Le Catelet, auj. dép. de l'Aisne, arr. de Saint-Quentin
348 INTERPOLATIONS ET V.UIIANTES
France. » Et signé : « Vostre Loys. » Et au dos desdittes : « A Mons. le grant maistre. »
CXXII. — (Clair. 481, fol. 398, 1. 11. Chron. scand., 1. 1, p. 350.) — Connestable de France, prouveu {sic) que le roy en auroit le corps et le duc de Bourgoigne les biens. Le roy envoja par devers le duc de Bourgoigne son ambassade et gens de guerre pour le prandre et amener. ..
CXXIII. — (Clair. 481, fol. 398, 1. 20. Chron. scand., t. I, p. 350.) — Et autres plusieurs. Et ledit connestable, saichant ledit appointement faict entre le roy et le duc de Bourgoigne, s'en ala rendre à Mons en Henault, es pays dudit duc, cuidant y trouver reffuge, pour ce qu'il a voit uzé une partie de sa vie avec le duc Philippe, père dudit duc, et avec icelluy duc. Et incontinant qu'il sceut que l'ambassade du roy estoit devers ledit duc de Bourgoigne pour l'enmener, rescripvit à icelluy duc unes [lettres] telles qu'il s'ensuit :
« Mon très honnoré et redoubté seigneur, si humblement et affectueusement que faire puis me recommande à vostre bonne grâce, de laquelle j'ay toutallement à faire, veu la neccessité où je suis pour vous penser avoir faict service. Et moy, comme vostre très humble serviteur et povre parent, me suis retiré en voz pays pour y vivre et mourir, sans espargner ma vie ne mes biens où il vous plaira m'employer pour vous.
« Mon très honnoré seigneur, j'ay souvenance des biens et honneurs que j'ay receuz en vostre maison tant que je y ay demouré, qui me donne espérance que ne me vouldriez mettre en obly, car je sçay que ne vouldriez blesser vostre honneur. Et aussi ne faitz nulle doubte que n'ayez assez souvenance des promesses que m'avez faictes et faict faire, ensemble du service que je vous feitz à la journée de Montlehery, vous suppliant très humblement, à la fin de mes lettres, que mon loyer n'en soit perdu et qu'il vous plaise croire ce gentilhomme qui est k moy, présent porteur, auquel j'ay donné charge vous remonstrer mon dolent affaire.
« Escript à Mons, le xiiii® jour d'octobre [1475]. »
Et devez sçavoir que, dès que le duc de Bourgoigne eut receu les lettres dudit connestable, il les leut tout du long et veit la créance dudit gentilhomme, qui estoit maistre d'ostel dudit connestable; auquel il dist : « Apres ce que j'auray oj messe, je vous feray responce. » A laquelle messe il aloit. Et icelle oye, s'en retyra incontinant à son logis pour disner, et disnerent avec luy les gens du roy qui estoient commis à emmener le connestable en France; et, durant le disner dudit duc de Bourgoigne, dist peu ou nulles paroUes. Et, si tost qu'il fut levé de table, il envoya quérir le gentilhomme qui pardevers luy estoit venu de par ledit connestable, et luy dist telles ou semblables parolles :
« J'ay veu, oy et entendu ce que le connestable vostre maistre m' escript, ensemble vostre créance. Je veul bien qu'il entende et sache les grans et esnormes tors qu'il me tient. Premièrement, je l'ay soustenu contre mon père, délibéré de assembler armée pour le garder de ses malveillans, contre le vouloir de monditpere. En oultre, par mon moyen a esté faict connestable de France. Et, sur l'espérance du scellé qu'il m'avoit baillé et la fiance que j'avoye en luy, est descendu le roy d'Angleterre, mon frère, moy confiant en vostre maistre qu'il deust mettre entre les mains de mondit frère la ville de Saint-Quentin, que sur moy il a prinse et rendue au roy son maistre ; et a esté contraint mondit frère d'Angleterre faire appointement avec le roy : par ainsi m'a faict perdre son aliance en laquelle j 'avoye plus d'espérance que du surplus de tous mes allés. Et si a le roy abandonné vostre maistre le connestable. Et pour ce, dittez luy de par moy que je le mettray entre les mains du roy pour en faire ce qu'il vouldra ; et n'a perdu à me rescripre en ceste matière, synon le papier. »
Et telle fut l'issue de l'expedicion faicte au maistre d'ostel dudit connestable par le duc de Bourgoigne.
Après le retour duquel maistre d'ostel, le duc de Bourgoigne, en ensieuvant sa promesse, livra [ledit connestable]
OU fist livrer et mettre es mains desditz seigneurs admirai, de Saint-Pierre, du Bochaige et autres devant nommez.
Et fut pour lors getté ung proverbe qui est tel que on disoit qu'il V avoit eu guerre en paradis, et que Saint-Pierre avoit prins Saint-Pol, ledit connestable, lequel par les dessus nommés fut mené prisonnier en la ville de Paris et fut mené par dehors les murs d'icelle ville du costé des chams, à l'entré de la Bastide Saint- Anthoine.
CXXIV. — (Clair. 481, fol. 402, 1. 2. Chron. scand., t. I, p. 351.) — Dudit lieu de la Bastide. Et, après que ledit connestable eut ainsi esté lessé es mains des dessusnommez, Mons.lechancelier, nommé maistre Pierre d'Oriolle. homme de très grant sens, luy dist telles parolles ou semblables : « Monseigneur, vous soyez le très bien venu. Faittes bonne chère; on parlera à vous cy après plus à loisir et vous fera le roy bonne et loyalle justice. » Puis le laissèrent dedans laditte Bastide ledit chancellier, premier et second président de la court de Parlement et autres notables et saiges personnesven bien grant nombre, et s'en allèrent sans aucune chose faire pour le jour.
CXXV. — (Clair. 481, fol. 402, 1. 23. Chron. scand., t. I, p. 352.) — Devers le roy, dont en furent envoyés plusieurs doubles aux seigneurs de son sang*. Et fut ledit connestable interrogué sur plusieurs articles qui ne sont tous cy mis ne couchés, pour ce que son procès en faict ample mencion ; mais entre autres fut interrogué s'il avoit point intencion de requérir les seellés et baillier le scien aux seigneurs et capitaines du royaulme? En quoy il dist que non, et qu'ilz n'avoient point le scien pareillement, fors que à monseigneur de Bourgoigne, pour asseurer sa dolente vie, mais croit bien qu'il eust prins celluy de monseigneur de Bourbon et luy eusf baillé le sien, et non d'autre. Et oultre interroga ledit chancellier, puisqu'il disoit qu'il eust baillé
\. C'est vraisemblablement l'un de ces doubles du Procès du Connétable que possède la Bibliothèque nationale, sous le n^ 3869 des mss. français (vélin, xv^ s.).
DE LA CHRONIQUE SCANDALEUSE. 35t
son scellé à monseigneur de Bourgoigne, que eust contenu ledit scellé? Dict qu'il entendoit que par lesditz scellés y eust eu amitié et entendement entre eulx et qu'ilz eussent esté les plus fors et eussent promis ne faire point de guerre à mondit seigneur de Bourgoigne pour le moins.
Oultre fut interrogué se monseigneur de Nemours avoit point d'entendement en toutes ces choses? Dict que non, et que deux ans avoit il n'avoit eu nouvelles de luy. Oultre dist que, tantost après l'appointement qu'il avoit dernier faict avec le roy d'Angleterre, qu'il oyt dire que Mons. le grant maistre luy devoit aller courir sus avec viif lances.
CXXVI. — (Clair. 481, fol. 408, 1. 12. Chron. scand., 1. 1, p. 358.) — Auroy nostre sire, ainsi qu'il appert par le dictum dont la teneur s'ensuit :
« Veu par la court le procès faict à l'encontre de messire Loys de Luxembourg, chevalier, conte de Saint-Pol, connestable de France, ensemble sa confession voluntaire par luy faitte en icelle court, en quoy il a tousjours persévéré ; par laquelle appert des conspirations et machinations par luy faittes pour induire, séduire, inciter et commovoir plusieurs des princes et seigneurs de ce royaume et autres d'eulx eslever, faire traictez et bailler leurs scellés au duc de Bourgoigne et autres ennemis de ce royaume, à l'encontre du roy. Duquel duc de Bourgoigne ledit de Luxembourg avoit desjà prins le seellé et baillé le sien, par lequel il a promis et s'est obligé audit duc de Bourgoigne de le servir envers et contre tous sans excepter le roy ; et par ledit seellé dudit duc de Bourgoigne il a promis audit de Luxembourg d'entretenir à tous les princes et seigneurs de ce royaume tout ce que par lui ou nom dudit de Bourgoigne leur seroit promis ; ensemble les lettres de créance par luy escriptes au roy d'Angleterre par Loys de Xainville*, auquel de Xainville il avoit expressément chargé dire audit roy d'Angleterre telle créance de par lui que ledit duc de Bourgoigne lui ordonneroit, et
\ . Louis de Sainville.
plusieurs autres grans cas et crimes de leze magesté, dont en saditte confession est plus à plain faicte mencion. Le tout par lui fait et commis depuis le seellé par lui baillé au roy, le xim^ jour de may LXXIIII, à Farniers; par lequel seellé il avoit promis et juré servir le roy envers et contre tous, sans avoir regard à autre que à lui et sans pra ndre intelligence avec Anglois, Bourguignons ne autres ennemis du roy par seellez ne autrement en quelque manière que ce fust, combien que à ce il fust obligé par subgection et astriction de fidélité à cause de sa personne dudit office de connestable et des foy et hommages qu'il avoit faiz au roy de plusieurs de ses terres et seigneuries tenues et mouvans neuement de la couronne.
« Et tout considéré ce qui fait à voir et considérer à grant et meure deliberacion, il sera dit que ladicte court a declairé et declairé ledit messire Loys de Luxembourg crimineux de crime de leze magesté, et comme tel l'a privé et prive dudit office de connestable de France et de tous ses autres offices, honneurs, estaz et dignitez. Et oultre, pour punition desditz cas, ladite court l'a condempnéet condempne à souffrir mort et estre décapité en la place de Grève à Paris, et a declairé et declairé tous et chascuns ses biens meubles et immeubles estre confisquez et appartenir au roy. Et, combien que veu l'enormité des grans et exécrables crimes de leze magesté par lui commis, ledit messire Loys de Luxembourg doye estre escartellé, ses quatre membres penduz en voye publicque et le corps au gibet, neantmoins, pour aucunes considérations ad ce mouvans la court, mesmement son dernier mariage dont est yssu enfans, et autres causes, icelle court a ordonné que après l'exécution publicquement faicte de sa personne, ainsi que dit est, son corps sera inhumé en terre saincte, s'il le requiert ^ »
CXXVn. — (Clair. 481, fol. 411, 1. 21. Chron. scand., t. I, p. 360.) — Filzde Henry Cousin, maistre des haultes
1 . Nous avons adopté le texte fourni par le ms. fr. 3869, fol. 37 v°. Il est plus correct que celui du ms. Glairambault.
euvres, qui entra en la chambre et luj dist : « Mon amy, n'est tu pas celluy qui me Joys mettre hors de ce monde ? » Et il luy dist : « Ouy, monseigneur, car c'est ce qui m'a esté ordonné par la court souveraine. » Et alors luy descousit le collet de son prepoint ; ce qu'il print en gré en grant constance. Et, affin qu'on ne vist point ledit collet descousu, luy atacha la comète de son chaperon de dueil à deux espingles. Et, en sortant [de] ladite chambre, dist ledit connestable telles paroUes ou semblables : « Mon avoir et trop cuider savoir m'ont mis là où je suis. »
Et, lorsqu'il fut sur l'eschaffault, ledit Petit-Jehan lui lya les mains d'un ruben de soye ; ce qu'il souffrit bien benignement. Et portoit on la croix devant luy en cheminant droit à l'eschaffault où il fina son derain jour.
CXXVIII. — (Clair. 481, fol. 412, 1. 23. Chronscand., t. I, p. 361.) — Avant que la teste, et depuis tumba sur les espaules, les jambes contremont; et y avoit une petite pointe à ses souliers. Laquelle teste... fut... monstrée aux regardans par sire Denis Hinsselin^ esleu de Paris, qui en fut reprins par aucuns grans personnages disans qu'il faisoit l'office d'un bourreau ^ .
CXXIX. — (Clair. 481, fol. 413, 1. 8. Chron. scand., 1. 1, p. 361.) — En leur église. Et disoient les bons compaignons pour lors que les cordeliers, qui emportèrent le corps de Mons. le connestable, eurent la teste copée, qui est ung broquart assés aisié à entendre.
CXXX. — (Clair. 481, fol. 416, 1. 15. Chron. scand., t. I, p. 366.) — E7i ceste très noble cité. Et oultre fut faict ung gros piUier en Grève, où furent escriptz ces motz :
Detegit inbelles animes nil fortiler ausa Sedicio, tanLumque fugam raeditata juventus^.
1. Denis Hesselin avait été désigné par le roi comme l'un des commissaires chargés d'interroger le connétable (voy. Vitu , la Chronique de Louis XI, etc., ouvr. cité, p. 61-64).