Guérin Le Groing
Guise de Noyon en hors, actendu qu'il est si aisé à faire de Saint-Quentin, et pour peu de chose on mect la place et les gens en avanture de perdre. Et povez considérer que les canons ne peuvent servir audit Guise sans pouldre, sinon pour les perdre. Sy vous prie qu'il vous plaise envoyer en toute diligence de la pouldre, car, attendu le train des Bourguignons, ilz font acroire qu'ilz tyrent droit audit Guise. J'ay mandé à ceulx de l'artillerie qui sont à Noyon qu'ilz viennent icy, et vous recompenseray de laditte pouldre. Pareillement ay mandé à ceulx qui sont venuz qu'ilz viennent icy pour joindre avec moy, et tyrerons ensemble vers Saint-Quentin.
« Mons. le grant maistre, je prie Nostre Seigneur qu'il soit garde de vous. Escript à Hem, ce xxvf jour d'octobre.
« Monseigneur de Bourgoigne desloge et tire vers le Pont à Nouvient', qui est le chemin à tyrer vers Guise ou vers Laon, et mect la rivière d'Oise entre vous etluy. La pouldre qu'il vous plaira délivrer, bailliés la au prevost, et il l'envoyra. LecontedeSaint-Pol, connestable de France. » Signé: « Vostre Loys. » Et au dos : « A Mons. le grant maistre. »
Et, deux jours après, ledit connestable eut nouvelles, et luy fist sçavoir Mons. de Moy que les Bourguignons estoient à trois lieues près de Guise : ce qu'il feist assavoir audit grant maistre adfin d'y envoyer des pouldres, ainssi que appert par ses lettres, dont la teneur s'ensuyt :
« Mons. le grant maistre , je me recommande à vous. Mons. de Moy m'a à ceste heure escript unes lettres, lesquelles je vous envoyé encloses en cestes, par lesquelles il m'escript comment les Bourguignons sont à trois lieues de Guise ^, et qu'ilz ont pou gens et pouldres, comme pourez veoir paricelles. Et pour tant je vous prie que en toute dilligence vous y en vueilliez envoyer, car se Guise se perdoit.
1. Auj. Pont-à-Bucy, dép. de l'Aisne, arr. de Laon, sur la rive gauche de la Serre, en face de Nouvion-rAbbesse, où le duc de Bourgogne campa effectivement le 26 oct. 1472 (Lenglet, II, 203).