‹ JournalChapitre 96 sur 178 · Lisez il y · texte numérisé non relu

Lisez il y

est allé rendre au duc de Bourgoigne, vostre maistre), je suis gentilhomme et n'ay riens à garder si chier que mon honneur : il fauldra par la raison que face le semblable cas à ceulx qui luy auront donné congié de me faire ceste honte, ce qui me desplairoit. Et, pour ce, je vous prie que y pourvoyés, ainsi qui vous semblera que en devés faire. Mons. d'Esquerdes, Nostre Seigneur soit garde de vous. Escript à Amyens, le xiiii^ jour de may [1471].

« Le tousjours estant vostre, mon honneur salve, le conte de Dampmartin, grant maistre d'ostel de France, lieutenant du roy à Amyens : « Anthoine de Chabannes. » Et en la subscription : « A Mons. d'Esquerdes. »

Lesquelles lettres furent portées audit seigneur d'Esquerdes, qui estoit au champ dudit duc de Bourgoigne, par ung des serviteurs dudit grant maistre. Lequel seigneur d'Esquerdes, après ce qu'il les eut leues lesdittes lettres, flst venir pardevant luy ledit Saint-Omer pour en sçavoir la vérité ; lequel disoit luy estre deu la somme de deux cens escus par ledit grant maistre pour vente de deux chevaulx, l'un gris et l'autre bayart. Et, après ce que ledit seigneur d'Esquerdes l'eut bien interrogué, si en flst le tout sçavoir audit grant maistre par unes lettres missives, dont la teneur s'ensuyt :

« Mons. le grant maistre, je me recommande à vous. J'ay receu voz lettrez que m'avez envoyées par l'un de voz trompetes, qui, comme j'entends, vous a raporté avoir veu ung pourtraict de voz armes en manière diffamatoire, qu'il dit luy avoir esté monstre par ung nommé Saint-Omer. Et plus vous a esté dit, comme j'ay veu par vozdittes lettres, que Monseigneur le duc luy a donné congié de vous porter deshonore ; et me demandés avoir raison dudit Saint-Omer, que vous dittez à tort et sans cause vous avoir fait ce que dit est.

« Mons. le grant maistre, j'ay pour ces causes mandé incontinant venir vers moy celluy que vous appelles Saint- Omer, et trouvé par ses parolles qu'il vous tient estre vers luy tenu par vostre promesse en la somme de deux cens escus, pour vente de deux chevaulx, que avez donnez, l'un à

Regnaulton et l'autre à Mennyon : ce dont il dit vous avoir fait avertir devant la ville d'Amyens par Parpignan et Vermandois, heraulx, dont il ne scet s'ilz ont fait leur devoir. Et, quant au congié que l'on vous a dit qu'il avoit eu de Monseigneur en ceste partie, il m'a confessé que, dès le vivant de feu Mon s. l'escuier Rosequin, il luy resquist en parler à mondit seigneur le duc, qui luy fist responce que, après les sommations et trêves acousturaées tenir en tel cas, il estoit content qu'il y fust procédé par toutes voyes deues et raisonnables. Et, au regard de la raison que sur ce demandez avoir dudit Saint-Omer, je l'ay fait venir pour la vous faire telle que je verroyeau cas appartenir, et y besogneray pour vous comme je vouldroie que feissez pour moy en cas semblable. Et devez croyre que aucun accord se fist si legierement par deçà soubz le donné à entendre de partie, au desbonneur de nul. Mons. le grant maistre, je prie Nostre Seigneur qu'il soit garde de vous. Escript au cbamp de Mons. le duc, le iiii"' jour de may. Et au dessoubz : « Le tout vostre Pbelippez de Crevecuer. » Et en la suscripcion desdittez lettres : « A Mons. le conte de Dampmartin, grant maistre d'ostel de France, lieutenant du roy à Amyens. »

LXX. — (Clair. 481, fol. 274, 1. 27. Chron. scand., t. I, p. 256.) — La ville d'Amiens. De laquelle trêve estoit conservateur Antboine de Chabannes, conte de Dampmartin, grand maistre d'ostel de France, qui avoit esté constitué par lesditz seigneurs lieutenant gênerai en laditte viUe d'Amyens, comme povoit apparoir par lettres patentes du roy à luy envoyées, donnéez à Fontaines, le x® jour d'avril, l'an mil IIIF LXX, es présences de maistre Jehan de la Drisque, président des Comptes, et autres presens. Et signé : « des Moulins. »

LXXI. —(Clair. 481, fol. 275, 1. 13. Chron. scand., t. I, p. 257.) — Bons prisonniers. Et y estoit pour lors le conte Daulphin, lieutenant gênerai, avec Mons. le mareschal de Gominge, le seneschal de Beaucaire, tous trois lieutenans du roy. Lesquelz lieutenans et capitaines, en exerçant leurs

charges et commissions, se maintindrent si vaillaument qu'ilz furent cause de gaigner la journée de Buci à l'onneur du roy et au desavantaige de leurs ennemys, jaçoit ce que les Bourguignons eussent une bonne et grant armée, qui fut par eulx mal exploictée ; et, par lesdits lieutenans, capitaines et gens du roy, y furent gaignez de beaux et grans butins et y prindrent de bons, gros et riches prisonniers.

LXXIL — (Clair. 481, fol. 276, 1. 5. Chron. scand., t. I, p. 258.) — Contre ledit Henry, lequel avoit espousé la seur du duc de Bourgoigne^ qui estoit assés mescienne^ et non chaste, tant durant sondit mariage que depuis.

LXXm. — (Clair. 481, fol. 276, 1. 20. Chron. scand., t. I, p. 259.) — Que autrement. Et y fut navré ledit prince de Galles, qui fut moult grant pitié, car il estoit beau jeune prince, très hardi et vaillant chevalier, lequel fut amené pardevers ledit Eduart, qui luy demanda qui le mouvoit de venir en Angleterre. Et il luy fist responce qu'il y povoit bien venir pour ce que c'estoit son roj^aulme. Et, après ces parolles dittes, le fist en sa présence tuer.

LXXIV. — (Clair. 481, fol. 278, 1. 14. Chron. scand., t. I, p. 262.) — Son vray héritier, mais nonobstant fut contraint de ronger son frain et piller pacience^.

LXXV. — (Clair. 481, fol. 278, 1. 26. Chron. scand., t. I, p. 262.) — Et ailleurs. Audit temps, ung mareschal nommé Vuillenbourte, de la ville d'Amyens, fut condampné par la justice faire amende honnorable, c'est assavoir de comparoir pardevant Mons. le grant maistre de France, conte de Dampmartin, ou en son absence devant Mons. de Gaucourt, ledit mareschal estant en chemise, tenant ung cierge en sa main, en desdisant aucunes parolles injurieuses contre

1. C'est là une erreur : le roi d'Angleterre Henri VI avait épousé Marguerite d'Anjou, fille du roi René.

2. De mauvaise vie (Godefroy, Dict. de l'anc. langue française, au mot meschin).

Page 1