‹ JournalChapitre 125 sur 178 · Orig. à la Bibl. nat., ms. fr. 2898, fol · texte numérisé non relu

Orig. à la Bibl. nat., ms. fr. 2898, fol

prisonnier ou chasteau de Lestore, et luy bailla pour le servir et tranchier devant luy ung gentilhomme basque, nommé Jehan de Chigon, qui estoit paige audit conte d'Armignac, lequel, depuis le décès de sondit maistre d'Armignac, fut au service dudit seigneur de Beaujeu, duquel il acquist beaucop de biens ; et avoit bien mérité d'en avoir, pour ce qu'il estoit bon et hardi homme d'armes ^

XCA^ —■ (Clair. 481, fol. 342, 1. 24. Chron. scand., 1. 1, p. 288.) — Oudit lieu de Loches, lequel fut décapité, puis escartelé, en la ville de Tours, par aucuns crimes que on disoit qu'il avoit commis. Et, àl'eurequ'il morut, parla moult honnorablement, publicquement devant tous, dudit seigneur de Beaujeu, sur lequel il avoit esté interrogué, pour ce que aucuns sinistres rappors avoient esté faiz au roy dudit seigneur de Beaujeu, de aucuns ses serviteurs.

XCVI. — (Clair. 481, fol. 343, 1. 5. Chron. scand., t. I, p. 289.) — Maison de Bourbon. En ce temps, le roy, estant à Loches, eut aucunes bonnes nouvelles touchant ses affaires, et en escripvit unes lettres à Mons. le grant maistre, desquelles la teneur sensuit :

« Mons. le grant maistre, à vous n'y faites riens de me faire responce par voz lettres touchant les bonnes nouvelles, car elles ont esté escriptes depuis que Guiot du Chesnay arriva devers vous, aussi bien le premier article que le second. Et savez vous pourquoy j'ay esté bien marry quant j'ay veu que vous ne me faisiez point de responce, car il me sembloit que vous n'estiez plus en la volenté que je vous laissay touchant Bourgoigne : et, je n'ay autre paradis en mon ymaginacion que cestuy là. J'ay eu à matin des lettres du seneschal de Beaucaire- que je vous ay envolées, et remedirons bien à tout quant j'auray parlé à vous. Et, pour ce que je m'en

\ . Voy. Louis II, Jean V d' Armagnac et le drame de Lectoure, ouvr. cité, p. 38 et suiv.

2. Ruffet de Balsac. La lettre du sénéchal de Beaucaire au roi annonçait sans doute la surprise de Lectoure par le comte d'Armagnac.

vois lundi à Tours, je ne vous escripz autre chose, mais j'ay plus grant fin de parler à vous, aflSn de trouver le remède en ceste matière de Bourgoigne, que je n'euz oncques à confesseur pour le salut de mon ame.

« Escript à Resons, prez Loches, lexxvii^'jour d'octobre. » Signé : « Loys. » Et au dessoubz : « Tilhart. » Et au dos : « A nostre cher et amè cousin le conte de Dampmartin , grant maistre d'ostel de France '. »

Et, en celluy temps, a voit trevez entre le roy et le duc de Bretaigne , lesquelz desiroient grandement avoir paix et accord entre eulx ; et s'en estoit le roy retourné à Amboise et pays envyron, et si avoit envoyé son armée, dont cy devant est parlé, pour recouvrer Lestore.

Et de ces choses escripvit à Mons. le grant maistre unes lettres dont la teneur est telle :

« Mons. le grant maistre, le duc de Bretaigne a icy envoyé Montfort, son poursuyvant, pour aller signifier les trêves au duc de Bourgoigne, finissans au dernier jour de ce raoys. J'escriptz à Mons. le connestable que se vous et luy voyés que ladite trêve ne vous soit séante par delà la faire crier, au moins qu'il en face semblant, et dire qu'ilz l'ont rompue de leur costé. Aussi se voyez qu'elle vous soit bonne, tenez là, car, avant que le poursuyvant soit par deçà, il n'y aura pas huyt jours de treuve. Tenez y les termes ainsi que vous verres estre à faire et selon que verres les affaires de par delà. Les Bretons monstrent qu'ilz les veullent tenir, car ilz s'en sont allez chascun en son hostel.

1. L'orig. de cette lettre est à la Bibl. nat., ms. fr. 2898, fol. 102. Nous croyons, comme l'Interpolateur, et contrairement à l'opinion de MM. Vaesen et de Chabannes {Hlst. de la maison de Chabannes, Preuves, II, 451), que cette lettre appartient à l'année 1472 et non pas à l'année 1478. La phrase, assez obscure d'ailleurs, du début faitallusion à la trêve conclue le 13 du même mois d'octobre avec les Bretons. D'autre part, le duc de Bourgogne venait de demander une suspension d'armes et le roi avait chargé Dammartin de négocier cette trêve. Enfin, Louis XI avait à « remédier » à la perte de Lectoure, dont le sénéchal de Beaucaire venait de lui annoncer la prise par le comte d'Armagnac (19 octobre).

« Mons. le grant maistre, j'envoye mes deux seneschaulx i pour ravoir Lestore, dedans laquelle messire Jehan d'Armignac s'est mis par trayson. Et, cela fait, j'ay espérance que Guienne sera plus seure qu'elle n'estoit par avant. Geste entreprinsedevroit faire retourner le duc de Bourgoigne droit là?Incontinant que j'auray nouvelles de mes Bretons, je vous le feray sçavoir. Escript à Amboise, le iif jour de novembre. » Signé : « Loys. » Et au dessoubz : « Tiihart. » Et au dos : « A nostre chier et amé cousin le conte de Dampmartin, grant maistre d'ostel de France '-. »

Audit temps, le roy envoya audit grant maistre unes autres lettres missives, dont la teneur s'ensuit :

« Mons. le grant maistre, j'ay receu des lettres de Mons. le connestable qui m'escript qu'il vous a voulu baillier la charge de Beauvais. Mons. le grant maistre, vous m'avez tousjours bien servy, et sçay bien qu'il vous feroit grant mal que mes besongnes n'allassent bien. Je vous prie que si vous ne vouUés demourer à Beauvais, que vous logés voz gens à Mante ou à Meullanc, et illec environ sur la rivière de Seyne, les plus serrez ensemble que vous pourrés; et je vous envoyé le mandement pour ce faire. Et, vosdittez gens logez, venés vous en devers moy, et je vous feray bonne chère. Nous avons bien besongné par deçà, mais vous venu, je vous en conteray plus au long.

« Mons. le grant maistre, je vous prie, sur tant que vous aymés mon bien, que voz gens ne bougent de là, et pour cause que je ne vous puis pour le présent escripre, mais je vous diray tout. Mons. le grant maistre, je vous prie que pour quelconque chose qui puisse advenir, que ne logés voz gens allieurs que là où je vous escry. Et gardés, sur tant que vous craignez à me désobéir, qu'il n'y ait point de faulte ; et se vous ne povez venir devers moy et que vous veulliés aller à

1. Les sénéchaux de ïcjulouse et d'Agenais, Gaston du Lyon et Robert de Balsac (voy. Louis XI, Jean V dl Armagnac, etc., p. 43).

2. Cette lettre est imprimée au t. V des Lettres de Louis XI, p. 75 et suiv.

VOS besoignes, envoyés moy Pierre Cleret. Mons. le grant maistre, je vous envoyé le mandement en blanc pour mettre le nom de celluy qui logera voz gens, tel que tous adviserés, et aussi vous envoyé maistre Loys Toustain, lequel créez de ce que vous dira. J'ay prins la trêve jusques à ung an et ne l'ay pas volu prandre à la saison nouvelle ^ comme vous dira ledit Toustain. Et adieu.

« Escript à l'Ermenault', le xxv^ jour de novembre. » Signé : « Loys. » Et au dessoubz : « Toustain. » Et à la suscripcion desdites lettres : « A nostre cher et féal cousin le conte de Dampmartin, grant maistre d'ostel de France. »

Et ce temps, le roy séjourna longuement en Poitou et vers les marches de Bretaigne^, et tant y demoura que appointement se fist entre le roy et le duc de Bretaigne. Et, de ce faire se mesla fort le seigneur de Lescun nommé Odet de Rie, chevalier garny de très bons sens, à qui le roy à ceste fois fist de grans biens, et par avant luy en avoit faict aussi. Et fut ledit appointement cause que ledit seigneur de Lescun parvint depuis à estre gouverneur de Guienne^, lequel gouvernement il tint tant que le roy vesquit, et jusques ad ce que aucuns ses malveillans porchasserent l'en mettre hors peu de temps après le couronnement du roy Charles VHP de ce nom. Et devés sçavoir qu'il ne le recouvra depuis, et n'en morut point gouverneur.

XGVIL — (Clair. 481, fol. 346, 1. 28. Chron. scand., t. I, p. 289.) — Ualiance d'entre eulx. Ou moys de février, oudit an mil IIIP LXXII, estoit bruit que le conte

1. La trêve conclue avec le duc de Bretagne commença à courir le 23 nov. 1472 (Lenglet, III, 234).

2. Auj. L'Hermenault, dép. de la Vendée, arr. de Fontenay. Cette lettre a été imprimée en dernier lieu par M. Vaesen {Lettres de Louis XI, V, 90 et suiv.).

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