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XXXIV NOTICE

tiers dans la vertu, mais qui souvent aussi s'élance au delà et la dépasse : il est même rare qu'il lui appartienne en entier au

moment où il éclate ; ce n'est qu'au souille de la passion qu'il livre tous ses parfums.

Gardant toutes ses délicatesses de cœur, ses empreintes de nature champêtre et de paysage qu'il ravivait de temps en temps par des voyages rapides, Guérin, partagé désormais entre deux cultes, le Dieu des cités et celui des déserts, était le mieux préparé à aborder l'art, à combiner et à oser une œuvre. Il continuait, il est vrai, d'écrire dans son Journal qu'il ne se croyait pas de talent; il se le démontrait de son mieux dans des pages subtiles et charmantes, et qui prouvaient ce talent même. Mais quand il se risquait à dire ces choses à ses amis, gens d'esprit, gens du métier, de spirituel entrain et de verve, à d'Aurevilly, à Scudo , à Amédée Renée1 et quelques autres, il était impitoyablement raillé et tancé, et, ce qui vaut mieux, il était rassuré contre lui-même; il leur empruntait, à son insu, de leur mouvement et de leur intrépidité. Et c'est ainsi qu'il entra un jour dans toute sa puissance. L'idée du Centaure lui vint à la suite de plusieurs visites qu'il avait faites avec M. Trebutien au Musée des Antiques. Il lisait alors Pausanias, et s'émerveillait de la multitude d'objets décrits par l'antiquaire grec : « La Grèce, disait-il, était comme un grand Musée. » — Nous assistons aux deux ordres, aux deux suites d'idées qui se rencontrèrent et se rejoignirent en lui dans une alliance féconde.

Le Centaure n'est nullement un pastiche de Ballanche ; c'est une conception originale et propre à Guérin. On a vu comment il aimait à se répandre et presque à se ramifier dans la nature ; il était, à de certains moments, comme ces plantes voyageuses dont les racines flottent à la surface des eaux, au gré des mers.

1. Dans le recueil de vers publié par M. Amédée Renée en 1841, sous le titre à' Heures de Poésie, il y a une belle pièce consacrée à la Mémoire de Maurice de Guérin; sa nature de poète y est très-bien caractérisée; il y est appelé malade d'infini.

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Il ii exprimé en mainte occasion cette sensation diffuse, errante; il \ avail «les joins où, dans son amour du calme, il enviail « la vie forte el muette qui règne bous récorce chênes; » il rêvait à je ne sais quelle métamorphose en arbre : mais cette destinée de vieillard, cette Su digne de Philëmon el de Baucis, et bonne toul au plus pour la sagesse d'un Laprade, jurait avec la Béve ardente, impétueuse d'un jeune cœur. Guérin doue avait cherché jusqu'alors su Forme h ne l'avait pas trouvée : elle se révéla tout d'un coup à lui et se personnifia sous la figure du Centaure. Ces grandes organisations primitives auxquelles ne croyait pas Lucrèce et auxquelles Guérit! nous t'ait presque croire; en qui le génie de l'homme s'alliait à la puissance animale encore indomptée et ne faisait qu'un avec elle; par qui la nature, à peine émergée des eaux, était parcourue, possédée ou du moins embrasée dans des courses effrénées, interminables, lui parurent mériter un sculpteur, et aussi un auditeur capable d'en redire le mystère. 11 supposa le dernier des Centaures interrogé au haut d'un mont, au bord de son antre, et racontant dans sa mélancolique vieillesse les plaisirs de ses jeunes ans à un mortel curieux, à ce diminutif de Centaure qu'on appelle homme; car l'homme, à le prendre dans celte perspective fabuleuse grandiose, ne serait qu'un Centaure dégradé et mis à pied. Rien n'est puissant comme ce rêve de quelques pages; rien n'est plus accompli et plus classique d'exécution.

Guérin rêvait plus ; ce n'était là qu'un début; il avait aussi fait une Bacchante qui ne s'est point retrouvée, fragment anticipé de je ne sais quel poème en prose dont le sujet était Bacchus dans l'Inde; il méditait un Hermaphrodite. La Galerie des Antiques lui offrait ainsi des moules où il allait verser désormais et fixer sous des formes sévères ou attendries toutes ses sensations rassemblées des bruyères et des grèves. Une première phase s'ouvrait pour son talent. Mais l'artiste, en présence de son temple idéal, ne fit que la statue du seuil; il devait

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