LETTRES A M A D A M L A M 1 E L I
la place, voilà le drame moderne de la pensée humaine; là est le poème, mais je me demande comment fera l'Académie pour le couronner.
... Taine n'est pas tout à fait d'accord avec Gaston* sur la philosophie de mon poème'; et j'ai discuté là-dessus avec lui hier, il ne m'a pas convaincu. Dans la première partie, je fais dire au chercheur qu'il n'y a pas d'action désintéressée, que si l'on va au fond des plus hauts instincts, tels que l'amour maternel, on trouve que la nature, pour arriver à assurer la conservation de l'enfant, n'a pas compté sur le dévouement pur, et qu'elle a trouvé plus sûr de faire de l'enfant une extension du 7noi de la rnère, afin que celle-ci s'aimât en l'aimant; en un mot, la nature n'exige pas d'action méritoire pour obtenir les résultats nécessaires au salut de l'espèce; elle trouve bien plus sûr d'intéresser indirectement l'individu au bien d'autrui, et ainsi l'égoïsme et ses dérivés président à toute l'éconoinie de l'espèce. Alors la Voix se récrie et prétend qu'il y a des mouvements purs. Taine soutient que le désintéressement consiste à vouloir le bien d'autrui quand même on y trouve un intérêt. Moi je prétends que le motif d'action, dès qu'il est conçu par l'agent comme un intérêt personnel, l'action dût-elle profiter à autrui, l'empêche d'être désintéressée.