Il y a une lacune dans le manuscrit : un feuillet manque
DE m \ i i; i c r. DE OU r. R !
belles âmes font de moi» On dit qu'au jugement dernier le secret des consciences sera révélé à tout l'univers : je voudrais qu'il en fût ainsi de moi dès aujourd'hui et que la vue de mon âme fût ouvert
tous venants.
Le 20 avril. — 0 mon cahier, tu n'es pas pour moi un amas de papier, quelque chose d'insensible, d'inanimé; non, tu es vivant, tu as une âme, une intelligence, de l'amour, de la bonté, de la compassion, de la patience, de la charité, de la sympathie pure et inaltérable. Tu es pour moi ce que je n'ai pas trouvé parmi les hommes, cet être tendre et dévoué qui s'attache à une âme faible et maladive, qui l'enveloppe de son affection, qui seul comprend son langage, devine son cœur, compatit à ses tristesses, s'enivre de ses joies, la fait reposer sur son sein ou s'incline par moments sur elle pour se reposer à son tour; car c'est donner une grande consolation à celui que l'on aime que de s'appuyer sur lui pour prendre du sommeil ou du repos. Il me faut, à moi, un amour comme celui-là, un amour de compassion. Je n'ai rien qui puisse m'en susciter un comme on en voit tant dans le monde, un amour d'égal à égal, un amour d'âmes pareilles, d'âmes qui vont l'une vers l'autre, parce qu'elles se sont vues réciproquement grandes et belles, comme deux étoiles qui, s'étant aperçues des deux bouts du ciel, iraient se rejoindre à travers l'espace. Pour être aimé, tel que je suis, il
faudrait qu'il se rencontrât une âme qui voulût bien s'incliner vers son inférieure, une âme forte qui pliât le genou devant la plus faible, non pour l'adorer, mais pour la servir, la consoler, la garder, comme on fait pour un malade; une âme enfin douée d'une sensibilité humble autant que profonde, qui se dépouillât assez de l'orgueil si naturel même à l'amour, pour ensevelir son cœur dans une affection obscure, à laquelle le monde ne comprendrait rien, pour consacrer sa vie à un être débile, languissant et tout intérieur, pour se résoudre à concentrer tous ses rayons sur une fleur sans éclat, chétive et toujours tremblante, qui lui rendrait bien de ces parfums dont la douceur charme et pénètre, mais jamais de ceux qui enivrent et exaltent jusqu'à l'heureuse folie du ravissement.
Le 1er mai. — Toujours à charge, toujours contraint d'emprunter mon existence. Les lèvres de l'enfant qui vient de naître ont assez d'énergie pour sucer la mamelle, et moi, au plus fort de la jeunesse, je n'ai pas assez de vigueur pour gagner ma subsistance, pour pomper un peu de vie.
Le 7. — Pluie douce. — Il n'y avait pas un souffle dans l'air. La pluie tombait paisiblement avec une monotonie qui ne manquait pas de charme. La feuillée s'inclinait sous l'eau du ciel, et chaque goutte, en frappant les feuilles, leur imprimait une petite oscil-