Froissait. (Ncte du manuscrit
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chant des mystères dans les choses les plus limpidi tant il est friand du plaisir de deviner? Je suis sur que vous soulèverez le sens naturel de mon discours,
et que vous vous imaginerez avoir surpris dessous un sens malin qui se tiendrait tapi sous nies phrases, qui ne respirent que les douces images du printemps, comme un serpent sous les fleurs. Je ne redoute pas, il est vrai, que vous y découvriez aucune allusion politique ; je vous connais trop solitaire et vous tenant trop à l'écart de ces choses-là, pour que cette pensée vous tombe dans l'esprit. Mais , si vous détournez vos yeux de l'arène politique, vous les tenez arrêtés sur le noble champ clos des doctrines littéraires. Or, depuis peu, le combat s'est réchauffé, le bruit de la mêlée a retenti au loin, et vous pourrez supposer que, spectateur passionné de la lutte, je m'amuse à envelopper le parti auquel je veux du mal de subtiles et moqueuses allégories. Je dois vous prévenir que cette interprétation, et toute autre semblable donnée à mon idylle sur le printemps précoce, tombe pleinement à faux; que mon idylle ne voile point une satire, et que, si elle vous semble le moins du monde rieuse et pensant à mal, ce sera vous qui aurez soufflé votre malice à cette innocente. Je le répète , elle ne vient vous entretenir que des choses de la nature : et quoi de plus simple? Pensez que jamais rayon n'a pénétré directement dans la chambre que j'habite; je n'en reçois que par répercussion. Vers midi, le soleil frappe les vitres d'une mansarde, qui me renvoient
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quelques pâles reflets, sans gaieté et sans chaleur, comme ceux d'une lampe; et encore cette lueur languissante et vague s'évanouit-elle au bout d'un quart d'heure. Voilà le jour qui réjouit mes yeux accoutumés aux larges et libérales effusions de lumière du ciel du Midi. Une cour étroite et sombre, où pas un brin d'herbe croissant dans les fentes du pavé, pas un pot de fleurs aux croisées n'attire mes regards et ne leur rit, voilà, en fait d'horizon, où j'en suis réduit, moi qui tant de fois ai gravi sur vos pas vos falaises, vos dunes, vos roches marines, d'où nos yeux embrassaient la divine étendue des mers, les merveilleuses dentelures de vos côtes et vos campagnes toutes verdoyantes de blé et de lin. Et, tombé de ces belles cimes dans un réduit qui donne à peine accès au jour, je ne tenterais pas de faire revivre tant de charmes dans les ardeurs de l'imagination, et je vous entretiendrais d'autres sujets que de vousmême et de votre désert ! Et vous, malin solitaire, vous envenimeriez ces doux et innocents souvenirs, et trouveriez je ne sais quel apologue dans ces images de la nature parmi lesquelles je me complais ! Mais, comme j'ai toute raison de croire que vous ne m'écouterez pas, et que vous n'en irez pas moins votre train vers le sens figuré, voyons si, à toute force, la malice peut tirer quelque parti de mon printemps précoce, et à quelle allusion il peut être tourné.
Épris que vous êtes des choses littéraires , et tout attentif au différend qui s'est ému, il y a peu de
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jouis, entre nos écrivains, je &iwi que la littérature facile ne tardera pas avoua venir en pensée, que vous croirez alors tenir le fil, et qu'avec ce fil vous vous enfoncerez dans le labyrinthe de mon allégorie prétendue, espérant en revenir, votre malice satisfaite et triomphante. Je conviens que l'imagination peut aller, sans faire trop de chemin, des bourgeons qui s'épanouissent prématurément, sur la foi d'un soleil d'hiver bien luisant, à cette jeune littérature qui s'est couverte de fleurs avant le temps et s'est exposée si naïvement à ces retours de gelée que je prédis à vos vergers et à vos bois. Mais, mon ami, vous que la vue d'un amandier fleuri réjouit tant, vous piqueriez-vous de sévérité envers ces âmes qui se sont ouvertes au grand jour et ont déployé leurs, trésors avec une foi si touchante aux faveurs du ciel? Prenez-vous-en plutôt au soleil du siècle, qui était ardent, à cette atmosphère chargée d'une chaleur funeste qui a précipité tous les développements, et réduira peut-être à quelques épis la moisson de notre âge.
Et les arbres dont les fleurs ne font que naître et mourir, et ceux qui portent des fruits arides qu'on ne cueille pas ou qu'on rejette après les avoir cueillis, oh ! sans peine encore vous y verrez les emblèmes de tant d'auteurs dont le nom a paru une fois et a disparu pour toujours; de tant d'auteurs dont les livres mal venus auprès des uns, les hommes graves, bien venus auprès des autres, les chercheurs de nouveau-
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tés et les grands liseurs de romans, comblent de choses vaines ces âmes vaines, et puis, souvent, de leurs mains relâchées par ce sommeil qui vient de la lourde satiété, tombent dans le puits de l'oubli.
Voulez-vous que les arbres dont s'éloignent les voyageurs, les jeunes filles et les oiseaux, figurent ces livres renommés et si dignes de l'être comme œuvres d'art, mais qui ne renferment pas un grain de cette manne cachée, pas une de ces douces et bienfaisantes pensées qui nourrissent les âmes et les remettent de leurs fatigues; ces livres que des mains virginales n'oseraient feuilleter, et qui mettent en fuite tout ce qu'il y a de jeune et d'innocent, chose à mourir de honte et de douleur! voulez-vous tout cela? Je m'y prête de bonne grâce, d'autant plus qu'en vérité mes paroles rendent ce sens comme si je l'y avais réellement caché ! iVussi ne vous suivrai-je pas plus loin dans la marche de vos malicieuses recherches, assuré que je suis que mon texte ne souffrira pas trop de violence de votre part, et que vous poursuivrez, et jusqu'à la fin, sans vous fourvoyer.
Quelles conclusions tirerez - vous de tout ceci? D'abord, que je veux décidément entrer en lice, et que je prépare en secret mon char, ma lance et mon courroux. Mais, mon ami, mes inclinations paisibles vous sont donc inconnues, et encore plus sans doutela faiblesse de mon bras et la mollesse de mon courage? Moi, combattre! mais songez donc que le moindre tumulte m'effarouche et me met en déroute,
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comme la fuyante proie, et que mes Forces suflisenl à peine à me tirer du danger : commenl pourraientelles m'y porter?
En second lieu, vous jugerez que j<1 nourris de
l'aversion pour la jeune École et que j'appelle du
fond du cœur une restauration classique. M. Nisard,
sans doute, ne veut pas que la jeune Kcole périsse, mais qu'elle corrige ses voies; c'est dans cette croyance, et, j'oserai le dire, à cette condition, que je forme des vœux ardents pour le succès de la campagne qu'il vient d'ouvrir. La foi catholique ne souffrirait pas qu'il y eut clans mon cœur une sympathie entière pour une littérature sceptique ou fataliste qui tient si peu de compte de la morale. Mais cette même foi m'y rallie par certains points; car cette jeune École, si folle et si désordonnée, n'est-elle pas une échappée de notre bercail?
Non, mon ami, je ne suis épris d'aucun courroux ; je gémis seulement à l'écart des égarements de cette littérature qui a oublié la maison et les enseignements de son père, et s'est perdue si tristement, que le dernier et le plus terrible roman à faire, dans le goût des siens, serait celui qui raconterait son histoire. Parmi ces gémissements, il m'est venu quelques réflexions sur la cause du mal et les moyens d'y remédier; c'est ce que je voulais vous annoncer dans cette lettre toute décousue, dans laquelle je vous prie de ne voir qu'un prélude assez bizarre de mon imagination qui va toujours errant de vos côtés.
AU MEME
Paris, 28 février 1834.
Mon cher Hippolyte,
Quelle douce chose qu'une lettre d'ami et quel parfum s'échappe des plis de ce papier sur lequel une âme chérie s'est répandue! Oh! comme je l'ai délicieusement éprouvé le jour où, retiré clans ma petite chambre solitaire , assis au coin de mon feu , j'ai, dans la joie de mon âme, fait partir le cachet de votre lettre et livré cette douce pâture à mes yeux, qui tantôt allaient dévorant les lignes avec une extrême rapidité, avides et impatients qu'ils étaient, tantôt, plus sages et ménageant mieux le plaisir, n'avançaient plus qu'avec cette lenteur que l'on met à savourer un bonheur dont on est le maître, et dont on voudrait comme éterniser la durée en n'en prenant que par miettes.
Ce fut dans ma cellule, car c'est une cellule que ma chambre par sa petitesse et le silence qui l'enveloppe; ce fut, dis-je, une fête incroyable, mais une de ces fêtes muettes et intimes qui se passent au fond du cœur, dont l'éclat est tout intérieur et dont on ne peut se douter qu'au rayonnement doux et serein des yeux et du visage illuminé du dedans. Mais, après ce bonheur, quel est le plus grand? C'est