Dans l'église Saint-Florentin
7nus et autres belles louenges à Dieu, les feux faiz parmy les rues, tables rondes et autres grans joies et esbatemens.
Et, tantost après ladicte nativité, le roy de Cécile, monseigneur de Guienne, monseigneur de Bourbon, de Lion, Beaujeu et autres s'en alerent à Angers, à Saumur, le Pont de Sée et autres lieux ilec environ, pour trouver pacificacion et accord avecques le duc de Bretaigne sur aucune question qui estoit entre le roy et ledit duc de Bretaigne ^ Et ilec demourerent par certain temps et jusques à ce que appoinctement s'i trouva et fut fait entr'eulx; et puis le roy s'en retourna pardevers la roy ne à Amboise-. Après ledit accord ainsi fait, furent envoiez ambaxadeurs dudit duc de Bretaigne pardevers ledit de Bourgongne, et lui furent rendus le seel et aliance qui estoit entre eulx ; de quoy ledit de Bourgongne se courrouça fort, quant il apparceut l'accord du roy et dudit de Bretaigne^.
■1 . Il s'agissait de réclamations élevées par le duc de Bretagne contre certaines prises faites sur mer au détriment de ses sujets, prises amplement compensées par des actes de piraterie commis par des Bretons contre des marchands rouennais (voy. Lenglet, III, 125-139). — « Le roy, dit Ghastellain, laboroit jour et nuit pour séparer le duc breton de l'amistié du duc de Bourgongne et pour l'avoir devers luy : de quoy toutefois il ne povoit flner à son gré. Mais enfin tant pratiqua devers luy que le duc de Bretagne luy promit amour, service, assistance et alliance envers tous et contre tous, réservé le duc de Bourgongne » (V, 461).
2. Il avait quitté Amboise pour l'Anjou le 4 juillet. Il y rentra le 13 août (Itin. cité).
3. Louis XI, qui ne désirait pas la guerre, finit par se contenter des excuses que les ambassadeurs bretons firent valoir en faveur du duc François II, dont les intrigues avec l'Angleterre et la Bourgogne avaient été aggravées par son refus d'accepter le
Durant ce que dit est, le conte de Waruik, dont devant est parlé, qui estoit oudit pays de Normendie, cuidant soy en retourner en son pays d'Angleterre, fut ordonné et estably sur mer de par ledit de Bourgongne plusieurs beaulx et grans navires de guerre comme hurques, galées* et autres navires en grant quantité, tous fort avitaillez et garnis d'artillerie et gens de guerre, d'Anglois, Bourguignons, Picars et autres^, et singlerent en mer tellement qu'ilz s'en vindrent arriver et entrer sur la coste de Normendie environ la fosse de l'Eure^, cuidans trouver et rencontrer ledit de Waruik et sa compaignie pour les desconfire. Et ilec demourerent à l'anchre par certain long temps, pendant lequel le roy, qui estoit à Amboise, s'en parti et ala au Mont Saint-Michel en pèlerinage. Et, après icellui fait et acomply, s'en revint et retourna à Avranches, Tombelaine, Constances, Gaen, Honnefleu et autres places de Normandie^, et ilec, sur la coste de la mer, fist aussi arriver et avitailler sa nef,
collier de l'ordre de Saint-Michel, récemment créé par le roi de France (D. Taillandier, Histoire de Bretagne, II, 112).
1. Les hurques ou hourques étaient des navires de transport à fond plat, à poupe et à proue arrondies ; les galées, des vaisseaux longs, étroits, marchant surtout à rames. (Godefroy, Dictionn. de l'anc. langue française.)
2. « De celle flotte du duc de Bourgongne furent chiefz le seigneur de la Vere, Zellandois, le seigneur de la Gruthuse, le seigneur de Halluin et aucuns autres, et estoient bien xxxvi navires » (Bibi. nat., Chronique citée, ms. fr. 20354, fol. 200).
3. A l'embouchure de la Seine, rive droite. La baie de l'Eure, devenue une plaine marécageuse, plus tard desséchée, est occupée maintenant par un quartier de la ville du Havre.
4. Tombelaine est une petite île voisine du Mont-Saint-Michel. Louis XI quitta Amboise le 21 août 1470 et arriva au Mont le 28. Il regagna Avranches le 31 août et parvint à Caen le 10 septembre.
la nef monseigneur l'admirai, la nef de Colon ^ et autres plusieurs beaulx navires, dedens lesquelz se mirent et boutèrent lesdiz de Glairence, de Waruic et ceulx de leur compaignie, avecques aucuns frans archers et autres gens de guerre que le roy lui avoit baillez pour leur seureté et conduite^. Et, incontinent qu'ilz furent ainsi montez que dit est, près de partir et singler en mer, lesdiz Bourguignons, Anglois, Picars et autres, voians qu'ilz avoient longuement esté à l'encre sans avoir riens fait et mengié tous leurs vivres, retirèrent leursdiz anchres et s'en retournèrent à leur duc sur
1 . « Noble homme Guillaune de Gasenove, dit Goullomb, ecuyer , vice amiral de France, maître enquêteur et reformateur des eaux et forests du roi en Normandie et Picardie (Bibl. nat., ms. fr. 20492, n° 904, et ms. fr. 20493, n» 935, parch.). Sur ce grand homme de mer, voir la notice que lui a consacrée M. Harrisse {Les Colombo de France et d'Italie, fameux marins du XV' siècle. Paris, 1874, in-4o). Guillaume de Gasenove avait épousé Guillemette Le Sec et mourut vers 1482. Au mois de décembre 1470, le capitaine des navires du roi se nommait Raoul Payan (Bibl. nat., ms. fr. 6759, fol. 74; compte sur parch. Cf. ms. fr. 20490, fol. 98).
2. Interpolations et variantes, § LXVI. — Louis XI eut mille peines à se débarrasser de ses hôtes. Il avait beau leur faire remettre de l'argent, payer les arcs, trousses et brigandines que Warwick avait commandés à Rouen et à Paris, « afin qu'il ne prengne son excuse sur ce, » les Anglais ne partaient pas. Le 21 août, Tanneguy du Ghàtel écrit de Valognes à Jean Bourré que les gens du comte refusent de regagner Bartleur, et disent en pleine rue qu'ils ne se battront pas si on ne leur donne de l'argent. Warwick lui-même avait engagé partie de ses biens meubles (Bibl. nat., ms. fr. 20486, fol. 6, orig. Gf. ms. fr. 20489, fol. 17), et d'autre part, il n'osait prendre la mer par crainte des vaisseaux bourguignons. « Si luy tarda fort et annuya; aussy fit il au roy Loys, qui volentiers en eut esté quite, car en avoit grans frais sur ses bras et grandes constances » (Ghastellain, V, 468). Pour accompagner Warwick, l'amiral fut mis à la tête de soixante navires français.
trayne boyau et sans avoir riens fait; de quoy il eut bientost ris son saoul, pour ce qu'ilz avoient perdu grant temps et si avoit beaucop fraie et despendu à ravitaillement desdiz navires et au soudoy desdiz gens de guerre*.
Et, ce fait, ledit de Waruic acompaigné comme dessus, entrèrent en mer et orent vent propre et à gré, tel que en peu de temps ilz vindrent arriver oudit royaume d'Angleterre, et descendirent et arrivèrent iceulx navires à Plemue et Dertemue à heure de nuit^. Et, tout incontinent qu'il ot mis le pié à terre, il envoy[a] à dix mil dedens ledit pays d'Angleterre par aucuns de ses gens prendre et saisir ung baron d'Angleterre qui estoit en son lit couchié et qui ne pensoit point à ladicte descendue, et l'amenèrent au matin pardevers ledit Waruik ; auquel baron, incontinent lui arrivé, fut mise la teste hors de dessus les espaules. Et après s'en ala hors dudit lieu [de] Dertemue à Bristo^, où il fut bien recueilly ; et ilec avoit laissé son artillerie et de ses bagues, quand il s'en ala en Normandie. Et, après qu'il ot recouvré ces choses et avant qu'il feust trois jours, il vint et arriva pardevers lui plus