La recette de la soirée a été de 6,573 fr, 5o c
2. Le 12, il jouait Basile du Barbier; le 2f,Trissotin des Femmes savantes ; le 27 juin, Julien dans ruie Chaîne; le 3i août, Mascarille du J^épit amoureux ; le 22 octobre, Jodelet des Précieuses ridicules; etc.. Depuis la guerre, où il a gagné la Médaille militaire, comme sergent de la garde nationale mobilisée de la Seine (29 janvier »i87i}, il a joué Figaro de /a Folle Journée ; Annibal dans l'Aventurière; Mascarille des Précieuses ridicules^ etc., et fait quelques créations très-remarquées pour leur originalité, notamment dans Tabarin^ de Ferrier; le Sphinx^
> d'Octave Feuillet et l'Ami Fril^ d'Erckmann-Chatrian, où il a su donner un relief extraordinaire à des rôles simplement épisodiques.
3. Voici ua fragment d'un curieux article d'Alph. Daudet, sur l'origine )'• des frères Coquelin (Journal officiel du 6 septembre 1875) :
,- I Le talent des deux frères est aussi différent que leur physique .
L'un a le rire en large, l'autre le rire en long; Coquelin aîné se meut à
*'" Taise dans le comique de Molière, de Regnard, le comique effronté, à nez
iD^ court, à grosses lèvres, qui se fait pardonner à force de franchise et
d*éclat SCS hardiesses inconscientes comme sa gaieté. Joignez à cela cette
imperturbable assurance que donnent le talent, l'expérience et le succès.
^l:'- L'autre a le comique anglais, humouristique et froid: avec un peu de
ijv gymnastique on en ferait un clown. Ce que les deux frères ont de com-
muiiy par exemple, c'est l'amour de leur profession, et une vocation dra-
T^ matique très-décidée. . Les deux Coquelin vivaient en province, garçons
boulangers dans la boutique paternelle, quand l'irrésistible désir de jouer
]a comédie leur est venu. Etait-ce le nuage de farine où ils travaillaient
présage des parades futures, où la toque du mitron semble déjà un
fragment de costume?... Toujours est-il que, dès l'âge de treize ans ^
l'aiiK^} robuste gaillard, en enfournant le pain, ne cessait de réciter des
vers, de déclamer des tirades de tragédie, de comédie. Le père naturelle*
ment s^opposa d'abord à cette résolution. « Tu as un bon métier dans le^
5oO LA COMÉDIE-FRANC AISE.
au Conservatoire, y avait obtenu un deuxième accessit de comédie en 1866, et enfin le premier prix en 1867. Le 6 septembre de cette dernière année, il débuta à l'Odéon par le rôle de Jack-Spleen, de V Anglais ou le Fou raisonnable. C'est un artiste d'une grande finesse et d'une originalité très-personnelle qu'il a surtout montrée dans les quelques créations qu'il lui à été donné de faire. Il a joué aussi, par la suite, les grands personnages du répertoire et il a su, en peu de temps, se faire assez remarquer et apprécier du public pour que celui-ci n'ait pas voulu le suivre, hors de la Comédie-Française, lors d'une fugue irréfléchie à laquelle le poussa, en 1875, le dépit de ne pas être sociétaire assez vite. Rentré Tannée suivante au bercail
mains, disait-il à son fils... La boulangerie va bien, tu prendras nu suite. » Mais on ne peut ' pas résister à une vocation réelle. Coqudio partit pour Paris, entra au Conservatoire, y resta seulement dis mois, et à vingt ans il débutait au Théâtre- Français dans le rôle de Figaro, ou il se montra tout de suite grand comédien. Quoique très-fier du succès de son fils, le père ne pouvait s'empêcher de dire : v 11 allait très-bien aussi comme boulanger... Heureusement Cadet est là... C'est lui qui prenirj ma suite. » Mais C^dct avait bien autre chose dans la tête. Maigre une grande disproportion d'âge, c'est à lui que son frère faisait part de sei projets, de ses rêves, devant lui qu'il déclamait ses tirades, si bien que le petit Coquelin, n'étant encore que mitron, se sentait déjà mordu, et quand il s'en allait le dimanche porter des galettes chaudes aux pratiques, il marmottait des bouts d'hémistiches volés au grand frère avec des gestes déclamatoires qui secouaient sa corbeille sur sa barette blanche. Puis, quand il fut devenu grand et qu'on parla de le mettre à la ptte. Cadet déclara formellement qu'il voulait être comédien : ■ Allons, bon!. ■ Je n'en sauverai pas un, fit le malheureux boulanger consterné... C'cs' comme une peste qu'ils ont tous... Où ont-ils donc attrapé ça, mra Dieu? ■» Mais enfin, comme il était excellent homme et qu'après tout i^ théâtre n'avait pas mal réussi à l'autre : « Va pour comédien, • dit- il, <* voilà Coquelin II en marche sur le Conservatoire. Pour celui-là, ce i».' plus dur que pour le frère. Il avait le travail plus lent, plus pcnib.^ rien du brillant, de l'exubérance de l'aîné; au contraire, une verve contenue, tout intérieure. Au lieu d'emporter le succès d'un éclat de rire. . y arriva peu à peu à force de patience, de volonté, de physionomie. • ^
de la rue de Richelieu, qu^il s'est bien juré de ne plus quitter jamais, quoiqu'il advienne, M. Coquelin cadet y a retrouvé une situation que le sociétariat rendra un jour définitive.
22 Juin. — Première représentation d'Agamemnoriy tragédie en deux actes, par M. Henri de Bornier. C'est une imitation de Sénèque qui avait lui-même, en son temps, imité Eschyle, de telle sorte que ce drame antique ne se produit aujourd'hui que comme œuvre de troisième main. Le succès en a été fort tempéré ; la saison, d'ailleurs, ne prête guère aux exhibitions d'ouvrages tragiques. La tragédie de M. de Bornier renferme de fort beaux vers et il a traduit et rendu, très- heureusement, l'esprit particulier et personnel dont Sénèque a cru devoir agrémenter la fable grandiose d'Eschyle, qu'il n'a pu toutefois rendre plus attrayante ni plus gaie qu'elle ne l'est dans l'originaH.
La Comédie ne comptait guère, sans doute, sur cette nouvelle adaptation classique, car elle nous l'a servie à la veille mêine d'un grand voyage artistique qu'elle allait entreprendre dans une partie de la France. Profitant d'urgentes réparations à faire dans la salle de la rue de Richelieu, et qui l'obligeaient d'interrompre ses représentations, elle a innové une tentative qui était essayée par elle pour la première fois, depuis qu'elle existe. Un certain nombre de ses artistes, sociétaires et pensionnaires, partirent pour la province, sous la direction de l'administrateur général, M. Edouard Thierry, et donnèrent, dans
I. Ont crée les rôles : MxM. Chéry (l'Ombre de Thyeste), Gibeau (Eurybate), Sénéchal (Egyste), Prudhon (Strophinus), Masset (Agamemnon); M»" Royer (Electre), Devoyod (Clytemnestre), Tordeus (Cassandre), IJoyd (une Troyenne), Ponsin (le Chœur des femmes). .
quelques grandes villes, une série de représentations qui furent pour eux, — notamment à Marseille, — véritablement triomphales.
Le i5 juillet, 8 heures 3o du soir, la Comédie quitta Paris. La troupe excursionniste était composée de la manière suivante :
Direction et Administration : MM. Edouard Thierry, administrateur-directeur; Destournelles, contrôleur général; Ch. Chevallier, régisseur; Chaîne, souffleur; Perreau' habilleur; M"® Debruges, habilleuse.
Artistes : MM. Got, Delaunay, Maubant, Talbot, Lafontaine, Coquelin, Barré, Garraud, Masset, Coquelia cadet; M««» Favart, E. Guyon, V. Lafontaine, Marie Royer et Dinah Félix.
Il existe, à la Comédie-Française, une relation manuserite détaillée de cette artistique tournée; nous en avoas extrait sommairement le répertoire joué pendant le voyage et Tindication des diverses étapes marquées par le séjour et les représentations des comédiens voyageurs <.
Les i6 et 17 juillet, représentations à Dijon; les 18, 19, 20, 21 et 22, au Grand-Théâtre impérial de Lyon; les 24 et 25, au théâtre de Toulon; les 27 et 28, au théâtre de Nice; enfin, du 3o juillet au 10 août, douze représentations consécutives au Grand-Théâtre de Marseille.
Le répertoire du voyage fut composé comme suit :
RÉPERTOIRE ANCIEN i — Le Misattthrope ; les Fourberies de Scapin; laMétromanie; le Dépit amoureux; F Avare; les Plaideurs; l* École des Femmes; le Menteur; Psyché.
I. M. Ernest Coqaelin a également ^crit pour lui la relation de cène curieuse excursion, et Ta conservée manuscrite. Enfin M. Sarcev, qai a été nn moment du voyage, Ta racontée en partie dans ses feoiUetoos dnmatiques du Temps.
ANNEE ibo8. :)o3
Répertoire moderne : — Le Dernier quartier; la i\uit d'octobre; Paul Forestier; le Duc Job; Il ne faut jurer de rien; une Tempête dans un verre d'eau; P Honneur et r Argent; le Pour et le Contre; la Revanche d*Iris; Valérie.
La Comédie donna sa dernière représentation, pendant ce mémorable voyage, au Grand-Théâtre de Marseille, et elle fut véritablement exceptionnelle. Elle était com« posée du premier acte du Misanthrope; du deuxième du Duc Job; du troisième des Plaideurs; du premier de V Honneur et V Argent et de Valérie. Le spectacle était terminé par une pièce de vers: Adieux à Marseille^ de M. Edouard Thierry, et que déclama M"' Favart*.
Le 12 août, la Comédie rentra à Paris et elle rouvrit ses portes le i5, pour la représentation gratuite annuelle, composée pour cette année du Dépit amoureux^ des Plaideurs et du Malade imaginaire.
Le 4 septembre, reprise des Fâcheux^ comédie de Molière qui n'a pas été jouée depuis le i8 octobre t838. Quelques scènes épisodiques font plaisir, notamment
I. Les recettes du voyage furent relativement élevées, le prix des places, en province, étant très-inférieur à celui de Paris La plus forte recette de Dijon fut de 2,838 fr.; de 4,376 fr. à Lyon; de 2,5 1 3 fr. à Toulon: de 2,421 fr. à Nice; de 4,639 fr. à Marseille. « La dernière représentation que la Comédie donna à Marseille, nous dit M. Fr. Sarcey restera célèbre dans les annales du théâtre. Ce fut non-seulement dans ]a bourgeoisie lettrée, mais même chez les gens du peuple, un enthousiasme indescriptible. Ils étaient tous debout, agitant leurs chapeaux, et criant, avec cet accent provençal qui amuse si fort les Parisiens : Vous reviendrez I vous revicndre\! — Rien n'est moins sûr. C'est une trop grosse affaire que de déranger une troupe aussi considérable que Test celle du Théâtre-Français; il y faut Tassentiment du ministre, et il est peu probable qu'il le donne. L'année 1868 aura donc vu un voyage qui ne 8 était jamais fait encore, et qui, selon toute vraisemblance, ne se refera plus •
5 04 LA comédie-française:.
celles de Lisandre et de Dorante, jouées avec tant d'originalité par Coquelin, qui paraît dans les deux rôles et y remporte un très-vif succès; mais la pièce qui n'était en somme qu'une comédie-ballet, .qu'on joue aujourd'hui sans intermède^ semble longue et sans intérêt et l'effet produit est médiocre ^
8 Septembre. — Débuts dans Emilie de Cinna, de M"* Karoly, tragédienne qui a joui d'une certaine vogue à rOdéon, -surtout dans le répertoire de Corneille. Cest une femme certainement intelligente, mais d'une rudesse de formes, de diction et d'allure peu en rapport avec la sévérité classique de la Comédie-Française. Son talent, — car elle a un réel talent, — manque de mesure, elle a de grands éclats qui détonnent et elle recherche trop les effets violents. En somme, malgré de grandes qualités de nature, qu'il est juste de lui reconnaître, M"« Karoly n'a pu se maintenir ni à la Comédie-Française, ni même à l'Odéon^.
14 Septembre. — Rentrée de M"* Plessy, après un an d'absence pour cause de santé, dans Célimène du Misanthrope, Le même soir, première représentation de A deux de jeu^ comédie en un acte de M. Legouvé, dont M"*" Plessy joue également le principal rôle (la marquise).
1. Ont repris les rôles : MM. Coquelin (Lisandre et Dorante), E. Provost (Caritidès), Chéry (Damis), Se veste (Ormin), Sénéchal (Éraste) Prudhon (Alcippe), Masset (Alcandre-Philinte), Coquelin cadet (La Montagne) ; M"" Lloyd (Orphise), Ponsin (Crante), Riquer (Oimène). — Le 8 novembre, M"» Tordeus a repris le rôle d'Orpbise.
2. Les deux autres débuts réglementaires de MU* Karoly ont eu tien le 13, dans Monime de Mithridate^ et le 17, dans Camille des HorJoti. Cette tragédienne se nomme tout simplement Caroline Duveau. El.e a été longtemps, — de i853 à i86i, — élève de M. Maubant avec qai die a très-sérieusement travaillé. C'est le 7 septembre 1860 qu'elle ansdébuté à rOdéon dans Camille des Horaces,
ANNÉE 1868. 5o5
On fête la belle et spirituelle comédienne dont le talent, toujours si sûr et si brillant,- donne tant de valeur au nouveau marivaudage de M. Legouvé. Le personnage de cette marquise, au cœur léger et qui se laisse jouer et tromper, en dépit des ressources de son esprit, par le frère de l'homme qui Taime, et qu'elle n'aime pas, -- ce rôle qui renouvelle, d'ailleurs, tant de physionomies de grandes et séduisantes dames qu'elle a si souvent personnifiées, lui doit tout son relief. — M. Febvre lui donne la réplique dans un rôle à la Bressant, le premier de ce genre qu'il ait eu encore à créer (Octave de Néris), et où il se montre tout à fait aimable et distingué ^ .
Le lendemain i5, reprise du Préjugé vaincu^ comédie en un acte de Marivaux, qui n'a point été remise à la scène depuis plus de vingt-cinq ans. M"" Ponsin et Dinah Félix sont charmante^ dans les personnages d'Angélique et de Lisette 2. La pièce manque toutefois d'intérêt et l'intrigue, comme toutes celles de Marivaux, tourne indéfiniment autour d'une situation unique qui se dénoue à grand'peine.
Le 22, débuts de M^'Héricourt, lauréat du Conservatoire et tragédienne qu'on a trop prônée à l'avance dans les réclames publiées sur son compte ; elle répond médiocrement à de si belles promesses. Elle joue en effet Andromaque (Andromaque) avec bien de l'indécision et de la faiblesse, à ce point que la Comédie n'ose pas lui permettre une seconde tentative 3. M"« Devoyod n'a point de
t. Les autres rôles par M»** Tordeus (Louise), et Barretta (la Fleuriste). — La pièce avait d'abord été jouée devant la Cour, au palais de Fontainebleau.
2. MM. Séveste (L'Epine), Prudhon (Dorante), Kime (le marquis).
3. Elle devait paraître presque coup sur coup dans Hernani et dans
5o6 LA COMÉDIE-FRANÇAISE.
peine à paraître, à ses côtés, très-supérieure dans Hermione.
22 Octobre. — Reprise de Mer cadet, comédie en trois actes de Balzac, représentée pour la première fois au Gymnase^ le 2 3 août i85i. — Cette belle comédie, qui a eu tant de succès dans sa nouveauté, paraît un peu démodée à dix-sept ans de distance. Beaucoup de parties ont vieilli, les mœurs qu'elle veut dépeindre ont changé, les questions d'argent qu'elle discute ne sont plus à la hauteur du moment, tout s'est aggravé en un mot, pour ce qui regarde les points principaux de l'œuvre, qui avait le défaut d'être, avant tout, une critique d'actualité. Sa force dramatique la soutient cependant et doit la maintenir toujours au répertoire comme une étude sérieuse et vraie, et la faire entrer dans la liste de ces pièces classiques qui demeurent la peinture des caractères et des vices d'une époque déterminée.
M . Got, à qui l'on doit l'initiative de cette reprise de Mercadet^ en joue le rôle principal avec un grand talent, mais avec moins d'entrain et de simplicité que M. Geoffroy, qui l'avait créé au Gymnase. L'effet qu'il produit est tout différent et le personnage y perd peut-être, en verve et en gaieté, ce qu'il y gagne en profondeur '.
Mademoiselle de Belle-Isle, Elle a quitté la Comédie-Française aa mois de mars 1869, et depuis elle n'a plus reparu à la scène.