‹ Journal intime de la Comédie françaiseChapitre 62 sur 67 · Reçue par le Comité le 11 septembre précédent · texte numérisé non relu

Reçue par le Comité le 11 septembre précédent

très-pittoresquement appelées des « faux ménages, » c'està-dire ces intérieurs créés, soit en dehors du foyer paternel, soit loin de la maison conjugale.

Armand est le fils d'une dame Armand, que son mari a abandonnée après quelques mois de mariage, sans que sa femme elle-même ait su ce qu'il était devenu; elle ne porte même plus son' nom. Elle a pourvu seule à l'édocation de son fils, qui vit auprès d'elle dans un milieu de famille où l'on trouve encore un neveu et sa sœur, jeane fille de seize ans environ, que M*"* Armand rêve d'unir un jourà son fils. Mais au moment de lui Êiire une ouverture à ce sujet, elle apprend, hélas 1 que son fils aime ailleurs; ila unfsiuxménage.Cestau second acte que l'héroïne de la pièce et de ce faux ménage nous est présentée dans la petite chambre qu'elle habite ; elle se nomme Esther. C'est une simple ouvrière qu'Armand a rencontrée dans la rue un soir que des hommes l'insultaient, et il est devenu bien vite son amant. Puis il s'est mis tout naturellement â idéaliser son idole; et de là à un projet de mariage avec elle, qui serait sa réhabilitation, il n'y a vraiment qu'un pas qu'il franchira bien vite. Sur le même carré habite un autre faux ménage, M. et M"* Ernest. De M"* Ernest, il n'y a rien à dire, c'est une femme comme tant d'autres qui cohabite avec le même homme tant que celui-ci voudra bien lui être fidèle. Mais M. Ernest n'est pas un personnage vulgaire ; c'est un homme dégradé, tombé aussi bas que possible, mais dans la tenue et dans les manières duquel on retrouve encore de vieux restes d'une éducation supérieure et même raffinée. C'est un type d'ailleurs bien curieux que M. Pailleron a traité avec un soin infini et Une Vérité horriblement exacte, et dont M . Bressant, le

bt^VL Bressant, pour un moment vieilli, enlaidi et dépenaillé, a fait une création dçs plus étudiées et des plus re-

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marqiiables. L'auteur, qui a tenu à nous faire faire connaissance intime avec la société de ce M. Ernest, nous montre, à côté de lui, divers types empruntés aux plus oeaux spécimens de la collection. La scène qui nous les présente est très-vivement menée et des plus curieuses.

Cependant Mme Armand a tenu à savoir où son fils passait le temps de ses longues absences de la maison maternelle, et la voilà qui tombe tout à coup au milieu du faux ménage d'Armand. Esther est seule, et reçoit d'abord Tassaut de la bonne dame. C'est la scène de la Dame aux camélias^ renouvelée. Toutefois, cette scène, très-mouvementée, très-passionnée, surtout au moment où Armand y vient faire sa partie, a vivement impressionné le public. M"® Favart et M. Delaunay y ont retrouvé, pour un instant, les grands applaudissements de Paul Forestier. Mais la scène d'abord si vraie, si généreuse et même élevée par endroits, tourne malheureusement à TabsUrde. M™* Armand, qui ne peut vaincre les résolutions de son fils, accepte d'emmener Esther chez elle pour Fétudier de plus près et décider s'il est possible qu'elle devienne jamais la femme d'Armand. On ne peut même donner le nom d'audace à ce coup de théâtre inattendu; il est inconvenant et impossible au premier chef. Et encore si M"* Armand vivait seule! Mais songez qu'elle a sa nièce à demeure! Et voyez que de scènes répugnantes découlent de cette entrée d'Esther chez la mère d'Armand! Voilà Aline, la jeune cousine d'Armand, laquelle aime son cousin, voilà cette pure enfant qui se sent attirée vers Esther par une sympathie qui nous semble vraiment monstrueuse. Survient le frère d'Aline; sa sœur lui présente Esther comme une parente de province récemment arrivée; il éclate à son tour, car il a reconnu dans cette intruse la maîtresse d'Armand. Esther fuit alors la maison 'de son

amant, en jurant qu'elle ne veut pas être un obstacle aux projets de sa mère, ce qui est encore un point par lequel M. Pailleron a voulu la rendre intéressante et rchabilitable. Enfin, au dernier acte, au moment où Ton peut croire que tout va s'arranger, la passion d'Armand si réveille de plus belle, il résiste aux supplications de sa mère, et déclare qu'il n'aura jamais d'autre femme qu'Esther. La scène qui suit est fort dramatique; elle ramène au logis, qu'il a délaissé, le père d'Armand, que son fils n'a jamais connu, et qui est ce même M. Ernest que nous avons \'u au second acte si avachi et si déshonoré. 11 vient protéger son enfant contre les égarements de son cœur, il se donne lui-même comme exemple, il se flétrit à plaisir devant ce fils qui ne peut que le mépriser et qui, en effet, refuse de l'appeler son père. Mais ce sacrifice de ce qui lui reste d'amour-propre ne sera point inutile ; Esther disparaîtra, et il est vraisemblable qu'Armand épousera sa cousine e: rentrera dans le droit chemin.

Telle est cette pièce d'une construction défectueuse comme intrigue, bien qu'elle soit intéressante, qui dénote encore beaucoup d'inexpérience, mais qui promet, en revanche, par la vigueur de certains passages et la force de quelquesunes de ses situations, un auteur dramatique d'ua ordre tout à fait relevé. Il a même fallu à M. Pailleron une dose de talent déjà supérieure pour faire admettre la fin de son deuxième acte et les situations si risquées du troisième. Mais le succès a suivi les pas du jeune audacieux auquel on a voulu, en même temps, tenir compte de ses eflorts évidents pour donner à son style poétique des accents pl>:s mâles et mieux frappés que dans ses œuvres précédentes.

J'ai déjà dit combien M. Bressant avait été remarquable

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dans le personnage de M. Ernest*; il a eu vraiment les honneurs de la soirée. Le rôle de son fils Armand est ingrat et M. Delaunay. en a tiré tout ce qu*il a pu, surtout dans les scènes de passion. Les deuxième et troisième actes Font bien servi sous ce rapport, ainsi d'ailleurs que Mlle Favart, sa vaillante partenaire (Esther). Citons encore M. Coquelin (Georges), pour qui il n'existe pas.de rôles effacés, et M"« Reichemberg, qui continuait ses heureux débuts dans le touchant personnage d'Aline 2. A ses côtés, débutait M. Thiron dans un rôle insuffisant pour le faire valoir (Anthelme). Ce comédien si fin, si brillant, et qui devait rapidement se placer au premier rang, reparaissait pour la seconde fois à la Comédie-Française, où ses premiers débuts datent déjà du 21 juillet i852 (Lubin de Georges Dandin). Il est devenu sociétaire le 9 janvier 18723.

1. Le rôle avait d'abord été destiné à M.'Lafontaine, puis à M. Got.

2. Les autres rôles par MM. Prudhon (Henri), Kime (le général); M»«» Nathalie (M»« Armand), Ponsin (Fernande), Deschamps (la baronne) — c'est la dernière création de cette artiste qui se retire définitivement le 29 juillet suivant, — Lloyd (M»« Henri), D. Marquet (très-belle dans M"»« Ernest).. — La pièce a été jouée soixante-dix-huit fois; la dernière représentation fut donnée le 14 décembre avec une recette qui était encore de 1,986 francs. Elle avait été interrompue le i5 juillet à la soixantedouzième (960 francs); reprise le 3 novembre, avec 2,099 francs de recette, elle ne retrouva plus son succès des premiers jours. Ce succès avait été, en effet, très-vif. Les trente premières soirées avaient produit 173,348 francs, soit 5,845 francs par soirée. La princesse Mathilde assistait à la troisième représentation (11 janvier, 4,728 francs), et l'Empereur et l'Impératrice à la cinquième (14 janvier, 5,824 francs). — La trentième représentation (27 février) a été donnée au bénéfice et pour la retraite de M. Monrose, sociétaire, après vingt-cinq ans de services. Elle a produit 6,293 fr. 5o c. M. Monrose avait cessé d'appartenir à la Comédie-Française à la date du 3i décembre précédent.

3. M. Thiron est né à Paris en i83i. Entré au Conservatoire, en 1848, U obtint un accessit de comédie en 1849 et le premier ^x\\ V^Q^é^ $i^i«

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1 5 Janvier. -^ Représentation annuelle en Thonneur du 2478 anniversaire de la naissance de Molière, composée du Misanthfope et du Malade imaginaire suivi de la âéréffldnie. Ensuite a lieu le couronnement du buste du graad comique, après lequel M. Coquelin est venu réciter y^Xk hommage en vers à Molière, de M. Paul Ferrier. Audessus du buste était suspendue une des deux couronnes d'or que le cercle Musset, de Marseille, avait offertes aui acteurs du Théâtre-Français, lors de leur tournée artistique de Tannée précédente. La recette a été de 5,390 fr.

3 Mars. — Obsèques de Mirecour, décédé le i*^mars. Cet ancien et utile serviteur, qui appartenait depuis quarante ans à la Comédie où il n'a brillé, il est vrai, qu'au second rang, était un artiste modeste et consciencieux, et il a souvent doublé avec bonheur ses chefs d'emploi. 11 jouait très-bien M. de Clainville, de la Gageure imprévuCj et ne manquait pas d'autorité dans certains rôles de l'ancien répertoire.

26 Avril. — Le Journal officiel publie le rapport adressé au ministre de la Maison de l'Empereur et des Beaux- Arts, par la commission instituée à l'effet de rechercher quelles améliorations pourraient être introduites dans les systèmes adoptés au Théâtre-Français et à l'Odéon, pour l'examen préalable des pièces et leur jugement définitif ^.

^ante. Avant de faire à TOdéon le long et honorable séjour auquel il a ci sa notoriété, M. Thiron avait fait partie de la troupe nomade de Racb; En quittant FOdéon, il fut pendant les quelques mois qui précédèrent soa entrée à la Comédie-Française, pensionnaire des Variétés, où il n'obrn: heureusement aucun succès. — M. Thiron a continué ses débuts le 36 icvrier dans le rôle de Van Buck de Jl ne faut jurer de rien, en mêroe temps que MU* Reichemberg terminait les siens par le rôle de Cécik, d^ I4 manié pièce.

Ù^Q|ilK$omoiis8^4^t été instituée le 26 décembre précédent ptr le

A la suite de ce rapport, survint un arrêté ministériel portant réorganisation du Comité de lecture dans les deux théâtres. L'article i*' statuait que le Comité de lecture du Théâtre- français serait désormais composé : 1° de Padministrateur général du théâtre ; 2° des six membres titulaires du Comité d'administration. L'article 2 décidait que dans le cas où l'auteur le demanderait formellement, tous les sociétaires hommes pourraient être adjoints au Comité de lecture formé en vertu de l'article i*'. Les articles 3 et 4 traitaient des conditions du vote après première ou après seconde lecture. L'article 5 réglementait l'ordre de réception des pièces par le secrétariat du théâtre, prescrivait leur inscription sur un registre spécial et ordonnait leur lecture aussi prompte que possible par l'un des trois lecteurs de la Comédie, lesquels devaient ensuite faire leur rapport au Comité.

« Les innovations introduites par cette mesure étaientelles bien nécessaires? 11 est permis d'en douter, à ceux qui connaissent MM. Léon Guillard, Fournier (Narcisse)

maréchal Vaillant. -Elle était composée de MM. Camille Doucet, directeur général de l'administration des théâtres, président, et de Saint-Geo rges, président de la Commission des auteurs et compositeurs dramatiques, vice-président; MM. Emile Augier et Legouvé, membres de l'Académie française; M. Alexandre Dumas fils, M. Nestor Roqueplan, M. Edouard Thierry, administrateur général du Théâtre-Français; M. Régnier, doyen des sociétaires; M. Lemoine-Montigny et M. G. de Saint- Valry, secrétaire rapporteur. — La nomination de cette commission fut provoquée par le bruyant éclat auquel venait de donner lieu le rejet de deux pièces présentées au Comité par MM. Ed. Fournier et I.atour de Saint-Ybars : Gutenberg et Alckandre le Grand. Ces deux drames envers avaient été reçus seulement « à correction. » Irrités de cet échec déguisé, MM. Fournier et ce Saint-Ybars avaient successivement saisi le public de l'incident en insérant dans les journaux des lettres contenant les plaintes les plus vives contre l'organisation du Comité de lecture. Ajoutons que des deux pièces en question, Tune, Gutenberg^ fut depuis repré sentée sans succès à rOdéon.

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et Laffitte, les trois examinateurs préalables à la Comédie- Française, et les comédiens de ce théâtre. Quelle œuvre remarquable, en effet, les premiers avaient-ils empêchée d'arriver jusqu'aux seconds et les seconds d'arriver jusqu'au public, avant 1869? Les uns et les autres n'étaientils pas aussi capables de juger qu'intéressés à accueillir les pièces qui avaient une réelle valeur ? Cela n'est douteux pour personne*... »

I er Mai. — La Comédie nous donne une pièce nouvelle de M. Emile Augier, le Post-scriptum^ petit acte en prose et le premier que l'éminent auteur des Effrontés ait écrit dans le style marivaudé des Musset et des Feuillet. L'intrigue n'en est ni bien neuve ni bien corsée; elle rappelle un peu la jolie comédie de Dumas père, V Invitation à la valse, mais comme esprit et vivacité de dialogue, elle place du premier coup M. Augier en tête des faiseurs de proverbes les plus applaudis. M. Bressant (de Lancy) et M me piessy (Mm® de Verlières), jouent à ravir ce petit acte dont le succès a été très-vif et qui n'a jamais quitté le répertoire.

4 Mai. — Première représentation de Julie^ drame en trois actes, en prose, de M. Octave Feuillet.

Ce drame intime a obtenu, dans sa dernière partie, un succès qui a d'abord tenu de l'enthousiasme, bien que la pièce soit inférieure à beaucoup d'autres qui n'ont pas eu ensuite la même vogue. 11 faut dire aussi qu'il revient à M"" Favart une part immense dans ce succès.

L'auteur a voulu renfermer un grand drame d'adultère, qui pouvait fournir de longs développements, dans trois

I . Les spectacles forains et la Comédie- Française, par Jules Boonassies, un vol. in- 18 avec eau-forte d'Ed. Hédouin, chez Pentu, 1875^

petits actes courts et concis qui rappellent à la fois comme intrigue le Supplice cTune femme et la Mère et la Fille. Rien de bien nouveau par conséquent. M"® de Cambre s'ennuie et son mari s'ennuierait comme elle s'il n'avait trouvé des distractions au dehors. Il a pour maîtresse une voisine, Mme de Cressey, et il oblige sa femme à la recevoir. Là-dessus M™« de Cambre s'envole dans une partie de campagne avec un M. deTurgy, ami de son mari qui. naturellement, lui fait la cour, et un orage aidant, elle se venge de son infidèle époux... comme se vengent certaines femmes. Elle a deux enfants qui, il est vrai, ne sont pas auprès d'elle pour que leur présence lui fasse entrevoir l'horreur de sa faute. Mais tout à coup, un moment même après l'accomplissement de cette irréparable et honteuse vengeance, voici M. de Cambre qui s'amende; il redevient bon époux et bon père, et rappelle même chez lui sa fille qu'il tenait éloignée dans un couvent. C'est ici, mais seulement au troisième acte, que le drame véritable commence. La fille de M"® de Cambre a seize ans et elle sent son jeune cœur battre violemment pour M, de Turgy. Son père le lui offre alors pour époux, mais M™® de Cambre repousse énergiquement une telle alliance, procédé qui ouvre un vaste champ aux soupçons de son mari. Il fait subir à sa femme le plus cruel des interrogatoires. Enfin, comme il veut à tout prix savoir la vérité, que l'attitude de la malheureuse ne lui fait que trop pressentir, il lui déclare brutalement que son amant vient de mourir. Et quand son désespoir lui a démontré que son déshonneur est complet, il dément alors la terrible nouvelle qu'il vient de donner. A ce moment, un valet annonce M. deTurgy ; Julie, à ce nom, tombe pâmée, ff — Tu sais que je te tuerai I dit alors M. de Cambre ^ M. deTurgy.

— Tu sais qu'elle est morte! répond M. de Turgy en montrant à son ex-ami le corps de sa femme étendu sans vie sur le plancher.

Et la toile tombe. — Ce dernier acte, très- vivement mené, a sauvé la pièce. Les deux premiers, en effet, sont longs et froids, et servent seulement d'exposition à ce dénoûment brutal, mais tout à fait dramatique. Les événements sont d'ailleurs trop nombreux et trop accumulés dans ces trois petits actes; ils arrivent pressés à la suite les uns des autres^ parfois sans le développement nécessaire, et comme trop resserrés dans un cadre trop étroit. On trouve d'ailleurs dans Julie^ comme dans toutes les pièces de M. Feuillet, des scènes gracieuses, bien venues et bien écrites; mais, en somme, aucun des personnages du drame n'offre un intérêt réel et l'ensemble de l'œuvre se ressent de ce manque absolu de sympathie pour M"* de Cambre aussi bien que pour son entourage *.

J'ai dit que MHe Favart avait admirablement joué; « elle s'est élevée, dans le rôle de Julie^ écrivait quelques jours après Th. Gautier, à une hauteur que bien peu d'actrices atteignent 2. » A la "fin de la pièce, tous les arûsies furent appelés dans la loge impériale où M"» Favart fat tout particulièrement l'objet des félicitations des souverains; l'Impératrice, détachant le bracelet qu'elle avait au

1. « La représentation de Julie a prodait sur moi le même efTet que U lecture de Monsieur de Camors, roman du môme auteur, (l'est le màce talent, car il y a là une somme de talent considérable ; c'est le mcc:.: charme musical du style, la m^me cruauté des situations sauvée par U ouate ou la gaze de la forme, le même magnétisme nerveux, le tncmc attrait singulier, irrésistible et corrupteur... Voulez-vous ma pensée «tière? Donnez, si vous voulez, Madame Bovary à lire à une jeooe fiBe. mais ne lui laissez pas écouter Julie, • (Jules Claretie.)

2. • M»* Favart, dit aussi M. Claretie, a trouvé dans Julie son pï«» grand succès; il n y a qu'un mot pour la juger : admirable! •

bras, le lui offrit en souvenir du triomphe si personnel qu'elle venait de remporter* : « Il n'est pas d'une grande valeur, dit -elle à M"® Favart, seulement je le porte depuis quinze ans; voilà, mademoiselle, le seul prix que je voudrais qu'il eût à vos yeux. »

Le 9 mai, début d'une élève de M. Régnier, M"« Marie Delmary, dans Aricie, de Phèdre^ où elle réussit à souhait. Cette intéressante comédienne joue encore, le 12 juin, Marianne, de Tartufe^ et, le 19 juin, le personnage du même nom dans V Avare, Lauréat du Conservatoire, intelligente, distinguée, M"« Delmary se fût certai-

I . Ont créé les autres rôles de Julie : M M. Lafontaine (de Cambre), Feb vre (de Turgy}; MU* Reichemberg continue ses débuts dans le petit rôle de Cécile de Cambre, Elle les complète le 27 juin dans Louise de Faute de s'entendre; le 10 juillet dans Rosine de Au printemps^ où M"»« Jouassain et M. Boucher jouent aussi pour la première fois les rôles de M»* Destourville et de Frédéric, et le 3o août dans le Bonhomme Jadis^ où M. Thiron continue également ses remarquables débuts par le rôle de Jadis. — Mil* Tholer débute aussi dans la pièce de Julie par le personnage peu agréable à représenter de la maîtresse de M. de Cambre, M^e de Cressey. M*i« Tholer (Gabrielle) est née à Faulquemont (Moselle) en i85i. Élève de M. Régnier, au Conservatoire, elle obtint un deuxième prix de comédie aux concours de ï96S. C'est une jolie personne, distinguée, d'excellente tenue et qui n*a cependant jamais trouvé à jouer que des seconds et même des troisièmes rôles à la Comédie->Françai«e : Lucinde, de la Coupe enchantée (10 août); Lucile, du Dépit amoureux (26 octobre); Clara, du Jeune mari (19 décembre); Marianne, de Tartufe (28 décembre), etc.. MU« Tholer a quitté la Comédie-Française le 2^ décembre 1876 pour la Russie, où elle a reçu un brillant accueil. Mais elle est trop jeune pour ne pas nous revenir. —Le succès de Ju/te a été aussi très-fructueux. La pièce a été jouée soixante fois et arrêtée seulement eu 29 novembre. Elle a produit 1 39,945 francs dans ses trente premières soirées, soit 4,665 fr. par représentation, somme élevée si Ton considère que c'est pendant Tété qu'on a joué Ju/ie. Ce drame est d'ailleurs presque toujours- resté au répertoire. La première soirée fut des plus brillantes; l'Empereur, l'Impératrice, la princesse Mathilde y assistaient. Le prince et la princesse de Galles vinrent, le 6 mai, à la deuxième représentation, dont la recette fut de 5,572 francs.

nement fait une place honorable à la Comédie-Française qu'elle a dû quitter presque aussitôt pour soigner la maladie de poitrine, qui la mine déjà, et dont elle est morte peu d'années après.

i6 Mai. — M. Octave Feuillet est à Tordre du jour; le grand succès de Julie donne lieu à l'admission à la Comédie- Française du proverbe le Pour et le Contre^ que M. Dupuis et M"* Rose Chéri avaient jadis fait valoir au théâtre du Gymnase et que M^e Marquet (la marquise) et M.'Garraud(le marquis), nous présentent aujourd'hui. C'est de l'esprit un peu alambiqué, mais enfin c'est de l'esprit, et cet esprit-là, quoi qu'on ait pu dire, ne court encore pas trop les rues. Ces mêmes réflexions s'appliquent aussi au Cheveu blanc ^ du même M. Feuillet, que la Comédie reprend le lendemain, 17, avec M. Prudhon (de Lussac) et M"« Ponsin (Clotilde), dans les rôles créés par M. Bressant et M"* Madeleine Brohan.

6 Juin. — Représentation en l'honneur de Corneille (2630 anniversaire de sa naissance), et rentrée dans Cinna (Emilie) de W^^ Agar, à qui son grand succès dans k Passant (Odéon, janvier 1869) vient de rouvrir les portes de la Comédie- Française. Mlle Agar .reparaît rue de Richelieu à son très-grand avantage ; ce n'est plus l'artiste primesautière et indisciplinée d'autrefois; elle a assoupli ce que j'appellerai les côtés aigus de son talent et elle a fait les plus louables efforts pour rompre avec certaines de ses traditions natives^. Elle est très -applaudie et la voici.

I . « La nature a beaucoup fait pour la nouvelle pensionnaire de la xvtt Richelieu. La voix grave, sonore, richement tionbrée, a des vibrations d'une douceur pénétrante et d'une énergie sauvage. La bouche — os rotundiim — paraît faite pour donner passage au vers tragique; il semU< qu'entre ces lèvres mobiles, tantôt éclairées par un sourire, tantôt tordo^*^

sans conteste, la première tragédienne du Théâtre-Français,

9 Juin. — Première représentation de Juan Strenner^ drame en un acte, en vers, de M. Paul Deroulède, neveu de M, Emile Augier*. Ce petit drame a une histoire : il avait plusieurs actes ; le Comité a demandé l'amputation du quatrième, puis, quand la pièce a été réduite à trois actes, l'auteur a été prié de la remettre sur le lit traditionnel pour lui faire subir une suppression nouvelle. Retombée à deux actes, la pièce a encore paru trop longue, et M. Deroulède a été obligé de la resserrer en un seul dans lequel elle étouffe. Ce n'est plus, à vrai dire, qu'un épisode devenu, grâce à ces remaniements successifs, un peu obscur, mais écrit en beaux vers, fermes et chaleureux, et qu'on a applaudi aussi pour son exceptionnelle interprétation exclusivement confiée à des sociétaires 2. Mais que

par un sarcasme, l'alexandrin doive glisser, caressant et superbe, comme un ruisseau limpide, ou bondir, tumultueux et farouche, comme un torrent débordé. Le nez, d'un dessin ferme et correct, accuse la décision. Le front, haut et surplombant les paupières, semble receler tout un monde d'orageuses pensées. Sous cette arcade profondément creusée, l'œil jette des flammes ardentes que tempèrent parfois des rayons d'une ineffable tiédeur. Le buste, onduleux et souple, se prête merveilleusement à toutes les contorsions de la haine, de la colère, de la j'alousie, de la pitié, du désespoir. La démarche est fière et^ majestueuse; le geste plein de noblesse, d'ampleur et de sobriété. « (Emile Blavet.) - M"« Agar continue ses débuts, le 19 juillet, dans Camille des Horaces; le 3i, dans Phèdre; et le 10 septembre, dans Hermione, d*Androniaqu€. Enfin, le 25 octobre suivant, elle joue le rôle d'Andromaque dans cette dernière tragédie. — Ce même soir, 25 octobre, M»" Ponsin aborde avec un vif succès l'emploi des soubrettes en jouant Dorine de Tartufe. Le 18 mai suivant, elle joue Lisette du Légataire universel. Ce nouvel aspect du talent de M"* Ponsin lui est on ne peut plus favorable.

1. La pièce imprimée est dédiée par M. Deroulède ù M. Augier, « mon oncle, mon ami, mon maître 1 <»

2. a Le vers de M. Deroulède est libre, aisé; il a de la fermeté et de la

de patience et de vertu il a fallu au jeune débutant pour que, le scalpel à la main, il ait consenti à disséquer autant de fois et en autant de morceaux son propre ouvrage! Depuis, le vaillant auteur de VHetman a pris sa revanche, et il ne fait plus d'aussi radicales concessions 1

1 5 Août. — Représentation gratuite en Thonneur de la fête de l'Empereur, qui se trouve être en même temps l'anniversaire du centenaire de Napoléon I®'. On joue le Mariage de Figaro *. Entre le deuxième et le troisième acte, M"** Devoyod, Agar et Tordeus récitent des stances de M. Ad. Guillemet, qui célèbrent cette grande date historique. Enfin le spectacle est complété par Texécution du Chant de victoire^ de Baour-Lormian, mis en musique par Persuis et Lesueur, et qui fut chanté pour la première fois, à rOpéra, le 9 novembre 1806. Ce sont MM. Jules Cohen et Nuitter qui ont exhumé cette cantate officielle des archives de l'Opéra. Cinquante jeunes filles du Conservatoire et la société chorale des Enfants de Paris exécutent ce classique morceau plus solennel que brillant; les soli sont dits, pour le parler, par M. Sénéchal et M<*« Lloyd, et pour le chant par M. Rives, baryton qui vient d'être couronné au Conservatoire, et par sa camarade M "«Bois-Colon; M. Philippe dirige le chœur des Enfants de Paris, Belle exécution, aussi complète que

véhémence, un peu trop de penchant aux antithèses et aux sjméui<s mais avec cela le sentiment du dialogue et le ton du théâtre.* (Th. Gac- TiER.; — Ont créé les rôles : MM. Maubant (Rév. Olburg}, DeUwu^ (Juan Strenner), Coquelin (David Téniers), Lafontaine (Rubens); M"» Ni del. Brohan (C. Strenner).

I. Jouent p3ur la première fois : M«" Riquer (la comtesse), Rcicberberg (Fanchette); M. Barré (Antonio). MM« Lloyd reparaît dans Chcrotie qu'elle a joué d'abord le 4 mars. Le 20 août, M. Thiron continue s<» débuts dans le rôle de Bridoison.

possible, sans doute, mais dont Teffet est un peu froid ; c'est de la musique académique.

22 Août. — Début de M. Mazoudier, lauréat du Conservatoire, dans les Horaces (le vieil Horace*). Cest un jeune tragédien à qui on ne fait jouer que d'insignifiants personnages et qui, d'ailleurs, n'aura pas le temps de s'élever jamais jusqu'aux premiers rôles, par suite d'une mésaventure sur laquelle nous ne voulons pas insister, mais qui a motivé son départ définitif en 1873.

3o Août. — Première représentation de la Parvenue^ comédie en quatre actes, en prose, de M. Henri Rivière.

On attendait de M. Rivière une pièce plus vigoureuse et surtout plus originale. Il n'est pas, en effet, d'esprit plus heureusement doué, mais les qualités précieuses de style et d'observation qui distinguent les Nouvelles^ publiées par M. Rivière, convenaient certainement mieux au livre qu'au théâtre. Ici encore il a voulu peindre un caractère d'exception, qu'il a fouillé et creusé avec le soin minutieux qui est le propre de son talent, mais dont il a exagéré les couleurs.

M"* Calendel est une horrible femme qui s'est mise elle-même en exploitation sous une raison sociale dans laquelle elle a fait figurer avec le sien le nom de son mari, homme bonasse et aveugle qui avale toutes les couleuvres, si grosses qu'elles puissentêtre^ et qui adore sa femme et lui fait les plus sottes déclarations'ttu moment même où il est

I. M. Chéry joue Tulle pour la première fois. M. Mazoudier continue ses débuts, le 24 août, dans Tartufe (Géante), M. Prudhon jouant aussi Valère pour la première fois; le 28 août, dans Athalie (Nabal)j le 7 septembre, dans Cinna (Euphorbe); le 10 septembre, Phœnix, dans Andro^ maque, etc. .. — M. Gaston-Joseph Mazoudier est né à Paris le 6 octobre 1846.

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le plus... trompé par elle. Cette femme — je ne sais trop, au fait, pourquoi Fauteur l'appelle une parvenue, puisqu'elle ne parvient à rejoindre son prince qu'après la chute du rideau — exploite honteusement, d'autre part, les secrets amoureux des autres. Ainsi, elle a entre les mains des lettres écrites jadis par une jeune veuve, M"' de Sarrans, à son amant, et elle s'en sert pour tirer de cette femme tout le profit possible en la menaçant perpétuellement de tout révéler à un M. de Léris, qui la veut épouser. Poussée à bout. M™® de Sarrans finit par avouer ellemême sa faute pour échapper à la cruelle obsession doni elle est l'objet. Cette scène est bien amenée et fort dramatique. Fort belle aussi cette autre scène dans laquelle M. de Léris, désillusionné, réclame à M""« Calendel les lettres de la femme qu'il ne peut plus épouser; très-dramatique encore la scène finale dans laquelle Calendel, mis enfin en présence de la vérité, éclate tout à coup, lui jusqu'alors si doux, si calme, si aveuglé. C'est là, en somme, une comédie inégale, mal pondérée, et qui est écrite aussi dans un style bien moins nerveux, concis et personnel, que celui que nous connaissions jusqu'alors à l'auteur. L'interprétation de la pièce est ordinaire. M. Got n'a qu'une scène, la dernière, et il est regrettable qu'on ait confié un rôle aussi ingrat à un tel artiste ; M. Febvreest très-distingué dans le rôle de de Léris, et il a joué avec une grande mesure la scène des lettres ; quant à M"« Devoyod, elle avait accepté une grosse partie en se chargeas: du personnage difiicile et compliqué de Mo^e Calendel. Eik est fort belle, d'une allure même peut-être trop souveraine pour le rôle de cette bourgeoise tragique ; puis, ell< déclame plutôt qu'elle ne parle : on ne passe pas, er effet, sans danger, de la tragédie à la comédie et d^ grands vers de Corneille et de Racine à la simple prose --

la vie moderne. M 'le Devoyoda eu surtout la grande intelligence du rôle qu'elle a composé en véritable artiste ^

i3 Octobre. — Première représentation du Mari qui pleure^ comédie en un acte, de M. Jules Prével. C'est une pièce sans prétention, mais très-vivement menée, et d'une gaieté excellente. M. Coquelin aîné a joué, avec un vif succès, le rôle d'un avocat (Henri Laroche), que nous voyons obligé de plaider, chez lui, devant sa femme, pro domo sua^ et avec une bien plaisante éloquence, au sujet d'infidélités imaginaires dont celle-ci le croit le héros. M. Coquelin cadet a repris plus tard, et a même conservé depuis, ce rôle si bien venu dans lequel il a eu d'ailleurs le bon esprit de ne pas copier son grand frère. Ces deux interprétations différentes — également réussies — ont été d'un piquant intérêt et méritaient d'être signalées 2.

17 Novembre. — Représentation extraordinaire en l'honneur de l'inauguration de l'isthme de Suez; on joue les Plaideurs^ Cinna et Sganarelle; mais l'intérêt de la soirée s'attache surtout à l'interprétation par M™®* Agar et Tordeus, du poëme de M. de Bornier, V Isthme de Sues[j que l'Académie française a couronné 3. On sait que ces sortes de morceaux d'actualité réussissent toujours, mais un succès plus considérable est fait à l'élégant poëme de

1. Les autres rôles sont créés par M. Prûdhon (de Mercey); M»*» Jouassain (M«»« de Cézy), Marie Royer (M»»* de Sarrans). — La pièce a eu vingt-quatre représentations; la cour assiste à la vingt-deuxième, le 2 1 octobre.

2. Les autres rôles sont créés par M. Garraud (Gaston d'EyrolIes}; M«»«» E. Dubois (Lucienne), E. Riquer (Juliette), Dewintre (Thérèse). — La pièce est toujours demeurée au répertoire.

3. C'est le premier des trois prix obtenus par M. de Bornier à l'Institut de 1861 à i863, et qui lui ont valu la croix de la Légion d'honneur le i3 août 1864.

$2^ LA COMÉdIE-FUaNCAISE.

M. de Bornier, et lorsque M"* Agar lança à toute volée ce vers si heureusement trouvé :

Ferdinand de Lesseps! Retiens ce nom, Histoire!...

11 courut comme un frémissement spontané dans la salle et Tactrice dut s'arrêter quelque temps pour attendre la fin des applaudissements qui avaient accueilli cette poétique et juste prophétie*.

6 Décembre. — Première représentation de Lions et Renards^ comédie en cinq actes, en prose, d'Emile Augier2.

De même que M. Emile Augier ne triomphe jamais à demi, de même aussi, quand ses pièces ne réussissent point, ses chutes sont éclatantes ; il est vrai qu'il en a peu ou point à son actif, et que sa nouvelle comédie Lions et Renards est même la seule de ses pièces qui ait aussi irrémédiablement sombré. Ici, nous avons surtout des peintures de caractère, car Tintrigue de la pièce est de beaucoup dominée par l'intérêt qui devrait s'attacher plutôt aux personnages; les uns, qui sont les lions, c'est-àdire les cœurs honnêtes, loyaux et francs, Catherine de Birague, de Valtravers et Champlion; les autres, que l'auteur appelle des renards^ c'est-à-dire d'Estrigaud, que nous avons déjà vu dans la Contagion, et Sainte-Agathe, pieux personnage qui joue les Rodins au naturel et qui a

I . Ce poâme est dit de nouveau dans la représentation du dimanciic, 21 novembre suivant, à laquelle l'Empereur assiste seul, l'Impératrice étant alors en Egypte, précisément à l'occasion de rinauguration de l'isthme. On joue encore le Supplice d'une femme et Mercadet, Larecette est de 5,067 francs ; elle avait été seulement de 2,265 francs lors de la première audition du poème.

3. L'Empereur et l'Impératrice assiblent à la représenialion.

ANNEE i86g. s 29

été décalqué à Temporte-pièce dans le roman d'Eugène Sue. Les lions se défendent donc contre les renards! Sainte-Agathe a lâché dans le camp ennemi le jeune Valtravers à la poursuite des millions de sa cousine Catherine deBirague; mais le jeune homme s'acquitte bien mal de la mission de confiance qu'il a reçue; il n'a nulle envie d'épouser sa cousine et il le lui déclare très-carrément; le bal de l'Opéra et les danseuses du corps de ballet, dont il a jusque-là peu goûté, feront bieji mieux son affaire ; voilà donc un renard qui s'est fait lion ! C'est là le fond du premier acte, et ce premier acte, il est charmant, vif d'allures, plein d'esprit et ne contiendrait-il que l'adorable confession de Valtravers à sa cousine, que M. Coquelin a jouée avec tant de verve et de finesse, qu'il pourrait passer, surtout en comparaison des autres, pour un chefd'œuvre.

Tout se gâte à partir du second acte. Voici Pierre Champlion, retour d'Afrique, qui raconte ses voyages et qui est en quête de 400,000 francs, pour pouvoir retourner à la recherche d'un ami qui se nomme Jacques et que nous ne verrons jamais. Dans un long récit, un peu bien mélodramatique, mais que M. Delaunay détaille avec un feu très-communicatif, nous avons le récit du voyage et des nécessités qui obligent Champlion aie recommencer. Naturellement, M^'« de Birague est sous le. charme, et c'est elle qui fournira les 400,000 fr. dont Champlion a besoin pour retrouver Jacques.

Au troisième acte, les choses se gâtent tout à fait. D'Estrigaud, qui convoite aussi Catherine, et qui lui a déjà fait, au premier acte, une insultante déclaration, reparaît de ' nouveau et recommence ses tentatives. Mais Champlion intervient et provoque d'Estrigaud. A quel titre? par jalousie tout simplement. Catherine veut empêcher le duel

53o LA COMEDIE-FRANÇAISE.

et son grand argument c'est que si Pierre Champlion venait à être tué, qui donc irait retrouver Jacques?

Le quatrième acte met en présence les deux gredins de la pièce, Sainte-Agathe et d'Estrigaud. Ils complotent tous deux la perte de Champlion et ils font publier, dans un petit journal, un article dans lequel on cherche à discréditer ce dernier aux yeux de Catherine. Champlion disparu, la belle millionnaire pourrait sans doute consentir à épouser Valtravers. Voilà donc Champlion déshonoré, et cela par un article de journal qui ne Taccuse, en somme, que de peccadilles anodines!... Mais rassurezvous, le même tribunal d'honneur qui s'était réuni pour condamner Champlion, se déjuge quelques jours après; cette fois, c'est d'Estrigaud qui est convaincu d'infamie, un honnête homme ne saurait se battre avec lui, et Champlion réhabilité épousera Catherine de Birague avec les millions de laquelle il frétera beaucoup de navires à l'effet de retrouver Jacques!

Tout cela manque d'intérêt, et qui plus est, tout cela est parfois ennuyeux. On ne se figure pas les longueurs des derniers actes de la pièce ! Le troisième eût été si facilement fondu dans le second et les tirades politico-religieuses de Sainte-Agathe pouvaient être si aisément supprimées avant la première soirée! Et ce personnage odieux de d'Estrigaud si poussé au noir ! Ce viveur grossier don: Catherine écoute froidement les injures quand elle a des laquais pour le jeter à la porte ! L'esprit même de M. Augier ne s'est point non plus retrouvé ici à égale dose, cj qui prouve encore que lorsqu'un écrivain de sa trempe s: fourvoie, il se fourvoie tout à fait. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, on parle quelque part au second acte des vertus de Champlion. « Lui, si poli ! » dit quelqu'un. — u L'acier aussi est poli ! » répond Catherine déjà en admi-

ration devant son héros. Le mot a été accueilli par un murmure qui n*était point approbateur. Je n'insisterai pas, d'autre part, sur le mauvais effet produit par le rôle de M. Got (Sainte- Agathe) qui renouvelait, dans de si médiocres proportions, le personnage populaire d'Eugène Sue* Ce rôle n'a fait honneur, en somme, qu'à l'éminent acteur qui Fa interprété, mais qui ne pouvait le rendre meilleur*. La soirée a fini assez mal et même quelques sifflets ont protesté contre certains passages que Tauteur a supprimés le lendemain. Mais le coup était porté et le mal sans remède. Cependant, le nom de M. Augier a tant d'influence sur le public que Lions et Renards ont eu, en dépit de ce vif insuccès du premier soir, vingt-neuf représentations, quinze en 1869 et quatorze en 1870. Les recettes ont été toutefois médiocres^ et bien au-dessous des fructueuses soirées de Maître Guérin et de Paul Forestier 3.

1. Ont créé les rôles : MM. Got (Sainte-Agathe), Delaunay (Champlion), Bressant (d'Estrigaud), Coquelin (de Valtravers), Thiron (de Pervenquière), Coquelin cadet (Simon); Mn>e8 Brohan (Octavie), Favart (Catherine), Jouassain (M"»* Hélier), Tordeus (Mariette). — La pièce devait d'abord s'appeler Mademoiselle de Biraguc; mais le comte de Biragued*Apremont étant intervenu, il fut décidé, avec son consentement, que le nom qu'il portait serait conservé à Théroïne de la comédie, mais qu'il ne figurerait pas sur l'aniche.

2. On ne faisait même pas 3, 000 francs à la dixième (2,87.3 francs).

3. La critique a été en général fort sévère pour la nouvelle pièce de M. Augier, qu'on alla jusqu'à lui conseiller de retirer, et j'ai dû reproduire ici. dans les gn'efs que j'ai réunis contre elle, l'impression exacte du moment. Un journaliste, M. Claretie, a pris assez vivement à ce sujet la défense de M. Augier : « Je tiens à constater, dit-il, qu'on a jugé la dernière œuvre de M. Augier avec une sévérité qui tient de bien près à l'ingratitude. » [Opinion nationale, i3 décembre.) — Et un peu plus loin, M. Claretie ajoute : « Je souhaiterais que la critique accordât aux recherches sincères, aux tentatives hardies, aux intentions profondes, quelqu'une de ces circonstances atténuantes qu'elle prodigue aux pasquinudes et aux

21 DÉCEMBRE- — Fort belle soirée tragique et comique pour le 2 3oe anniversaire de la naissance de Racine; on donne Mithridate avec Mt*e Favart (Monime) ; MM. Prudhon et Mazoudier continuent leurs débuts en jouant, pour la première fois, les rôles de Xipharès et de Pharnace. On finit par les Plaideurs. Entre les deux pièces, M"* Tordeus déclame des strophes d'un pbëte marseillais, M. Adolphe Carcassonne, en Thonneur de Racine, qu'il appelle Poëte-Soleil, ce qui a semblé un peu excessif aux admirateurs de Corneille à qui, a dit un mauvais plaisant, il ne va plus rester que la lune pour terme de comparaison !!...

O Racine! ô Génie! ô Poëte-Soleil !

Comme un nimbe à ton front tu portes la souffrance,

Et ce front lumineux rayonne sans pareil

Dans la pléiade d'or des gloires delà France!

La recette s'élève seulement à 1,977 francs.

folies courantes... Il est vraiment triste et presque honteux de voir, à deux ou trois jours de distance, une bouffonnerie nouvelle exaltée outre mesure, et une comédie, fût-elle incomplète et manquée, traitée comme vient de l'être, par la critique du lendemain, la pièce de M. É. Augier... • — Ajoutons que depuis, M. Augier a pris de victorieuses revanches de ctX nsuccès si profond, mais unique, dans son théûtre.

L'année « terrible » est inaugurée par les débuts de M"« Sophie Croizette*. Cette belle et intelligente personne, élève de M. Bressant, tout,récemment couronnée au Conservatoire , arrive à la Comédie-Française, déjà précédée d'une réputation artistique toute faite. On vante partout ses aptitudes et ses mérites, et on lui promet par avance les palmes du sociétariat à courte échéance 2. Elle paraît enfin, pour la première fois, sur la scène de la rue de Richelieu, le 7 janvier, dans le rôle de la reine du Verre d'eau, oh elle ne brille cependant. que d'un éclat relatif^. Elle a une physionomie étrange, n'est pas régu-

1. Notons cependant que le 2 avait en lieu une représentation, par ordre, en l'honneur du prince Impérial et de ses amis, composée du Menteur et du Malade imaginaire ; la recette fut de 5,678 fr. 5o c.

2. M'ie Croizette a été créée sociétaire le 11 janvier 1873. Entrée au Conservatoire en 1867, elle avait obtenu le premier prix de comédie en

3. Paraissent aussi pour la première fois dans le Verre d'eau : MM. Boucher (très-élégant dans le rôle de Masham), Seveste (Thomsonj, Mazoudier (marquis de Torcy). — La recette est de 3, ici francs.

lièrement jolie ^, mais Tensemble de toute sa personne respire ce genre de séductions indéfini qui plaît plus dans la femme que la beauté même ^ ; quant à son talent il n*est encore qu'à l'état de promesse. M"® Croizettea des dons de nature précieux, des qualités incontestables, de la verve et un charme tout particulier; nous savons aujourd'hui, — huit ans après ses premiers débuts et après tant de rôles si divers qui lui ont valu la plupart un succès surtout personnel, — à quoi nous en tenir sur son compte. M"« Croizette est certainement une artiste de race ; la nature a fait pour elle plus que l'étude, en un mot elle était née comédienne et le Conservatoire n'a pas eu grand'chose à lui enseigner. ElLe a porté dans toutes ses reprises ou créations ce « moi » persistant qui lui fait toujours dominer et même dépasser le caractère et l'esprit du personnage qu'elle interprète. Elle ne creuse pas un rôle pour y fondre et y faire disparaître sa personnalité, ce qui .lui semblerait sans doute trop cruel pour le spectateur; elle cherche au contraire à mettre le plus en avant possible cette personnalité même, que ce soit à l'avantage ou au détriment de son rôle. Il en résulte une interprétation parfois très-réussie, parfois aussi très-défectueuse, mais au moins M^*e Croizette n'a pas cessé d'être M"« Croizette, et ses admirateurs, — elle en a beaucoup et nous sommes souvent du nombre, — ont toujours sous

I. Voici le portrait que nous tracio.isde M^e Croizette, en 1S73, d-* la monographie de la Comédie-Française, publiée par nous chez Trc^^ dans la collection des Foyers et Coulisses : « Tout en elle est étrange .' original ; elle n'est pas belle comme tout le monde; elle a une physionum enchanteresse et un regard d'une étonnante mobilité, où se mêlent à la !''> la candide douceur et l'ironie sanglante; le son de sa voix est tour à toc caressant ou ^Itier; elle est en même temps adorable et terrible; c*e< une sirène.»

les yeux son regard séduisant et sa physionomie enchanteresse*.

i5 Janvier. — Représentation en l'honneur du 248e anniversaire de la naissance de Molière, On joue le Misanthrope et[/e Malade imaginaire. M. Delaunay déclame ensuite une poésie d'à-propos, de M. Carcassonne, ce même poëte de Marseille qui avait si bien célébré, un mois plus tôt, les mérites de Racine.

17 Janvier. — Première représentation des Ouvriers^ comédie en un acte, en vers, de M. Eugène Manuel, reçue le 22 juillet précédent.

Cest un petit drame intime très-habilement proportionné au cadre modeste dans lequel l'auteur Ta resserre. Rien de plus simple, de plus touchant, ni surtout de plus moral. Un père qui s'est mal conduit et qui a abandonné sa femme enceinte; un fils qui croit sa mère veuve et qui, au moment même où il veut s'établir par le mariage, retrouve dans le bienfaiteur de sa fiancée l'homme à qui il doit le jour. Mais cet homme s'est repenti pendant les longues années de la séparation, il s'est régénéré lui-même par le travail et par le respect du devoir, et comme sa

I. Pendant les quelques mois qui s'écoulent encore avant la guerre, M"« Croizelte paraît, le 23 février, dans Gélimène, du Misanthrope ; le 28 mars, dans Dalila: le 4 juillet, dans Armande, des Femmes savantes^ et Mathilde, du Caprice; le 28 août, dans Rosine, du Barbier de Séville. Enfin, au lendemain même de la paix définitive, après la Cornmune, elle joue avec un vif succès — et c'est le premier rôle qui la place tout à fait en évidence — Suzanne, du Mariage de FigarOy puis Mme de Prie dans Mademoiselle de Bellc-Isle. Mais alors elle entre en complète possession de la faveur publique et son nom est déjà une attraction sur l'affiche; elle approche de ces quelques créations un peu excentriques {Jean de Thommeray^ le Sphinx, etc.), qui ont attiré à la fois sur son jeune et incontestable talent des éloges si divers et de si vives discussions.

femme le repousse cependant, il plaide sa cause en termes chaleureux et émus et il est accueilli enfin, comme le père prodigue, de retour au foyer conjugal.

Je ne saurais assez insister sur le succès, à la fois littéraire et moral, obtenu par ce tableau où sont disposées et ménagées, avec tant de tact et d'adresse, les couleurs les plus variées de la passion, et où triomphent finalement rhonnêteté et l'honneur. La poésie de ce plaidoyer éloquent en faveur du travail et de Tétude, est à la fois d'une grande sobriété de moyens et d'une force entraînante. Plusieurs passages ont été acclamés et bissés par le public; ajoutons que dans l'interprétation du rôle principal, M. Coquelin s'est élevé à une hauteur qu'il n'avait peutêtre point atteinte aussi complètement encore dans le répertoire moderne*.

28 Mars. — Reprise de Dalila, drame en quatre actes et six tableaux, de M. Octave Feuillet.

Tout l'intérêt de cette reprise de la meilleure œuvre dramatique de M. F'euiUet s'attache à sa nouvelle distribution. 11 faut reconnaître qu'elle a paru moins complète que celle de la création. C'est d'ailleurs l'écueil des pièce> qui passent d'un théâtre à un autre et qui n'ont plus d'imprévu à nous off'rir. La comparaison est généralement plus contraire aux nouveaux interprètes de l'œuvre, et on est tenté même de faire pencher la balance en laveur de leurs prédécesseurs. C'est ce qui se produit pour Dalila. Les artistes de la Comédie-Française ont individuellement un talent très-supérieur aux comédiens du théâtre du Vau-

I. Ont créé les rôles : MM. Maubant (Morin), Coquelin (Marcel: M»" Nathalie (Jeanne), Rcichembcrg (Hélène). — La pièce est tooïonr> demeurée au répertoire. Elle a mérité à son auteur, au mois de jail!<^t suivant, le prix de 4,600 francs, fondé par M»* Landrieux à Vlnstitut.

devillequi l'ont créé, mais l'effet comme interprétation est diminué. Ainsi on attendait beaucoup de M''® Favart dans le personnage de Dalila ; elle y est superbe, mais elle n*a, semble-t-il, au ijiême degré, ni l'âpreté, ni la sécheresse de cœur dont M''« Fargueil avait si vivement marqué ce rôle difficile ; M. Febvre est moins romantique dans le rôle d'André Roswcin, et surtout moins bouillant et passionné que M. Lafontaine, qui est lui-même bien efifacé dans le rôle du vieux Sartorius, où M. Parade montrait tant de bonhomie; M. Félix possédait une verve vulgaire, mais il avait uhe manière à lui de lancer, au delà de la rampe, les impertinences paradoxales de Carnioli, que n'a pas voulu imiter M. Dressant, ce qui donne à cet étrange personnage une physionomie tout à fait différente et moins originalement accusée. Enfin, le charme de M"« Luther était doux et timide, elle avait une figure de la Mignon ou de la Marguerite de Goethe, qui était d'un attrait bien spécial dans le personnage vaporeux de Marthe. Le charme de M"« Croizette est au contraire d'une modernité et d'un parisianisme, — si je puis m'exprimer ainsi, — qui ne sont pas compatibles avec la rêveuse physionomie de la blonde et regrettée créatrice du rôle l. Quoi qu'il en soit, Dalila fait quelques fructueuses recettes, en dépit de la chaleur, et la pièce n'est arrêtée qu'à la trentième représentation, le i" juillet suivant.

3 Avril.— Début de M. Charpentier, lauréat du Conservatoire, dans la reprise iïHernani(TÔle d'Hernani).La voix est un peu sourde, mais la physionomie est bonne et la

I. Ont repris les autres rôles : MM. Seyeste (prince Kalisch), Prudhon marquis de Sora; ; M»" D. Félix (Marietta), Lloyd (lady Wilson), Tlioer (Giulia). — L'Empereur et l'Impératrice assistent, le 17 mai, à la vingiquatrième représentation.

538 LA COMÉDIE-FRANCAISK.

tenue distinguée. M. Charpentier a encore paru, dans cette même année, le 12 mai, dans Phèdre (Hippolyte), le 25, dans Britannicus (Britannicus) *, et le 6 juin, dans Po/;^^ttcfe (Sévère).. Cest un utile pensionnaire auquel cependant il n'a pas encore été donné de s'élever au-dessus des seconds rôles.

20 Avril. — Première représentation des Deux Douleurs^ pièce en un acte, en vers, de M. François Coppée.

Me voici bien embarrassé pour parler de cette pièce du plus aimable et du plus sympathique de nos poëtes nouveaux. Lorsque M. Coppée écrivit le Passanl (Odéon y 14 janvier 1869}, sans songer à la scène, un vif succès accueillit Theureuse arrivée au théâtre de ce charmant duo poétique. Les Deux Douleurs avaient évidemment pour mission de créer un pendant à cette jolie pièce. Le sujet en est malheureusement monotone et d'une teinte funèbre trop prolongée. Cet infini « larmoiement » de deux douleurs dissemblables sur un mort regretté, sorte d'élégie des plus plaintives ^, ne constitue pas une pièce, au point de vue purement dramatique. Le poëte seul a ici triomphé ; ce n'est que lui qu'on a si vivement applaudi le premier soir. 3. M. Coppée est homme, d'ailleurs, à prendre

1. Ce même soir, rentrée définitive de M. Laroche dans le rôle de Néron. Ce comédien distingué vient de se faire remarquer successivemeol à l'Odéon, aux matinées de M. Ballande, au Vaudeville et même à la Gaîiê. Il est devenu sociétaire le 16 février 1875.

2. « Il y a, les peintres le savent, des noirs chauds et des noirs froids ' les noirs de M. Coppée manquent un peu de chaleur. Si vous aimez mieux que nous empruntions une comparaison à l'art musical, nous dirons que .es Deux Douleurs sont écrites d'un bout à l'autre en mode mineur et que quelques changements de ton eussent ajouté à l'effet de l'œuvre dont le succès d'ailleurs a été complet. » (Th. Gautier.)

3. Ont créé les rôles : M»" Agar (Renée), Marie Royer (Berthc' : JM. Barre (Dominique). — La pièce avait d'abord été jouée, le 29 mjr»

plusieurs fois sa revanche, et il l'a prise déjà, au moment où nous écrivons ces lignes, sur la scène même qui a vu naître les Deux Douleurs ^^ lesquelles n'ont vécu que quatorze représentations.

i5 Mai (dimanche). — Grande matinée, à une heure' et demie, à l'occasion de l'inauguration à Vienne (Isère), de la statue élevée à Ponsard, par les soins de la Commission spéciale, dont le prince Napoléon avait la présidence 2. Le spectacle est composé du Lion amoureux ^^ précédé d'une conférence de M. Emile Chasles, sur le théâtre de Ponsard; la recette ne s'élève qu*à 3,2*36 fr. Le même jour, à Vienne, est donnée, après la cérémonie d'inauguration de la statue, une représentation dans laquelle M"" Tordeus, Agar et M. Masset jouent Horace et Lydie et des scènes extraites de Lucrèce et Charlotte Corday.

2 Juin. — Je passe rapidement sur la première représentation de Maurice de Saxe\ drame en cinq actes, en vers, de MM. Jules Amigues et Marcellin Desboutin, lequel met en scène, à leur façon, les péripéties des amours contrariées du maréchal de Saxe et de M™** Favart. Une scène intéressante dans laquelle M. Got est admirable

précédent, chez la princesse Mathilde, avec Mii« Favart dans le rôle de Berthe.

1. Cette revanche a eu pour titre le Luthier de Crémone, comédie en un acte (23 mai 1876;, qui est toujours au répertoire.

2. Le Comité était composé de MM. Emile Augier, Camille Doucet, Meissonier, G. Moreau - Chaslon, Jules Sandeau, Vioilet-Leduc. Le minimum des souscriptions était de 20 fr., celles de 5o francs donnaient droit aune réduction, en plâtre, du buste de Ponsard. M. Moreau-Chas-

on était trésorier. La souscription avait été ouverte en janvier 1868 sur rinitiative de ia ville de Vienne.

3. M. Boucher joue, pour la prcmicrc fois, le personnage de Vaugris.

n'a pas suffi pour soutenir cette pièce surtout inexpérimentée où M™* Lafontaine a aussi été très-applaudie. Maurice de Saxe a quitté l'affiche après vingt-deux représentations, qui n'ont donné, la chaleur aidant, que des recettes absolument maigres i.

Le 6, fort belle représentation en Thonneur du 264» anniversaire de la naissance de Corneille, composée de Polyeucte^ et d'une scène dramatique, en vers, de M. Louis Ratisbonne, Au Pays des âmes^. Le spectacle est complété par le Menteur, La recette est de 4,909 francs.

18 Juillet. — C'est le jour même de cette déclaration de guerre, qui nous avait tous si fort enfiévrés! On jouait le Lion amoureux et Taffluence du public était peu considérable ; le vrai spectacle, en effet, était dans la rue, la recette était montée cependant à 1176 francs. Mais voilà qu'au milieu de la pièce de Ponsard, un cri se répand comme un mot d'ordre, dans la salle : La Marseillaise t... Personne n'était là pour la «chanter, par même pour la dire; mais l'orchestre, — car alors il y avait encore un orchestre au Théâtre-Français*, — entame le patriotique refrain

1. Ont créé les rôles : MM. Got (Favart}, Maubant (Maurice de S«\< . Boucher (Gasbion). Seveste (dom Briffaut), Prudhon (de Clermont), CoqueliD cadet (Cholot), Chéry (Beauvau), Barré (Marigot), Mazoudier (Baibasch , Thiron (La Fare), Cliarpentier (Valfons), Laroche (prince de Conti. , Mmea Victoria Lafontaine (Justine Chantilly), Marie Royer (La BeAsménard), Granger (Marton), Lloyd (G. de Frise), Delisle (Cathcnne. . MM. Montet et Tronchet faisaient deux rabbins.

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