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Aumale, aujourd'hui dép. de la Seine-Inférieure, arr. de

Neufchâtel.

« Escript en haste au Neufchastel, ce vendredi xxiiii^ jour de juillet [1472].

« Je arrivay arsoir en ceste ville et m'en voys à Dieppe. Et, pour ce, je vous prie que me faciez tousjours sçavoir des nouvelles. Mons. de Monsures se recommande bien fort à vous.

« Lesdittez lettres soubscriptez : « Le tout vostre, le mareschal Joachim. » Et au doz estoit escript : « A Mons. le conte Dampmartin, grant maistre de France i. »

XC. — (Clair. 481, fol. 310, 1. 12. Chron. scand., t. I, p. 283.) — Et chastel. Et, pendant qu'ilz estoient en leurdit parc ou moys d'aost, Mons. le connestable escripvit uneslettrez à Mons. le grant maistre, dont la teneur s'ensuit :

« Mons. le grant maistre, je me recommande à vous. J'ay veu voz lettres que m'avez envoyéez de ce soir, contenans que, se les Bourguignons marchent plus avant que de là où ilz sont, vostre oppinion est que doys aller à Rouen, et, s'il n'est ainsi que lesditz Bourguignons marchent plus avant, que vous face savoir se auray point mué la conclusion qui a esté prinse ce jourduy et ce qui sera à faire.

« Mons. le grant maistre, à ce soir a esté prinsung Bourguignon à Dieppe, qui a dit que Mons. de Bourgongne doit envoyer demain courrir devant Arques et laditte ville de Dieppe, et les faire sommer et apprez s'en retourner; pour quoy me samble qu'il vault myeulx attendre ledit jour de demain jusques apprès boyre, dedans laquelle heure aucuns de mes gens que j'ay sur les champs pourront estre retournez devers moy, et vous feray sçavoir ce qu'ilz m'auront rapporté et ce qui sera à faire.

« Mons. le grant maistre, Nostre Seigneur soit garde de vous. Escript à Longueville^ ce ix® jour du mois d'aoust [1472]. Lesdictes lettres soubzscriptes : « Le conte de Saint-

•1. Orig. à la Bibl. nat., ms. fr. 2898, fol. 68.

2. Longueville, aujourd'hui dép. de la Seine-Inférieure, arr. de Dieppe. Le Fay, ou mieux Auffay, est un village voisin de Longueville.

Pol, etc., connestable de France. » Signé : « Vostre Loys. » Et au dessoubz : « G. de Paris. » Et au dos : « A Mons. le grant raaistre^ »

Et ledit duc de Bourgoigne estant audit pays, fist brûler la ville d'Arqués, et en après âst brûler et bouter le feu à Longueville, au Fay et à autres plusieurs lieux, villaiges et places dudit pays de Caulx. Duquel lieu du Fay estoient partiz Mons. le connestable et le conte de Dampmartin, grant maistre de France, pour ce qu'ilz furent advertiz par aucuns Bourguignons prins cedit jour par Robert de Balsac, seneschal d'Agenoys, nepveu dudit grant maistre, que le duc avoit fait partir ce jour de son ost huyt cens hommes d'armes et dix mil hommes à pié avec lx pièces d'artillerie, comme disoient lesditz prisonniers. Pour lesquelles nouvelles lesditz connestable et grant maistre se misrent en armes et se getterent aux champs pour recueillir lesditz Bourguignons, lesquelz s'estoient arrestez audit Longueville pour le brûler et prandre le chasteau, ce qu'ilz ne peurent faire. Et, en mettant lesditz feux, ledit grant maistre estoit armé de toutes pièces, monté sur ung coursier baiart moucheté de blanc, nommé Nerbonne, pour ce que le seigneur de Nerbonne luy avoit donné, comme on disoit. Et, à celle mesme heure, âst sortir dudit Fay, où iceluy grant maistre avoit prins son logis pour la nuyt, ung nommé messire Guerin le Groing, son lieutenant, qui depuis fut bailly de Saint- Pierre le Moustier, et estoit bien digne d'avoir mieulx, acompaigné de xv hommes d'armes des siens, sans plus, pour veoir quel nombre d'ennemys estoient audit Longueville et pour sçavoir de leur intencion. Mais, pour ce qu'il tardoit ung peu à venir, ledit grant maistre se getta hors de la bataille où estoit ledit connestable et monta sur ung tartre qui estoit entre la bataille et celle desditz Bourguignons, affin de congnoistre leur couvyne, lesquelz ennemys il veoit

1. Orig. à la Bibl. nat., ms. fr. 2898, fol. 78. Ce texte est plus complet que celui fourni par le ms. de Clairambault.

clerement départir et mettre en deux bandes, c'est assavoir l'une pour les venir enclore et l'autre pour venir droit à eulx. Puis se retira tout le pas à la bataille où estoit ledit connestable, n'ayant sur soy autre chose, sinon que son harnois tout creu. Et alors ledit Guerin leGroing, qui estoit allé chevaulchier lesditz ennemys, fut rembarré avec lesditz quinze hommes d'armes et trente archiers qu'il avoit menez par deffaulte de puissance et non pas de cueur qui fust failli en luy, mais pour ce qu'il estoit chargé de quatre enseignes, acompaigné de cent ou six vingtz hommes d'armes, lesquelz les rameuoient bien rudement, en criant sur ledit Guerin le Groing : A Tousse! à Tousse' ! Et estoit ledit le Groing sur ung cheval d'Espaigne, couvert d'une liousseure bleue decouppée, et par dessus icelle liousseure avoit une grant croix blanche, et tenoit en sa main une courte javeline qui avoit la hampe de plain poing.

Et bien apparut au départir qu'il s'estoit trouvé là où les cops se donnoient, comme il povoit apparoir à saditte javeline aux enseignes qu'elle portoit. Et devéssçavoir qu'il fut très fort pressé desditz Bourguignons, et mesmemeut par ung nommé le seigneur de Varembon^; de quoy il despleut audit Guerin le Groing, se tourna sur luy et luy bailla une telle seignée soubz le bras, au dessoubz du croissant, que trois jours après il n'eust sceu raconter les nouvelles de ce monde. Et, à laditte chasse, furent abatus et rués par terre trois des hommes d'armes dudit grant maistre, dont il en fut tué les deux, l'un nommé Rampont et l'autre Frenlon de Losz, natif de Limosin, qui estoit très bon et hardi homme d'armes, et le tiers nommé Regnault Guillaume^ qui fut fort navré sans mourir, lequel ledit grant maistre fist lever du

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