Voy. Quicherat, op. cit., p. 247 et suiv
2. Antoine de Chabannes, fils de Robert de Chabannes, seigneur de Gharlus, et d'Alix de Bort, dame de Pierrefitte, né en 1411, mort le 25 décembre 1488, épousa en 1439 Marguerite de Nanteuil, qui lui apporta le comté de Dammartin. Il commença sa carrière militaire en 1424 et fut fait prisonnier à la bataille de Verneuil. Seigneur de Saint-Fargeau, de Blanquefort en Médoc, etc., conseiller et chambellan de Charles VII et de Louis XI, l'ancien capitaine d'écorcheurs devint grand maître d'hôtel de France (23 avril 1467), capitaine de Harfleur, Montivilliers et Château- Gaillart. C'est une des physionomies les plus puissantes et le chef de guerre le plus illustre du règne de Louis XI (voy. Anselme, VIII, 382, et Vaesen, Lettres de Louis XI, III, 223, note).
3. A l'automne de l'année 1439, la ville de Louviers en Normandie, désemparée par les Anglais en 1431, fut occupée par Saintrailles, sous les ordres duquel servait Antoine de Chabannes (voy.
Pareillement ledit de Ghabannes servit bien et loyaument le roy Charles soubz la charge du roy Loys, lors daulphin, en la journée de Balle, dont ledit conte et Sallezart avoient l'avantgarde. Et est assavoir touchant cest article, ledit conte de Dampraartin, qui estoit de l'avantgarde, logé à deux lyeues de monseigneur le daulphin ^ estoit allé vers luy pour sçavoir quel estoit son bon plaisir qu'il voulloit que on fist contre ceulx de Balle ; et à son retour trouva que les Suisses les allirent assaillir, et en sortirent environ quatre vings. Et à ceste rencontre ledit conte estoit sus ung cheval bayard d'environ vingt escuz d'or, et pour habillement unes brigandines et une simple salade d'archier, car il avoit laissé ses chevaulx et harnois en son logeiz, pour ce qu'il n'eut loisir de soy acoustrer autrement. Et, quant ledit conte vit lesdits Suysses qui commencèrent à escarmoucher, il fist saillir sus eulx vingt et cinq hommes d'armes pour les rompre. Et alors lesdits Suysses se misdrent en bataille, mais lesdits hommes d'armes chassirent lesditz quatre vingtz Suisses et les deffirent. Et le surplus de l'armée desdits Suysses, qui ruoient sur les gens du roy qui estoient auprès de la maladerie dudit Balle, furent par lesdits François tous mors et deffaitz ; et fut prins ung prisonnier par ledit conte, lequel il bailla à garder à ung nommé Gallant la trompette, qui estoit armé tout à blanc parmy l'armée. Iceluy prisonnier, qui estoit Suisse, cuida tirer l'espée dudit Gallant, mais il [l'jen garda bien et la tyra luy mesmes et en tua ledit prisonnier. Aussi devez sçavoir que ung qui avoit la charge de vingt cinq hommes d'armes du conte de Dampmartin, pour ce que bien
de Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. II, p. 21 ; Favre et Lecestre, le Joiivenccl, Préface, t. I, p. lxxxii et passim; Chartier, éd. Vallet, t. II, p. 7).
1. Le dauphin Louis était resté au château de Waltighofen, à 20 kiloruètres à l'ouest de Bâle, tandis que l'avant-garde de son armée, franchissant la Birse, poussait jusqu'à Muttenz et Prattelen, villages situés à l'est de Bâle, dans la vallée du Rhin {le Jouvencel, t. I, Introduction, p. cni et cv, note; cf. Tuetey, les Écorcheurs sous Charles Vil, 1874, in-8°, t. I, p. 217 et suiv.).
ne fit son devoir, ledit conte le fit pendre et estrangler tout armé, réservé son armet*.
Ledit conte de Dampmartin avoit à ladicte journée soubz son enseigne six ou sept vingtz hommes d'armes, sans d'aultres qu'il envoya quérir par vingt de ses archiers, qui estoient à une forte tour près dudit Balle'. Et à ladicte journée y avoit bien six ou sept mille Suysses, dont il. n'en eschapa pas vingt^. Et povoit bien avoir d'aage, ledit conte, environ quarante ans^, et menoient ledit conte de Dampmartin et Sallezart l'avantgarde.
Lesquelz fais cy devant couchés je fuz chargé mettre et incerer par escript, ensemble d'autres charges données audit conte par le roy Loys, lesquelles j'ay mises en escript en ce présent livre, et mesmement depuis ledit advenement, ensemble les services qu'il a faicts au royaulme.
Audit an mil quatre cens soixante et ung fut mené sacrer à Rains Loys, unziesme de ce nom, roy de France et filz dudit bon roy Charles, et fut sacré par l'arcevesque nommé Jouvenel, en la compaignie de plusieurs grans seigneurs de son sang. Et, incontinent après ledit sacre, furent faiz au roy plusieurs faulx et mauvais rappors dudit conte de Dampmartin par aucuns ses ennemys et malveillans, disans que, se le roy le povoit tenir, qu'il feroit menger le cueur de son
t. Après avoir imprudemment passé la Birse, les Suisses se mirent en mesure d'assaillir le gros de l'armée du dauphin, massée sur les hauteurs qui dominent la rive gauche du ruisseau. Chargés par la cavalerie du seigneur de Bueil, ils furent accablés par le nombre et contraints de battre en retraite ; probablement coUpée par le corps du comte de Dammartin, cette bande héroïque s'enferma dans l'enceinte de la maladrerie de Saint-Jacques et s'y ht massacrer {le Jouvencel, I, p. cvm et suiv.; cf. Tuetey, ouvr. cité).
2. Peut-être s'agit-il ici du château de Moenchenstein {le Jouvencel, t. I, p. cv, note).
3. Les calculs les plus sérieux ne permettent pas d'évaluer le nombre des Suisses qui combattirent à Saint-Jacques à plus de 2,000 à 3,000 hommes {Ibid., t. I, p. civ, note).
4. La bataille de Saint -Jacques fut livrée le 26 août 1444. Antoine de Chabannes, né en 1411, avait donc non pas quarante, mais trente-trois ans seulement.
ventre à ses chiens. Desquelz faulx rappors ledit conte fut fort estonné et courroucé en son cueur, et pourpensa dès lors soy évader et s'en aller hors du royaulme, pour éviter la fureur du roy, laquelle n'avoit justement deservie^ Si demanda ses gens et serviteurs, qui de long temps l'avoient servi et auxquelz il avoit fait moult de grans biens, s'ilz estoient délibérez de le servir comme ilz avoient acoustumé et de eulx en aller avec luy hors dudit royaulme, pour éviter ladicte fureur du roy et la haine qu'il avoit à luy ; et la pluspart d'iceulx luy respondirent que non et qu'ilz ne se mettroient point en dangier pour luy, de quoy ledit conte fut fort marry en leur remonstrant les grans biens et honneurs qu'ilz avoient aeuz de luy. Et avoit ledit conte pour lors du roy dernier cent hommes d'armes, et mesraement ung nommé Carville, son varlet de chambre et tailleur, auquel ledit conte demanda ung petit courtault qu'il avoit, qui ne valloit pas cent solz, pour envoyer ung page dehors. Lequel Carville luy respondit telz motz ou semblables : « Monseigneur, si vous me vouliez donner le mullet que Mons. de Nemours vous a donné, je vous bailleray mon courtault et non autrement. » Dont ledit conte eut grand dueil et luy dist : « Ha, Carville, vous ne monstrez pas que vous soyez bon serviteur ne loyal de m'abandonner maintenant en ma grande nécessité et de me refuser si petite chose ; c'est mal recongnu les biens et honneurs qu'avez aeu de moy. »
Cedit mesmes jour, ung nommé Voiaul d'Imonville, qui, pareillement, estoit serviteur dudit conte, s'en estoit allé en la salle du chasteau dudit Mehuu, où gisoit mort ledit feu roy Charles sur ung grant lit de parement couvert d'une couverture de veloux bleu, semée de fleur de liz, qui estoit merveilleusement belle, et y avoit plusieurs torches alumées et grant quantité de cierges, et plusieurs grans seigneurs et dames qui pleuroient et gemissoient ledit feu roy Charles. Et, ainsi que ledit Voyaul s'en retournoit devers sondit maistre, il rencontra en chemin ung nommé Le Tailleur, qui le servoit