‹ JournalChapitre 165 sur 178 · Maupoint, p · texte numérisé non relu

Maupoint, p

lais, qui se trouva bientôt entouré de 800 hommes d'armes, mais « de gens de pied peu ou nulz^ »

Comme les Bourguignons demeuraient en bataille, enclos dans leur charroi, que Saint-Pol et le sire de Hautbourdin avaient achevé de réunir, plusieurs hommes d'armes français, qui avaient « chassé » fort loin, passèrent par là, croyant la victoire à eux, pour regagner le camp royal. Quelques-uns vinrent se jeter dans les rangs bourguignons et s'y firent tuer 2.

Cependant, la nuit était venue et du camp bourguignon on voyait les feux de l'armée royale s'allumer sur la hauteur de Montlhéry^, Dénués de vivres, encombrés de blessés, les conseillers du comte de Charolais songeaient avec appréhension que le lendemain le roi, renforcé par des troupes fraîches, renouvellerait son attaque et que la garnison de Paris, enhardie, allait les prendre à dos. Saint-Pol, que son échec avait rendu timide, opina le premier pour que dès l'aube on reprit la route du Nord, en sauvant l'artillerie, mais en briilant le charroi. Hautbourdin et quelques autres opinèrent dans le même sens, mais le seigneur de Contay, qui parla le dernier, déclara qu'à son avis, si la rumeur se répandait dans le camp que la retraite était décidée, « tout se mettroit en fuite et qu'ils seroient tous prisonniers avant d'avoir fait vingt lieues. » Il fallait, suivant lui, se reposer cette nuit-là, et attaquer de nouveau le roi de France dès l'aube. Le comte de Charolais, toujours audacieux, fut de cet avis et sut imposer sa volonté aux timides; il but et mangea un peu, se coucha sur deux bottes de paille et envoya quelque vingt lances pour s'assurer de l'endroit où était le roi'^.

1. Maupoint rapporte que, sur le champ de bataille, gisaient 500 chevaux de prix. L'opinion des gens de guerre et des paysans qui parcoururent la plaine est que le roi avait perdu environ 600 hommes et Charolais 2,300. Le Bourguignon Guillaume de Torsy renverse cette proportion. Les cadavres ayant été dépouillés sur-le-champ, il fut malaisé de reconnaître à quelle armée ils appartenaient. Commynes dit qu'en tout il mourut là 2,000 hommes au moins (éd. Dupont, 1, 47).

Page 1