X PREFACE
tier que Sully Prudhomme nous dévoile enfin dans ces lignes où nous surprenons le rythme même de sa vie intérieure.
Pour ceux enfin qu'intéresse le développement des idées philosophiques du penseur le livre que nous publions aujourd'hui offre un grand intérêt documentaire. On trouve en effet dans ce Journal de jeunesse, dans ces Pensées, dans ces Lettres les germes ou les ébauches de la plupart des grands ouvrages ultérieurs de Sully Prudhomme. Tel long morceau du Journal de 186^ écrit après la lecture d'un critique de Ruskin contient en puissance toute la thèse de l'Expression dans les ^aux-Arts publiée vingt ans plus tard; telles réflexions sur le problème du Mal, au lendemain d'une catastrophe survenue en Amérique, annoncent les arguments fondamentaux du poème de la Justice ; ailleurs, c'est un premier aperçu sur la théorie du Lien social, c'est l'esquisse d'un 7-approchement entre l'Éthique et l'Esthétique que le philosophe approfondira dans Que sais-je? Première éclosion des fleurs de pensée dont on ne connaissait jusqu'ici que les fruits.
Par la nous suivons dans sa patiente continuité le labeur acharné de ce grand esprit spéculatif, comme sous un autre rapport nous découvrons, sans qu'il soit besoin du ragoût des anecdotes et des confidences indiscrètes trop fréquentes dans les autobiographies et les mémoires des écrivains célèbres, l'homme qu'on aime toujours à chercher derrière l'auteur. Et cet homme, c'est celui que tous les lettrés délicats chérissaient et admiraient déjà a travers cette poésie a discrète, mystérieuse, où tout se passe d'âme à âme, où l'on s'entend à demi-mot » et qui est si spéciale à Sully Prudhomme. Puisse la lecture longuement méditée de toutes