I. Voici la distribution des rôles dans les deux théâtres
Gymnase. Comédie-Française,
Mercadet MM. Geoffroy. Got.
M. de la Brive Dupuis. Fcbvre.
Verdelin Villars. Barré.
Violette.... Lesueur. Kime.
Minard Armand. Masset.
3i Octobre. — Première représentation de Histoire ancienne ^comédie en un acte de MM. Edmond Aboutet de Najac, que ses deux interprètes, M. Coqueliri (Georges de Gaille) et M"« Madeleine Brohan (Clotilde), avaient déjà représentée dans quelques salons. Cest une Dluette assez froide, dans laquelle un amoureux retrouve après une longue absence la femme qu'il a jadis aimée et qui en a épousé un autre. Il s'imagine qu'il pourra s'introduire encore comme soupirant dans le ménage de son ancienne adorée; mais, dès qu'il lui a déclaré qu'il l'aime toujours, celle-ci lui apprend qu'elle est veuve. Après bien des réticences et des réflexions, — car il ne la voulait que pour maîtresse, le Lovelace! — il se décide à épouser la veuve, parce qu'il découvre que son mari n'a été pour elle qu'un père. Il faut avouer que ce M . de Gaille possède un caractère peu estimable à première vue, et que la Clotilde qu'il épouse est aussi de bien bonne composition. Ces gens-là manquent tous deux de dignité !
Le public a d'abord assez mal accueilli ce médiocre badinage de deux hommes d'esprit, qui ont montré souvent plus d'ingéniosité et de verve que dans ce petit acte, qui est cependant demeuré au répertoire*.
Goulard Perrin. Séveste.
Pierquin Monval. Cliéry.
Justin Priston. Eug. Provost.
Mirecourt Landrol. Prudhon.
Mb* Mercadet Mme* Mélanie. Guyon.
Julie. Riquer. Royer.
Thérèse Bodin. Dinah Félix.
Virginie Anna Chéri. P. Oranger.
I. M. Sarcey, le meilleur ami du principal auteur de la pièce, ne lui a pas marcllandé la vérité à son sujet : « Les auteurs ont, en fin de compte, dit-il, gagné cette partie hasardeuse. Mais ce sont là des victoires qui coûtent cher. Les spectateurs n'ont pas protesté, ils ont applaudi même à
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21 Novembre. — Reprise, à Toccasion de l'inauguration, à Vienne (Isère), du monument funéraire de Ronsard, du Lion amoureux, avec une distribution en partie nouvelle 4; le spectacle est complété par Horace et Lydie, avec M. Delaunay jouant, pour la première fois, le rôle d'Horace, et par des stances de M. de Bornier : le Monument de Ponsard, que déclament M"" Ponsin et Tordeus2.
14 DÉCEMBRE. — Eclatant début de W^^ Reichemberg (Angélique-Charlotte-Suzanne), née en 1854 ^t fille d'un Hongrois et d'une Française originaire du Pas-de-Calais. C'est Mil® Suzanne Brohan, sa marraine, qui Pa préparée à la carrière dramatique et qui lui en a aplani les difficultés 3. C'est dans Agnès, de l'Ecole des Femmes^ ce
de certains endroits j mais leur attitude témoignait assez qu'on froissait quelques-uns de leurs plus chers sentiments. Ils se sont laissé désarmer par la vivacité du style et par le nom d'About; ils n'ont pas été absolument vaincus. Une Histoire ancienne tiendrait aisément sa place dans ce joli volume du Théâtre impossible^ qu'a publié Tun des deux auteurs. •
1. Voici cette nouvelle distribution : MM. Febvre (Vaugris), GamuJ (Barras), Sénéchal (Bonaparte); M"»" Lloyd (Margafit), Barrette (Yvonae). Les autres rôles sont joués par ks artistes de la création. -> Le spectavle, ainsi composé, a été donné pendant quelques soirées.
2. Ces stances, qui exaltent, ce me semble, un peu trop démesoréiseot M. Ponsard, ont été publiées dans le Figaro du 32 novembre. — L'année suivante le buste de Tauteur du Lion amoureux.^ par M. Franceschi, a été placé au foyer de la Comédie-Française.
3. Voici le fragment d'une bien jolie lettre que M»* Suzanne Brohao écrivait à M. Auguste Villemot, quelques jours avant les débuts de M'i« Reichemberg :
« Mon cher monsieur Villemot,
« Il y a seize ans, j'avais pour femme de chambre une honnête et gen* tille Picarde, vive, alerte, trottant menu; on l'appelait • la Souris de M"M Brohan. » Dans la maison que nous habitions, il y avait on grand tailleur chez lequel travaillait, comme coupeur, un brave jeane hoone. Charles Reichemberg. Ma Souris et lui s'aimèrent; on les maria. Le m^n
grand écueil des ingénues, que M"« Reichemberg se montre d'abord. Son succès est tout à fait complet. On ne saurait être plus sincèrement jeune, plus simple, ni avoir plus de grâce et de véritable ingénuité. Mï'e Dubois avait eu ce même succès, lors de ses brillants débuts, mais elle avait moins de sensibilité et de naturel que la nouvelle venue qui passe étoile, presque du premier jour... dans le ciel de Tingénuité. Je n'ai point à raconter ici la vie dramatique tout entière de M"® Reichemberg, ni à anticiper sur le récit de ses succès futurs; je me borne à enregistrer sa nomination de sociétaire, qui a eu lieu le 9 janvier 1872, alors que cette séduisante comédienne avait à peine dixhuit ans; j'ajoute qu'en 1878, au moment où j'écris ces lignes, elle a toujours son même timbre de voix si enchanteur, sa même grâce, son même talent et sa même jeunesse. C'est, en un mot, une parfaite ingénue et qui semble toujours promettre de l'être éternellement *.
avait du talent dans sa profession; il gagnait de trois à quatre mille francs par an. Voilà donc, avec de Téconomie, un petit ménage heureux, Aline (ma Souris), bourgeoise tout comme une autre. Au bout d'un an, arriva une petite fille blonde, grosse comme le poing, dont je fus la marraine. Tout allait bien; mais la mort vint qui saisit le pauvre jeune père , il devint poitrinaire. Comme il n'avait que vingt-sept ans, il dura longtemps. Sa femme le soigna de son mieux; toutes les économies y passèrent. 11 mourut, laissant la petite Suzette, qui n'avait que quatre ans. En mourant le pauvre homme murmura: * Oh! madame! n'abandonnez pas Suzanne ! « Certes, je n'avais garde.
■ La pauvre mignonne devint pour moi une quasi-fille. On fit à la mère un petit coin à la maison, et je m'occupai de l'enfant. Elle était gentille e intelligente au possible. Je lui fis dire des fables, puis des poésies de M"« Valmore, puis quelques rôles d'ingénue. A treize ans, je la présentai au Conservatoire, et on la trouva assez gentille pour me donner tout de suite une petite pension. — A quatorze ans elle obtint un second prix au concours; au mois d'août dernier, à quinze ans moins deux mois, elle a remporté le premier prix. . . »
I. Th. Gautier la dépeignait ainsi, au lendemain de ses débuts
L'année dramatique finit avec le deux cent vingt-neuvième anniversaire de la naissance de Racine (2 1 décembre), célébré par une représentation composée à!Athalie et des Plaideurs, Entre ces deux pièces, Mil« Favart déclame une ode tirée des Consolations^ de Sainte-Beuve, les Larmes de Racine, poésie un peu alambiquée qui doit surtout les bravos qui l'accueillent, au charme et à la vaillance de son habile interprète*.
• M»e Reichemberg a une délicieuse figure fine et candide où l'esprit briUc à travers rinnocence. Ses cheveux blonds s'harmonisent avec son teinl rose et blanc, qui ne doit rien au blanc de perles ni au fard ; elle a des yeux bleus pleins de lumière et de douceur, un sourire d'une grâce enfantine, et dans la voix cette fraîcheur argentée de la jeunesse qui plaisait tant à J.-J. Rousseau. Ses proportions sont mignonnes et délicates comme celles de la Psyché de Canova. » — L'année suivante dans son feuilleton, sur les Faux ménages, Th. Gautier appelait encore Mlle Reichemberg « une fleur, un sourire, un printemps ! •
I. « Ce n'est pas moi, écrit le lendemain Sainte-Beuve à son émioeote interprète, c'est vous, c'est votre accent, ce sont vos pleurs dans la voit, c'est cet attendrissement de l'àme qui vous viennent de Champmesk c: d'Adrienne Lecouvreur, c'est tout cela qu'on a applaudi hier... • {Correspondance^ tome II, lettre 278}. — Lire aussi la suivante, adressée i M. Edouard Thierry, dans laquelle Sainte-Beuve déclare* que M"' Favat est une voix toute racinienne. •
ANNÉE 1869. 5ll
C'est par une soirée semi-officielle que débute exactement la nouvelle année pour la Comédie- Française. Le prince Impérial, avec les Infants d'Espagne, assiste à la représentation du i" janvier, composée des Précieuses ridicules, des Plaideurs et de V Avare ^. La recette est de 4,548 francs.
7 Janvier. — Première représentation de les Faux ménages, drame en quatre actes, en vers, de M. E. Pailleront.
C'est par l'intérêt des épisodes et par la curiosité qui s'attachait à la peinture exacte et vigoureuse de certaines mœurs empruntées aux dessous peu connus du monde parisien, que la pièce nouvelle a surtout réussi. Elle nous présente deux de ces unions extra-légales que l'auteur a
1 . Le jeune prince vient encore trois fois à la Comédie dans le mgis de décembre; le 4 (Mademoiselle de la Seiglière)^ le 12 {l'Honneur et l'Argent)^ et le 19 [les Horaces).