‹ Journal militaire de Nicolas Renaud d'Avène des Méloizes, 1756- 1759. --Chapitre 2 sur 4 · HP A · texte numérisé non relu

HP A

JOURNAL MILITAIRE TENU PAR NICOLAS RENAUD D’AVÈNE DES MÉLOIZES, Cr« seigneur DE NEUVILLE AU CANADA, DU 19 JUILLET 1756 AU 30 OCTOBRE DE LA MÊME ANNÉE

Campagne de 1756

Je suis party de Québec le 20 Mars pour conduire à Montréal un détachement de 350 miliciens — Comme il en devoit monter beaucoup et que le nombre des officiers était très petit M^ de Vaudreuil me renvoya pour en chercher un autre.

Je partis cette seconde fois le 19 Avril avec deux cens hommes miliciens pour Montréal où j’ai séjourné quelques tems, devant partir pour Carillon de jour à autre, mais M'' de Vaudreuil aïant appris par le 1er vaisseau qu’il luy venoit de france beaucoup de recrües, il me donna ordre de me rendre à Québec ainsi qu’à quelqu’autres officiers. Il n’en restoit plus du tout dans cette ville. Les vents de Sud oëst ont prolongé beaucoup mon séjour en cet endroit, parcequ’il empêchoit l’arrivée des soldats que je devois conduire et je ne suis party pour Carillon que le 19 juillet.

Partis de Québec le 19 juillet à midy sur la fin de la mer montante avec un détachement de 200 soldats recrues pour Frédéric, arrêté à la Rivière du Cap Rouge ou je perdis le nommé François Lecler dit Luzard soldat de la comp'e de S^ Luc- La-Come, qui se noya en se baignant. Partis du dit endroit à 9 heures du soir, arrivés à Neuville à une heure après minuit à la fin de la marée.

Mardi 20 juillet — Partis à 10 heures au commencement du flot, arrivés à Lotbinière à 4 heures après midy où je campay. Il plut presque tout le jour.

Mercredy 21 — Partis à 3 heures du matin, arrivés au Cap à l’arbre à 4 heures après midy où je fis l’appel de mon monde. Le nommé Pierre Javergea dit La feuillade, soldat de Daunis manquoit; je fis camper pour l’attendre.

Jeudy 22 — J’attendis jusqu’à huit heures du matin le soldat qui manquoit la veille. Il ne rejoignit pas ce qui me fit juger qu’il étoit égaré ou déserté. Comme il devoit passer un détaché après moy, commandé par M"" de Bayeul, j’espérai que cet homme embarqueroit avec, s’il pouvoit le retrouver et je partis. Arrivés au Cap La MagdeP à 5 heures du soir où je campay.

Vendredy 23 — Partis à 3 heures du matin pour me rendre aux Trois rivières prendre les vivres nécessaires pour me rendre à Chambly.

Partis des 3 rivières à 9 heures du matin, arrivés à la rivière au Loup à six heures du soir où je campay.

Samedy 24 — Partis à 5 heures du matin, arrivés à Berthier à neuf heures d’où je dépêchai un courrier à M^ le Général de la Nouvelle france luy donnant avis du jour que je pourrois arriver à St Jean afin qu’il m’envoya ses ordres en cet endroit.

Des habitans de Berthier me dirent que M^ de Moncalm étoit parti avec un corps de troupes pour faire le siège de Chouaguen.

Partis de Berthier à dix heures pour traverser à la rivière de Chambly dans laquelle j’entré à midy, je campai à 5 heures à 5 lieues de l’embouchure de lad® rivière.

Dimanche 25 — Partis à 5 heures du matin, arrivés à l’entrée du bassin de Chambly à 5 heures du soir où je campay sachant que le détachement commandé par Mr Brouillon n’était point encore parti de cet endroit.

Lundy 26 — Partis à 6 heures du matin, arrivés à Chambly à 7 heures du soir où je trouvai encore le détachement de Brouillon qui partit à une heure après midy, pour lor je me mis en devoir de faire passer mes batteaux au bout du portage Beaucour.

Mardy 27 — Mes batteaux passés, je partis avec ma troupe et arrivés à 7 heures du soir à Ste Thérèse où je campay. N’ayant par batteaux que deux bateliers, je leur dis de se mettre plusieurs ensemble pour monter le rapide, ce qui allongea beaucoup la besogne. Il plut ce jour toute la matinée.

Mercredy 28 — Tous mes batteaux arrivés, je partis à 4 heures après midy pour me rendre à S* Jean où j’arrivai à huit heures du soir. Je reçu l’ordre de de Vaudreuil de continuer ma route jusqu’au fort de Carillon et de joindre à mon détaché celuy de Brouillon de 160 hommes et 8 batteaux. Il plut encore presque toute la matinée.

Jeudy 29 — Je fis équiper les deux détaché et leur fis prendre les vivres, après quoy je partis à 3 heures après midy et vins camper chez boileau pour y attendre 35 batteaux de charges conduits par Bleury, père, que je devois escorter.

Vendredy 30 — Il plut tout le jour, nous restâmes campés — Les batteaux de transports n’arrivèrent que le soir.

Samedy 31 — La pluye a duré toute la nuit et une partie de la matinée. Nous partîmes à 5 heures du matin. Ail heures halte, à midy nous marchâmes. Nous eûmes un très petit aire de Nordest jusqu’à 3 heures. A 5 heures nous campâmes à la pointe Squenonton, au nord du lac, pour donner le tems à l’arrière garde de joindre avant la nuit.

Dimanche 1er Aoust— Nous partîmes de la pointe Squenonton à 5 heures du matin d’un petit aire de nordest. Nous rencontrâmes par le travers des Iles des quatrevents trois batteaux partis de Carillon pour faire la découverte et briser quelques batteaux perdus le long de la côte, afin que les ennemis n’en tirassent aucun avantage. Nous campâmes à 6 heures du soir à l’Ile aux Boiteux — Les batteaux de transports continuèrent leur route et arrivèrent de nuit à St Frédéric.

Mr Duplessis Fabert m’apprit l’accident le plus funeste; il me dit que de Contrecœur fils s’étoit tué. Il étoit appuyé sur son fusil qui partit en son repos et luy passa à travers le corps, il n’a vécu qu’une heure après ce coup.

Lundy 2e— Nous partîmes de l’ile aux Boiteux à 5 heures du matin. A huit heures K j’arrêtai à une pointe vis à vis le fort St Frédéric pour le dejeuner et attendre les derniers batteaux. Nous en partîmes à dix heures pour nous rendre à Carillon où nous rendîmes à 7 heures du soir et nous fîmes deux haltes avant d’y arriver. La chaleur étoit si grande qu’à peine nos soldats pouvoient ramer.

J’appris à mon arrivée qu’on n’avoit aucune nouvelle de l’armée angloise qui avoit été assemblée à Orange. Qu’on n’estimoit pas au dessus de 7 à 800 hommes de garnison au fort William Henry. Je sçu aussi que Mt de Villemonde étoit party depuis quelques jours avec 230 hommes pour aller sur les chemins de communication des ennemis. Son retour nous instruira sans doute de leur démarche.

Il y a icy une quantité prodigieuse de malades tant de scorbut qu’autre.

ARCHIVES DE QUÉBEC

Mardy 3 d’Aoust— Mr de Bleury partit de ce camp avec le reste des batteaux de transports dont une grande partie étoit partie de la veille pour 1 aller attendre à S* Frédéric.

Les patrons des batteaux qui avoient porté mon détachement, partirent aussy ce jour et j’écrivis à Qxiébec par eux.

Il arriva sur les cinq heures du soir un petit party sauvage qui avoit fait une chevelure et deux prisonniers. Il leur en étoit réchapé deux ou trois. Le rapport des prisonniers n’a point encore transpiré.

Il tomba de la pluye sur les six heures du soir avec du tonnère. Cet orage n’eut pas de suitte.

Mercredy 4 Aoust— Il arriva 120 miliciens de Montréal sous la conduite de Mr Charly et deux autres officiers (1). Il nous apprit la réduction de Port-Maon, et la prise d’une de nos frégates l’Arc-en-ciel, qui alloit à l’Ile Royale.

Mr de Villemon de Beaujeu arriva vers les midy avec sept prisoniers dont un officier de milice et une chevelure. Je n’ai pu sçavoir au juste le rapport des prison-

niers. . .

J’ai appris indirectement qu’ils rapportoient que les Anglois avoient dix bataillons à Orange, qu’ils construisoient un nouveau fort entre Lydius et William Henry, et qu’ils dévoient en faire un autre au fond de la Baye, que leur projet étoit toujours de venir à Carillon. Ils paroissoient ignorer notre entreprise sur Chouaguen. Les vivres ne sont pas abondantes à beaucoup près chez l’ennemi.

Le détacht de Mr Charly a passé tout droit au portage.

Les prisonniers ont aussi dit qu’il avoit paru des vaisseaux françois sur la côte de Boston et que les Anglois faisoient marcher leurs troupes de ce côté là.

Jeudy 5 aoust— Départ de 60 soldats pour le portage. Les sauvages du détaclV de Mr Beaujeu sont presque tous partis pour Montréal.

J’ai sçu depuis hier que les prisoniers avoient répondu lorsqu’on leur avoit demandé si les Anglois sçavoient l’entreprise de Chouaguen qu’ils s’en embarassoient peu, qu’ils avoient laissé 1500 hommes de garnison dans ce fort avec les munitions nécessaires pour se deffendre, qu’ils n’y envoiroient sûrement point d’autres secours et qu’ils poursuivroient leur projet pour cette partie.

Vendredy 6 — Rien de nouveau, nous eûmes du tonnerre l 'après midy sans pluye ou très peu. La chaleur fut extrême.

Samedi, 7— Départ de M>- Dusablé avec quatorze sauvages iroquois pour la découverte, il arriva l’après-midy deux canots de sauvages iroquois, c’est à dire 17 de Montréal ainsi qu’un détachement de 300 et tant d’hommes sous la conduite de M’’ Varennes et 3 autres officiers. Il arriva en outre 50 soldats de Roussillon et

quelques volontaires.

Dimanche 8— On me dit qu’un canot parti du portage pour faire la découverte accoutumée dans le lac Sacrement avoit entendu hier plusieurs coups de canon tirés du fort William Henry. On pense que c’est le général anglois qui y arnvoit. Le même canot a vu des feux dans le lac St Sacrement. La grande garde de ce camp crut entendre hier au soir à 7h34 trois coups de canon tirés de St Frédéric, il fault que ce n’en soit pas; M^ de Lusignan commandt de ce fort auroit sans doute envoyé ce jour s’il y eut quelque chose de nouveau.

(Ij En marge est écrit : faux.

Il courroit ce matin un bruit au camp sans aucun fondement que Chouaguen avoit été attaqué le deux et qu’il étoit pris le 7. C’est un sauvage qui dit-on a jonglé.

Lundy 9 aoust — de La Colombière cape revint de Frédéric où il avoit été l’avant veille et nous dit qu’il avoit été tué quatorze chevaux qui paissoient dans les bois au tour du fort. Le party ennemi ne paroit pas avoir rien fait de plus. On me dit qu’il devoit partir demain une découverte du portage pour sçavoir ce qu’il y a à ces feux qui ont été aperçus. M*" le Ch*’’ de Lévis a visité les environs du camp.

Mardy 10 — Mr Bleury arriva icy avec 31 batteaux de transport. M'’ de Sabrevois reçut une lettre du 2 Aoust où on luy marquoit que le Riment de Lassard et le détach*^ commandé par de Rigaud avoit joint M*' de Villiers, que deux déserteurs du fort Chouaguen avoient dit qu’il n’y avoit dans les deux forts que 900 hommes, c’est à dire 600 dans l’ancien fort et 300 dans le nouveau, que la garnison étoit très mal disposé et qu’à peine le nombre des bons pouvoit suffire pour contenir les mal intentionnés, qu’ils pensoient qu’au premier coup de canon ce fort seroit obligé de se rendre, qu’on pouvoit les pendre si ce qu’ils disoient n’étoit pas vray.

Un de nos ingénieurs rend compte à de Vaudreuil du mauvais état où il trouva ce fort, il marque que le bois est encore assez près du fort pour pouvoir y établir une batterie d’où on pourra battre en brèche.

Mr de Moncalm avec le reste de l’armée devoit partir le 4 ou le 5 de Frontenac pour se rendre à Chouaguen.

La même lettre dit aussi que les Iroquois des cinq nations sont à Montréal, qu’il doit y avoir le lendemain un conseil, mais qu’on ne sçait encore rien de ce qu’ils ont à dire.

Il est arrivé dans les batteaux de transport un soldat de la Compie de Lusignan lequel, parti de Montréal, avoit marché toute la nuit pour pouvoir embarquer sur les batteaux qui doivent partir le lendemain de grand matin. Ce soldat dit qu’à son départ de Montréal le bruit courrant étoit qu’un courier du Camp de Chouaguen apprenoit que Mr de Moncalm, à son arrivée à ce camp, avoit trouvé la tranchée ouverte, que le fort luy avoit déjà demandé à capituler, mais que les sauvages avoient dit à M^ de Moncalm qu’ils luy répondroient qu’il ne seroit point interrompu dans son siège, qu’ainsi il ne falloit pas renvoyer ces gens là chez eux qui indubitablement reviendroient l’année prochaine nous faire la guerre et qu’il falloit les tuer ou les prendre, qu’a lors on ne les craindroit point pour l’avenir. Quoique ce soldat assure l’avoir entendu dire par personnes dignes de foy, sa narration cependant parroit un peu appocryphe.

La découverte faite dans le lac Sacrement n’a vu aucun indice des feux ni établissement dont on avoit parlé ces derniers jours

Mr d’Hert parti le matin pour S‘ Frédéric arriva le soir. Le nombre des malades qui sont àe Frédéric est de 300 juste de tous les différens corps. Il y en a icy 50 à l’hôpital.

M'' le Cher de Lévis a été visiter les environs de ce camp comme il l’a fait

hier.

Mercredy 11 Aoust — Les batteaux de transports sont partis à 5 heures du matin pour retourner à Jean. Mr de Vincent, cap^ de nos troupes s’est embarqué, ne pouvant guérir icy d’une fièbvre continue qui le minoit.

Il est aussi parti un lieutenant de Roussillon qui s’en retourne en france.

ARCHIVES DE QUÉBEC

J’ai écrit par ces batteaux.

Nous eûmes un exprès sur les cinq heures du soir de M'' le Ch®'’ de La Corne qui nous apprit qu’un party ennemi avoit levé la chevelure à deux de nos soldats qui pêchoient. Un troisième fut blessé au bras, les ennemis n’osèrent le venir achever. Ce soldat assure que ce sont des sauvages. Comme ce coup se passa très près du camp et qu’il fut entendu, de La Corne envoya sur le champ 17 Iroquois arrivés icy du 7 et plusieurs françois sur leur piste, mais après les avoir suivis un peu, les sauvages ne jugèrent pas à propos d’aller plus loing.

Ils disent pour leur raison que l’ennemû avoit gagné les montagnes et qu’il ne seroit pas possible de les joindre. On pense que c est un casse tête qu ils ont trouvé qui les a empêché de poursuivre parceque sans doute ils auront connu que c étoit quelqu’un qui les interressoit.

Le Ch®'- de La Corne devoit faire partir dès le soir même 12 Iroquois et trente françois. On espère qu’ils pourront se saisir de ce party; s’ils le veulent, ils pourront s’embusquer près du fort William Henry et attendre que ce party y arrive.

On fit partir à 10 heures du soir de ce camp soixante soldats de terre et de la marine, 30 de chaque espèce, pour aller aux deux rochers attendre le party ennemi au cas qu’il retourne par là. Il y avoit 4 officiers à la tête de ce détachement dont un ens® de terre.

Les signaux se répétèrent à huit heures du soir pour sçavoir si on les entendoit bien distinctement.

Jeudy 12 aoust — Les soixante soldats partis hier au soir revinrent à neuf heures du matin n’aîant aperçu aux deux Rochers aucuns vestiges que l’ennemi eut passé par là.

Il s’alluma dans les bois au tour du fort un feu terrible. Il s’en alluma aussi un

assez près du fort qu’on éteignit bien vite.

La pluye commença sur les 8 à neuf heures du soir et dûra presque toute la

nuit par interval.

Vendredy 13 — On vint chercher les vivres du poste de M*" le Ch®'" de La Corne. Nous apprîmes que les sauvages n’avoient point voulu partir pour la découverte, ils sont même tous revenus à ce camp excepté 4 ou 5 qui sont restés au portage. Un d’eux nous donna une alerte à une heure après inidy. Il dit avoir vu aux environs des grandes gardes des sauvages aniers sur lesquels il avoit tiré. Les piquets marchèrent, on tira les coups de canon de signaux— La nouvelle se trouva entièrement fausse.

Samedi 14 aoust— Rien de nouveau.

Dimanche 15 — Fête de l’Assomption de la V. M. On arbora le pavillon du fort pour la Ir® fois qui fut assuré de quatre coups de canon qui en même temps servirent aux répétitions des signaux. Rien de nouveau d’ailleurs.

Lundy 16— M'' le Cher de Lévis alla reconnoitre la montagne vis à vis du fort Carillon. Mr de Fombrune m’a dit que non seulement on voioit dans le fort, mais même au delà. J’ignore le motif de cette découverte.

Mr de Bayeul arriva vers les deux heures après midy avec un détachement de 145 soldats de recrües pour les troupes détachées de la Marine. Il n’y avoit a Québec

rien de nouveau quand il en est parti. , -

Il est aussi arrivé dix sauvages hurons de Laurette. J ai vu une lettre ecnte a Mr Leverrier Cap^® de nos troupes par Mr Dechambeau de Montréal du 7 août, marque qu’un vaisseau parti du 7 juin de Dunquerk apprend que les Anglois ont

ARCHIVES DE QUÉBEC

déclaré la guerre à la france le 18 may, Que le fort Philippe n’étoit point encore rendu, mais qu’on attendoit cette nouvelle de jour à autre, que de La Galissonière avoit battu l’Amiral Breink venu pour secourir Philippe; que soixante gros vaisseaux Suédois étoient entrés dans Brest chargés de bois de construction pour les vaisseaux; que de Vaudreuil avoit reçu des paquets de la Cour.

M*" Dechambeau annonce l’arrivée prochaine à Québec d’un autre vaisseau.

Il marque encore que Mr de Montcalm est parti le 4 du mois de Frontenac pour Chouaguen, que de Rigaud étoit arrivé au poste avancé dans la riv^ Chouaguen, qu’il avoit envoyé de là pour reconnaître le fort de ce nom, M'' de S*^ Luc, capitaine de nos troupes, avec un détachement, que cet officier en avoit fait le tour et avoit même tiré des coups de fusil, mais qu’aucun anglois n’avoit paru.

Une autre lettre écrite au Cher de Marillac, cap^® dans Languedoc, par sa femme, marque que les sauvages des cinq nations ont assuré la mort du Baron de Longueuil dont on doutoit qu’il avait été tué; que les mêmes sauvages dans un grand conseil, après les compliments accoutumés, avoient assuré Mr le Marquis de Vaudreuil qu’il ne trouveroit aucun obstacle de leur part pour l’exécution de tous ses projets, qu’il pouvoit partir de Montréal pour venir, même au centre de leurs villages, qu’il trouverait tous les chemins libres.

Voilà ce que j’ai pu recueillir.

Mardy, 17 Aoust — Départ de M^ de fleurimond ense avec 3 sauvages iroquois pour faire une découverte du coté du fort William Henry. Quelques sentinelles de la garde de la chute tirèrent leur fusil croïant entendre quelqu’un, ce qui donna icy une espèce d’alerte.

Mercredy 18 — Les patrons des bapteaux du détachement de M^ Bayeul partirent à six heures du matin. Les Hurons sont allés au portage et doivent partir de là pour la découverte. M^ le Cher de La Corne a informé Mr le Cher de Lévis qu’une découverte faite en avant des postes avoit cru voir les pistes fraiches de vingt à trente d’hommes qui prenoient la route de S* Frédéric, qu’à tout hazard il avoit fait partir Mr de Gaspé, Capte, avec 80 hommes pour suivre cette piste.

Sur les six heures du soir, dix sauvages iroquois sont partis de ce camp pour aller à la découverte par le fond de la baye.

J’ai appris ce soir de quelqu’un digne de foy, que trois sauvages iroquois s’étoient abouchés avec les aniers qui dernièrement nous levèrent des chevelures.

J’ai déjà dit à l’article du onze que les iroquois qui poursuivoient les aniers étoient revenus dès qu’ils eurent trouvé un casse tête. Ce n’étoit que pour se défaire des françois qu’ils avoient avec eux. Mais trois d’entre eux poursuivirent sans que les françois y prissent garde et on prétend qu’ils rejoignirent les aniers bien vite qui leur dirent, nous sommes frerres, qu’avons-nous à faire de nous faire la guerre entre nous, les françois ne se battroient pas avec les anglais par rapport à nous s’ils étoient en paix, ainsi, faisons de même, nous ne vous nuirons pas lorsque vous viendrez sur les anglois. De cette façon il n’y aura que les françois et les Anglois qui feront les frais. Il n’est plus étonnant si on a été si longtemps à déterminer nos iroquois à partir.

Jeudy 19 Aoust— Le Ch" de La Corne a écrit à M«- le Ch" de Lévis poui l’informer du retour de M^ de fleurimont parti de ce camp le 17 avec trois sauvages. On a débité dans le camp que M-- de Fleurimond étant encore éloigné de quelques lieues du fort William Henry avoit aperçu à 7 lieues de notre poste avancé, plusieurs fumées dans une ile, qu’on y avoit tiré quelques coups de fusils qui avoient été pré-

ARCHIVES DE QUÉBEC

cédés du fort William Henry par neuf coups de canons; que les trois sauvages iroquois n’aïant pas absolument voulu aller plus loing, de Fleurimond avait été obligé de revenir; que cet officier devoit repartir le soir avec les hurons pour faire une nouvelle découverte.

Le détachemt que de La Corne avoit fait partir le 18 sous les ordres de de Gaspé est revenu et n’a vu aucunes apparences qu’il y eut un party ennemi.

Vendredy 20 Aoust— de Laperière arriva du portage et nous apprit qu’on avoit levé la chevelure à deux soldats du poste de M'' de Contrecœur la veille à cinq ou six heures du soir.

M'' de Fleurimond partit d’abord après avec cent hommes. Il n’a pu joindre le parti ennemi, il est revenu aujourd’hui à 5 heures du soir au camp de Carillon et a dit à Mr de Lévis qu’il étoit allé à trois lieues environ du fort William Henry, qu’il avoit observé un poste avancé que les anglois ont dans une chaîne d îles qui traversent le lac. Il dit avoir vu une petite barque aïant deux mats et environ 50 bapteaux.

Il y a des troupes dans presque chacune de ces îles et en grand nombre. A la pointe du jour, la majeure partie de ces bapteaux lui parurent visiter le tour de ces iles. Peut être avoient ils entendu quelque bruit la nuit et en cherchoient la cause. Les sauvages Hurons qu’avoit M*' de fleurimont le déterminèrent à revenir sur le champ.

Samedy 21 Aoust— Le Ch» de Lévis partit dès qu’il fit jour pour aller aux postes de messieurs le Ch» de La Corne et de Contrecœur et revint à midy. Il plut tant soit peu le soir. — Rien de nouveau d’ailleurs.

Dimanche 22 — Rien de nouveau.

Lundy 23— M>- le Ch» de La Corne écrivit à le Ch» de Lévis pour l’informer qu’il s’en étoit peu fallu qu’un de nos détachemens n eut pris un party ennemi. Il se sauva avec tant de précipitation qu’il laissa deux ou 3 fusils, des couvertures et sept fourreaux de sabre. Il nous arriva le soir dix abénakis.

Mrs Drouillon et Villejoin arrivèrent le soir de Montréal, nous apprîmes par eux que M^ de Bleury étoit venu à Frédéric avec 25 bapteaux et étoit reparti sur le champ, que la barque aïant mis trois hommes à terre pour faire du bois, il s’était trouvé un party ennemi à leur débarquement qui d’une décharge les tua tous trois. La barque fit un si grand feu de ses pierriers qu’on n’osa leur lever la chevelure. La barque n’était pour lors qu’à six à sept lieus de St Jean où elle est retournée.

Les lettres ne donnent aucunes nouvelles de Chouaguen, elles confirment la déclaration de guerre et nous apprennent que le Roy a fait un traité offensif et défensif avec la Reine de Hongrie. Le fort St Philippe n’étoit point encore pris; mais cette expédition est regardée en France comme sure.

L’ordonnance qui accorde des récompenses a nos armateurs est venu.

Nous tînmes le matin un conseil de guerre pour juger par contumace trois de

nos soldats déserteurs. . ^

Nous eûmes le soir une alerte occasionnée par deux coups de boëtes tirees à la Chute. Les Corne® de grenadiers partirent pour aller jusqu’au poste de M'' de La

Corne. ,

On m’a dit que les iroquois des 3 nations avoient apportes des colliers aux sauvages domiciliés pour les engager à rester neutres. Ces colliers ont été remis à M'' de Vaudreuil dans un grand conseil, les 5 nations présentes, ce qui les a extrêmement

ARCHIVES DE QUÉBEC

surpris. Ils comptoient qu’on leur garderoit le secret. M*" de Vaudreuil leur a parlé comme il le devoit en pareille circonstance.

Mardy 24 Aoust— M*- de St Vincent fils descendit la garde et nous dit qu’il avait fait tirer les boëtes parce qu’il croïoit avoir entendu tirer une décharge de mousqueterie ce qui ne s’est pas trouvé vrai.

Les compies de grenadiers revinrent.

A 11 heures, il vint un exprès de chez M'’ de La Corne qui apprit, a-t-on dit, à Mr de Lévis que les ennemis étoient en marche. Sur ces nouvelles le général a fait sur le champ partir quatre piquets et donné ordre de se tenir prêt à marcher au cas de besoin.

Mercredy 25 — Les quatre piquets de terre et de la marine revinrent. Il y avoit eu un malentendu dans la lettre de de La Corne il vouloit dire seulement qu’un party ennemi avoit paru. de Lévis partit d’icy au jour et alla visiter les postes du portage, il revint à midy, il n’y avoit rien de nouveau. — Il plut tant soit peu.

Jeudy 26 Aoust — Rien de nouveau. La pluye commença à tomber vers les 9 heures du soir et a duré presque toute la nuit.

Vendredy 27 — Il partit soixante soldats de terre et deux lieutenans pour monter la garde au poste que commande Mr de Contrecœur.

Les dix iroquois partis de ce camp le 18 au soir sont arrivés sans avoir rien fait. Ils disent qu’à leur arrivée au fort William Henry ils ont entendu faire deux cris de mort qui ont été suivis de très grands sacaquois, ce qui leur a fait juger qu’il y avoit beaucoup de sauvages; ils pensent qu’il y a un très grand monde.

Le va et vient de St Frédéric à Carillon nous a appris que la barque partie hier matin de St Jean étoit arrivée le soir au fort St Frédéric. M"" de Lusignan commandt dudt fort a envoyé à son fils la déposition du capte de la barque en ces termes.

St Onge rapporte la nouvelle de la prise de Chouaguen où nous n’avons perdu que huit hommes, nous avons fait 1800 prisonniers dont 700 sont déjà partis pour Québec, 600 dans la barque de Dusault, nous avons pris cent bouches à feu, 3 barques, 3 caisses d’or et d’argent. M*" de Montcalm traverse aujourd’hui à St Jean. Il a cent batteaux tout prêts. Voilà 120 sauvages qui viennent et sont à Saint-Jean; on a mis du monde sur tous les chemins pour empescher que les ennemis n’aïent connaissance de la prise de Chouaguen.

Les Anglois ont perdu quatre ou cinq cent hommes. Hiché vient avec les sauvages et Perthuis interprète, ils ont les lettres. On a chanté le Te Deum à Montréal. Xaintonge dit avoir vu la lettre que M*" le Général a écrit à ce sujet à M"" de Sacquépée. On a pris en outre six cens batteaux à Chouaguen. — On a coulé bas une barque dans l’entrée de la rivière de Chouaguen.

Samedy 28 Aoust — J’allai monter la garde à la chute du Lac St Sacrement. Il passa sur les dix ou onze heures du matin dix à douze abenakis qui se rendoient chez Mt de Contrecœur pour partir le lendemain. de St Martin partit avec 120 soldats de la marine pour camper à poste fixe entre le poste de M"" de La Corne et celuy de M*' de Contrecœur. — Il plut ce jour tant soit peu.

Dimanche 29 — Il passa un gros détachement du poste de M^ le Cher de la Corne qui alloit au camp de Carillon chercher des vivres. Mr de Longueuil qui le conduisoit m’a dit que les abenaquis qui passèrent au poste hier étoient partis dès le soir pour William Henry avec les hurons. Ce party est composé de 17 sauvages sous la conduite d’un enseigne, Mf Hertel le cadet.

Mr de Longueuil m’apprit à son retour l’arrivée de M^ Dussablé et de sept sauvages partis de Carillon le 7 du mois. Ils ont fait un prisonnier et deux chevelures

ARCHIVES DE QUÉBEC

à 140 mètres de Boston. Ils ont manqué de vivres en revenant et ont beaucoup souffert, ce qui a été cause qu’ils ont fait les deux chevelures parceque ces deux hommes ne pouvoient plus suivre. Il plut ce jour à plusieurs reprises et presque toute la nuit.

Lundy 30— On vint me relever. — On me dit que le prisonnier anglois annonçoit l’arrivée de Campbell Loudon, généralissime de La Nouvelle Angleterre et qu’il avait entendu dire qu’il marchoit beaucoup de troupes contre cette frontière.

Peu de tems après mon retour au camp, le party abénakis et hurons parti du 2& au soir arriva. Il n’osa aller plus loing que le pain de sucre distant d’une lieu et demie environ des îles où sont les Anglais. Ils dirent avoir vu des anglois dans une île en deçà où il n’y en avoit pas les jours passés, et des asniers du côté du Lac opposé au pin de sucre; les asniers aperçurent nos abénakis et entrèrent dans le bois. Ces derniers n’osèrent rester plus longtemps ni aller plus loing et s’en revinrent au plus vite.

Mr le Chevalier de Lévy avoit fait part à Mr de Lusignan de ses doutes sur la nouvelle de Chouaguen et le prioit de faire sentir au capitaine combien il seroit punissable s’il n’accusoit point vrai. Mais bien loing que ces menaces l’aient ébranlé, il a encore ajouté de nouvelles circonstances. de Lusignan en a fait part à M'' de Lévy par le batteau du va et vient.

St Onge dit qu’un nommé flame, sergent de nos troupes et qui s’est trouvé aux réjouissances de Montréal a apporté en toute diligence à St Jean les lettres de Mr de Vaudreuil qu’il a remis à Mr de Saquepée, que cet officier a sur le champ fait des réjouissances dans son fort qu’exigeoit une pareille nouvelle et qu’il auroit remis les lettres à la barque s’il n’eut craint qu’elle n’eut resté trop longtemps en chemin, qu’il a préféré de les envoyer par les sauvages; que M^e de Saquepée de retour à St Jean d’une terre qu’elle a à La Chine avoit parlé à Mr de Villiers venant de Chouaguen qui luy avoit raconté l’affaire. Il dit à M^e de Saquepée qu un nommé Quartier, canonnier, avoit coupé en deux d’un coup de canon le commandant de Chouaguen, que cette mort avoit déconcerté la garnison qui s’étoit rendue quatre heures après le fort de pieux dont Mr de Montcalm avoit éventé les mines, sur 1 avis que lui en avoit donné un soldat françois déserteur qui s’étoit réfugié de Chouaguen à son camp; que ce françois avoit demandé sa grâce pour récompense du service qu’il rendoit; que Mr de Vaudreuil demandoit à Mr de Saquepée les gens de Québec patrons des batteaux du détachement de Mr Bayeul qui pour lors étoient à S*^ Jean, afin d’envoyer à Québec par eux des prisonniers anglois; qu’on avoit ordre à S<^ Jean d’y faire du pain pour mille hommes qui alloient y arriver incessamment, de taire monter tous les batteaux qu’il pouvoit y avoir dans la rivière Chambly , enfin que toutes les voitures de La Prairie et campagnes voisines étoient commandées pour les transports.

Mr de Lusignan manda aussi qu’on avoit enlevé un soldat, une femme et une fille qui la veille étoient partis pour aller à leur terre du côté du Lac opposé à St Frédéric. Comme elles n’étoient pas revenues le soir, Mr de Lusignan y envoya le jour, mais on ne les trouva pas, ce qui fait croire qu’elles étoient prises. Cette prise a occasionné les coups de canon tirés à St Frédéric que nous entendimes icy vers 1 heures H après midy.

La barque doit partir demain pour St Jean. Il a plu tout le jour et une grande

Page 1