‹ Journal (volume 2)Chapitre 128 sur 163 · Interpolations et variantes, § CIV · texte numérisé non relu

Interpolations et variantes, § CIV

saut que le roy Tavoit recueilli et donné argent, s'adreça à ung des serviteurs du roy aient charge en sa cuisine de faire saulces, et auquel il avoit eu congnoissance durant que ledit saulcier et Hardi avoient esté en l'ostel et ou service dudit monseigneur de Guienne, et à lui se declaira ledit Hardi de sadicte entreprinse, en lui promettant xx"" escuz ou cas où il vouldroit faire et acomplir . ladicte charge, qui lui presta l'oreille et dist qu'il n'y pourroit riens faire sans le moien de Golinet, queux du roy, et qui aussi avoit esté et demouré avecques ledit Hardy et saulcier en l'ostel dudit seigneur de Guienne, en disant par ledit saulcier à icellui Hardy qu'il parleroit audit queux et y feroit ce qu'il pourroit, en disant audit Hardi qu'il lui delivrast lesdictes poisons pour les monstrer audit queux. Et, bientost après, lesdiz saulcier et Golinet, qui de ce avoient parlé ensemble, en alerent advertir le roy, dont il fut moult esbahy et espoventé. Et dudit advertissement furent lesdiz queux et saulcier moult honnorablement et prouffitablement guerredonnez du roy. Et, en toute diligence, fut ledit Jehan Hardi suivy, qui s'en retournoit devers Paris, et fut prins vers Estampes et remené devers le roy, qui le interrogua ou fist interroguer sur les choses dessusdictes, et icelles lui confessa estre vraies. Pour quoy, et alîn de y donner le jugement ordonné estre fait en pareil cas, s'en party le roy d'Amboise et s'en vint à Ghartres, Meulenc, Greil et autres lieux es marches de Beauvoisiz^. Et, après lui, estoit mené ledit Hardi en une basse charrette, où il estoit moult bien enferré de

4. Louis XI quitta effoctivoment la Touraine vers le milieu de

gros fers enchaynez, et le conduisoit Jehan Blosset, escuier, cappitaine des cent archers de la garde de monseigneur le daulphin^ et avecques lui avoit cinquante desdiz archers tousjours estans autour de ladicte charrette. Et, ainsi acompaigné que dit est, fut ledit Hardi envoyé à Paris pour estre délivré au prevost des marchans et eschevins de ladicte ville. Et y fut mené et y arriva le jeudi, xx® jour de janvier IIIP LXXIII, environ l'eure de trois heures après disner, que sire Denis Hesselin, conseiller et maistre d'ostel du roy, prevost des marchans et esleu sur le fait des aides de ladicte ville et autres notables habitans d'icelle, l'ala recueillir es faulxbourgs de la porte Saint-Denis d'icelle ville. Et, avecques lui, estoient les quatre eschevins, le clerc et sergens de l'Ostel de ladicte ville et autres notables habitans d'icelle; et acompaignoient lesdiz prevost et eschevins avecques les archers d'icelle ville et par bel ordre. Et fut ledit Hardi, ainsi acompaigné que dessus, mis et assis sur une haulte chaiere mise au dedens et ou mylieu d'une charrete, à ce qu'il feust manifesté, apperceu par le populaire d'icelle ville. Ausquelz, et afin qu'ilz ne feussent meuz de mal faire ou injurier ledit Hardi pour J'enormité dudit cas, fut défendu de le mutiler, blasphémer ne injurier. Et, ainsi estant en ladicte chardécembre 1473. Le 26, sa présence est signalée à Chartres, où il demeura jusqu'à la fin du mois, le 4 janvier 1474 (n. st.) à Meulan, le 7 et jours suivants à Greil, puis à Beauvais.

1. Jean Blosset, plus tard chevalier, seigneur de Saint-Pierre et de Carouges, vicomte de Cariât, conseiller et chambellan du roi, grand sénéchal de Normandie, avait été capitaine des archers de la garde française du corps du roi (Bibl. nat., ms. fr. 25780, n» 65).

rete que dit est, fut amené tout au long de la grant rue Saint-Denis et dessendu oudit Hostel de la Ville, et délivré par ledit Blosset es mains et en la garde desdiz prevost des marchans et eschevins, ausquelz le roy voult leur attribuer l'onneur d'en avoir la garde et faire faire son procès et icellui mettre à execucion^.

Oudit temps, le roy, estant à Greil, fist ung edict touchant les gens d'armes de son royaume, par lequel il declaira que chascune lance n'auroit ne tendroit que six chevaulx, c'est assavoir la lance trois chevaulx pour lui, son page et le coustiller, et les deux archers deux chevaulx et ung cheval pour leur varlet, et qu'ilz n'aroient plus de panniers à porter leurs harnois, et avecques ce qu'ilz ne sejourneroient que ung jour en ung village. Et, en oultre, fut crié que nul marchant ne vendeist ausdiz gens de guerre ne prestast aucuns draps de soye ne camelotz, sur peine de perdre l'argent que lesdictes gens de guerre leur pourroient devoir à cause de ce, et aussi qu'on ne leur vendist aucun drap de laine plus de xxxu sous parisis l'aulne.

Oudit temps, le roy fist ordonnance sur le fait de ses monnoyes et ordonna ses grans blans courir pour XI tournois, qui par avant n'en valoient que dix; les larges xi tournois, qui en valoient xii ; l'escu xxx sous

1. L'arrêt définitif rendu le 30 mars 1473 (v. st.) par la cour de Parlement contre Jean Hardi est rapporté par Vitu {la Chron. de Louis XI, etc., p. 58 et suiv.). Cet arrêt contient en substance que Hardi s'était introduit dans l'entourage du roi < soubs ombre de venir... traicter du commandement dud. maître Ytier Marchant, feintement par trahison, sa venue devers le roy. » On a vu plus haut (p. 118) quel prix Louis XI attachait à s'assurer les services d'Ylliior Marchand.

iiii deniers tournois, et ainsi de toutes les autres espèces de monnoies, tout fut changé^.

Oudit temps, environ le xx® jour de janvier IIIP LXXIII, fut fait accord et appoinctement entre le roy et monseigneur le connestable, qui avoit prins et mis en sa main la ville de Saint-Quentin et en bouté hors le sire de Creton^, qui y avoit cent lances de par le roy. Et, par ledit accord, demoura ledit monseigneur le connestable oudit Saint-Quentin, ainsi que avant avoit esté fait, et lui fut rendu Meaulx et autres places dont il avoit esté despoincté. Et si lui bailla on commissaires pour eulx informer de ceulx qui avoient parlé dudit seigneur pour raison de ladicte prinse de Sainct- Quentin, afin de les punir; et si lui fust délivré l'argent du souldoy de ses gens de guerre, qui empesché fut incontinent après ladicte ville de Saint-Quentin prinse^.

Oudit temps, le roy vint des parties d'Amboise, oîi il estoit, soy tenir à Senlis et ilec environ, et ce pendant les ambasseurs du roy et du duc de Bourgongne, qui communiquèrent sur le fait de trouver entreulx appoinctement de paix ou tresves. Et finablement fut ladicte trefve continuée jusques à la my may, en attendant plus ample appoinctement^.

En ce temps, le roy, qui estoit à Senlis, s'en vint

1. Recueil des Ordonnances, t. XVII, p. 597 et suiv. (Chartres, 28 décembre 1473).

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