‹ JournalChapitre 70 sur 178 · Hérisson, auj. dép. de l'Allier, arr. de Montluçon · texte numérisé non relu

Hérisson, auj. dép. de l'Allier, arr. de Montluçon

Bourbon à Moulins, et estoit jà ledit seneschal despeché et prest de monter à cheval pour autres matières. Lors luy charga monseigneur de Nemours dire de point en point à monseigneur de Bourbon ainsi comme [le] patriarche l'avoit chargé audit de Langhac. Toutesfois laditte entreprinse ne fut point mise en effect, à cause qu'elle sembla trop diâScile à mesditz seigneurs de Bourbon et de Nemours. Et, neantmoins, durant le voyaige dudit seneschal, monseigneur de Nemours envoya devers le roy ledit seigneur de Langhac, pour avoir seureté bonne et vallable du roy pour aller devers luy, par laquelle il requerroit que le roy et les cappitaines estans avec luy jurassent sus la vraye croix qu'il n'auroit empeschement à aller ne à venir ne à séjourner. Laquelle luy fut envoyée; mais, devant qu'il y allast, le patriarche fut vers luy à Montagu, où il fut par cinq jours ou envyron, et lui parla ledit patriarche de la manière dessusditte, en luy disant qu'il estoit facille à exécuter et que derrierre l'ostel du roy avoit ung chemin secret par lequel on pourroit aller seurement jusques audit hostel. Et, par le conseil dudit patriarche, raondit seigneur de Nemours fist assavoir au roy qu'il envoya st devers luy le mareschal de Cominge et monseigneur du Lau pour l'assurer; aultrement n'estoit pas délibéré ne conseillé v aller. Et les demandoit ledit seigneur de Nemours pour cause qu'il estoient les plus fort acompaignez pour lors à l'entour du roy, et couchoit ledit du Lau avec le roy.

Adonc ledit de Cominge et du Lau vindrent à Montagu et jur^ent publicquement en la main dudit patriarche que au voyaige ne seroit riens fait contre ledit de Nemours. Et, au moyen de celle seureté, il alla vers le roy à Molusson avec eulx; et, en allant, parlèrent de plusieurs matières et mesmement de pacifier les divisions, et leur dist qu'il convenoit que le roy, pour demourer en son entier, feist trois choses : c'est assavoir qu'il entretint les seigneurs et leur donnast bonnes et grosses pensions, qu'il mist sus justice et qu'il soulaigast le peuple, ce que lesditz de Cominge et du Lau louèrent assés.

Lors s'en alla monseigneur de Nemours avec les dessusditz à Monlusson devers le roy.

En ce temps, le roy estoit à Saint-Poursain [et] manda monseigneur de Nemours aller par devers luy par saufconduit; auquel lieu luy et le patriarche parlèrent souvent de la devantditte entreprinse. Et dist ledit patriarche à monseigneur de Nemours qu'il avoit gaigné Lancelot de Hancourt, lieutenant du seigneur du Lau ; et aussi luy dist qu'il seroit bon de brûler les pouldres que le roy avoit audit lieu. Toutesfois ne fut pas fait ne conclud * .

Et ainsi le roy estoit à Saint-Poursain. Monseigneur de Bourbon, le conte de Dampmartin et leurs gens s'en allèrent à Ryon, et là arriva le conte d'Armignac bien acompaigné. Et lors le roy mistle siège devant Ryon. Et, durant le temps que le roy estoit devant Ryon, nouvelles luy vindrent que le conte de Charrolois entroit en France à moult grant armée; parquoy il se délibéra de tyrer devers Paris luy et son armée pour illec pourvoier sus le tout de son affaire. Et vous povez entendre que le roy estoit acertené pour vray que ledit conte de Charroloys avec son armée avoit jà passé les rivières de Somme et d'Oyse avec grant compaignye.. .

En ce temps, comme le roy revenoit de Rion, il alla à Aigeperse^, là où le patriarche vint une foys par nuyt au logis de monseigneur de Nemours, que le roy avoit mandé venir par devers luy, et remonstra comment les Bretons estoient desja sus les champs et les Bourguignons aussi, et que le royaulme estoit en dangier d'estre perdu et destruit ; et, puisque ainsi estoit que l'entreprinse et pourparlée de prandre le roy à Molusson estoit rompue et n'avoit été exécutée, il convenoit de faire et penser autre chose. Et luy dist et declaira que ledit lieu de Molusson, ou au chasteau de

1. Ici l'interpolateur a interrompu son extrait de la déposition de Jacques d'Armagnac; il le reprendra après le paragraphe qui suit, pour ne l'abandonner qu'à la fin du récit de la conjuration d'Aigueperse.

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