Interpolations et variantes, § XXII
tide, et par ce demourée ladicte ville destruicte et du tout désolée*.
Et le vendredi ensuivant [27 septembre] vindrent à Paris deux poursuivans, l'un de Gisors, qui vint dire au roy qu'il envoiast secours en ladicte ville et que devant y avoit bien cinq ou six cens lances, et que dedens icelle n'y avoit nulles gens de guerre de par le roy, et si n'avoient aussi artiljerie, pouldres ne autre défense. Et l'autre poursuivant estoit aussi envoyé au roy de par Hue de Vignes, escuier, homme d'armes de l'ordonnance dudit seigneur, soubz la charge et compaignie du seigneur de la Barde, lequel Hue estoit lors à Meulenc. Par lequel poursuivant estoit mandé au roy que ledit de Vignes avoit sceu par gens dignes de foy que les Bretons et autres avoient entreprinse d'entrer dedens Rouen, tout ainsi qu'ilz avoient fait à Pon toise, et par dedens le chastel ou palais de ladicte ville, afin qu'il y pourveust^.
Et, cedit jour de vendredi, lesdiz ambasseurs ordonnez de chacun costé disnerent à Saint-Anthoine des Champs dehors Paris. Et là leur fut envoyé de par le roy pain, vin, poisson et tout ce que mestier leur estoit pour ledit disner. Et fut aussi ilec porté en une charrete plusieurs des comptes jadis rendus en la Chambre des Comptes à Paris des pays et villes de Champaigne et Brye^.
1. Du mardi 23 au jeudi 25 septembre, Gentiliy, Vitry et Ivry furent pillés par les Bourguignons et par les Bretons, tandis que les royalistes saccageaient Créteil, Boissy et Malnoue (Maupoint, Journal, p. 78 et suiv.).
2. Interpolations et variantes, § XXIII. — Le château de Rouen ou Vieux Palais était construit sur la rive droite de la Seine, en aval de la ville.
3. Cf. Mélanges historiques cités, II, 387, et Mémoires d'Olivier
Et, le samedi ensuivant [218 septembre] , lesdiz ambassadeurs de costé et d'autre furent derechef assemblez en deux parties, c'est assavoir monseigneur du May ne et ceulx de sa compaignie pour la partie du roy avecques les autres princes et seigneurs estans dehors, tous en la Granche aux Merciers. Et, pour le roy, oudit Saint- Anthoine des Champs y estoient ordonnez maistre Estienne Chevalier, trésorier de France, maistre Arnoul Boucher^ et Ghristofle Paillart, conseillers des comptes ; et les commissaires de l'autre partie estoient Guillaume de Biche ^, maistre Pierre d'Oriole, maistre Jehan Berart, maistre Jehan Compain^, ung autre licencié
de la Marche, éd. de la Société de l'histoire de France, III, 28. — Les gens du roi firent apporter les comptes des revenus de la Champagne et de la Brie, afin de renseigner le duc de Berry sur la valeur de ces pays que son frère offrait de lui remettre en apanage. Maupoint, qui place cet épisode le samedi, rapporte que, le même jour, le comte de Gomminges, Charles de Melun, le bâtard du Maine et le prévôt des marchands réunirent les quarteniers et les centeniers à l'hôtel de ville et leur firent prêter serment de conserver Paris au roi {Journal, p. 79 et suiv.).
1. Arnoul Boucher, seigneur du Vivier, de Charenton, etc., avocat au Parlement dès 1455, conseiller et maître des comptes (1461), était fils de Bureau Boucher, déjà nommé. Il épousa Catherine Hardouin et mourut vers 1492 (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 433, doss. Boucher).
2. Bische était né à Moulins-Engilbert vers 1426 (Gommynes, éd. Dupont, I, 94). Favori du comte de Gharolais, fort apprécié du roi, il fut, quoique bourguignon, nommé par Louis XI bailli de Saint-Pierre-le-Moutier. Il était seigneur de Clairy, près Péronne (voy. Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 117. Cf. Ghastellain, IV, 115 et suiv.).
3. Le 29 août 1465, Louis XI avait destitué Jean Compaing de l'office de général conseiller sur le fait de la justice des aides, pour avoir fait plusieurs visites non autorisées et s'être enfin définitivement retiré au camp des rebelles [Ordonnances, XVI, 345 et
escumant latin ^ et maistre Ythier Marchant^. Et ce jour ne firent que peu de chose ^.
Cedit jour, le roy receut lettres de la vefve messire Pierre de Breszé, par lesquelles lui mandoit qu'elle avoit fait prendre le seigneur de Broquemont, cappitaine du palais de Rouen, pour ce qu'elle se souspeconnoit dudit cas, et qu'il n'eust aucune doubte de ladicte ville de Rouen, du chastel du bout du pont, du
suiv.). — A la date du l^"" juin 1478, on le retrouve notaire et secrétaire du roi et commis à la recette et au paiement des gages des présidents et conseillers au parlement de Languedoc (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 830, doss. Compaing).
1. On dirait familièrement aujourd'hui, dans le même sens, « écorchant le latin. »
2. Cet Ythier Marchant, deux fois mentionné par Villon (éd. Longnon, p. 7 et 61, et Index, p. 323), servait le duc de Berry et devint maître de sa chambre aux deniers en Guyenne. Après la mort de son frère, Louis XI fit tout pour attirer ce personnage et lui promit 1,000 livres de pension et un otfice de maître des comptes ^(10 mai 1471. Bibl. nat., ms. fr. 6964, fol. 32, orig.). On verra plus loin qu'il fut impliqué dans l'attentat de Jean Hardy contre la vie du roi.
3. Dimanche 29 septembre, grande réunion en l'hôtel du roi, à Paris, de « plusieurs nobles et de grans sages hommes de tous estas. » Les gens du roi leur firent part des demandes auxquelles s'étaient « restrains » Charles de France et ses alUés, ainsi que des bases de l'accord proposé. La condition capitale était la cession au frère de Louis XI des comtés de Champagne et de Brie. Après discussion, l'assemblée conseilla au roi, « afïin de ovier plus grant mal et de avoir paix, » de souscrire à ces conclusions. Il y consentit, et ainsi « fut accordé et pariait le traité de la paix, » que les seigneurs du Bien-Public allaient s'empresser de rejeter, à la nouvelle de la prise de Rouen. Ce même jour, Berry et Charolais se logèrent, avec l'autorisation du roi, au château du bois de Vincennes pour « s'y reposer et raffreschir » jusqu'au samedi suivant, dernier jour de la trêve qui avait été conclue le vendredi précédent (Maupoint, Journal, p. 80).
palais ne des habitans d'icelle, et que tous ilz se trouveroient bons et loyaulx envers lui^.
Et, le dimenche ensuivant [29 septembre], au point du jour, se vindrent rendre au boulevert de la tour de Billy sept hommes, qui estoient eschappez prisonniers de l'ost desdiz Bourguignons, dont il en y avoit quatre facteurs de marchans d'Orléans, deux autres facteurs de marchans de Paris, et ung Flamenc, qui tous avoient esté condempnez à estre pendus par lesdiz Bourguignons, pour ce que depuis leur prinse n avoit eu personne qui les eust pourchassez. Et rapportèrent que le mercredi précèdent fut tirée une serpentine de la tour de Billy dedens l'ost desdiz Bourguignons, laquelle, d'un seul cop, tua sept Bourguignons et bleça plusieurs.
Ce jour, après disner, vindrent nouvelles au roy que Rouen estoit prins par monseigneur le duc de Bourbon, qui y entra par le chastel de Rouen, du costé des champs, le vendredi au soir précèdent, par le moien de ladicte vefve messire Pierre de Breszé, à qui le roy avoit fait moult de biens et où il avoit grant fiance; et conduisoit le fait d'icelle vefve l'evesque de Bayeux, et ledit maistre Jehan Hébert^ et autres. Et,
1. Le Normand Bracquet de Braquemont, écuyer, est qualifié homme d'armes de la garde du corps du duc de Guyenne en 1471. Un autre Guillaume de Braquemont, aussi écuyer, servait le même prince en avril 1472 comme maître d'hôtel (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 494, doss. Braquemont). On peut se demander s'il ne se joua pas à Rouen une comédie destinée à calmer les soupçons que le roi avait pu concevoir sur la fidélité de la grande sénéchale de Normandie.
2. Jean Hébert ou Herbert, seigneur d'Orsonville, conseiller du roi et général des finances dès 1458, naquit vers 1415. Il était
au moien de ladicte prinse, quant les seigneurs de dehors Paris sceurent icelle, ils donnèrent response au roy que monseigneur Charles, frère du roy, qui auparavant se feust contenté de Ghampaigne et Brye^ n'aroit point autre ampanaige que de la duchié de Normendie. Laquelle chose le roy, par force et contrainte et pour ce qu'il n'y povoit remédier, bailla à mondit seigneur Charles pour sondit appanage ladicte duchié de Normendie et reprint à lui la duchié de
fils de Jacques Hébert et épousa Jeanne Guérin. Envoyé à Rouen par le roi, il passa au parti du Bien-Public, mais réussit plus tard à rentrer en grâce et reprit ses fonctions de général des finances de Languedoc (Vaesen, Lettres de Louis XI, UI, 101 et 175, note. Cf. Sauvai, Antiquités de Paris, III, 342, et Bibl. nat., Pièces orig., vol. 1513, doss. Herbert]. — ■ C'est bien dans la nuit du 27 au 28 septembre 1465 que Louis de Harcourt, évêque de Bayeux et patriarche de Jérusalem, et Jean Hébert, de concert avec la grande sénéchale, ouvrirent au duc de Bourbon le château de Rouen, « auquel estoient lors les clefs des portes de lad. ville, qui y avoient esté portées le soir de devant, ainsi que chacun jour on avoit acoustumé de les porter pardevers le capitaine du chastel » (Rémission pour la comtesse de Maulévrier, Jeanne Crespin, donnée à Pont-de-l'Arche au mois de janvier 1466, n. st., dans Lenglet, Preuves de Commynes, H, 556). Le château ouvrait à la fois sur la campagne et sur la ville (Basin, H, 128). Rouen, dit Commynes, t tost se consentit à ceste mutation, comme trop désirant d'avoir prince qui demourast au pays de Normandie » (éd. Dupont, I, 97). L'exemple de la capitale du duché ne tarda pas à être suivi par les villes de Dieppe, de Fécamp, de Caudebec et de Harfleur. Honileur, Lisieux, Caen, Bayeux et presque toutes les places de Basse-Normandie se soumirent sans résistance aux lieutenants de Bourbon; « qui promitlendi uberes plurimum et copiosi erant, quemadmodum ipsc etiam erat, » dit Basin, qui joua à Lisieux un rùle que Louis XI ne lui pardonna jamais (vuy. Chéruel, Le dernier duché de Normandie, dans la Revue de Rouen et de Normandie, 1847, l^r sem.). 1. Interpolations et variantes, § XXIV.
Berry*. Et, après que le roy et baillé ladicte duchié de Normendie audit monseigneur Charles, il fut après contraint de recompenser tous lesdiz princes et seigneurs de leurs armées et interestz qu'ilz avoient fais contre lui, qui tous le butinèrent, ainsi qu'il s'ensuit : c'est assavoir, monseigneur de Gharrolois ot pour son butin les villes de Peronne, Roye et Mondidier, pour estre siennes et demourer en perpétuel héritage. Et si lui laissa aussi le roy, durant le cours de la vie d'icellui Gharrolois, les villes et terres qu'il avoit nouvellement degaigées de CCGCXXV'" escuz d'or de mons. de Bourgongne son père. Et oultre lui bailla et laissa les contez de Guynes et Boulongne sur la mer, aussi en perpétuel héritage. Et après fut baillée au duc de Calabre certaine grant somme de deniers et des gens de guerre du roy souldoiez à ses despens, pour les exploicter à son plaisir. Et à mons. de Bourbon fut baillé et laissé sa pension telle qu'il avoit du temps
1. « Valde consternatus est, » dit Basin de Louis XI (II, 126 et suiv.), « principes vero exhilarati et spei melioris effecti » (cf. Gommynes, éd. Dupont, I, 99). La reddition de Pontoise et surtout la chute de Rouen furent de véritables coups de théâtre qui, du jour au lendemain, renversèrent les situations respectives des partis. C'est ce que Louis XI exprimera, par la bouche des ambassadeurs qu'il envoya en 1466 au comte de Charolais pour légitimer la reprise du duché de Normandie. Tout était conclu, diront-ils, à des termes raisonnables avec les conseillers de Mgr Charles, frère du roi, quand la trahison de la comtesse de Maulevrier détermina brusquement ce prince à rompre tout arrangement et, « sans qu'il eust tiltre, bail ne transport du roy, de son auctorité se intitula duc de Normandie. » Il n'en voulut plus démordre, et le roi dut céder, ayant été informé que son porte-parole, le comte du Maine, avait tout accordé et que, s'il refusait de ratifier cette concession, il courait « grant dangier de sa personne et de la perdicion do son royaume » (Mélanges historiques, II, 437 et suiv.).
du roy trespassé et les gens de guerre qu'il tenoit oudit temps, et assigné du paiement à lui deu pour la reste de son mariage, et autre chose ne eut du roy ; et au conte de Dunoys tout rendu ce qui lui avoit esté osté durant la division, et retenu à grant pension. Et au conte de Dampmartin fut fait de beaulx dons de par le roy et restitué en toutes ses terres qu'il avoit perdues et confisquées par arrest de Parlement. Et, au regard des autres seigneurs, chacun en emporta sa pièce ^.
Et, le mardi premier jour d'octobre ensuivant, fut criée et publiée la trêve à tousjours entre le roy et lesdiz princes^. Et, le lendemain, monseigneur de Saint- Pol vint à Paris et disna ce jour avecques le roy, et ala en la sale dudit palais, et là, à la table de marbre, fut créé connestable de France^ et fist le serement en tel cas acoustumé de faire '^. Et, cedit jour, fut crié à
1. Les morceaux furent très inégaux. Gomme le dit iinement Gommynes, « il n'y eut jamais de si bonnes nopces qu'il u"y en eust de mal disnez. Les ungs feirent ce qu'ilz voulurent et les aultres n'eurent riens » (éd. Dupont, I, 105).
2. C'est Tristan l'Ermite, prévôt des maréchaux de France, qui fit publier la trêve conclue « à tousjours, sauf trois jours de desdit » (Maupoint, Journal, p. 81).