Orig. à la Bibl. nat., ms. fr. 2913, fol
« Mons. le grant maistre, je tous prie que ce pendant vous faites en vostre quartier tout le mieulx que vous pourrez, car j'ay espérance, au plaisir de Dieu, d'avoir bref fait par deçà ; et incontinent vous iray secourir et vous meneray une belle et grosse compaignie, car j'ay des gens assez par deçà.
« Escript à Anxenis, le vif jour de juillet [1472]. Signé : « Loys. » Et au dessoubz : « Tilbart. » En la suscripcion desdittez lettres : « A nostre très chier et amé cousin le conte de Dampmartin, grant maistre d'ostel de France*. »
Le mercredi, huitiesme jour du moys de juillet mil IIIF LXXII, environ sept heures du soir, le conte de Dampmartin, lieutenant gênerai pour le roy audit Beauvais, fut adverti que les Bourguignons avoient fait ung pont de cloyes et fagotz pour passer sur la bourbe dedens les fossés de laditte ville ; et, si tost qu'il le sceut, environ heure de soleil couché, ainsi que les trompettes, clarons et autres instruments sonnoient, à laquelle heure nulle artillerie ne tiroit d'une part ne d'autre, fist descendre ung nommé Bellot, paige de Ythier de Larrie ', qui portoit l'enseigne, par une brèche, par trois fois, dedens lesdis fossez. Et à chascune fois portoit ung sac plain de poudre à canon, laquelle il espandit et semit sur ledit pont de claies, et d'icelle feist une trainnée jusques à laditte brèche, en quoy faisant il se mist en très grant dangier; mais neantmointz paracheva son entreprinse ainsi qu'il luy avoit esté enchargé.
LXXXIV. — (Clair. 481, fol. 299, 1. 22. Chron. scand., t. I, p. 276.) — Dudit Hostel Dieu, dont avoit la garde et charge ledit grant maistre de France, qui moult honnorablement et vaillaument se y contint et ceulx de sa compaignie. Et, au pont qui avoit esté fait par les Bour-
1. L'original de cette lettre est à la Bibl. nat., ms. fr. 2898, fol. 74. M. Vaesen l'a imprimé au t. V des Lettres de Louis XI, p. 25 et suiv.
2. Ou de la Rye (voyez les « montres » publiées aux Preuves de l'hist. de la maison de Cliabannes, t. II).
guignons de cloies et fagotz sur la bourbe desditz fossez le jour de devant, ainsi que dessus est dit, où avoit esté fait une traynnée de pouldre à canon par l'ordonnance dudit grant maistre, fut mys le feu à l'eure que lesdits Bourguignons donnoyent l'assault sur ledit pont; et y mourut en la place grant quantité d'iceulx Bourguignons. En y eut grant nombre d'autres qui furent tout grillés et moururent incontinant après.
LXXXV. — (Clair. 481, fol. 300, 1. 7. Chron. scand., t. I, p. 276.) — XV à XVr hommes, entre lesquelz y morurent plusieurs gens de bien fort plains par iesditz Bourguignons. Et plus largement y en eust eu de mors s'il y eust eu saillie à sortir hors de lad. ville, mais toutes les portes estoient murées du costé de l'ost des Bourguignons, par quoy ne se peult faire lad. saillie, et ne fut fait audit assault que peu d'occision des gens du roy. Et avoit délibéré le duc de Bourgoigne faire pendre tous les cappitaines estans dedans laditte ville, etmesmement ledit grant maistre, comme chef, dont Dieu, qui toutes choses garde, le préserva et garda. Et ce disoit ung prisonnier françois qui avoit esté cedit jour prins prisonnier par les Bourguignons.
LXXXVI. — (Clair. 481, fol. 300, 1. 28. Chro7i. scand., t. I, p. 278.) — Qu'ilz rencontrèrent. Et, en laditte saillie, fut tué ung nommé La Gastine', homme d'armes bien renommé de la compaignie de monseigneur le grant maistre, lequel n'avoit point ,esté audit siège pour cause d'une maladie qu'il avoit eue et avoit encores. Lequel entra dedans la tante de Phelippe de Crevecuer, seigneur d'Esquerdez, atout une demye javeline; et jouoit ledit d'Esquerdes aux tables. Et, quant ledit de la Gastine le veit, il se tyra vers luy comme au plus apparant pour le cuider deffaire; et, en luy cuidant getter ung estoc de sa javeline, se mist au devant ung archier armé d'unez brigandines qui
1. Pierre de la Gastine est nommé dans les « montres » citées à la page précédente.
receut le coup ; et adonc ledit seigneur d'Esquerdes se leva de sa place, print sa hache qui estoit près de luv et tyra vers ledit de la Gastine, et de laditte hache luy hailla sur son armet tel coup qu'il le getta tout mort à ses piedz. Et estoit ledit de la Gastiiie acoustré sur son harnoys d'une manteline d'orfavrerie. Et fut ledit seigneur de la Gastine fort plaint dudit grant maistre et autrez [gens] de guerre qui estoient en laditte ville. Et si luy fut donné par lesditz Bourguignons honneste sépulture.
LXXXVII-LXXXIX. — (Clair. 481, fol. 301, 1. 19. Chron. scand., t. I, p. 278.) — Deux horames, dont l'un estoit maistre de l'artillerie du duc, qui promettoit grant finance. . . Et depuis ne fut gueres de chose faict.
Pendant ledit siège de Beau vais, le grant maistre et autres capitaines estans en icelle ville mandèrent au connestable, estant à Creil, qu'il leur envoyast des gendarmes et de l'artillerie pour résister à la puissance du duc de Bourgoigne, avec argent pour souldoier leurs gens de guerre. A quoy il leur âst responce par ses lettres ainsi qu'il s'ensuit :
« Mess"^, je me recommande à vous. J'ai receu voz lettres et ouy tout ce qui m'a esté dit de par vous par Mons. de la ChoUetiere. Et, au regart de envoler de mes gens à Beauvais, vous savez. Mess", que quant nous departimez d'enssemble, il ne me demoura que environ xlv lances, dont j'en ay envoie à Clermont xxx lances. Ainsi, que je puissez envoler de mes gens et demourer seul, il ne se peult faire, et vauldroit autant que je ploiasse mon estandart, que je le meissez au champs et n'avoir gens pour l'acompaigner.
« Au regart de l'argent que vous demandés, ce que j'ay, je le bailleray voullentiers, et, ce que je n'auray point, j'en feray voullentiers finance à Paris ou autre part, comme plus à plain je l'ay dit à Mons. de la ChoUetiere pour le vous dire.
« Touchant canons, je lui en ay dit mon advis, et me semble que se seroit mal fait de en prendre plus à Saint- Quentin. Mais à Paris il y a une très belle serpentine que
Mons. de Monglat a, laquelle vous devez mander à Mons. de Gaucourt qu'il la vous envoie. Et, si me semble que en devez envoier quérir à Amiens, car, quant besoing seroit, on leur remeneroit, et nous trestous nous y trouverions, et si est beaucoup plus prez que Sainct-Quentin.
« Mess""-, je prie Nostre Seigneur qui soit garde de vous. Escript à Creil, le xf jour de juillet [1472]. » Soubzscriptes : « Le conte de Saint-Pol, etc., connestable de France. » Signé : « Vostre Loys. » Et au dos desdictez lettres estoit escript : « A Mess""^ les cappitaines estant à Beauvais^. »
Et, ce mesmez jour, ledit connestable fut d'avis que luy et lesditz capitaines estans à Beauvais dévoient ruer sur les Bourguignons, qui estoient sailliz de leur parc pour convoier leurs vivres; dont il escripvit ausditz capitaines ainsi qu'il s'ensuit :
« Mess''% je me recommande à vous. Vous savez que je vous escripvis hier Talée des Bourguignons pour aconvoier leurs vivres. Et me semble que, se trouviez la chose disposée par delà tellement que je peussez avoir cent lances, et ceulx d'Amiens voulsissent chevauchier et venir à l'entrée des bois de Cleremont^ avec ceux que je puis avoir, je suis d'avis que nous ferions quelque bien sur ledit convoy ou sur Mondidier. Et, se ainsi le concluez, fauldroit que vous envoiissiez audit Amiens, pour ce que vous y envolerez plus aiseement que je ne feroie d'icy, affin de veoir se ilz le vouldront faire, et, se ilz le vueullent faire, les faire venir. Si vous prie que m'en faictez savoir vostre advis, enssemble de voz nouvelles. Mess'"% je prie Nostre Seigneur qui soit garde de vous. Escript à Creil, le xi'^ jour de juillet [1472]. Lesdittes lettres soubscriptes : « Le conte de Saint-Pol, etc., connestable de France. » Signé : « Vostre Loys. »
1. Orig. à la Bibl. nat., ms. fr. 2898, fol. 72. Au fol. 16 du ms. fr. 2913 est l'original d'une lettre adressée au grand maître par le connétable. Elle est conçue en termes identiques et datée de même.