevoir dès lors, sur son avenir dramatique, des espérances qu'il a d'ailleurs bien vite dépassées*.

23 Juin. — Rentrée de M"* Dinah Félix, la plus jeune sœur de Rachel, dans Lisette du Jeu de V Amour et in Hasard^ puis dans l'autre Lisette des Folies amoureu. • ses. Petite, d'un extérieur plutôt ingrat qu'attrayant, peu disposée même jusqu'alors, par les rôles qu'el!: a joués ailleurs, aux personnages des soubrettes classiques, M"« Dinah Félix n'a rien, semble-t-il, de ce qu'il faut pour réussir dans l'emploi nouveau qu'elle aborde , mais l'œil est brillant, plein de vivacité, de mi-

!.• Ont joué les autres principaux rôles : MM. Got CBridoison), Lereci (le comte); MU«» Favart (la comtesse), Aug. Brohan (Suzanne), Du^ (Chérubin), Rose Deschamps (Fanchette). Cette dernière actiice, bloo: jolie, d'une physionomie un peu douce et peut-être trop placide, avaircbuté, mais sans grand éclat, le 17 février précédent, dans le rôle d'An:. lique de l'Epreuve à la Comédie-Française, où elle n'a guère fait qpasser.

lice et de finesse, et le public est tout surpris et charmé de la verve, de ranimation, de la vivacité de repartie de cette petite personne. On ne saurait être meilleure, ni du premier coup aussi parfaite!... Voilà bien la vraie servante « forte en gueule, » de Molière et de Regnard. Le 28 juin, le succès de cette digne sœur de Rachel s'accentue encore dans la folle Toinette du Malade imaginaire^ et à son troisième début, le 12 juillet, dans Dorine, de Tartufe^ M''« Dinah Félix achève de conquérir sa place définitive dans la maison de Molière*.

1 1 Août.— Début de M^'* Sarah Bernhardt 2, lauréat du

1. Mélanie-Émîlie dite Dinah Félix, née en 1837. A dix ans, en 1847, elle débutait à la Comédie-Française dans Joas àHAthalie et dans Louison du Malade imaginaire. Un peu plus tard elle passe au Gymnase; le 23 janvier i853, elle débute à la Gaîté dans le drame de la Case de V Oncle Tom; en 1854, elle 'suit sa grande sœur à Saint-Pétersbourg; à son retour elle s*essaye passagèrement dans le personnage des soubrettes à rOdéon, enfin elle entre au théâtre du Vaudeville, où sa création de Séraphine des Lionnes pauvres, comédie d'Emile Augier (22 mai i858), attire particulièrement l'attention de la critique. — Elle est devenue sociétaire en 1868.

2. De son vrai nom, Bernard. — Voici ce que dit d'elle M. Sarcey, à propos de ce premier début rue de Richelieu : « Elle ne fit que passer à la Comédie-Française; je ne sais trop bien pourquoi et comment elle en sortit. Ses amis prétendent que M. Thierry, la prenant à part, lui conseilla de ne pas s'obstiner à demeurer dans un théâtre où il n'y avait jour pour elle à rien faire. . . mais j'ai entendu raconter aussi certaine histoire de gifles tombées de sa jolie main sur une joue de sociétaire. Si encore c'eût été une joue mâle, la chose eût pu s'arranger ; mais la joue frappée relevait d'un sexe qui ne pardonne guère. Il faut bien avouer que la petite personne dont la mam était si le^te avait le caractère peu endurant; c'était une jeune bohème doublée d'une enfant gâtée. Colère, mutine, fantasque, se moquant de tout le monde, ce démon femell«r devait être une exécrable pensionnaire. » (Comédiens et Comédiennes, biographies publiées par Jouaust.) — Du Théâtre-Français Mil» Bernhardt passe au Gymnase, puis à la Porte-Saint-Martin, où elle paraît dans un rôle infime (la princesse Désirée) de la féerie de la Biche au bois, qu'on vient de reprendre pour les représentations deM»» Ugalde.M. de Chilly, qui dirigeait

348 LA COMéDIE-FRANÇAISE.

Conservatoire et élève de MM. Samson et Provost, dans le rôle d'Iphigénie, de VIphi génie en Aulide^ de Racine <; son deuxième début a lieu, le 24 du même mois, dans Valérie (rôle de Valérie) 2. M"« Bernhardt n*est encore qu'une écolière, et il est bien difficile de deviner, dès lors, l'intelligente et véritablement grande artiste qu'elle sera un jour. Elle n'a point de tenue, elle dit mal, elle dont la diction doit être plus tard si pénétrante et si enchanteresse, et elle passe, en somme, absolument inaperçue et disparaît bientôt, et tout à fait obscurément, de la scène du Théâtre-Français, sur laquelle elle doit par la suite remporter de si éclatants succès 3.

rOdéon, l'attire peu de temps après chez lui, et ellel[débute au delà des ponts, le 14 janvier 1867, dans Armande des Femmes savantes. Elle 5 demeure avec des succès divers dans ses créations ou ses reprises JQsqo'ea 1872 ; le 6 novembre de cette dernière année elle rentre définitivement à la Comédie-Française dans Mademoiselle de Belle-hle^ et le 14 décembre suivant elle joue Junie de Britannicus de façon à satisfaire les plus difficiles.

1. MM. Maubant (Agamemnon), Chéry (Ulysse), Worras (Eurybate); M»«« Guyon (Clytemnestre), Devoyod ^Eriphyle), Ponsin (Dons.)

2. MM. Ariste (Henri), Laroche (le comte), Coquelin Ambroise); M»« E. Piquer (Caroline.)

3. Voici ce que nous avons écrit depuis dans notre Galette anecdotiqte (tome II, no 19) au sujet du triomphe remporté par W^* Sarah Bernhardt. dans la tragédie de M. Parodi^ Rome vaincue (rôle de Posthumia), k 27 septembre 1876 :

« Ce succès revient avant tout à Mil* Sarah Bernhardt. Sans nous join' drc cependant à certains de nos confrères qui veulent déjà la comparer à MUe Rachel, nous pouvons dire qu'aucune comédienne de Paris n'eût joo^ le rôle de la vieille Posthumia avec cette vigueur, ce tact, cette mesaneet en même temps ce charme communicatif et pénétrant. Quelle force, qad nerf et quelle verve dans ce corps si mince, et sifrêle!... Et aussi quelcbc> min parcouru depuis le 1 1 août 1862, date des premiers débuts de MU* Sarah Bernhardt, où elle apparut bien obscurément dans Iphiffénie en AulUf ■ Qui eût osé prédire, ce soir là, à la modeste et craintive débutante, goi dut presque aussitôt quitter la fue de Richelieu pour le Gymnase et l'Od^i qu*e'le régnerait un jour à la Comédie-Française en artiste sonTcraine et,

Le i5, spectacle gratis donné annuellement en l'honneur de la fête de l'Empereur. On joue les Plaideurs^ Horace et le Dépit amoureux.

Le 19, reprise de Psyché, tragi-comédie-ballet en cinq actes et en vers, avec prologue, par Molière, Quinault et Pierre Corneille , ouverture et entr'actes de LuUi, chœurs nouveaux de M. Jules Cohen, et divertissement également inédit, réglé par M. Adrien, de l'Opéra *. Grand déploiement de mise en scène^ mais en somme médiocre succès.

Le 8 septembre, rentrée dans Oreste, d*Andromaque, du tragédien Randoux, qui avait depuis longtemps quitté la Comédie-Française. Premier prix du Conservatoire aux concours de 1842, Randoux avait, en effet, débuté rue de Richelieu, le 16 octobre 1843, dans Curiace, des Ho^ races. C'est un artiste physiquement bien doué , mais

de l'ayeu de tons, à la première place . (Georges d'Hetlli}. — Mii« Sarah Ikrnhardt avait été nommée sociétaire le joar même de son grand succès dans la Fille de Roland (Berthe) du vicomte Henri de Bornier (i5 février iSyS).

I. Le prologue, le premier acte, la première scène du second et la première du troisième sont de Molière ; le reste est de Corneille. Quant à Quinault, il a écrit les paroles du chant. La pièce n'avait pas été représentée depuis 1703. Voici la distribution actuelle : MM. Maubant (le Roi), Chéry (Jupiter;, Worms (Cléomène^ Verdellel (un Dieu), Ariste (Agénor), Tronchet (Lycasj; MUe» pix (l'Amour), Favart (Psyché), Devoyod (Vénus), R. Didier (Zéphyre), Ponsin (Cidippe), Tordeus (Aglaure) , Rose Deschamps (Œgiale), Marie Dubreuil (l'Amour enfant). Les chœurs sont chantés par trente-quatre élèves du Conservatoire (9 ténors; 8 basses; 9soprani; 8 contralti). Le divertissement est dansé par Mu«* Dumilàtre, Lamy, Minière et M. H. Mazillier, artistes de l'Opéra. — On a supprimé le prologue qui n'est qu'un morceau de circonstance consacré à l'éloge àc Louis XIV. Les décorations nouvelles sont de MM. Cambon et Thierry, et la machination, les changements à vue et autres détails d'une mise en scène assez compliquée pour le Théâtre-Français, ont été trèsréussis. 11 y avait bien longtemps qu'on ne nous avait donné, rue de Richelieu, un spectacle aussi brillant, surtout comme changements à vue et comme costumes.

35o LA COMÉDIE-FRANÇAISE.

d'un talent un peu inégal et qui a cependant joué quelques rôles tragiques avec un certain succès, même aux côtés

de RacheH. Le deuxième rôle abordé par Randoux, le 12 septembre, est celui de Néron, dans Britannicus^ ti enfin il effectue son troisième début, le i5 du même mois, dans Iphigénie en Aulide^ où le personnage d'Achille lui est assez favorable. Quoi qu'il en soit Randoux, dont les qualités et les défauts ne s'équilibrent pas assez, et qui n'a peut-être pas non plus une persévérance suffisante, Randoux ne parvient pas, cette fois encore, à se faire une place définitive à la Comédie- Française, où il ne se maintient que peu de temps. Il a même depuis longtemps quitté le théâtre, et nous l'avons vu ensuite jouer le drame sur les scènes secondaires où il est encore en honneur.

22 Septembre. — Première représentation de Dolorès^ drame en quatre actes, en vers, de M. Louis Bouilhet '.

C'est dans le poétique pays des Espagnes que le ûou* veau drame se passe; on y. chante des sérénades; il s'y donne des coups d'épées, on y assassine et on y meurt aussi, au dénoûment, par sacrifice au devoir d'honneur, comme dans les vieilles pièces du répertoire héroïque qui

1 . M. Randoux avait fait partie de la troupe de Racbel, lors de ton excursion en Amérique.

2. M»«» Guyon (Agrippine), Royer (Junie), Tordeus (Albine); MM. M*ttbant (Burrhus)) Laroche (Britannicus.)

3. Né en 1824) mort à Rouen le 19 juillet 1869, cet élégant pofte* donné au théâtre, avant ou après Dolorès : à l'Odéon : Madame de .tfo«~ tarcy; Hélène Peyron; l'Oncle million; la Conjuration d'Àmboist f^ Mademoiselle Aissé, œuvre posthume. La Porte-Saint^Martin a joué soo unique drame en prose FqusUne, Enfin une comédie, le Sexe fé^% trouvée dans les papiers de l'auteur, n'a été ni imprimée ni rtpr^ sentée.

a fourni à Corneille le sujet du Cid. M. Bouilhet n*a point eu d'ailleurs d'aussi hautes visées que son illustre compatriote, et il ne nous offre pas aujourd'hui une tragédie selon les règles, mais bien un bel et gros drame qui s'est trop inspiré des souvenirs et des traditions de l'école romantique. M. Bouilhet est en effet un disciple de Victor Hugo : il écrit en vers vaillants et sonores, recherche les antithèses et les grandes oppositions de situations et de mots ; il accumule les scènes à sensation et abuse même des coups de théâtre» mais, comme son maître, il charpente très-médiocrement une pièce et n'est, au point de vue de la science purement théâtrale, qu'un ouvrier assez inexpérimenté et malhabile.

Un capitaine d'au delà les monts, don Fernand de Torrès, aimait d'abord cette Dolorès qui donne son nom à la pièce, et qui est la plus noble et la plus pure des jeunes Espagnoles de son temps. Mais Fernand rencontre à Tolède une certaine comtesse Laura , grande dame équivoque et de conduite suspecte, qui attire bientôt à elle, comme elle en a attiré tant d'autres, le chevalier servant de Dolorès qui est aussitôt oubliée. La jalousie que ressent la ^ belle délaissée la pousse à s'embusquer, pendant une nuit, afin d'épier don Fernand qu'elle surprend, en effet, en galant rendez-vous avec la comtesse qu'il reconduit jusqu'à son logis où il pénètre avec elle. Mais, au moment même où la porte de Laura vient de se refernier, un homme, le marquis d'Avila, est assassiné par un inconnu, et les gens, accourus au bruit de la lutte dans laquelle il a succombé, déclarent avoir reconnu le manteau brun et la plume rouge de don Fernand de Torrès. On l'arrête aussitôt, et on le condamne, bel et bien, à avoir la tête tranchée; car le malheureux, qui aurait pu si facilement se justifier, préfère mourir plutôt que de

compromettre la comtesse qui le recevait chez elle au moment même où le crime avait lieu. D'ailleurs, cette grande dame^ qui a décidément le cœur sec, pressée par .le père de Fernand, lequel a reçu, in extremis, l'aveu de Tinnocence de son fils, cette grande dame refuse absolument de dire le mot qui pourrait sauver la tête de son amant. C'est alors que Dolorès intervient ; elle ne craint pas, elle, la noble femme, de sacrifier sa propre réputation au salut de l'homme qu'elle aime. Elle va trouver le Roi et lui déclare que c'est chez elle que don Fernand a passé la nuit. Une lutte de désintéressement s'engage alors entre elle et don Fernand, qui ne veut pas accepter le sacrifice de son honneur que lui fait Dolorès, et la situation pourrait se prolonger fort longtemps si l'on ne retrouvait tout à coup et fort à propos le véritable assassin. Mais ne croyez pas que tout soit fini pour cela et que Dolorès épouse enfin don Fernand comme dans un banal vaudeville; ce serait vraiment trop commode et trop simple; et puis, où serait le drame ? Dolorès, avant de jeter son honneur en pâture à celui de son amant, a pris du poison et elle expire sous les yeux de don Fernand ; ce que voyant celui-ci, il se jette incontinent sur l'épée d'un de ses amis et 11 s'en perce le cœur. La toile tombe sur ce tableau funèbre et le spectateur emporte, de la soirée, un souvenir en somme peu récréatif et peu gai.

Telle est, en efïet^ l'impression générale produite par Dolorès, Le sujet déjà sans grand intérêt, sans nouveauté surtout, n'est pas suffisamment étendu et développé; il est monotone et ne force l'attention x)ue par endroits, et en quelque sorte par éclairs. Deux ou trois scènes bien faites, très en situation et d'une grande chaleur de ton, de style

et d'allures, telles entre autres l'entrevue du père et du fils 4, ressortent en saillie sur le fond de cette trame trop uniformément grise et terne. Ce sont aussi les passages les mieux venus comme poésie, et la scène, dont je viens de parler, a particulièrement forcé les bravos du public par son énergie et par les accents vrais des deux personnages qui en sont les héros. Maubant et Guichard ont d'ailleurs enlevé avec beaucoup de verve et d'émotion cette sorte de grand duo, ce combat de générosité entre le père et le fils; M. Guichard, qui manque un peu d'élégance et d'autorité dans le reste du rôle, s'est même relevé tout à fait dans cette scène capitale. Je veux citer aussi M"® Favart, vraiment belle et aussi tragique que possible dans le personnage, si fort poussé au noir, de Dolorès, et rempli de tant d'effets variés de tendresse et de passion 8.

I. ■ Dolorès a réussi, grâce surtout à un acte qui renferme des vers d'une très-énergique facture. Je veux parler de l'entrevue du père et du fils : on s'est souvenu, à ce moment, dans la salle, que M. Louis Bouilhet était Normand, comme Corneille. Il y a toujours dans toutes les pièces de ce jeune poète un acte incontestablement beau ; dans Hélène Peyron c'est le premier acte; dans Dolorès c'est le troisième. Je ne sais si la pièce est bien faite dans le sens des auteurs habiles ; je ne le crois pas. Les personnages entrent et sortent comme dans la vie réelle, c'est-à-dire quand cela leur plaît, quand ils ont affaire ou même par hasard; ils n'ont point d'ordres à donner ni quelques lettres à écrire. En outre, ils ne sont occupés que d'une seule chose qui fera sourire de pitié les hommes sérieux : l'amour. Moi, j'admire le courage de M. Louis Bouilhet, qui ne doute de rien, pas même de son époque, et qui a pris, l'autre soir, quatre heures pour lui parler de la lune, des étoiles, des cédrats et de l'honneur. • (Charles Monselet.)

a. Ont créé les rôles : MM. Maubant (Don Pèdre de Torrès), Chéry (le Roi), Worms (Celio) , Verdellet (Roxas), Garraud (d'Avilla) , Ariste (Manrique), Guichard (P^ernand) ; M»" Favart (Dolorès) , Jouassain (Ros^ura), Devoyod (Laura), d'une belle et fîère tenue dans un rôle insuffisant et surtout ingrat; Tordeus (Béatrix), Coblentz (Léonor). Cette dernière vient de débuter dans les emplois secondaires et elle ne s'clèvera jamais plus haut. — La pièce n'a eu que quinze représentations.

i«' DÉCEMBRE. — Première représentation du Fils de Giboyer^ comédie en cinq actes, en prose, de M. Emile Augier.

La nouvelle pièce de M. Augier a soulevé bien des colères qu'on est fort étonné de trouver singulièrement atténuées et presque sans objet à quinze années de distance, tellement les circonstances, les milieux et les temps ont changé. Cette pièce, qui a semblé si forte, si terrible, et qui a été, en effet, si féconde en orages de tous genres, parait tout à fait anodine aujourd'hui, en Tan de grâce J877, et au moment où je viens de la relire avant d'écrire ces lignes. Je tenais à faire cette réserve préliminaire avant de noter ici l'impression du moment, qui a été bien différente et qui est certainement restée dans toutes les mémoires *.

Cette comédie, l'auteur prend lui-même la peine de nous le dire dans la préface qui ouvre la brochure, « n'est pas une pièce politique , c'est une pièce sociale, » et il ajoute, afin d'en mieux établir et d'en caractériser plus nettement la portée, « que son vrai titre serait les Cléri-

I. On peut dire que cette pièce exceptionnelle clôtare véritibiemcot Tannée. D'ailleurs, je ne vois guère à citer encore, pour ce dernier mois, que la représentation donnée le 2 1 décembre en l'honneur du 233* tooiversaire de la naissance de Racine, et qui fut composée du quatrième acte de Britannicus, de Mithridate (avec MUa Tordeus) et des Plaideurt. Enfin revenons sur nos pas pour mentionner la belle représentation donnée devant la cour, au château de Compiègne, par la Comédie-Française, qoi y vint .jouer Bataille de dames et // ne faut jurer de rien.

Je ne puis vraiment faire de choix particuliers, pour les citer ici. dans les appréciations des journaux de Tépoque, sur cette célèbre pièce, je serais entraîné trop loin, ou bien je resterais forcément incomplet. L'attaque et la défense se trouvèrent d^ailleurs bien distinctes, paisqBOO voulut faire absolument de la pièce, dès le premier jour, une œuvre <!« parti, et il y eût deux camps dans la presse, comme ailleurs, composés de ceux qui ont applaudi et de ceux qui ont sifflé.

caux^ si ce vocable était de mise au théâtre. » Voici donc la situation bien définie : le Fils de Giboyer est une pièce de combat, elle veut mettre en scène « l'antagonisme du #/ principe ancien et du principe moderne, » et il ne faut pas s*étonner dès lors qu'elle ait soulevé tant de polémiques et même ameuté contre son courageux et brillant auteur des inimitiés et des haines dont quelques-unes survivent encore aujourd'hui.

On conçoit bien que, dans une œuvre de ce genre, le fonds lui-même de la comédie, sa marche et son intrigue n'ont qu'une importance secondaire. Peu nous importe, en effet, que ce soit Maximilien, fils naturel de Giboyer, devenu de Boyergi, ou bien le comte d'Outreville , qui épouse Fernande, fille du député Maréchal. Ici, ce sont les critiques générales ou personnelles, les portraits, les satires, en un mot les attaques adressées à telle individualité ou à tel parti que nous devions chercher à surprendre au passage, et ces attaques ont été assez vives, assez sanglantes même pour avoir tout naturellement excité à Tendroit de la pièce une curiosité considérable, mais aussi pour avoir fait naître d'amères représailles.

La comédie de M. Augier met en scène une nouvelle et dernière incarnation de ce Giboyer, journaliste de plume vénale, qui avait d'abord fait les frais des Effrontés^ œuvre déjà satirique, par endroits, mais qui cependant était loin d'avoir, à ce point de vue spécial, la portée de la pièce actuelle. Ce peu scrupuleux personnage se met, moyennant finances bien entendu, au service d'un pieux comité , à la tête duquel nous retrouvons d'abord une de nos vieilles connaissances de la précédente comédie, le mar* quis d'Auberive, et une certaine baronne Pfeffers , de noblesse et de vertu également équivoques. C'est là, comme on voit, un parti déjà bien compromis par ces

plus dures, — ses portraits avaient, la plupart, contre eui l'exageracion de leurs couleurs auxquelles l'optique même du [hcitre donnait une vivacité de ions pluslorcéeeocore. C'est en effet d'une plume tellement acérée, emportée et même violenie que l'auteur les a présentés, qu'ils appelaient TOUS, plus ou moins, une riposte qui a presque aussitôt éclate de toutes parts. Mais cette riposte ne pou- -, vait avoir une même portée. C'était dans le journal ou dans la brochure qu'elle avait seulement le moyen de se produire, et non sur la scène où avait lieu chaque soir l'attaque avec tant d'éclat, au milieu de tant d'applauJissemenis et devant un tel succès. Il y avait là une grande inégalité entre M. Augier et ses adversaires, et ces derniers ont naturellement fini par avoir le dessous, car la pièce a duré plus longtemps que la manifestation eî l'effet de leurs colères i.

[, Je voudrais donner ici une îdiie de l'ardeur des poKmiqun qn: tov cita U Fîh dd Giboyer. Ceat peut-être moins à Paris qu'en prmiocc qu'elles furent appréciables. Ce n'est pas, en elfet, dans la uUe du Ttnitre-Français que se nupifesta l'animositÉ ïenjcresBe des ptnii, nui bien de ceui qu' Augier avait voulu frapper que de ceui qui s'«iif=' crus frappés par lui. En effet, le parti légitimiste, en raison uns JoaK de ses affinilùs avec le parti clérical, se déclara hautement alteïni, et pn>-

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cette question de vanité personnelle qu'il fait en somme si bon marché de sa fille !

C'est dans le développement de cette ordinaire et peu / neuve infrigue que M. Augier a fait mouvoir ses personnages et placé ses portraits. Les personnages sont admirablement mis en scène, chacun a son caractère propre et bien défini, sa part de sarcasmes, de médisances et de méchancetés, et il n'est pas jusqu'à Fernande, cette belle et intéressante personne égarée dans cette bagarre politico-religieuse, qui n'ait à placer son petit mot malin dans une discussion de salon qui prend presque les proportions d'une grande querelle. Quant aux portraits, ils ^ sont sanglants, je répète le mot, et il n'est pas de trop *. Ces cléricaux, M. Augier les attaque sur tous les points et par tous les côtés collectivement en apparence, mais cependant de manière à nous les présenter sous leur face la plus vivante, la plus reconnaissable et même parfois la plus personnelle, tel que ce court et terrible portrait de Déodat dans lequel M. Augier a entendu, — il le déclare lui-même dans sa préface, — a user de représailles contre un insulteur d'ailleurs si bien armé pour se défendre. » Son fouet vengeur à la main, M. Augier a distribué à gauche et à droite les plus vigoureux coups de lanière sur les épaules de ceux qu'il avait pris pour adversaires. Mais ses portraits, — on ne s'est pas gêné pour le lui dire alors sous toutes les formes et de toutes les manières même les

I. A force de chercher à placer dans la pièce un personnage actuel au** dessous de chaque portrait composé souvent d'allusions peu saisissables, on en est venu jusqu'à faire des applications contre lesquelles M. Augier a dû vigoureusement protester, celle entre autres qui tendait à démontrer que l'auteur du Fih de Giboyer avait voulu représenter sous le masque du député protestant, Couturier de la Haute-Sarthe, le plus illustre protestant de l'époque, M. Guizot.

plus dures, — ses portraits avaient, la plupart, contre eux rexagération de leurs couleurs auxquelles l'optique même du théâtre donnait une vivacité de tons plus forcée encore. C'est en effet d'une plume tellement acérée, emportée et même violente que l'auteur les a présentés, qu'ils appelaient tous, plus ou moins, une riposte qui a presque ^ aussitôt éclaté de toutes parts. Mais cette riposte ne pou- ■^^ vait avoir une même portée. C'était dans le journal ou dans la brochure qu'elle avait seulement le moyen de se produire^ et non sur la scène ou avait lieu chaque soir l'attaque avec tant d'éclat, au milieu de tant d'applaudis- V sements et devant un tel succès. Il y avait là une grande inégalité entre M. Augier et ses adversaires, et ces derniers ont naturellement fini par avoir Je dessous, car la pièce a duré plus longtemps que la manifestation et l'effet de leurs colères *.

I. Je voudrais donner ici une idée de Tardeur des polémiques qoe suscita le Fils de Giboyer. C'est peut-être moins à Paris qu'en province qu'elles furent appréciables. Ce n'est pas, en effet, dans la salle da Théâtre-Français que se manifesta Tanimosité vengeresse des partis, aassi bien de ceux qu Augier avait voulu frapper que de ceux qui s'étaieoi crus frappés par lui. En effet, le parti légitimiste, en raison sansdoate de ses affinités avec le parti clérical, se déclara hautement atteint, et protesta de même. En un mot, tous ceux qui appartenaient de près oa^ loin à ce qu'on appelait alors les anciens partis, firent, à tort ou à raisoa, cause commune contre l'ennemi commun. M. Augier eut beau s'en Refendre; c'était là une trop belle occasion de parler de soi, et la rage Je ses adversaires ne voulut rien entendre et tint sa protestation pour non avenue. « D'où viennent donc, s'écriait-il cependant, les «lameurs qui s élèvent contre ma comédie ? Par quelle adresse cléricale soulève-t-oo conir.* elle la colère de partis auquel elle ne touche pas ? Par quelle fidsification de mes paroles arrive-t-on à feindre de croire que j'attaque les gouvernements tombés!.... »

A Paris c'est donc surtout dans les journaux, ou par le moyen de brochures que les protestations éclatèrent; au théâtre, il était di&il^ qu'elles pussent se produire. Le gros du public, qui était d'aillenn fivo-

année' 1862. 359

Au point de vue purement littéraire, \e Fils de Giboyer est à coup sûr Tune des comédies les plus brillantes de tout le théâtre d'Emile Augier. Il n'avait pas montré jusqu'alors, dans aucune de ses pièces, une verve satirique aussi grande et de si haute portée. Ici, je le dis encore, la

rable à Tauteur, ne demandait pas mieux que de voir faire le procès de ceux qu'Augier frappait si impitoyablement, et comme quelques sifflets se firent entendre, dans les premières représentations, ils furent inexorablement réprimés.

De leur côté les journaux apprécièrent la pièce beaucoup plus, en gêné' rai, d'après Topinion politique qu'ils représentaient, qu'au seul point de vue littéraire. Il en est un seul, le Journal officiel.^ qui, par situation sans \/ doute, crut devoir ne pas souffler mot de la querelle, et Théophile Gautier écrivit son article sur le Fils de Giboyer comme s'il se tût agi du plus innocent et du plus ordinaire vaudeville. En revanche, les feuilles légitimistes et religieuses jetaient feu et flamme; quant aux brochures, il n'en est guère que deux qui méritent d'être encore signalées; elles avaient pour auteur^ l'une, le Fonds de Giboyer (dialogue avec prologue ; in- 18, chez Gaume, Paris, i863), le journaliste célèbre, que M. Augier avait baptisé ûéodat dans sa pièce, M. Louis Veuillot; l'autre, de moindre valeur, mais aussi acerbe, le Petit-Fils de Pigault Lebrun (in-iÔ, chez Dentu, Paris, 1862), le biographe-pamphlétaire également attaqué dans la comédie nouvelle, M Eugène de Mirecourt,

Mais ces deux brochures, — je dirais mieux, vu leur étendue, ces deux volumes, — eurent moins de retentissement, en dépit de leurs violences, que la querelle qui fut faite alors à M. Augier par l'un de ses confrères de l'Académie française, le poète Victor de Laprade. C'est dans une pièce de vers, la Chasse aux vaincus^ qui parut «dans le Correspondant du 25 décembre 1862, que M. de Laprade, se déclarant le champion de tous les partis à la fois, même de Ceux que M. Augier n'avait pas mis en cause, exhala, en termes un peu vifs, les plaintes amères et les colères calculées de ces mêmes partis. Cette pièce de vers, qui est trop longue pour que nous puissions l'insérer ici (elle a 188 vers), donna lieu à une vive réplique de M. Emile Augier, qui d'ailleurs indique suffisamment le ton de l'épltre de M. de Laprade. Nous reproduisons cette lettre comme Tune des pièces les plus curieuses du procès littéraire qui nous occupe. Il faut se souve.iir, en la lisant, que l'année^ pi écédente, le 14 décembre "^ 1861, M. de Laprade, alors titulaire de la chaire de littérature française à la faculté des lettres de Lyon, avait été révoqué de ses fonctions à la suite de la publication dans le Correspondant (numéro du 23 novembre)^ d'une satire politique qui avait pour titre les Muses d'État^ et qui visait

36o LA COMEDIE FRANÇAISE.

pièce elle-même disparaît et il ne faut plus la considérer que comme une sorte de comédie aristophanesque qui vaut surtout par les détails. Or, jamais M. Augier n'avait élargi, à ce point, le cercle de ses observations et de son ardente critique ; jamais il n'avait frappé aussi fort ni sur-

à la fois l'Empire et TEmpereur. II était utile de rappeler ce fait pour l'intelligence de la lettre qui suit, et qui parut d'abord dans VOpinm nationale :

A M. Victor de Laprade,

Monsieur, je serais bien confus si je m'étais permis d'adresser, je « dis pas seulement à un de mes confrères de TÂcadémie, mais sealetnent à l'être collectif qu'attaque ma comédie, la centième partie des injure dont vous m'honorez, sous prétexte que vous êtes un ancien vaincu et que vous ne pouvez pas me répondre.

Que vous ayez essayé de mettre en vers ce thème déjà usé de votre parti, je ne m'en émeus guère : j'ai sur ma table une pile de jounuat remplis des vociférations de ces prétendus muets et elles n'ont pas reos<i à donner le change au public. La foule compacte qui applaudit tous le« soirs ma pièce sait bien que ceux que j'attaque ne sont pas des vaiocus : que vous me traitiez de chenille comme vous avez traité de punaise on de nos maîtres à tous; que vous preniez la grossièreté pour l'énerpe que vous cherchiez dans vos petits poumons le souffle d'un Juvénaî, t n'y vois nul inconvénient ; je vous approuve même de renoncer à votre première manière, et ne suis pas assez votre ami pour vous dctoaroer d'en prendre une seconde. Mais vous me calomniez et je vous arrête U Vous insinuez assez clairement que je chatouille le g* os cuir des mtnanSy que je flatte le maitrey que j'ai part dans tous Jes butins, et u fais pas la moue au ne!{ des gros budge.s. Je ne vous demanderai f«» ce que vous entendez par les mananSy ni à quel endroit de ma picct. ni à l'adresse de quel maître vous avez découvert une flatterie, je vou demanderai dans quel budget, dans quel butin vous avez vu mon nos Apprenez, si vous l'ignorez, que je vis de ma plume, et, par parentbes«. c'est ce qui me permet de concilier les deux hautes amitiés auxqae'les vous faites allusion, sans qu'elles aient, ni Tune ni l'autre, le dro:* de s'en offenser.

Je n'ai donc rien de commun avec ce que vous appelez les Pégases it la cour^ et je me sens fort à mon aise pour vous dire que je vous trou«< bien dur envers ces pauvres animaux. Il y a quelque chose de pire ^j^ de lécher la main qui vous^ nourrit, c'est de la mordre, et c'est ce ce: vous avez fait, monsieur, ne l'oubliez pas. Vous vous délivrez en *>^^ mauvais style, un certificat d'héroïsme, vous vous mirez dans votre destitution comme dans une démission, mais, que votre muse ici me ^ permette^ il y a une légère différence, et la voici : c'est qu'on ¥005 ver-

tout frappé de tels coups. La langue qu'il parle ici, — en faisant toutefois une réserve pour certains traits de goût médiocre, — est la plus étincelante et la plus française qui soit; elle est aussi la meilleure et la plus pure qu'il ait encore parlée. Aucun des auteurs qui ont écrit pour le

rait encore émarger à ce gros budget au nez duquel vous faites une moue magnanime, si le gouvernement, que vous attaquiez d'une main eo recevant son argent de l'autre, n'avait arrêté votre petit commerce. Je ne peux donc pas, malgré la meilleure volonté du monde, partager votre admiration pour votre caractère, ni vous ranger parmi ces hommes que vous représenter, fiers d'un serment unique, car vous en avez prêté au moins un, et vous l'avez mal tenu.

Il m'est également bien difficile de vous prendre pour un champion sérieux de la liberté quand il vous échappe de ces maladresses comme ce petit mot de manans^ qui nous montrerait assez, si nous ne le savions déjà, par maintes expériences, ce que vous et vos amis feriez de la liberté et de la révolution si on vous laissait faire.

Croyez-moi, monsieur, soyez simple et doux. Ne cherchez pas noise aux gens dont la situation est p!us nette que la vôtre. Ne touchez plus au fouet de Ju vénal, avec lequel vous vous donneriez encore sur les doigts, et revenez modestement à cette lyre sourde qui a si longtemps célébré le paganisme, monsieur le clérical.

Veuillez agréer, d'ailleurs, l'assurance de ma parfaite considération.

Emile Augier.

Mais c'est surtout en province, et dans certaines villes du Midi, que les manifestations furent les plus vives, notamment à Nîmes et à Toulouse. L'annonce de la représentation de la pièce, dans ces deux villes, donna lieu à des cabales organisées par avance, et que la police connut aussitôt. Elle laissa cependant se produire le désordre prévu, lequel conduisit devant les tribunaux un certain nombre de meneurs qui furent condamnés à de légères peines correctionnelles. A Toulouse, l'affaire eut l'importance d'un événement judiciaire, et le compte rendu en fut même publié en un volume in-S», que nous avons pu parcourir aux archives de la Comédie-Française. En somme, tout ce bruit ne pouvait que profiter à la pièce, et, en effet, elle fit son tour de France avec un succès que lui donna surtout l'opposition, qui prétendait l'empêcher d'être jouée. A Paris, ce succès fut de longue durée ; il se prolongea sans interruption jusqu'au 3i mai de l'année suivante, date de la centième représentation de la pièce. Le résultat pécuniaire fut éelaement consi^ dirabte', les trente premières soirées des Effrontés^ ce grand succès de

363 LA COMÉDIE-FRANCAÎSE.

■^v théâtre depuis le commencement du siècle, n'avait montré une telle puissance ni une telle audace dans cet art de

S» la satire politique, religieuse et sociale, art dans lequel M. Augier s'exerç&it d'ailleurs aussi complètement pour la première, et peut-être aussi pour la dernière fois. Il n'a point, en effet, persévéré dans cette voie qui lui avait donné un si bruyant triomphe, sans doute parce que la vivacité des polémiques qu'il avait fait naître lui a démontré que ces triomphes-là s'achètent quelquefois bien cher.

Il faut aussi noter tout spécialement Tinterprétation magistrale des quatre principaux rôles de la pièce : M. Samson dans le marquis d'Auberive, M. Got dans Giboyer, M. Delaunay dans Maximilien Gérard, le fils naturel, et M"® Plessy dans la baronne Pfeffers.' Quelle charmante, merveilleuse et féline baronne que M"* Plessyî Que de talent dépensé, que de finesse et de grâce dans ce personnage de grande dame^ laquelle dans le fond n*en est pas une, et comme cette nuance délicate est admirablement indiquée par l'éminente comédienne ! Quant à M. Got, il s'est si bien incarné dans le personnage de Giboyer qu'il lui a été, nous l'avons déjà dit, bien longtemps difficile d'en sortir. lia donné un relief extraordinaire à la vulgaire figure de ce sacripant, qui est, grâce a lui, devenue typique et inoubliable. Je veux signaler aussi M. Laroche qui a créé le jeune comte d'Outreville avec

l'année prcccdente, avaient donné un total de 146.361 fr., soit ^.S;^ * 70 c. par représentation; le Fils de Giboyer produisit, pour le ihCtc temps, 162,573 fr., soit 5,419 fr. 10 c. par soirée. On voit donc p^r cet exemple, et on Ta vu depuis pour bien d'autres pièces qui ont eu cplement des succès bruyants, que le meilleur moyen pour faire chute: une œuvre théâtrale quelconque, ce serait encore d'organiser franchcmect contre elle la conspiration du silence.

un tact, un goût et une intelligence qu'on ne lui avait pas jusqu'alors soupçonnés, et enfin mettre tout à fait hors de page M"® Favart, qui a donné une physionomie si noble, si distinguée et si touchante à Fernande Maréchal^ cette fille qui se permet d'avoir des sentiments et un cœur qui sont vraiment bien au-dessus de la condition et du milieu dans lesquels elle est née ^.

I. Voici la distribution complète de la pièce : MM. Samson (marquis d'Auberive), Provost (Maréchal), Got (Giboyer), Delaunay (Maximilien), Laroche (comte d'Outreville), Mirecour (Couturier), Verdellet (vicomte de La Vrillière},'Barré (Dubois); Miï" piessy (baronne Pfefîers), Nathalie (M»e Maréchal), Favart (Fernande), Coblentz (M"»» de La Vieux-Tour). Quelques modifications sont survenues dans l'interprétation des rôles de la pièce pendant la durée de ses représentations : Bressant remplace dans le rôle du marquis Samson, qui prend sa retraite (2 mars) ; Coquelin et Barré doublent l'un, Verdellet dans le vicomte de La Vrillière (i> janvier i863), l'autre, Provost dans Maréchal (26 mars). — C'est seulement le 14 janvier i863 que l'Empereur et l'Impératrice viennent voir la pièce.

304 LA COMEDTE-FRANÇAISE.

La nouvelle année débute par Tadmission au sociétariat de M"« Jouassain, précieuse et vaillante artiste qui est devenue, à un âge encore peu avancé, la première dnèffit du Théâtre-Français*.

Le i5 janvier, représentation annuelle, en Thonneurde Molière, dont la Comédie célèbre aujourd'hui le24i« anniversaire de naissance, par une solennelle soirée composée du Misanthrope^ et du Malade imaginaire^ \ un petit

t. Après ses premiers débuts, en iS5i, Mii« Jouassain n'avait point pcr* stivéré à la (lomédie-Française, qu'elle abandonna presque aussitAc poat rOdéon. Elle joua ensuite à la Gatté des rôles indignes de soattlcot. et elle rentra enfin rue de Richelieu, mais cette fois définitivement, en l^>^ dans Tartufe (M«n« Femelle) et les Femmes savantes (Philaminte). Elk * épousé, en 1876, un ancien officier de marine, M. Detournière.

2. MM. Geffroy (Alceste), Delaunay (Acaste), Maubant (Philiote), Moorose (Dubois), Mirecour (Oronte), Worms (Clitandre), Tronchet (le garde), Masquillier [Basque) : M^e* Arnould-Plessy (Célimène), E. Guy* (Arsinoé), Ponsin (Eiiante).

3. MM. Provost (Argant), Régnier (Thomas); M"« Aug. Brobia(Toinette).

ANNÉE i863. 365

à-propos en vers, les Embarras de la Comédie^ composé par M. Henri Derville et lu par M. Got, complète ce. beau spectacle, que termine la cérémonie traditionnelle du défilé des acteurs, cérémonie présidée par le même M. Got. Lorsque M. Geffroy, qui vient de remplir le rôle d*Alceste avec un succès tout spécial, passe à son tour devant le public, réminent sociétaire est salué par une double salve d'applaudissements.

20 Janvier. — Bonne reprise de Mérope^ tragédie de Voltaire. C'est M"« Guyon qui joue le rôle de la Reine, toujours un peu mélodramatiquement, mais avec une grande tenue et beaucoup d'autorité sur le public. Les honneurs de la soirée lui reviennent de droit. Citons encore Maubant, qui représente le vieuxj Narbas ; Chéry, qui fait Polyphonte; Worms, Égiste, et M"« Tordeus, fort convenable dans le grand et long récit du dernier acte, qui n'a rien à envier à celui de Théramène. Enfin, notons les timides débuts, dans la tragédie, de Châtelain et de Raymond, qui remplissent les petits rôles d'Erox et d'Euriclès, sur lesquels il n'est guère possible de juger de leur talent. M. Raymond, d'ailleurs, n'a fait que passer à la Comédie-Française, car il est mort prématurément le 1" juillet de l'année suivante, et M. Châtelain n'y a point non plus trouvé une situation définitive.

Le 23 janvier, débuts, dans le Misanthrope ^^ de M"« Lloyd , belle et grande personne qui arrive directement du Conservatoire, et qui manque avant tout d'expérience. Elle a en outre un léger défaut de prononciation qui est surtout sensible quand elle dit des vers, et

I. M£me remarquable distribution que celle du i5 janvier, à l'exception des rôles d'Arsinoé, que joue M"» Nathalie, et de. Dubois, où Coquelin remplace Monrose.

dont elle ne s'est jamais complètement débarrassée; le 6 février suivant elle joue, pour son deuxième début, Isabelle de V École des maris *, et le 27, Rosine àM Barbier de Séville, C'est ce dernier rôle qui lui est le plus fevorable. M"« Lloyd deviendra d'ailleurs, par la suite, une fort utile pensionnaire, mais sans s'élever jamais au premier rang. Célimène a toujours été un rôle trop difficile pour elle, mais elle a joué avec plus de succès l'Agathe des Folies amoureuses et Chérubin du Mariage de Figaro.

Le 10 février, reprise d^ Attende j-moi sous l'orme^ comédie en un acte, en prose, de Regnard, et la première qu'il ait donnée à la Comédie- Française. Coqudin y est fort amusant dans le rôle de Pasquin^ mais la pièce ne tient cependant l'affiche que quelques soirées 2.

I" Mars. — M. Samson va se retirer définitivement et quitter à jamais le théâtre. L'illustre doyen de la Comédie-Française donne, pendant le dernier mois de son séjour, une série de représentations consécutives dans lesquelles il repasse tout son répertoire. C'est sa vie dramatique tout entière, si longue et si remplie, qui va se dérouler en quelque sorte sous nos yeux, et le vieil acteur se montre encore plein d'une verdeur et d'une jeunesse extraordinaires dans tous ces rôles qu'il a si longtemps

1. MM. Maubant (Ariste), Talbot (Sganarelle), Eug. Provost (Ergaste), Ariste (Valère); M»" Bonval (Lisette), Ponsin (Léooor), Lloyd (Imbelle).

2. Jouée pour la première fois le 19 mai 1694. On a prétendu que Dbfresny avait été pour cette pièce le collaborateur de Regnard. Cest là ooe erreur qui provient de ce fait que l'année suivante (i 1 janvier 1693], Dofresny fit représenter une farce sous le môme titre. — Ont repris les rôles: MM. Garraud (Dorante), Coquelin (Pasquin); M>m Rosa Didier (Colio), Deschamps (Agathe), D. Félix (Lisette).

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joués et dont quelques-uns remontent même à ses premiers débuts. Le 1" mars, il joue une dernière fois JBertrand et Raton (Bertrand); le 3, Hector du Joueur; le 6, Mascarille de l'Étourdi; le 8, Sganarelle de Don Juan; le 10, Sosie dH Amphitryon et Duchemin de/a Belle^Mère et le Gendre; le 12, Jourdain du Bourgeois gentilhomme; le 17, Dubois des Fausses Confidences ; le 20, Cliton du Menteur; le 22, Bridoison du Mariage de Figaro; le 24, Miremont de la Camaraderie; le 27, Dubriage du Vieux Célibataire et Pasquin du Jeu de V amour et du hasard; le 29, Dupuis 'du Village et Cliton du Menteur^ et enfin le 3i, pour sa dernière soirée, qui voit aussi la dernière représentation de M. Maillart, le marquis de La Seiglière, dans la pièce de ce nom, M. Maillart jouant Bernard Stamply.

Cette suprême soirée fut l'occasion et l'objet d'un triomphe exceptionnel pour cet artiste éminent, qui appartenait depuis 1826 à la Comédie - Française, dont il était sociétaire dès 1827. Voici en quels termes le registre journalier du théâtre en résume la conclusion :

A la fin du spectacle, quand le public en masse a rappelé les acteurs, toute la Comédie s'est rangée des deux côtés de la scène afin de faire honneur au doyen des sociétaires donnant sa dernière représentation. Couronnes et bouquets sont tombés à ses pieds, et des bravos unanimes Tont accompagné jusqu'à sa sortie du théâtre pour se rendre chez lui *.

I. C'est pendant tout le cours de cette représentation de Mademoiselle de La Seiglière que le public manifesta à Samson et ses regrets et son admiration. Vers les dernières scènes de la pièce, une couronne lancée d'une avant-scène par une très-grande dame vint tomber aux pieds du vieil acteur, et aussitôt la foule éclata en applaudissements prolongés qui émurent si fort Samson qu'il ne put jouer la fin de son rôle que les larmes aux yeux et d'une voix tout affaiblie. A l'issue de la représentation, une foule com-

Le 14 avril suivant, eut lieu la représentation de retraite donnée au bénéfice de M. Maillart, après vingt-quatre ans de services. M. Samson parut une fois encore dans Mademoiselle de La Seiglière et dans le troisième et le quatrième acte du Bourgeois gentilhomine ^ et M. Maillart )0ua également pour la dernière fois le rôle de Bernard Stamply ^. Acteur froid, compassé, ayant une prononciation défectueuse et désagréable, M. Maillart avait cependant de grandes qualités comme comédien de tenue et de traditions. Sociétaire depuis 1846, il avait quelques remarquables créations à son actif et on se souvenait de lui, surtout dans Mademoiselle de Belle-Isle (d'Aubigny} et dans Attgelo (Rodolphe). Il était le frère aîné d'un cornp3siteur de grand talent, Aimé Maillart, Tauteur des Dragons de Villars et de Lara , 'mort prématurément en 1871.

10 Avril.— M. Coquelin paraît pour la première fois dans le rôle de Figaro du Barbier de Séville, Ceux qui ont vu

pacte se porta à la sortie des acteurs, et lorsque M. Samson parut, œae foule, qui était composée de près de cinq cents personnes, acclaou cbiadement Téminent comédien, qui faillit se trouver mal sous le double poids de son dernier triomphe et de son émotion. — M. Samson a alors exictement trente-sept ans de services à la Comédie-Française, où il a joac dans deux cent cinquante pièces, dont quatre-vingt-seize créations. Coamc professeur, il compte de célèbres et 'aussi d'illustres élèves : M"** Racbe', Ârnould-Plessy, les deux Brohan, Rose Chéri, Ou von, Denaio, BoaTil, Emilie Dubois \ enfin il a aussi donné ses conseils à M»> Nathalict Jii<iiA« Dorval, à son gendre Ch. Berton et à son petit-fils Pierre Bert(Hi.—Apr» son départ de la Comédie-Française, M. Samson a été décoré de la Légioa d'honneur comme professeur au Conservatoire (i5 août 1864). Il ^ mort au mois de mars 1871, en pleine Commune; ses obsèques oot ea lieu le 3i.

I . Très-brillante soirée, incidentée d'acclamations et de rappels répctés pour les deux comédiens qui se retirent, et à laquelle assistent rEmpereor et l'Impératrice.

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ce déjà remarquable comédien dans le[Mariage de Figaro peuvent établir et constater la différence d'interprétation qu^il a donnée à ce même personnage dans les deux pièces. On n'est ni plus jeune, ni plus brillant, ni plus insouciant que Coquelin dans le Barbier; le Figaro duMariage est déjà un homme fait, mûri par la traversée de la vie et aussi par le changement de situation qui est résulté pour lui de Tunion du Comte avec Rosine. Cette nuance, qu'un artiste de valeur pouvait seul faire suffisamment ressortir, M. Coquelin s'est bien gardé de la négliger, et il a d'ailleurs joué avec une verve étourdissante ce rôle merveilleux qui, dans le répertoire classique, demeurera toujours l'un de ses plus populaires et de ses meilleurs *.

I. MM. Bressant (Almaviva), Talbot (Bartholo); M^i* Lloyd (Rosine).

Voici comment M. Th. Gautier a )ugé successivement M. Coquelin dans les deux pièces :

• Le Mariage de Figaro 1862) : au Théâtre- Français, un acteur intelligent, mais qu'il fallait chercher dans l'ombre discrète du second ou du troisième plan, vient de se mettre en pleine lumière et d'y montrer les qualités les plus rares. Nous voulons parler de Coquelin dans le Mariage de Figaro. C'a été pour tout le monde une surprise. Eh quoi ! Figaro, ce rôle si difficile, si complexe, qui exige le sang-froid d'un diplomate, l'esprit d'un démon, la souplesse d'un clown ; Figaro, ce paradoxe étincelant, cette verve endiablée, cette imagination inépuisable, cette raillerie à flèches barbelées, cette impertinence toujours sûre d'elle-même et qui ne reste jamais à court, tout cela rendu par Coquelin, un novice, presque un inconnu! Mais on ne joue pas plus Figaro qu'on ne joue Alceste, don Juan ou Ham- Ict; les comédiens les plus consommés n'y suffiraient pas. Que d'études, que de réflexion, que de travaux il faudrait pour cela! Vous rêvez. — Cepeodaot Coquelin, ce jeune homme condamné naguère aux utilités, a très-bien joué Figaro. Pourquoi? Parce qu'il est jeune, parce qu'il est spjjrituel, parce qu'il est alerte, parce qu'il a envie de percer, de se faire sa place au soleil. Voilà bien des raisons : ellôs valent mieux que les traditions notées, les intonations apprises, les poses conservées dans les gravures. »

U Barbier de Séville (i863) : « La dernière représentation du Barbier a fait voir qu'après Monrose, qu'après Régnier, il y aurait encore, rue de Richelieu, un Figaro digne de Beaumarchais. Coquelin a été ce Figaro. Il

L'année ne devait pas d'ailleurs se terminer sans que U comédie consacrât d'une manière éclatante les mérites si pleins d'espérance de son jeune pensionnaire. Elle l'appela aux honneurs du sociétariat en même temps que M. Worms. L'admission de ce dernier artiste ne fut pas sanctionnée par le ministre d'État, pour des motifs tout à fait étrangers à l'art, et auxquels nous avons déjà fait al* lusioni; quant à la nomination de M. Coquelin, il eût été

a montré dans ce rôle si brillant et si périlleux, un entrain merveilleux, aoe verve étincelante et cette légèreté de la jeunesse qui prête des ailes i ce type turbulent du barbier toujours actif, toujours alerte, toujours prêt à tout et dont les mots éblouissent Tesprit comme les paillettes de sa veste éblouissent les yeux. Son succès a été des plus vifs, mais il ne nous a pis étonné. ■

Quant à M. Vapereau H* Année littéraire^ tome VI), il reproche, Jo contraire, à M. Coquelin de s'être fait trop jeune, et de nous avoir doooi plutôt le Figaro de Rossini que celui de Beaumarchais. Il aurait voola qoe l'excellent artiste montrât plus de • philosophie ■ dans rinterprétatioo da rôle. Nous citons cette opinion sans la discuter, ce qui nous entraînerait va peu loin, mais pour bien faire voir combien M. Coquelin, dont les débuts avaient passé presque inaperçus, trois ans plus tôt, occupait déjà ratteotioo de la critique.

I . Quand le pensionnaire proposé a été élu par le comité, tout L'est pas fini pour lui et sa nomination rie devient définitive que lorsqu'elle a été approuvée par le ministre d'État. Dans le cas présent, la double éleclioû de Worms et de Coquelin par le comité était un fait accompli, témoio ces lignes de Th. Gautier dans son feuilleton du Moniteur, en date du 3o novembre : « Terminons par une bonne nouvelle : le comité de la Comédie- Française a admis au sociétariat MM. Worms et Coquelin; Worms, le charmant jeune premier; Coquelin, l'étincelant Figaro... On ne saoriii qu'applaudir à cette mesure. Pourquoi attendre, pour nommer sociétaires les pensionnaires, quiils n'aient plus ni mémoire ni talent? a Or, le ministre, qui avait un autre candidat, agréable en haut lieu, refusa de reconnaître l'élection de Worms et exigea celle du susdit candidat. Nous n'avons pas à entrer ici dans les discussions d'intérieur, et même dans les commérages auxquels donna lieu cette dernière élection quasi souveraine; mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle eut lieu, contre l'avis du comité, et que M. Worms, nommé par lui, fut rejeté par le ministre. J'ai déjà dii que, de dépit, cet artiste si distingué et bien autrement utile que celui qu'oa lui préféra, quitta peu de temps après la Comédic-Françaiie.

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plus difficile de ne la point confirmer, tant Topinion publique l'avait, par sa constante faveur, comme indiquée et ratifiée par avance.

12 Mai. — M"* Agar effectue son premier début d^ns le rôle de Phèdre. Cette jeune tragédienne jouit déjà d'une certaine réputation qu'elle a conquise un peu partout, et d'abord au petit théâtre de la Tour-d*Auvergne, dont elle a été longtemps l'étoile*. L'Odéon est la première grande scène où elle se soit ensuite montrée, et elle y avait obtenu quelque succès dans Phèdre et les Horaces, Elle venait de créer un rôle important à la Porte-Saint-Martin, dans un drame de M. Garand, les Étrangleurs de Vlnde^ lorsqu'elle fut enfin appelée àdébuter à la Comédie- Française 2 •

1. Ce petit théâtre de la Tour-d'Auvergne a été une pépinière de jeunes talents, dont beaucoup se sont fait jour par la suite sur les principaux théâtres de Paris. Citons, à la date de i863, pour la Comédie-Française : MM. Saint-Germain, Gibeau, Guichard, Delille, les frères Coquelin, Prudhon, Laroche, Worms, F. Beauvallet, E. Provost, P. Berton ; M»" Emma Fieury, Jouassain, Savary, Valérie, Stella-Colas, Rousseil, Ponsin, Tordeus, Cornélie, Agar, etc., et pour les autres théâtres de Paris : MM. Dieudonné, Deltombe, Deshayes, Grenier, Ch. Lemaître, Maurice Coste,Talien, Alex. Lemoine, Mario Widmer, P. Laba; et M»" Chaumont, de Villeneuve, Silly, Ferraris, Juliette Beau, Aimée Desclée, Periga, de Géraudon, Marie Delaporte, Bilhaut,- Antonine, Méa, ûelille, Germa, Léonide Leblanc, etc.... Voir, sur ce théâtricule, une petite brochure, aussi rare que curieuse, et qui a paru, en 1862, sous ce titre : les Petits Mystères de l'Ecole lyrique, in-i8, E. Sausset, galeries de l'Odéon, sans nom d'auteur,

2. MH« Florence- Léonide Charvin, dite Agar, née à Saint-Claude (Jura) le 18 septembre i836. Arrivée à Paris en i853, elle fut d'abord maîtresse de piano, puis, comme elle avait de la voix, elle se mit à chanter dans les cafés-concerts, oùjelle interpréta avec une certaine vigueur tragique des chants spécialement composés en vue de son talent. C'est au théâtre Beaumarchais qu'elle parut pour la première fois sur la scène dans une cantate en l'honneur de la victoire de Solferino (1859). Le professeur Ricourt, à qui elle fut alors présentée, commença par la faire changer de nom et lui donna celui d'Agar, prétendant qu'après les grands succès de ^chel, toutes les tragédiennes devaient prendre leurs noms dans la Bible.

dans l'un des personnages tragiques les plus difficiles du répertoire, Tun de ceux où Rachel a laissé surtout les plus grands souvenirs. Cette audacieuse tentative ne lut pas couronnée de succès, et d'ailleurs le début de M^^ Âgar fut troublé par un accident qui ne permit pas de la juger suffisamment dès le premier soir. Elle fit, en sortant de scène après le premier acte^, une chute qui interrompit longuement la représentation et après laquelle elle ne put jouer que les second et troisième actes. Il fallut, au quatrième acte, baisser le rideau, et là continuation des débuts

Elle débata, soas sa direction, à la fin de i85o, aa théâtre de la Tourd'Auvergne, dans Don César de Ba\an ; elle y joua peu après Phtdrt pour la première fois. Voici comment la petite brochure, ci-dessus citée, parle d'elle à propos de terrible rôle : 1 Le 6 mars 1S60, MU* Apr débutait dans Phèdre; dans Phèdre^ mon Dieu, oui ! elle qui, six semaines auparavant — elle le dit elle-même — ne se doutait pas qu'il e&istit une pièce de ce nom. Ce début fit honneur à Ricourt; son élève était belle, bien disante; les hésitations disparurent peu à peu... Malbeureosement, les leçons se faisaient encore sentir dans la diction; mais M"* Apr ne laissa pas à Ricourt le temps de façonner cette ébauche, de polir o» rugosités; elle se hâta trop de débuter à l'Odéon, et, admirable dans Phè^ drc (c'est la brochure qui parle !), elle dut nécessairement &ibUr dans Horace. N'importe, l'avenir est à elle!... ■ Elle parut snccessivemeot en* suite dans Agnès de Méranie, Afédée, Lucrèce^ etc. C'est là que l'Odéon vint la chercher pour lui faire jouer la tragédie au delà des ponts. Elk eut, devant ie jeune et intelligent parterre de ce théâtre, un grand saa'ct de beauté, et son talent abrupt, rude, peu mesuré, mais d'une inspiratioa personnelle étrange et communicative, produisit un très - vif effet. Le nom de Mtu Agar était désormais, bien que trop prématurément peutêtre, livré ù la célébrité.

I. Voici en quels termes le registre du théâtre raconte cet accident: • En faisant sa sortie du premier acte, MUe Agar est tombée sur une grille du calorifère et elle s'est blessée grièvement à la figure et surtout au nez. Elle a pu jouer néanmoins les deux actes suivants; mais au quatrième, il a fallu baisser le rideau sans finir la pièce, MU« Agar s'étant trouvée mal dans les bras de la suivante Œnone. » — Les autres rôles de Phèdre sont joués par MM. Maubant (Thésée), Guichard (Hippol)te;, Chéry (ThéramèneJ; M"*« Favart (Aricie), Tordeus (Œnone).

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de M^*« Agar fut reportée au mois suivant. Le 9 juin, elle reparut dans le même rôle, et, entièrement remise des suites de sa chute et même de Témotion inséparable de tout premier début, elle se montra avec plus de sûreté d'elle-même et par conséquent aussi complète qu'elle pouvait rôtre.

Mlle Agar ne manque certes ni d'intelligence, ni de talent, elle a de la physionomie et même un ensemble de qualités assez remarquables, 'mais que l'étude n'a point suffisamment préparées ni assouplies. Elle joue trop, [eu effet, avec son inspiration propre et sans grand souci d'observer ce qu'on appelle les règles de l'art, qu'elle connaît évidemment fort peu. Elle cherche des effets de vigueur dans l'abus du geste ou de la voix, et cette voix, qui est en général un peu sourde, ne gagne pas â être forcée par des éclats inattendus. Enfin, bien qu'elle ait une assez grande expérience du théâtre, elle semble parfois gauche et gênée, et, défaut capital pour représenter les grandes reines classiques, elle a trop de laisser aller, ce qui ôte de la distinction à sa tenue. Le 19 juin suivant, elle joue Andromaquè, dans la tragédie de ce nom *; enfin, le 24 du même mois, elle effectue son troisième et dernier début dans Clytemnestre àUphigénie en Aulide 2.

Cette première incursion de M^^® Agar sur la scène du Théâtre-Français ne lui fut donc pas entièrement favorables, et elle quitta bientôt la rue de Richelieu pour al-

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