PRÉFACE III
Jious publions les passages les plus substantiels, presque tous les sonnets des Épreuves (les Danaïdes, Un Songe, Hora prima, etc.'), le Cygne, les Écuries d'Augias, etc., avec leurs variantes et leurs versions successives. Dans le cahier de 1862 on trouve la plupart des sonnets réunis après la mort du poète dans les Épaves et aussi la première ébauche de cette histoire en vers de la philosophie et des sciences cjui devait devenir plus tard la « Méditation de Faustus » dans le poème du Bonheur. Dans les années qui suivent, Sully Prudho?nme se contente de consigner sur des agendas des réflexions d'ordre général, dont beaucoup figurent dans les Pensées ; là encore des brouillons de poèmes, des ébauches fragmentaires d'études philosophiques tombent de sa plume à la page du jour, mais le poète n'écrit plus son journal. En iSyo, l'agenda, brusquement interrompu par la guerre, reste blanc ; et c'est la fin : jamais plus Sully Prudhomme ne devait reprendre cette pratique de sa jeunesse féconde, douloureuse et troublée.
Il semble que le besoin de s'écrire ainsi a lui-même ne soit jamais venu a Sully Prudiiomine que dans les moments de crises morales, fait qui n'est pas spécial à lui et qu'on observe chez bien d'autres penseurs voués comme lui à la méditation solitaire et comme lui" timides, faiblement doués pour l'action, et très aptes aux raffinements de l'analyse intérieure, un H. -F. Amivl, par exemple. L'année 186^ marque pour l'auteur des Vaines Tendresses l'effondrement d'un rêve de bonheur ardemment caressé, en même temps que l'éveil de sa vocation de poète et la fermentation de sa pensée philosophique. En 1868, Sully Prudhomme revient à son Journal dans des dispositions plus rassises; il