MU« Favart (Monime) ; M. Maubant (Mithridate
4. MM. Régnier (l'Intimé), Got (Petit-Jean); Mm Dnboia (IsabeOe), Jouatsain (la comtesse).
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succès, de fort remarquables Stances de M. Henri de Bornier.
Nous retrouvons dans ces beaux vers les grands traits * de la vie de Racine, ses amours, ses grandeurs, ses tristesses finales surtout, quand la disgrâce imméritée du Roi vint frapper au cœur le trop sensible poëte; c'est aussi ce passage qui a été le plus applaudi :
Hélas! ce noble cœur...
Caressant ces douleurs que chacun porte ejn soi, Délivré d'une chaîne, il s'en forgeait une autre, S'arrachant à l'amour et se donnant au roi!
Il l'aimait jeune prince à qui tout rend hommage. Il l'aima vieillissant, grave et silencieux; II. trouvait dans son roi le modèle et l'image De ceux que son théâtre a fait vivre à nos yeux;
C'est par là qu'il comprit le tendre et long supplice De ces reines en pleurs, au regard triste et fier; Titus, c'était le roi perdant sa Bérénice; Âssuérus, le roi que charme une autre Esther.
Le roi, c'est presque un Dieu; sa main brise ou relève, Son regard peut tuer... et le poète un jour, De ce regard plus froid frappé comme a'un glaive. Sentit la mort prochaine et partît sans retour.
26 DÉCEMBRE. — L'année finit par un grand deuil pour la Comédie- Française ; M. Provost père vient de mourir, des suites d'un anthrax, à Tâge de soixante-sept ans : il avait acquis Padmiration des vrais connaisseurs par Texquise finesse et le naturel de son jeu; il était même par-* venu à une telle perfection dans certains rôles classiques , V Avare ^ Tartufe^ le Malade imaginaire, P École des/ent' mes y etc., que le gros du public qui souvent n'apprécie un artiste qu'en raison des efforts qu'il lui voit faire et qui.
depuis de longues années était habitué au talent si complet, mais si simple de Provost, en était venu à ne plus le juger suffisamment à sa haute et incomparable valeur i. La mort de cet artiste éminent lui a rendu sa place véritable. Il était bien remarquable aussi dans certains personnages tout modernes, dans Toncle Van-Buch dV/ ne faut jurer de rien^ le préfet, de Bataille de darnes^ le bonhomme Jadis, dans la pièce de Murger, Maréchal, du Fili de Gibqyer^ Poirier, dans le Gendre de monsieur Poirier, etc. Il gardait dans ses rôles, même les plus comiques, une grande mesure et il s'y montrait toujours original et spirituel ; enfin personne n'a eu au même d^ cette rare qualité de véritable bonhomie qui était d'ailleurs che;; lui un don de nature 3.
Le lendemain 27, la Comédie fit relâche pour assister tout entière aux obsèques de Provost ; au cimetière trois
1. « Quel naturel, quelle bonhomie et en même temps quelle fiaessc! C'est un grand, un très-grand acteur que Provost, et si un pareil comdiien se révélait aujourd'hui tout d'un coup, nul doute qu'il ne fît courir la fool« à la Comédie-Française; mais parce qu'il est arrivé à la perfection par IV tude, que ses progrès ont été de chaque jour, Provost, comme Tenfaot qœ sa famille n'aperçoit pas grandir, s'est élevé à la hauteur des pluséminents artistes sans que, pour ainsi dire, le public y ait fait attention et sa rcoofflmée n'est point populaire, et il joue les trois quarts de Tannée devant des salles vides!... » (Th. Gautier.)
2. Cette bonhomie, cette simplicité, cette honnêteté que la vue de sos bon et aimable visage inspirait à tout le monde, lui avaient valu les moileuresetlesplus solides amitiés. Comme son camarade Régnier et qoelqne» autres rares comédiens, Provost avait la vie privée la plus honorable et U plus digne ; aussi fut-il regretté de tout le monde : « Provost, écrirai: M. Paul Dalloz dans le Moniteur^ en annonçant sa mort, n*hooorait pu seulement l'art dramatique, mais sa profession ! De justes éloges, tvui bien mérités par l'homme que par l'artiste, s'élèventj de tontes parts pour témoigner en quelle estime étaient tenus l'un et l'autre. Si sa mort laisse un grand vide dans la maison de Molière, elle en laisse on plus grand OH core dans le cœur de ses amis* ■
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discours furent prononcés sur sa tombe par MM. Samson, le baron Taylor et Edouard Thierry. Le directeur de la Comédie- Française nous a parlé surtout de Tamour que Provost avait pour son art, et il a heureusement résumé le sentiment d^appréhension quVvait toujours manifesté l'artiste, que la Comédie venait de perdre, à la pensée d'une retraite dont chaque année rendait pour lui Theure plus prochaine.
. i . La mort nous a pris un illustre comédien qui nous promettait hier encore dcine pas se séparer de nous et qui nous devait donner — il s'y engageait par serment, ne sachant pas, hélas! qu'il donnait si peu — le reste de sa vie... Il s'est éteint. Cruelle pour ceux qui l'ont perdu, pour lui, sa fin a été douce et telle qu'il l'eût désirée lui-même; à peine a-t-il pressenti les approches de la mort et aussitôt qu'elle Ta touché, il ne l'a plus reconnue; une faiblesse sans douleur, une rêverie pleine de l'espoir de la guérison prochaine, [une nuit sans paroles, un soupir, profond, suivi de deux autres soupirs, tout était fini... Heureux encore, faut-il le dire, heureux en ceci qu'il cessait d'être et d'être artiste. Des deux morts infligées à la profession de comédien, la dernière lui est venue comme le sommeil ; la première, celle qu'il redoutait le plus, Theurç de la retraite, lui a été épargnée ^
I. La famille de M. Provost a publié, en 1867, une grande plaqueUe infolio, imprimée chez Claye et dans laquelle se trouve résumée toute sa vie dramatique. Jean-Baptiste Provost était né le 25 janvier 1798; il avait obtenu au Conservatoire le deuxième prix de tragédie, le 25 novembre 1818; engagé à l'Odéon [le i«r mai 18 19, il était devenu sociétaire de ce théâtre — qui était alors organisé en société — le pr avril 1821. Il y resta dix ans et y créa ou y reprit cent quatre-vingt-six rôles. Le !«» octobre 1829 il entra à la Porte-Saint-Martin et y demeura jusqu'au !«» février 18355 il y parut dans soixante et une pièces/ Engagé à la Comédie-Française le ler mars i835, il devint sociétaire le i" avril 1839; il y joua dans cent quarante-trois pièces. Nommé professeur adjoint au Conservatoire, le i«r février i836, il fut créé professeur titulaire le i« février 1839.— Le
19 avril 1866, la Comédie donna, au bénéfice de la veave de Provoat, la représentation de retraite à laquelle il avait droit; elle fat composée du deuxième acte du Mariage de Figaro^ joué exceptionnellement par MM. Samson (Antonio), Bouffé (Basile), Numa (Bartholo), M** Ugaldc (Chérubin); le Village^ avec M. Samson dans le rôle de Dapuis; Ut Cn* rieuses, comédie, par les artistes du Gymnase; la Corde semibk^ vaiideville, par les artistes du Palais-Royal; et un intermède de chant par MM. Villaret, Caron, Obin et M** Marie Sass, artistes de TOpéra.
Cette belle représentation finit seulement à une heure et demie du matia et produisit une recette de i3,833fr.
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L'année 1866 débute victorieusement, le 18 janvier*, par la première représentation du Lion amoureux, comédie en cinq actes, en vers, de M. Ponsard, qui obtient un grand succès de circonstance surtout. Elle est venue bien à son heure, opportunément, mettant en scène des républicains et des royalistes, au moment même où le gouvernement autoritaire qui les avait remplacés au pouvoir était à son plus haut point de puissance et de splendeur, les plaçant en antagonisme, il est vrai, mais pour dénouer simplement, comme dans une fin de vaudeville, la grande querelle de principes qui les a toujours séparés. La pièce, peu intéressante par elle-même, et dont la situation principale se renouvelle d'acte en acte^ s'est relevée surtout par ses côtés épisodiques, ses traits anecdotiques, par la
I. Le i5 janvier on avait célébré le 244* anniversaire de la naissance de Molière, par une représentation composée de Tartufe (M. Leroux) et du Malade imaginaire avec la cérémonie. — Notons encore qu'à la fin de ce même mois de janvier, M^^ Judith se retire définitivement de la Comédie-Française.
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peinture assez exacte d'une époque historique célèbre et enfin par la variété des incidents ne touchant pas directement à l'action ; tout cela beaucoup plus mouvementé et attrayant, en somme, que cette action même qui n'est ni nouvelle ni rajeunie.
Nous sommes au lendemain de thermidor, sous le rè* gne relâché du directoire l, et à ce moment où les vrais républicains pressentent déjà, en voyant Tinfiuence de la réaction grandir de jour en jour, la venue prochaine d'un despote. Au milieu de cette société renouvelée qui vit d'abord dans la corruption mondaine et Tintriguc, l'auteur nous présente un de ces généraux de la république, le citoyen Humbert, homme resté inébranlable dans ses idées et dont, en conséquence, les opinions sont en désaccord avec le courant nouveau. C'est « le lion » de la pièce, celui-là même qui devient amoureux de la belle marquise de Maupas, fille d'un royaliste compromis, le comte d'Ars, et fiancée à son beau-frère, le comte de Maupas, également condamné, comme émigré, et dont elle vient en personne demander la grâce à ce général infleiible, qui est à la fois membre de la Convention et du Comité de salut public. Humbert était le fils de Tun des vassaux de la famille de la marquise et celle-ci se troure avoir partagé avec lui les jeux de son enfance. Tous dcui se reconnaissent; la marquise est jeune, belle, séduisante et Humbert se dévoue aussitôt à son service. Elle exerce même du premier coup un empire assez grand sur sa volonté, devenue faible devant elle, pour le faire consentira assister à une soirée chez M™' Tallien, dont le salon sert
I. Le premier titre de la pièce Madame Tallien avait TaTantage d'iBdiquer cette époque précise sur l'afiBche.
de rendez-vous à tous les conspirateurs et à tous les mécontents; on trouve d'ailleurs, dans la société assez mêlée de ce salon des gens de tous les bords et jusqu'à Bonaparte lui-même, qui, d'ailleurs, ne paraît là que pour faire nombre, étant encore insuffisamment connu. C'est enfin dans ce salon où cette jeunesse dorée du jour, qui fait cortège à Mm« Tallien, prodigue à la République son dédain et ses insultes, qu'Humbert, poussé à bout, éclate tout à coup et jette à la face de cette société, qu'il considère comme abaissée et avilie, une virulente apostrophe où il venge noblement et fièrement la Ré*publique outragée.
Le drame était bien noué jusque-là et ce curieux deuxième acte que termine la grande scène dont je viens de parler, avait porté jusqu'aux nues l'enthousiasme du public ; la suite n'a pas été, malheureusement, à la même hauteur et le drame, si bien commencé, tourne, dès le troisième acte, à la sentimentalité et aux expédients. Humbert veut épouser la marquise ; il devient donc jaloux du comte de Maupas, son beau-frère, que son père lui destine; il le sauve cependant par magnanimité d'âme et la marquise répond à une si belle action par une déclaration d'amour qui ravit d'abord Humbert. Mais le comte d'Ars refuse son consentement à une telle mésalliance et il jure de se livrer à ses ennemis si sa fille veut enfreindre sa volonté paternelle. La marquise se sacrifie donc : « Je t'aime et je te fuis 1 » crie-t-elle à Humbert, qui est devenu de plus en plus intraitable et jaloux, surtout depuis qu'il a rencontré chez la marquise le jeune et brillant vicomte de Vaugris, son cousin, qui lui fait aussi la cour.
Humbert, dans son désespoir, part pour l'armée de Bretagne avec son ami Hoche, confident de ses chagrins, à qui l'auteur a eu le tort de ne donner qu'un rôle épiso-
dique dans la pièce. Au dernier acte, nous sommes près de Quîberon, au lendemain de la sanglante défaite des royalistes. Humbert, qui voulait se feire tuer, n*a pu y réussir ; mais parmi les prisonniers de la bataille se trouvent le père de la marquise et le vicomte de Vaugris; quant au comte de Maupas, il est mort bravement pour sa cause. Sur l'intervention d'Humbert, Hoche accorde la vie sauve au comte d'Ars, mais Vaugris doit mourir, et il meurt, en effet, en gentilhomme, fièrement, le sourire aui lèvres, encore galant au moment suprême, se bornant â regarder d'un œil d'envie, quand le peloton d'exécution vient le chercher, sa belle et noble cousine qui va décidément se mésallier en épousant ce roturier d'Humbert.
C'est bien là, comme on le voit, un sujet de banal mélodrame, mais encadré cette fois dans une intrigue de comédie, laquelle n'est Ipas non plus bien forte ni bien nouvelle. Cette idylle de la passion contrariée du. rigide Humbert et de Mm« de Maupas est d'une trame aussi 6> ble que fade, et le farouche républicain n'est qu^un hoa assoupli et diminué. Ce sont là des caractères fort incom- ^lets et trop mollement tracés. Leurs amours ne nous iotéressent guère, mais seulement le milieu social et politique au milieu duquel l'auteur les a placés et où ils se déroulent. C'est là, je le répète, le côté vraiment curieux de la pièce et, â ce pomt de vue, le second acte qui se pass: chez M^^ Tallien où se trouvent réunis les types les plu5 variés de la république athénienne de 1 795 est complètement réussi ; il a, en somme, décidé le grand succès d3 drame. Il convient d'ajouter que nous étions alors es plein empire, à une époque où le mot de République et *e titre de républicain étaient sévèrement proscrits et où il t fallu, non pas une condescendance de la censure, qui, pir état, se fût montrée inflexible, mais bien rintenrentioo
directe et la volonté du souverain, pour qu^une pièce où figurait la tirade dans laquelle Humbert célèbre les hauts faits militaires de la Révolution et de la Convention, ait pu être permise. C'est donc l'effet de ce second acte et de
ce brillant passage si vigoureusement enlevé par M. Bressant, qui a surtout attiré la foule, à ce point qu'aujourd'hui, à dix ans de distance, les temps et les milieux ayant si radicalement changé, une reprise du Lion amoureux aurait, croyons-nous, une chance bien moins grande de succès.
Le soin avec lequel M. Ponsard a tenu une juste et pré^ cise balance entre les deux t)artis quUl mettait en scène, les présentant chacun sous son jour le plus favorable et le meilleur, a été une habileté obligatoire à une époque où, sans doute, on ne lui eût pas permis de provoquer un scandale en portant trop haut l'un aux dépens de l'autre; mais, en revanche, cette habileté même a tourné contre la pièce d'où a disparu tout intérêt de discussion aussi bien que toute apparence de passion politique, ce qui a ajouté encore à la monotonie d^un sujet si peu fertile déjà en incidents dramatiques. Quant à la poésie de M. Ponsard, elle s'est élevée en quelques endroits à la hauteur même des idées nobles et grandes qu'elle avait à rendre, et notamment dans trois passages justement signalés et applaudis : la tirade d'Humbert, celle de Vaugris sur a les vilains parvenus » et enfin celle de la marquise plaidant devant son père la cause de l'alliance du passé et de l'avenir, — c'est-à-dire de son mariage avec Humbert.
De l'interprétation, je ne veux, après le personnage d'Humbert, garder qu'un rôle, celui du vicomte de Vaugris, ce jeune, léger et brillant représentant d'un régime vaincu et tombé, mourant avec tant de simplicité et de vaillance, et que M. Delaunay a joué avec une grâce,
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une jeunesse et une distinction sans pareilles &. Disons enfin que le succès du Lion amoureux a été considérable. On a donné la pièce cent fois de suite, jusqu'aux chaleurs de Pété; elle a, en outre, été reprise, ainsi que nous le verrons plus loin ; mais, nous ne saurions trop le dire, ce n'est pas une pièce de répertoire^.
Il Ont créé Us rôles : MM. Leroux (rôle épisodique de Hocbe], Delto* nay (vicomte de Vaugris), Maubant (comte d'Ars), Bressant (Hambert), p)quelin (bien original dans le petit personnage du farouche répoUtciia Aristide)) Eug. Provost (un bien curieux et parfait Muscadin), Barré (Épictète)t Guichard (Barras), Prudhon (qui aura représenté, an moios une fois en sa^ vift, le général Bonaparte); M*** Mad. Brohan (la marquise de Maupas), Edile Riquer (M»« Tallien ; c'est le meilleur rôle que œttt jolie comédienne ait jamais eu à créer à la Comédie-Française); Poosio (trè»-piquante dans son rôle épisodique de Gérés), Lloyd (Yvoane)i Aa* gelo, qui débute.par le petit rôle de Margalt. Elle a joué ensuite CéliaiK de la Comédie à Femey (i«r mars); une jeune Israélite, dans Estkir (18 mars); Isabelle de l'École des maris (11 août); Hippolyte de Id Ci^ (9 janvier 1867), etc. Cette jeune et jolie comédienne est d^ailleurs restcc peu de temps à la Comédie- Française et elle a mieux réussi, depuis, ao théâtre du Gymnase.— Divers petits rôles sans importance, deux sol datt, Mikel, Guillaume, une dame, sont remplis par MM. Verdellet, Troocbtt. Seveste, Masquillier et M^* Tordeus.
3. Il n'est point de pièce qui soit arrivée plus difficilement à la scèflc; les trois premiers actes avaient cependant été livrés assez vite; ils étaient « venus » plus facilement que les deux autres qui se firent plus longtemps attendre et que M. Ponsard, déjà miné par la maladie qui devait si prochainement l'emporter, n'envoya au Comité que scène par scène. Le dénoûment de son drame donna lieu entre autres à beaucoup de tâtooMments et de travail. Nous avons vu à la Comédie, dans la correspoodaoot laissée aux archives par M. Edouard Thierry^ des lettres et billets sasi nombre relativement à ces successives difficultés.— La première représentation fut très-brillante : l'Empereur et l'Impératrice, accompagnés de U princesse de Hohenzollern, occupaient la loge impériale: puis le priocc Napoléon et les princesses Clotilde, Mathilde et PrimoU. Enfin on se montrait aussi, dans cette belle assemblée, à la fois littéraire et politiqoe, U comtesse des Roys et son fils le vicomte des Roys, dont le père et •« grand-père, le général Hoche, occupait la scène; et d'autre part, k docteur Cabarrus, lils de M"» Tallien, dans le salon de laquelle se passait k second acte. Enfin Ponsard. lui-même vint au théâtre pendant le troiiième acte ; dans la crainte d'une émotion trop vive, on l'aYtit fait rester chet
17 Mars. — M. Got crée, à TOdéon, le rôle d'André Lagarde dans la Contagion^ comédie en cinq actes d'Emile Àugierl. Ce fait anormal demande une explication que nous ne donnerons, d'ailleurs, que sommairement et sans détails, ne voulant pas raviver des querelles intimes éteintes depuis de longues années déjà.
M. Got, qui était membre du Comité, avait renoncé vo-<
lui, mais à la suite de l'ovation triomphale du second acte, M. Emile Augier courut le chercher et le ramena à la loge où se trouvait déjà Mme Ponsard, car le succès était alors certain. — La critique fut, en gé* néral, favorable; pour les journaux d'opposition, il s'agissait là d'une pièce libérale : le Siècle alla même, dans son enthousiasme, jusqu'à déclarer, par la plume de M. de Biéville, « que c'était là un des drames les. plus transportants qu'on eût représentés depuis Corneille. » Au Constituîionnelf M. Nestor Roqueplan qualifia la pièce « d'œuvre d'historien et de philosophe et qui doit rester... » La Revue des Deux-Mondes fut plus sévère : « L'action, écrivit M. Saint-René Taillandier, est indécise et sour vent languissante; le style appelle des objections... Il y a trop de disparate dans les vers; après de fermes élans où se reconnaît Timitation de Cor* neille^ l'accent baisse tout à coup et la prose apparaît. » M. Paul de Saint- Victor disait, de son côté : « Ce drame a des parties faibles et des personnages mal venus ; la figure de Hoche est mollement tracée ; il joue auprès d'Humbert le rôle d'un confident à tricorne. Humbert lui-même est moins un caractère qu'un foyer de paroles et de sentiments généreux. » — Au point de vue de la recette, la pièce fut un grand succès; elle rapporta 172,593 francs dans ses trente premières représentations, soit, en moyenne, 5,753 fr. 10 c. par soirée: elle fut jouée cent fois de suite ju8« qu'au 10 juin, et avec des recettes encore respectables, quand vînt la chaleur; ainsi on fit 3,163 francs à la quatre-vingt-troisième (18 mai); 4i354 francs à la quatre-vingt-cinquième (2 1 mai] ; mais seulement 2,841 francs à la quatre-vingt-dixième (28 mai); et enfin i)597 francs à la centième (10 juin}. Le jour même de la soixante-douzième (3 mai, 4)700 francs de recette}, M. Ponsard avait été élevé au grade de commandeur de la Légion d'honneur.
I. La pièce fut jouée par MM. Got, Berton, Brindeau, Porel^ Thiron; M»M Thuillier, Doche, L. Qérard etDamain. Elle avait été reçue primitivement à la Comédie-Française sous le titre de le Baron d'Estrigaud, mais M. Âugier l'avait retirée lorsque commencèrent les répétitions du lion amoureux. Le dernier acte, qui avait compromis le succès de la pièce, a été récrit à nouveau par l'auteur pendant les représentations.
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lontairement à cette situation au moment de Télection que la Comédie avait été forcée de faire, à la fin de Tannée i863, au lieu de celle de M. Worms. L'éminent artiste désapprouvait en outre — à tort ou à raison — la marche donnée à certaines affaires de la Comédie. Notre confrère Fr. Sarcey, ami intime de Got et très au feit delà question, nous dit qu'il adressa, à ce sujet, rapport sur rapport au ministre compétent, et que las de ne rien obtenir, il finit par envoyer sa démission comme dernier argument. Cette démission, la Comédie, comme bien Ton pense, s'empressa de la refuser. Il y eut alors procès entre ce sociétaire qui voulait à tout prix se retirer et la Comédie qui s^opposait absolument à son départ. Le théâtre eut raison en justice et Got dut demeurer sociétaire, bien qu'il en eût!...
La situation était, par suite de cet éclat, devenue mo* mentanément bien difiicile et même assez fausse pour lui dans la maison de Molière. Il fit alors demander au Comité, par rintermédiaire de M. Emile Augier, l'autorisation d'aller créer à TOdéon le principal rôle de sa nouvelle comédie, la Contagion. C'était pour M. Got Toccasion d'une absence de quelques mois pendant lesquels les récriminations et les colères qu'avait fait naître sa querelle avec la Comédie, auraient chance de s'adoucir et de se calmer. Mais le Comité, qui ne voulait pas être agréable à M. Got, ne l'entendit point ainsi et refusa tout net l'autorisation demandée. Il fallut un ordre exprès de rEnap<reur lui-même pour que M. Got pût passer outre aux résistances de ses camarades. Il joua donc sur une autre scène la Contagion, comédie assez imparfaite qui n'obtint qu'une médiocre réussite, et qu'il alla ensuite représenter en province à la tête d'une troupe spéciale, courant de ville en ville, et cela sans grand profit ni succès.
Nous n'avons voulu que rappeler ici un incident qui fit un certain bruit en son temps^ sans en entreprendre la discussion ni même l'appréciation; mais jugeant toutefois comme bien jugé le procès survenu alors entre M. Got et la Comédie, puisque son résultat a été de conserver à la scène illustre de la rue de Richelieu un de ses plus éminents comédiens.
Le 6 juin, la Comédie donne, au profit de la souscription ouverte en faveur des victimes d'une explosk>n survenue dans une fabrique de produits chimiques, à la Villette^, sa représentation annuelle en Thonneur du 260* anniversaire de la naissance de Corneille. On joue le Menteur et le troisième acte de Psyché; puis, le tragédien Ernesto Rossi, qui est alors en représentation à la salle Ventadour, joue, avec les artistes de sa troupe, les trois derniers actes du Cii, tragédie de Corneille traduite en italien. C'est là certes une interprétation pour un moment curieuse ; mais bien que M. Rossi fût plus contenu et plus mesuré que M°>« Ristori, pour nous autres Français, qui sommes habitués à voir jouer la tragédie conformément à des traditions constantes et suivies^ ce genre d'interprétation de nos chefs-d'œuvre classiques a quelque chose d'étrange et presque de choquant. M. Rossi a, en effet, produit — à cette époque et surtout dix ans plus tard — beaucoup plus d'impression en interprétant de grandes œuvres des théâtres étrangers, et notamment de celuf de Shakespeare auquel il doit, par-dessus tout, sa haute et légitime réputation.
21 Juin. — Première représentation de Gringoire^ co-
I. Cette représentation, bien qu'elle fût donnée dans une intention charitable, n*a produit, à cause de la saison, que la faible recette de 2»4i5 francs.
45 â LA COMÉDIE-FRANÇAISE.
médie en un acte, en prose, de M. Théodore de Banville. — L'étonnement a été ici général. Pourquoi ce poëte, si spécialement et si éminemment poëte, a-t-il écrit sa pièce autrement qu'en vers? Quoi qu'il en soit, Gringoire a grandement réussi, bien que la trame de la pièce ne soit pas très-forte; on y voit un Louis XI à moitié débonnaire et à moitié cruel ; un Olivier le Daim plus ou moins historique, mais la prose de M. de Banville est bien curieusement travaillée et lui est surtout personnelle ; puis le caractère du poëte populaire Gringoire est tracé de main de maître et, en outre, interprété d'une manière hors ligne par M. Coquelin qui a su s'y montrer sous un jour tout à fait nouveau. Ce déjà éminent artiste, qui avait tant réussi dans le comique, a trouvé cette fois le moyen de triompher d'une manière exceptionnelle dans le sentiment et dans le dramatique. Qui eût jamais cru que cette face si comiquement spirituelle était capable de se transformer aussi' vite et aussi complètement? Gringoire est à la fois poëte, désolé, moribond ; le voici aux pieds de la potence, puis transfiguré tout à coup par la clémence du roi le moins clément qui fut et par Tamour de celle qu'il aime. Il faut voir M. Coquelin répercuter sur son visage si habilement mobile cette série d'émotions diverses et inattendues, — passant soudain de la désespérance à la joie^ et des approches de la mort à la béatitude humaine la plus imprévue et la plus complète. M. Lafontaine a aussi trouvé dans le personnage poétisé de Louis XI la meilleure création qu'il lui ait été donné défaire à la Comédie- Française* En somme, cette jolie fantaisie historique est toujours demeurée au répertoire i.
' t. M. de Banville ne nous cache pas, dans la préface de sa pièce, qni est « humblement dédiée par son fidèle, à Victor Hugo, • tout ce qu'il doit
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3o Juin. — Débuts, dans la reprise de Péril en la ietneure^^ de M. Delessart, jeune premier que M. Ed. Thierry est allé chercher au théâtre de Bordeaux, où. il était en grande faveur. Cest un beau garçon, mais un peu lourd d*allures, et qui n'est pas suffisamment distingué pour jouer avec avantage les Delaunay ou les Dressant. Il latisfait toutefois aux trois débuts réglementaires et paraît encore le 7 septembre dans Valère de Tartufe, et le 2 octobre dans Lucien du Bougeoir, Mais la Comédie ne croit pas devoir pousser plus loin une expérience qui n'a pas réussi, et le 16 janvier suivant, M. Delessart quitte le Théâtre-Français pour passer au Vaudeville, où il ne se maintient pas non plus. Il accepte alors un engagement ail Caire, où il épouse la veuve du comédien Priston^ laquelle était d'abord connue au théâtre sous le nom de M"« Worms. A son retour en France, Delessart est engagé à rOdéon, mais les offres tentantes de la Russie amènent aussitôt la résiliation de son contrat et c'est, en
aux bons conseils de M. Régnier, qui en a ensuite surveillé la mise en scène. Cette préface contient aussi Télpge des artistes interprètes : M. Coquelin s'est montré, dit l'auteur, « comique, tendre, élevé, lyrique. » Et il ajoute dans une note finale : » Ce remarquable comédien, à qui sa nature exceptionnelle permet d'aborder tous les genres, possède des qualités d'émotion, de tendresse, de poésie bien rares chez les acteurs comiques. » Les autres rôles sont joués par Lafontaine (Louis XI), Barré (Simon}, Chéry (Olivier le Daim) ; M»»» V. Lafontaine (Loyse), Ponsin (Nicole). Un joli décor nouveau, de Rubé et Chaperon, représente authentiquement la maison du drapier Simon; les costumes ont été dessinés par Alfred AI« bert. — Le succès de la première soirée fut considérable, bien qu'à cause de la chaleur, la recette n'ait été que de 745 francs, t Les artistes, constate le registre, ont été tous rappelés. » On faisait 562 francs le 23, à la deuxième; 1,744 francs le 3 juillet, à la sixième; et seulement 525 francs le 10 juillet, à la dixième. Ce n'est, en somme, qu'au retour de l'hiver, que la pièce a fait des recettes convenables.
I. MM. Régnier (la Roseraie), Mirecour (Favières), Delessart (Albert); M"M Nathalie (M»« de Vitré), Lafontaine (Caroline), Rosa Didier (Annette). La recette n'esi que de 320 francs.
somme, à Saint-Pétersbourg, que cet estimable comédien, qu'on avait eu le tort de vouloir placer trop haut, a surtout réussi.
Le 6 juillet, nouvelle et dernière rentrée de la belle et intéressante Ml'« Delphine Marquet dans Elmire de Tar» tufe; la recette monte à 771 francs!
Le II août, remise à la scène dîAtrée et Thyeste^ tragédie en cinq actes de Crébillon, avec prologue en vers traduit du Thyeste de Sénèque*. C'est là une grande curiosité littéraire, car la pièce de Crébillon, qu'on n'avait pas jouée depuis un très-grand nombre d'années, semblait pour tout le monde ne devoir jamais reparaître au théâtre. Mais ce a tissu d'horreurs » n'a pas produit l'efifet qu'on en attendait et il s'en est dégagé surtout un silencieux ennui qui s'est manifesté, en dépit d'une mise en scène historique très-soignée et de costumes d'une authenticité indiscutable, par 485 francs de recette. M. Thierry, paraît-il, aurait préféré reprendre Rhadamisie^ du même Crébillon; mais comme TOdéon tenait toute prête la reprise de cette tragédie, on a dû renoncer à son exhumation, dont l'effejt eût, sans doute, été le même >.
1 . Ce prologue est de MM. de Bornier et Edouard Thierry qui ont gard^ Tanonyme; il a produit plus d'eflfet que la pièce.
2. Jouent les rôles : dans le prologue, M. Chéry (Tantale), MU* Devoyod (Mégère). Dans la pièce : MM. Maubant (Âtrée), Gibeau (d'une très-tragique et sombre énergie dans Thyesie}, Sénéchal (Plysthène}, Prudboo (Thessandre); M»** Tordeus (Théodamie), Lloyd (la suivante Léooide}. M. Masset (Charles-Âuguste-Henri) débute dans le rôle d'Enrysdièoe. C'est le fils du célèbre chanteur J.-J. Masset. Elève de Régnier, au Conservatoire, il a obtenu, aux derniers concours, un second prix de tragédie et un premier prix de comédie. 11 a fait, en conséquence, ses trois aooées réglementaires à la Comédie- Française, mais seulement dans les rfties se* condaires, où nous le signalerons au fur et à mesure. Quand il a qoittc^ U rue de Richelieu (2g juillet 1869), on a pu voir avec regret cet artiste dis* tingué paraître momentanément, dans le principal rôle d'une féerie, U Boi
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Le 1 5 août, spectacle gratuit annuel, composé du Défit amoureux^ des Plaideurs et de la tragédie des Horaces l. Entre les deux grandes pièces, M^*® Favart déclame des stances nouvelles que M. de Banville vient de composer en rhonneur de Tanniversaire impérial sous le titre de la Fête de la France.
18 Août. — Première représentation de Fantasio^ comédie en un acte d'Alfred de Musset.
De toutes les pièces d'Alfred de Musset, Fantasio est la dernière qu'on aurait dû tenter de transporter du livre à la scène. Ce brillant désespéré, qui semble être d'ailleurs l'incarnation même du poëte^, n'a rien d'intéressant ni de
Carotte^ à la Gaît4. Enfin, au mois de novembre 1873, M. Masse! a débuté à l'Odéon où il a eu quelques heureuses créations.
I. M. Masset y joue le rôle de Tulle pour son deuxième rôle de début.
I. Il J'avoue qu'en voyant entrer en scène Delaunay sous sa longue chevelure blonde et sous son costume d'étudiant bavarois, au premier acte de Fantasio^ j'avoue qu'à ces premières phrases de poésie capricieuse, à ces premières boutades humoristiques lancées par lui, j'ai ressenti une des plus poignantes émotions de ma vie. Il m'a semblé voir revivre l'auteur lui-même, — Alfred, — ctmmeje l'appelais, et les souvenirs de notre jeunesse à tous deux, ces papillons de la nuit du temps, sont venus à l'instant, en foule, tourbillonner autour des lanternes colorées de ce Munich fantastique. Delaunay, c'était la tournure élégante d^ l'adolescent, ses boucles dorées sur son front de même que les paroles qu'il nous faisait écouter, étaient l'âme du poète.
« Je m'attendais presque à le voir s'adresser à moi, au balcon, à l'entendre me dire cette phrase que je retrouve, tracée par une main de quinze ans, sur une vieille feuille aujourd'hui jaunie:
« Je t'écris donc pour te faire part de mes dégoûts et de mes ennuis; tu es le seul lien qui me rattache à quelque chose de remuant et de pensant; tu es la seule chose qui me réveille de mon néant et qui me reporte vers un idéal que j'ai oublié par impuissance. — Je n'ai plus le courage de rien penser. » (Paul Foucher.)
« Ce personnage de Fantasio^ Alfred de Musset n'a pas eu besoin de le chercher dans ses souvenirs, de le composer de pièces et de morceaux ; il s'est pris lui-même et s'est en quelque sorte répandu tout entier dans soo
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dramatique. Railleur dégoûté du monde, des autres et de lui-même, il n'aime ni n'admire plus rien et tourne en dérision tout ce qui est grand, noble et beau ; il est même un fort désagréable personnage, bien qu'en jouant un rôle de bouffon, il soit parvenu à délivrer, comme dans un conte bleu, la belle princesse de Bavière des obsessions d'un poursuivant importun. Quels que soient les coupures, remaniements et même nouveau dénoûment qu'on ait imposés à la pièce, elle a été seulement écoutée avec respect, et après trente-deux représentations, ce singulier caprice de poëte est retourné au volume où il tient beaucoup mieux sa place.
L'interprétation de la pièce en a été le principal succès: Delaunay, si varié dans le rôle compliqué et multiple de Fantasio ; Coquelin, d'une verve si grotesque et d'une originalité si fantasque dans le prince de Mantoue; et enfin ^Ue Favart, poétique, rêveuse, étrange même dans ce personnage si vaguement dessiné d'Elsbeth, pour lequel Alfred de Musset lui-même l'eût certainement choisie *.
drame. Il n'a pas voulu, de dessein prémédité, se peindre et laisser ua portrait de lui. Ce n'est pas une œuvre d'artiste qu'il a faite. Ha, pov ainsi dire, ouvert son cœur, et l'a laissé couler.
« Et c'est pour cela que nous l'aimons tant, ce cher poCte f Cest que dans tous ses livres, poésies, drames ou contes, il s'est donné, lui, son in» et sa vie, avec une sorte de fièvre, de délire. Cest là, saps doate v* marque de faiblesse ; les vrais artistes, les grands, se tiennent i disUnc: de leur œuvre, et, le moment venu, ils coupent le lien et la laissent a^ltr dans le monde. Alfred de Musset s'est plongé à corps perdu dans la &ien«. Elle est sa chair et son sang. C'est lui-même que nous dévorons en lîsis; ses livres. » (Fr.Sarcey.)
I. Les autres rôles sont joués par MM. Chéry (le roi}, Garraud (SU' rinoni). Sénéchal (Sparck), Seveste (Hartman), Prudhon (Facio), Massct (Rutten); M"** Jouassain (la gouvernante], Lloyd et Barretta (deax piges), tous rôles, en somme, de peu d'étendue et simplement épisodiqwi. La recette est de i,3gi francs. — Fantasio avait d'abord été public dans la Revue des Detuf^Mondes ([•' janvier i834).
Le 7 septembre, M. Boucher débute par le rôle de Damîs, de Tartufe. C'est un des plus brillants élèves de la classe de M. Régnier, au Conservatoire^ où il a obtenu, aux derniers concours, le deuxième prix de tragédie et le deuxième prix de comédie, ex-œquo avec M. Masset. Son deuxième début a lieu le i5, dans Éraste du Dépit amoureux^ et le troisième, le 21 décembre, dans un rôle de tragédie, celui d'Ephestion dJ Alexandre 4.
Ces premiers débuts de M. Boucher étaient gros de promesses : excellente tenue, organe charmant, physionomie distinguée et avenante, le jeune débutant avait tout ce qu'il faut pour aller loin. On prévoyait déjà en lui un successeur éloigné, mais possible, de M. Delaunay. Il ne semble pas cependant que M. Boucher ait complètement répondu depuis à ce séduisant pronostic. Il a pu doubler parfois M. Delaunay, mais jamais dans ses grands rôles. Nous nous faisons d'ailleurs un plaisir de constater, qu'obligé de se borner, le plus souvent, aux personnages épisodiques ou secondaires, il y a très-heureusement réussi ; mais nous aurions voulu que ce sympathique comédien prétendit plus sérieusement à la haute succession où il ne faut cependant pas désespérer encore de le voir un jour arriver.
19 Septembre. — Débuts de M. Frédéric Febvre dans Don Juan d'Autriche^ comédie en cinq actes de Casimir Delavigne, jouée pour la première fois en quatre actes 3.
1. Cest le 327« anniversaire de la naissance de Racine; on ne joue que le premier, le deuxième et le cinquième acte d'Alexandre; c'est la jeune troupe tragique qui donne : MM. Sénéchal (Alexandre), Prudhon ^Taxile), Masset (Porus) ; M»»» Tor'deus (Théodamie), Angelo (Cléophile). At halte avec Mb« Guyon et les Plaideurs complètent le spectacle qui donne une recette de 2,255 francs.
2, MM. Delaunay (don Juan}, Maubant (Charles-Quint), Monrose
La notoriété que M. Febvre s'est acquise sur les scènes secondaires, donne à cette représentation une certaine solennité et, malgré le service des journaux et l'époque de Tannée mauvaise pour les théâtres, la recette est rela* tivement élevée* ; il y a donc foule.
M. Febvre arrive directement du Vaudeville, où ses créations dans les Mariages de Paris; Nos Intimes, Un homme de rien, la Jeunesse de Mirabeau, la Famille Benoiton, etc., ont rendu son nom populaire. Avant son entrée à ce théâtre, il avait passé par la Gaîté, la Porte- Saint-Martin et rOdéon, et c'est sur cette dernière scène qu'il avait commencé à percer sérieusement. Son premier début, rue de Richelieu, ne répondit peut-être pas tout d'abord à l'espoir qu'on avait fondé en engageant ce remarquable comédien. Certains défauts de prononciation et de diction qui avaient paru moins saillants sur les .théâtres secondaires où M. Febvre avait d'abord joué, semblèrent plus accentués, au contraire, sur la grande scène de la rue de Richelieu. Malgré sa belle tenue, Tart très-grand surtout qu'il avait de se costumer et de se grimer et l'admirable et authentique portrait ^de Philippe II qu'il nous offrit ce soir-là, M. Febvre ne réussit pas du premier coup sans restrictions.
La critique lui fut en général assez sévère; mais M. Febvre est un artiste de volonté et de conscience, et qui a eu le bon esprit de ne pas se croire, comme tant d'autres, infaillible et parfait dès le premier soir. Il a écouté les avis qu'on lui a donnés et il a su se corriger assez vite des défauts qu'on lui avait reprochés. S'il ne réus-
(Quexada), Talbot (Raphaël), Barré (Pacôme); M««« Fayart (Floriod«|, Dabois (Peblo), Jouassain (Dorothée).