Du 30 décembre 1469 à la mi-janvier 1470 (Itin. cité
3. Inlerpolaiions et variantes, § LXV. — L'ordre de Saint-Michel fut institué à Amboise le l" août 1469 {Ordonnances, XVII, 236).
ordonnance et frans archers avecques partie de son artillerie, pour aler faire guerre audit duc de Bretaigne et à ses pays. Mais, avant le partement desdictes gens de guerre d'aler oudit pays de Bretaigne, fut donné delay audit dudit duc de Bretaigne de dix jours entiers, qui faillirent le xv® jour de février, pour donner au roy sa response de tout ce qu'il avoit intencion de faire et comment il se vouloit avecques lui gouverner^.
Et, le mercredi xmi^ jour d'icellui mois de février, furent leues et publiées es carrefours de Paris le mandement patent du roy signé : G. de Cerisaij, par lequel le roy mandoit au prevost de Paris qu'il estoit deuement acertené que le roy Edouart d'Angleterre et les princes, seigneurs et populaire dudit royaume, qui par long temps avoient esté en grant guerre et division entre eulx, avoient fait leur paix et pacificacion entr'eulx, et que tous iceulx, estans assemblez en conseil, avoient conclud, promis et juré de venir descendre en plusieurs et divers lieux de ce royaume, en entencion de y prendre, saisir et gaster villes, places, pays et forteresses et destruire ledit royaume et les habitans d'icellui, tout ainsi que autrefoiz ilz avoient fait. Pour lesquelles causes, et voulant par le roy de tout son povoir et puissance obvier aux dampnées et faulses entreprinses desdiz Anglois, ordonna son ban et arrière ban estre fait, et que par ledit prevost de Paris, toutes excusacions cessans, il contraignist viguereusement et sans aucun déport tous les nobles et non nobles tenans en fief et arrière fief, privilégiez et non
1. Sur ces négociations avec la Bretagne et les conférences d'Angers, voir Dupuy, Hist. de la réunion de la Bretagne à la France, I, 242 et suiv.
privilégiez, à estre tous en armes et habillement souffisant et en personne, sans y prendre ne recevoir aucun ou lieu d'eulx, dedens le premier jour de mars ensuivant, et sur peine de confiscacion de corps et de biens, en défendant de par le roy par lesdictes lettres audit prevost et tous autres de bailler ne recevoir aucune excusacion ou certifficacion pour iceulx tenans en fief ou arrière fief, sur |>eine de perdicion de leurs offices et de confiscacions de corps et de biens, et non obstant oppositions ou appellacions, et aussi en declairant les defaillans ou refusans estre ennemis du roy et avoir confisqué envers lui corps et biens, sans jamais le leur remettre ne pardonner.
Et, ce mesme jour de mercredi, vint nouvelles à Paris que monseigneur de Bourgongne avoit esté veu en la ville de Gand, portant à l'une de ses jambes l'ordre de la Jarretière et sur lui la croix rouge, qui est l'ordre et enseigne dudit roy Edouart d'Angleterre ; et à ceste cause se demonstroit et declairoit ennemi capital du roy et du royaume et comme Anglois tenu et réputé^.
En après, ledit seigneur de Bourgongne envoya à Tours ses ambasseurs pardevers le roy, lesquelz depuis y demourerent par certain temps, ilec attendans leur expedicion. Durant ces choses, le viconte et
\. L'acte d'Edouard, roi d'Angleterre, constatant l'élection du duc de Bourgogne comme chevalier de la Jarretière, porte la date de Windsor, 13 mai 1469, mais le seigneur de Duras n'apporta l'ordre à Charles le Hardi que le 31 janvier 1470 (u. st.), à Gand (Lenglet, III, 99-101). Louis XI considéra l'acceptation du tUtc do Bourgogne comme une infraction au traité de Péronno, qui lui interdisait de conclure une alliance avec les Anglais sans le consentement du roi de France (Ibid., 77).
seigneur de Thouars en Polctou ala de vie à trespas, et lequel en son vivant avoit donnée et laissée sa succession au roy, pour en joyr par lui incontinent après son trespas. Et pour icelle succession avoir et recueillir, le roy s'en parti pour aler oudit pays de Poictou, pour prendre, saisir et avoir ladicte succession d'icellui seigneur de Thouars ; à quoy faire le roy y demoura par tout le moys d'avriP.
Oudit moys d'avril, ung nommé maistre Pierre Durant, qui estoit nepveu dudit cardinal d'Angers, lequel par long temps avoit esté détenu prisonnier ou chasteau de Mailly, eschappa des prisons dudit lieu et s'en vint jusques à Paris, où il y fut congneu par ung apoticaire nommé Chambetin, et fut derechef prins et saisy et mené prisonnier es prisons de la Conciergerie du Palais royal, à Paris, où il y fut détenu jusques au xxvi* jour d'avril mil IIIP LXX après
1. Les deux manuscrits de notre chronique portaient primitivement Villars au lieu de Thouars, mais la correction est ancienne. L'édition gothique et les suivantes donnent Villars. — Louis d'Amboise étant mort le 28 février 1470, Louis XI s'empara aussitôt de sa succession en vertu d'un acte de donation en date du 25 janvier 1462, déguisé sous les apparences d'une vente avec réserve d'usufruit au profit du vicomte de Thouars (Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 274). Au mois de mai 1470, le roi fit don à sa fille Anne de la vicomte de Thouars, en considération de son prochain mariage avec Nicolas, marquis de Pont (Arch. nat., P 1373', c. 2141, orig. parch.). Mais, cette union ayant été rompue, la donation fut annulée, et, considérant que ce fief était le plus important du Poitou — il contenait plus de 1,700 vassaux, s'étendait jusqu'à l'Océan et comptait en outre plusieurs îles — Louis XI le réunit au domaine (aux Forges, 27 octobre 1476; Ordonnances, XVIII, 208). La vicomte n'en fut pas moins restituée plus tard par Charles VIII aux La Trémoille, héritiers légitimes des d'Amboise.
Pasques, qu'il fut tiré et mis hors desdictes prisons de la Conciergerie et baillé et délivré es mains des sergens et serviteurs du prevost des mareschaulx, pour mener où ordonné leur seroit.
Ou mois de may ensuivant mil IIIPLXX, le conte de Warwik et le duc de Glairance avec leurs femmes, qui dechacez avoient esté par le roy Edouart d'Angleterre, au moien de certains grans debas et questions qui s'estoient meuz entre eulx, se mirent, eulx, leurs serviteurs et autres gens qu'ilz avoient peu recueillir, en plusieurs navires sur mer, jusques au nombre de iiii^^ navires, et s'en vindrent prendre terre en Normendie jusques à Konnefleu et Harfleu*. Et ilec ilz trouvèrent monseigneur l'admirai qui les recueilli, et bouta lesdiz de Waruic, de Clairence, le conle de Watsonford- et leurs dames et damoiselles, avecques ung peu de leur privée mesgnée. Et, au regard des navires, ilz se retrairent depuis, et ceulx estans dedens es hables de Honnefleu [et] à Barfleu^. Et, en après, aussi se deslogerent les dames et damoiselles
1. Georges d'York, duc de Glarence, frère d'Edouard IV, avait épousé le 11 juillet 1469 Isabelle, fille du comte de Warwick et d'Anne Beauchamp. Warwick, voyant baisser de plus en plus le crédit dont il avait joui auprès du roi Edouard, entraîna Glarence à la rébellion; après un succès éphémère et une réconciliation apparente avec le roi, ils soulevèrent une nouvelle révolte. A la fin du mois de mars 1470, ils étaient décrétés de prise de corps et s'embarquaient pour Calais, dont le comte de Warwick était capitaine. Mal accueillis par lord Weulok, lieutenant de Warwick, les fugitifs durent chercher un refuge en Normandie, non sans avoir saisi en route plusieurs navires bourguignons.