Journal du 8 novembre
3. Mélanie avait rejoint Paris aussitôt son engagement terminé. Elle avait quitté Marseille vraisemblablement le 1®' mars 1806. Henri Beyle, de son côté, partit de Marseille le 20 mai.
INTRODUCTION XIX
de ma liberté ; quarante ou cinquante jours après, velléités de regrets. Actuellement, appréciation juste, je crois : beaucoup d'amitié, de l'amour même si elle ne voulait pas t^Tanniser et ne pas toujours se plaindre. Ecce homo ^ ! »
Mélanie GuHbert, malgré ses qualités de charme et de cœur, n'était pas, elle non plus, de celles qu'un Stendhal épouse. De retour à Paris, il rencontre le 22 août une Louason blessée et silencieuse. Ils ont cependant encore, en septembre, de doux moments d'intimité ; puis, le 17 octobre, Henri Beyle quitte Paris pour l'Allemagne. La petite actrice de Marseille ne devait plus être pour Stendhal qu'un charmant souvenir.
Maintenant, Henri Beyle est fonctionnaire de r Intendance, et il tend ses filets plus haut. A Brunswick, en 1807 et 1808, il courtise (pour le sentiment) une charmante jeune fille, Mina de Griesheim. Pour la bagatelle, il se contentait de la maîtresse d'un riche Hollandais séjournant à Brunswick ou de la fille de l'aubergiste du Chasseur vert ^ Mais il confesse en même temps que, dans le fond, la femme qu'il courtise lui est autant que le cheval qu'Q monte '^'.
1. Il avait déjà exprimé la même idée dans son Journal du 25 mars 1806.
2. Stendhal se souviendra plus tard, dans Lucien Leuwen, du nom et de la position de ce café champêtre.
3. Journal du 17 juin 1807 : « Je ne mets pas mon capital il avoir des femnaes. J'ai 25 ans, dans les dix ans qui vont
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1809, 1810 : l'Allemagne, l'Autriche. Point d'amours de sentiment, sauf quelques entrevues délicieuses de galanterie délicate avec Madame Daru, la femme de Pierre Daru, qu'il appelle Madame Palfy, ou la comtesse Marie, ou Elvire,^ ou Alexandrine Petit. Il sait bien que les « spectateurs », qui croient qu'elle l'aime, et les sots, qui croient plus encore, se trompent ; mais il juge qu' « avec plus de hardiesse » et plus de « galanterie », il aurait été « bien près d'être heureux » ^. Bonheur auquel il n'aspire pas, « pour que, dit-il, je ne me croie pas, dans quelques années, plus noir que je ne le suis ^ ».
Quoi qu'on en ait dit, faute d'aller au fond de son caractère, ou simplement de ses écrits, Henri Beyle désire l'amour vrai, l'amour désintéressé, celui qui cherche avant tout les satisfactions du cœur et de l'esprit. « Pour que j'aie du plaisir avec une femme, écrit-il à la même époque ^, il faut que rien ne vienne troubler l'illusion que je
suivre, j'en aurai probablement six. J'aurai vingt chevaux d'ici à ce que l'âge m'empêche de monter. »