Boffile de Juge, vice-roi de Roussillon et de Gerdagne
VOUS sont faictes, faictez moy grâce et à mes povres enfans, ne souffrez que pour mes pechiés je meure à honte et confusion ne qu'ilz vivent en deshonneur et au pain querant. Et, si avez eu amour à ma femme, plaise vous avoir pitié du povre et malheureux mary et orpheins. Sire, ne souffres que autre que vostre miséricorde, clémence et pitié soit juge de ma cause, ne autre que vous vous plaise, pour honneur de Nostre Dame, n'en ait congnoissance. Sire, derechief en honneur de cette benoiste passion de nostre rédempteur et de la glorieuse benoiste vierge Marie, tant et si très humblement que faire puis, vous requier pardon, grâce et miséricorde. Sire, en honneur des grâces et victoires que Dieu vous faict, plaise vous la me faire, et je vous serviray bien et si loyaulment que vous congnoistrez que suis vray repentant et que, de force de bien faire veul amender mes deffaultes. Pour Dieu, sire, ayez pitié de moy et de mes povres enfans et estandés vostre miséricorde, et à tousjours mais ne cesserons de vous servir et de prier Dieu pour vous, auquel supplie que par sa grâce, Sire, vous doint très bonne vie et longue et acomplisement de tous voz bons et haulx désirs.
« Escript en la caige de la Bastide, le derrenier jour de janvier. »
Et au dessoubz, en la subscripcion desdittes lettres, estoit escript : « Vostre très humble et très obéissant subject et serviteur, le povre Jaques*. »
Lesquelles lettres missives estoient dattées dès le dernier jour de janvier auparavant ledit dictum.
Et, nonobstant lesdittes lettres missives, le duc de Nemoux ne peult obtenir ne avoir du roy aucune grâce ou pardon.
CLVI. — (Clair. 481 , fol. 462, 1.9. C hr on. scand., ci-dessus, p. 58.) — Ville de Paris. En ce temps furent admenez
1. Le rédacteur du ms. interpolé a transcrit cette lettre des procès-verbaux du Procès du duc de Nemours, où elle se trouve deux fois (ms. cité, fol. 412 et 477. Cf. Jacques d'Armagnac, etc., p. 97 et 104). Nous avons adopté le texte fourni par le ms. du Procès qui présente des différences très légères avec celui du ms. interpolé. II 24
Jehan Boudeau, officier du conte de Dampmartin, et Martin Roy, recepveur dudit conte, à la requeste d'un ladre de Ver sur Dampmartin, faulx accusateur contre les dessusdits de quelque charge que on leur vouloit imposer envers le roy, que on disoit qu'ilz avoient faicte à la requeste deleur maistre. Mais, quant ledit faulx accusateur les vit, il dist que ce n'estoient pas les dessusditz. Et fut cela faict à la requeste d'aucuns envyeulx contre ledit grant maistre, qui estoient à luy subjectz, comme on disoit. Toutesfoitz, ilz furent délivrés par le roy et son Grant Conseil comme purs et innocens desditz cas que on leur vouloit imposer, et disant non congnoissans ceulx qui les avoit accusez. Et ledit grant maistre, adverti de ce, requist au roy qu'il voulsist soffrir luy ouvrir justice contre les accusateurs ; ce que ne luy volut accorder le roy, en disant que l'accusacion qui avoit esté faicte contre luy par ses envyeulx estoit assés congneue, et qu'il avoit assés prouvé, tant luy estant daulphin que de son règne, où il ne luy avoit faict aucune faulte, mais l'avoit bien et loyaulment servy. Toutesfois, ledit grant maistre avoit trouvé par conseil qu'il eust eu desditz faulx accusateurs une bonne grosse amende honnorable et prouffitable ' .
CLVII. — (Clair. 481, fol. 466, 1. 5. Chron. scand., cidessus, p. 62.) — C e qui fui fait . En icelluy temps, Mons. de Moy et autres capitaines estant en Arthois et pays de Picardie, furent advertiz que le duc Maximien, duc en Autriche, estoit arrivé à Ypre- et ^avoit] fait assemblée de gens d'armes pour faire guerre au roy et à ses subjectz et pays. Dont ilz firent sçavoir les nouvelles au conte de Dampmartin, grant maistre de France, quijà longtemps avoit esté en la ville de Quesnoy, dont il avoit la garde de par le roy, et luy
1. Sur les accusations calomnieuses dont le grand maître finit par être la victime (voy. plus loin, p. 387 et suiv.), consultez une enquête faite en 1481 et publiée dans le Bulletin de la Société des sciences de l'Yonne, t. XI, p. 177 et suiv.