‹ Journal intime'Chapitre 8 sur 37 · ANNECY (4 AOUT · texte numérisé non relu

ANNECY (4 AOUT

J'ai revu la Puya, le marquisat, les bords du lac, ses joncs, ses eaux bleues, ses montagnes. J'ai entendu le brisement si doux de ses vagues. J'ai revu la fontaine du coteau, ses eaux vives et limpides; la route desBeauges, les châtaigniers de la Puya, la terre couverte des fleurs des châtaigniers. J'ai retrouvé la place de notre jardin et la maison de la Françon^ J'ai revu

DB BOlfSEKlIBGl SCPAIfLODP 69

l'étable démon monton, TAtrede la chaumière, l'escalier de bois da dehors, l'eadroit où son fils m'apporta an oiseau. J'ai cansé avec an vieillard et ane bonae vieillarde de ce temps-là... Joie et larmes da vieillard lorsqae je lai donnai 5 fraocs... Bonne réception chez ces fermiers d'en haut; avec quel étonnement curieux ils me regardaient!... J'y suis retourné avantde repartir, par cette promenade derrière le château, pais par les roches. Rienn'égale ces courses solitaires, dans ces bois, sur ces hauteurs, par ces petits sentiers ; avec la vue de ce lac, de CCS mootagaes, et la triste douceur de si lotnlaias et de si profonds souvenirs.

J'ai prié la sainte Vierge ànnepetitechapellc an sommet d'un rocher, et invoqué Marie :

AtixUium christitmorvm.

De là, je voyais Annecy, ma naissance, mon enfance, mon départ pour Paris et le reste..., et j'ai condn avec an sentiment de douceur inexprimable.

[1 Haut me préparer à mourir, à rendre mon âme à Dieu qui m'a comblé de tant de biens, qui m'a béni d'ane bénédiction si puissante, qui m'a tiré d'an tel abîme, qui m'a fait prêtre : De stercore érigent pauperem, ut cottocet eum eum prineipibus ; qui a dédié ma vie à la vérité,

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à lacharité, à la chasteté, à rhonneur le plus pur. ■ — — "

II faut me préparer à mourir avec l a. douce ur, avec la confiance que doit m'inspirer le souvenir de la bonté de Dieu sur moi et sur ma vie tout entière.

r; Il faut me déQer de la tristesse intérieure, ■^ me confier à Dieu pour le présent et pour l'ave-

" ait, pour le temps et pour l'éternité... Assurément, quand je repasse d'ici toute ma vie écoulée..., la miséricorde de Dieu yestg:rande, son élection manifeste, sa prédilection infinie.

HOST SE SA HÈBE (2 FiVBIKB 1819)

Je m'étais préparé à la mort par une retraite de quinze jours à Issy. J'avais dit la messe pendant deux mois, pour obtenir la grflce de bien mourir. Dans le dessein de Dieu, la mort de ma pauvre mère était le premier but que ces prières devaient atteindre.

Le mercredi octave de la Toussaint, fête des saintes Reliques, elle fut frappée à moi-t... Les saints, le ciel l'appelaient.. . J'aurais pu la perdre

cette nuit; Diai se la fasjbi. Kœ J£ isnô^xcodiL jeudi ce fat afinran. T^aàsvr^ mxm -nialitgir, j'en fos siisL.. Depiû. « Imcm Q( i#en>^ les et doa l o yi c Mes Ahesaiiixrrf» àt ixèejl ^ àt mëL, par ItaBfmàieB €feûe jaaarrt HkSTt st^szaiitifiait profondéiBCBl. «t «t Itiec in: pr^^miit le ciel...

Le jeudi 1**^ ienier. j'4siitenak> mb mepf miî

priait et gémissaiL J'ascaiins ^ cLenàjn: ii

lui inqûer confiaBoe. Sou cosur « y uum: aitt^ sitôt, sortoiit quand je Ini rappeiai {;umiiieB Diea avait été bon pour «lue ci pour nioi... J^ la laiani tnoiqmlle, priaal. pleine de cuiifiauce en DiciL Den henres igiï«^. je hh- i-éveillaî STec on senerneBi de eiBur afi-^ux. J^ iu^ tsidbi sortoot d*aiie asaiiSê» eslcaurdiiiaire et luute divine de la pensée b môe, m juste, til péixilile qoe je n avais pas été pour elle ce que je de'vaib être, et qne miUe fok j'araif fait Boulii'ir sx>ii ceenr : avant oKin sacerdoce, par uiun iudifié^ nmce; depwk, par dei^ àuretéf de caractèx^... Je ne veux rien exaç-érer: sïïnjk certalueiueiii je ne rendais pas à ses p'aiàde^ qualiiéë iuut ce qoe je lai devais d^Loimuaçe. Elle le sentait quelquefois: elle en soufiraîl Lies patiexuiueiit . bien ehrétieunemenl* bien iiunibleuieui. Je Xu^ alors saisi d^mie rue claire que la vie de cette

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pauvre mère avait été un long martyre par le cœur... En ce triste matin du 1^ février, je vis bien clairement, bien amèrement tous mes torts passés... Je fus précipité de mon lit par ces poignantes pensées ; je courus à elle et je lui demandai pardon de toutes les peines que je lui avais faites. Elle me répondit : « Mais tu ne m'as jamais fait de peine! » Pauvres mères! Voilà comment elles sont : c'est le chef-d'œuvre et l'image pure de la bonté et de la tendresse de Dieu .

Oh ! combien ces moments m'ont éclairé sur mes devoirs ! Il est évident pour moi que les meilleurs fils ne rendent pas à leur mère, à leurs parents ce qu'ils leur doivent. On n'en a pas même l'idée. On fait sans cesse souffrir leur cœur; et il faut que cette pauvre mère se résigne et supporte en paix tout cela...

En la quittant, j'allai me confesser à Saint- Sulpice. Je trouvai ce bon M. MoUevaut qui s'habillait pour sa messe. Il quitta tout. Je me confessai avec grande douleur et grande consolation. Ce saint homme, ce tendre et grand cœur me dit les plus belles paroles : « Une bonne mère est le plus grand secours de Dieu qu'on ait sur la terre. — Il faut se souvenir d'une bonne mère jusqu'à la dernière minute de sa vie. »

Nt aONSEIGHECB DUPAHLOUP 73

Je revins plos tranquille. Je loi dis la messe. Elle me demanda de quel saint : je loi dis de saint Ignace, martyr.

Je passai la matinée près de son lit, priant donloarensement. Au milieu de mes 1res amères douleurs, il y eut nn sentiment qui domina tous les antres dans mon Ame ; ce fut le sentiment de la reconnaissance envers la bonté de Dieu dont je repassai les ineffables bienfaits pour ma mère et pour moi depuis le jour de mon baptême jusqu'à ce triste jour de la mort de ma mère. D'une seule vue, je voyais : — ma naissance à Noël; mon baptême le même jour; — l'adoption de sainte Geneviève, le 3 janvier; — Paris qui devait nous perdre; — Saint-Snlpice qui nous sauva; M. Borderies, l'ange de Dieu; — Courcelles et la Roche-Guyon; — le sacerdoce; — le catéchisme; — le PetitSèmînaire... Tant de grAces et tant de croix I

Cette pensée, ce sentiment me ravissait au milien de ce déchirement et de mes larmes. Je nevoyaisentoatque la bouté de Dieu. Untis8u iocomparable.. ; des recherches, des délicatesses, des jeux de bonté infime. Oui, la bonté de Dieu sur ces deux faibles créatures, sur ccUc jeune femme de vingt ans, sur cet enfant d'un jour, fut inouïe. Ce qui se décida dans le con-

seil de Dieu à Saint-Félix, doit me tenir en adoration et en tendresse d'action de grâces toute ma vie...

Les miracles de cette bonté ont été bien signalés, bien particuliers pour moi à l'heure de la mort de ma mère. J'avais un secret désir de ne la perdre que le 2 février; qu'elle mourût dans la fête ; qu'elle la célébrât au ciel ; qu'après avoir été purifiée pendant quarante années sur la terre, elle fût présentée au Temple éternel par Marie elle-même : Purificatis tibi mentibus prœsentari mereaiur.

Dieu a exaucé ce vœu.

A minuit moins un quart, j'ai commencé auprès d'elle les prières des agonisants. Je ne puis exprimer ce qu'ont été pour moi ces prières.

Je sentais à chaque parole qu'elle était vraie, qu'elle s'accomplissait, que rien de ce que demandaient ces prières n'était refusé...

 minuit et demi, ma mère rendit son dernier soupir, dans la fête, un vendredi, jour de tristesse, jour de la mort de Notre-Seigneur.

Rien ne peut rendre la consolation avec laquelle je dis deux fois de suite les Vêpres des morts. Les espérances, les assurances de ces saints cantiques sont toutes divines ; mon cœur en était pénétré.

Je me lerai aiân; je laâsd «oz: :&Tmi ?: £¥¥ yeux Smnés; puis je i&'âiârDic nBeîaiH*^ idc^ ments. La pe nsé* de la haws: n^ Ldsi: lof- Domi- ]iaittooJ0iiis.nsVj<]â£3ssJtîikx.iorï^^ i-^lttpeoséedaire: qoejeéer^ oesormakpîiif gne jamais liaTaîIIcr smessemeani. Qé^nir^^siiïeii: h. ma sanctîficalMm. Céiajl mie xuf tre« po&iiÎT^e des'desscîiis de Itoen. Xy exi^rsi pieiiieiiieirt. €:t nommai sons 1 inspâFa:ia& àe I^iec js^ troi£^ '«^t ^ tas principales.

Pois je Tins dire la meaie àe ia i>ie atrpret d'elle. La meae des morte éibh a^JenâiH' : j €£ fus ra^i. Qoand ^tre-Sesrneur fut pr-éi^eir aa moment delà consécFaiiaiL.j'eD§ mif ^raiià^-cui^ fiance. An Menè^n^^^ mon ânn- poii£i«»ix m. crL.. Dien alois me donna rassxzrance prul-jnàe. n^d. a^dement de s&n salnU i&ai^ oe son Loiiieur actuel. Cette pensée ne me guliie ptufe... «^^ cis bien des Te demm; c'est ce cth^ j^ ne puit mt à<*b«rr de dire.

•5 K lU^Vy.fJ-AT

Proposé le Vendredi Kiii:t 1849 ji^r k P, de Ravignan, vos trais heures. Je n'y ^1 pas voui u

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même penser d'abord. Ce n'est que le lundi ou le mardi que j'ai commencé à écouter..., au milieu des plus affreuses répugnances.

Raisons qu'on me donne pour accepter :

1® Cela me donnera, dit-on, plus de poids et d'autorité dans les affaires générales où je suis jeté, soit à régarddeTEpiscopaty soit à l'égard du gouvernement.

2® Si j'achève mes travaux et que je les publie, cela leur donnera plus d'autorité.

3^* Cela fera, dit-on, un bon évêque de plus.

4® Les Sulpiciens, les Pères de la Miséricorde, un beau Petit Séminaire. — Secours réels.

5^* Retraite convenable pour la santé et le travail.

6^^ Orléans assez chrétien.

7* Voisin de Paris.

Raisons contre :

i^ Rompre encore une fois ma \ie, mon ministère.. . et plus que jamais.

BITRAHLOUP il

2* Renoneer an pea de bien qae je fais et à celui de FaTcnir.

3* Prendre une ehaige effroyable.

4* ECboyable comme administration.

5* Effroyable comme charge drames surtout. . . 500 Tillages indifférents !

G* Je me croirai oMigé de faire par moi-même , JQsqu^à ce qu^on ait réussi, des missions dans chaque village.

7* Ma yie y sera absolument absorbée.

8* Non seulem^it je ne m'occuperai pas plus et mieux des affiiires générales ; je ne m^en occuperai plus du tout. Je me connais ; on n*entendra plus parler de moi, on ne saura pas même où je serai, comme au Petit Séminaire pendant dix ans.

9* J'aime mieux mille fois mourir simple prêtre qu'évêque même sans charge (Tàmes.

10^ Tous mes travaux sont nécessairement abandonnés et perdus, et par conséquent toute ma vie et ce que j'ai fait. Des livres sont impossibles en cette charge.

Si c'était un devoir; si j'y voyais certainement )a volonté, le bon plaisir de Dieu, j'accepterais* Autrement, non (1).

(1) Ecrit do 9 »i 13 atril 1849.

78 jouKUL nriME

BOSK, 29 WOSMMK 1850

Je suis obligé de reconnaître qne, sauf mon indignité et l'immensité de la charge, je me trompais an moins en ceci.

1* La vie intérieore y est plus facile; sauf mes séjours à Paris qui sont à bien régler pour Tavenir.

2^ Le travail de cabinet plus facile.

3® Mes œuvres, catéchismes, Petit Séminaire, grandes aflTaires, livres, plus faciles.

Je bénis Dieu de m'ètre trompé. Cela a contribué à me faire fuir plus encore que je ne l'aurais fait.

Seulement, l'entraînement du cabinet et des entreprises a été excessif.

La vie intérieure a été une résistance, et non une plénitude. C'est là où je dois tendre plus que jamais. Episcopus! C'est la force d'un tel nom.

Le bon Dieu m'avait donc bien inspiré en me suggérant les résolutions suivantes :

athlISIS^ su se nsmàic

1* (Test an iimrifr ifamimi âe ma Tk à la ProvUence.

2* J*ai été mis ea pmeE dixa: du irok fois:

c'est mie àtaàae fàta.

3* J^entre dans la xnt : ExHî^ fiesdem: yuy irei. (Hélv., xl, 18.)

4* Je £ûs TabKgalkai afaaabie de loon propre espcH, de ma ^FoloflAé proim.

Je renonce à déciiler^ à dkîgrer ma Toie.

Je me laksemeoer iMmaeulememi pari oi>éi&aanee, mais par la doeîlïté.

S* Dien y a mâé les pli» rodes peiiies dame, les pins amas aonrefloss de la Madeleine, et aussi dn Petil Sfarinaîra.

6^ Le démon s''en est mêlé. Informations. Les damiers sacnfices d'amoar'-prupi!^.

7* Cesl la dédsion de la sanetificaiion serieuse; la griee soprème. Tout est là. Voilà pourquoi la nature y répugne.

8* Sacrifice f^oposé le rendredi saint 1849.

9* Accompli le rendredi de Pàqœe, 13 avril, après aToir £t la sainte messe. Eduxit eos Do*

rnintis in spe, alieluia... Et surtout. Data est mihi omnis potestas...^ euntes ergo docete... Et ecce ego vobiscum sumt Et puis : Habebitis hune diem in monumenium. Et encore : Si qua in Chris to nova ereatura; vetera transierunt; ecee faeta sunt omnia nova. Et enfin : Coneede, qn^sumusy omnipotens Detis, ut veterem cum suis aetibus hominem déponentes ^ in illius conversatione vivamus^ ad cujus nos substantiam his cœlestibus mysteriis transtulisti.

Cela a été écrit au mois d'avril 1849. Je le relis à Rome le 26 décembre 1850 et avec grande consolation. Ce sera ma grande consolation dans tout l'avenir : Non vos me elegistis; sed ego elegi vos. Tout est là. Seulement, il faut répondre avec fidélité et courage. C'est la grâce suprême. Mais le torrent des affaires m'a empêché de le prendre ainsi. Dans mes retraites. Dieu m'avait fait sentir, penser, agir en ce sens. Et puis ce torrent est venu, pendant une année. Il faut que cela change complètement, et retrouver ma retraite et le lendemain de mon sacre. Voilà à quoi doit me servir i'éloignement de mon diocèse et les grâces de Rome (30 décembre 1850).

Je redis la même chose à la Combe en retraite le 9 août 1872. Après vingt-trois ans d'épiscopat, et après les agitations de TÂssem-

DE MONSEIGNEUR DUPÀNLOUP 81

blée nationale^ où Dieu lui-même m'a envoyé.

Je le crois...

Cest dans cette Assemblée que je dois être plus évoque que jamais, plus fidèle à la vie intérieure (capital), plus élevé in atiitudine fneniis;daxïs\aL vie extérieure, plus simple, plus pmdenty plus doux et plus fort.

La fidélité & la vie intérieure sera la source de toutes ces grâces... Source et condition..., Me fera discerner vera a faisisj gravia a vanis. Gela très important.

Commença dès lors la grande épreuve qui devait se prolonger plus de vingt ans, et devenir suprême en 69 et 70. Commença dès lors le mécompte en tous les plus grands dévouements de ma vie à l'ESglise. Il faut s'y attendre jusqu'à la fin, etprochainement plus que jamais...

J'avais prêché le carême à Saint-Sulpice.

Adieux... Après, mort de ma mère, et après, la commission pour la liberté d'enseignement finie le 3 ou 4 mai.

Le nuage de Tépreuve était suspendu à l'horizon... H. de Palloux quittait le ministère très sonfl^nint... M. Gaduel venait vers moi...

Je revins à Paris... et jusqu'au 15 octobre où Je eonunençais mes retraites eut lieu le Concile de Paris.

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