LOMBARDIE
Milan, le 28 germinal an IX-[18 avril 1801].
J'entreprends d'écrire l'histoire de ma vie jour par jour. Je ne sais si j'aurai la force de remplir ce projet, déjà commencé à Paris *. Voilà déjà une faute de français ; il y en aura beaucoup, parce que je prends pour principe de ne me pas gêner et de n'effacer jamais. Si j'en ai le courage, je reprendrai au 2 ventôse, jour de mon départ de Milan, pour aller rejoindre le lieutenant général Michaud * à Vérone.
J'ai vu manœuvrer sur le glacis du château la cavalerie et l'artillerie à cheval de la deuxième légion polonaise, venant de l'armée du Rhin pour aller, à ce qu'on dit, s'établir à Florence, à la solde du nouveau grand-duc * ; une trentaine des meilleurs officiers ont quitté à cause de cela. La cavalerie, en veste bleue, passepoil cramoisi, armée de sabres d'houzards et de lances avec des petits drapeaux
tricolores, a tourné très adroitement et à plusieurs reprises sur elle-même. Les généraux Moncey, Davout et Milhaud, s'y sont rendus en grande tenue.
29 [germinal-19 avril].
Le ministre Petiet * a reçu un courrier extraordinaire de Paris, qui lui a annoncé que Paul I*^"* a été trouvé mort dans son lit le 20 mars. On prévoit que cette mort entraînera de grands changements.
Je viens du bal de chez Angélique. Gibory * a dit à Ferdinand qu'il avait chassé madame Martin. Je crois y avoir vu monter cette dernière en des- €endant.
10 floréal [-30 avril].
Je suis toujours à Milan. Le 6^ dragons a passé pour se rendre en Piémont, où le lieutenant-général Delmas commande le militaire sous les ordres du général Jourdan, qui a les pouvoirs d'un vice-roi. Il y a eu aujourd'hui, sur la place du château, une grande fête pour la paix. On a posé la première pierre du foro Bonaparte *. Le soir, feu d'artifice mesquin. Scène lyrique assez ennuyeuse au grand théâtre, et bal, où les femmes honnêtes ont dansé.
11 [floréal-ler mai].
Je pars demain pour Bergame. Martial * va, par ordre de Félix *, à Florence ; Marignier *, à Bologne.
1801 - 2 mai. LOMBARDIE 3
M. Daru a fait un projet d'arrêté très volumineux sur l'organisation de l'armée en temps de paix. Le premier consul en a été content et l'a invité à venir le discuter à Malmaison. On parle beaucoup de guerre. Moreau a reçu l'ordre de rester à son armée, et Augereau de se rendre sur-le-champ à la sienne. L'adjudant commandant Mathys *, qui était venu le 9 de Bergame, pour la fête, y est retourné cet après-midi.
Depuis que j'ai cessé de penser à la charmante madame Martin, actuellement Saladini, j'ai beaucoup lu La Harpe. J'ai lu les tomes, I, II, III, IV, Y, VI, VII, VIII de son Lycée. J'ai réfléchi profondément sur l'art dramatique, en relisant les vers de Selmours * ; ils m'ont paru moins mauvais qu'en les faisant. Je veux apprendre à les faire, car il vaudrait bien mieux que les Quiproquos * fussent en vers.
Je donne dix-huit l[ires] de Milan au vetturino qui me conduit à Bergame. Je vais de ce pas au petit théâtre, où l'on donne deux pièces traduites du français.
12 [fIoréal-2 mai].
Les Italiens ont trouvé le secret de dénaturer le Légataire universel de Regnard ; je n'ai pas attendu la deuxième pièce et suis allé jouer au loto au café de la Porte-Orientale. La route de Milan à Bergame est superbe et dans le plus beau pays du monde.
A Canonica, village à vingt milles de Milan et à dix de Bergame, situé sur l'Adda, on a une des plus belles vues possibles. Celle de la haute ville de Bergame est moins jolie et infiniment plus étendue. De la casa Terzi, où est logé le général M[ichaud], on aperçoit très distinctement les Apennins, situés à vingt-cinq lieues de là. On en voit très bien les détails avec une lunette de vingt pouces de Ramsden que le général possède. La vue n'est bornée au nord-est et au sud-ouest que par les montagnes auxquelles B[ergame] est adossée. Il y a ici deux théâtres, l'un très beau dans le Borgo, qui est la partie de la ville située en plaine, l'autre en bois sur la place de la cité. Nous allons chaque soir à celui-ci, qui est très près de chez nous. L'autre en est à demi-heure *.
On cite ici madame Nota comme la plus jolie femme de la ville, et véritablement elle n'est point mal ; on lui donne 60.000 l[ires] de rente ; elle a un cai'aliere servente, bel homme, et qui dépense beaucoup pour elle ; elle est par conséquent inattaquable. Nous pourrions baiser deux comtesses qui logent près de chez nous, mais elles ont vingthuit ou trente ans, et un air de saleté qui répugne.
19 [floréal-9 mai].
Le général a eu à dîner le citoyen Foy *, chef du 5® régiment d'artillerie légère, adjudant-com-
1801 - 9 mai. LOMBARDIE 5
mandant, commandant la réserve de la gauche composée du bataillon de grenadiers et du 9^ régiment de chasseurs à cheval. C'est un jeune militaire de petite taille et de la plus grande espérance, plein d'ambition et d'instruction. On est généralement jaloux de lui tout en lui rendant justice. D'ailleurs les défauts de ce caractère : l'esprit de contradiction et l'orgueil senti. Il a volé une voiture à Bergame.
J'ai pris un maître d'armes, contre-pointe, sergent à la 91^ demi-brigade, vers le 18. Je lui donne 12 francs de France par mois.
J'ai eu bien vite lu le 7^ v[olume] des œuv[res] de Voltaire, le 21^ des Mém[oires] secrets de la République des Lett[res], la Description du Palais- Royal et la Cabane mystérieuse *, que j'avais apportés de Milan. Je me suis beaucoup ennuyé, faute de livres. Le patron nous a prêté le V[oyage] en It[alie] de l'abbé Coyer *. Pauvre ouvrage. Je lis quelques Mercures britanniques de Mallet du Pan *.
Le 21, on a donné ici V Açwnturiere notturno * de Federici, pièce faisable en français ; elle n'existe ici que dans // teatro moderno applaudito, collection de 40 à 45 v[olumes]. S'il n'a pas été déjà donné en France, on peut en faire un joli semi-drame.
Le 22, le général a donné à déjeuner à l'adjudantcommandant Delord *, employé près le général Moncey, qu'il tutoie. Le général Moncey n'a pas encore quarante-cinq ans. Dalbon et Combe ont
volé 100.000 écus. Delord est un homme très aimable, le vrai ton. Il est venu ici voir madame . . . , sa maîtresse, avec laquelle il était depuis trois mois. On dit qu'elle lui a fait dépenser 200 louis. Il est toujours vêtu en bourgeois.
Le général Franceschi, qui a quitté l'état-major depuis une dizaine de jours, est un lâche. Il a gagné, à ce qu'on dit, deux ou trois millions \ soit par ses basses exactions, soit par ce que lui rendaient quatre-vingts ou cent commandants de place corses *, qu'il avait placés, et qui volaient à qui mieux mieux.
23 [floréal-13 mai].
Alpy, Farine et Picoteau * sont venus voir le général M[ichaud]. Ils sont arrivés à sept heures et nous ont rencontrés comme nous allions nous promener sur la route de Brescia, qui est très marécageuse. J'ai eu la fièvre le soir.
Le général Suchet s'absente par congé ; le général Loison le remplace par intérim. Il n'y a plus de lieutenants-généraux. Le général Oudinot va aller à Paris pour, conjointement avec les généraux Dessole et Andréossi, former la liste des adjudants-commandants qui devront être conservés.
1. On réduit cela à 500.000 écus. Il était excellent travailleur au Bureau. Les gribouillages du général Charpentier * le font regretter à cet égard.
1801 - 14 mai. LOMBARDIE 7
24 [floréal-14 mai].
Nous sommes restés ensemble.
25 [floréal-15 mai].
Ils sont partis environ les deux heures. Alpy pleurait ; le général était très ému. Le général inquiet de la cause de son départ. Alpy a répondu : la présence de Durzy. J'espère qu'une fois qu'il sera capitaine, si un officier d'artillerie peut être aide de camp, le général éloignera Durzy, et prendra Alpy. Le général a dit à Alpy : « J'aime beaucoup ce petit Beyle, il est plein d'esprit. Je désire beaucoup qu'il reçoive sa commission d'aide de camp ; mais il est trop franc et trop tranchant. »
Alpy m'a laissé sa jument pour 100 écus. Je lui ai payé 183 l[ires] avec mes appointements de vendémiaire et de germinal. Je lui ai fait un billet des 127 (sic) restantes, qu'il a accepté avec peine.
Il me reste environ 90 l[ires].
27 [floréal-17 mai].
Une prise de kina a diminué beaucoup mon accès. Les comédiens ont donné aujourd'hui la Preventione paternella *. Un prêtre suppose tous les crimes à son frère ; un général, dont le premier devait épouser la fille, se croyant trompé, le fait condamner à mort. Le méchant est découvert et tout finit.
Le bataillon de grenadiers commandé par le capitaine de la 102^ va à Monza. Foy prend le commandement de la place.
Le général Bourdois * et sa femme ont dîné à la maison.
28 [floréal-18 mai].
Le bataillon de grenadiers est allé à Monza pour être à portée de la maison de campagne du général Moncey * qui en est à trois milles.
Foy prend le commandement de Bergame ; il a une inflammation à un testicule.
Il n'y a plus de lieutenants-généraux.
J'ai eu un accès de fièvre très fort cette nuit ; j'ai envie de demander au général la permission d'aller passer un jour à Milan, pour consulter M. Gonel.
On a joué hier soir ici Epicharide e Nerone *, assez bonne tragédie.
29 [floréal-19 mai].
On a joué ce soir Zelinda e Lindoro, excellente comédie de Goldoni ; on pourrait en tirer une bonne pièce française.
30 [floréal-20 mai].
Mon domestique est arrivé de Milan avec mes deux chevaux. Ne pourrait-on pas faire une pièce intitulée : La soldatomanie ou La manie du militaire ?
1801 - 21 mai LOMBARDIE 9
ler prairial [-21 mai].
Ma fièvre quotidienne continuant toujours, je suis allé à Milan pour consulter M. Gonel. Je suis parti le 1^^ prairial, à cheval, et suis revenu de même le 5.
On joue à Milan II podestà di Chioggia*, opéra mis en musique par Ferdinando Orlandi, jeune [homme] * de Parme, âgé de vingt-deux ans, élève de Cimarosa. Le directeur de la Scala lui a donné soixante ou soixante-dix sequins *. On trouve la musique de cet opéra, qui est son premier ouvrage, assez bonne. Je la trouve inférieure à celle délie Donne Cambiale *, et del Ciabattino *, qu'on donnait auparavant. Il y a cependant, dans le premier acte, une belle phrase musicale, et, dans le second, une scène dans laquelle le Podestà est déguisé en pêcheur, et dont la musique est charmante.
L'inspecteur Félix * continue à donner des preuves de la petitesse de son esprit. Il a écrit une lettre inconvenante à Marignier qui lui a rivé son clou. Mesdames Petiet et Dumorey * sont revenues le 3 du lac de Garde. Parmi une foule de plaisanteries graveleuses qui ont amusé ces dames et leurs filles, Mazeau*, qu'on était allé vexer dans son lit, a quitté sa chemise, et, prenant un flambeau, est venu les voir en cet état. Les filles étaient présentes et acceptantes. Sommariva *, qui en était, a fait tout le long la cour à madame Dumorey. Je ne sais s'il
l'a foutue, suivant le conseil que Mazeau lui en donnait devant elle.
Martial fait la cour à madame Monti * dont il est enchanté ; il était déjà très avancé lorsque je suis parti. Ils sont converxus avec madame Lavalette * que, puisque l'amour était éteint, il fallait que l'amitié lui succédât. Il y a trois ou quatre ans que cela durait.
J'ai rapporté de chez Giegler * le Siècle de Louis XV, œuvre posthume de l'abbé Arnoux Laffrey *, 2 volumes in-8, et les trois premiers volumes de V Histoire des Russes par Lévesque *.
7 rprairial-27 mai].
J'ai pris vingt-cinq g[rains] * d'ipécacuana et 1 de tartre stibié qui n'ont pu me faire vomir qu'une fois et faiblement.
Je lis les Campagnes de César critiquées, mal à mon avis, par Davon, justifiées et traduites par Vaudrecourt. Le libraire Antoine, sur la place de la haute ville, m'a loué le premier volume des comédies de Goldoni dans lequel se trouve Gli amori di Zelinda et (sic) Lindoro. Ce volume contient quatre comédies : il Teatro comico, La Pamela nubile, La Pamela maritata et Gli amori di Zelinda
et Lindoro.
10 [prairial-30 mai].
J*ai pris une médecine de tamarin, casse et séné que j'ai vomie.
1801 - 3 juin. LOMBARDIE H
Durzy m'a donné 109 l[ires] 10 de M[ilan] pour le remboursement de mes fourrages de seize jours.
14 [prairial-3 juin].
Toujours la fièvre tous les soirs. Clarac, qui n'attend que les ordres du ministre pour aller à l'armée de Portugal, nous a dit tenir d'un médecin de Milan qu'il ne resterait dans le territoire actuel de l'armée d'Italie que deux divisions, dont le commandement resterait au général Moncey.
15 [prairial-4 juin].
Martial m'a envoyé la lettre que mon colonel Le Baron* lui avait écrite, avec l'ordre pour moi de rejoindre, qui y était joint. J'ai répondu à Martial en le priant d'écrire à M. D[aru], et j'ai écrit au c[olonel] Le Baron que je joindrais le régiment à Savigliano en Piémont, dès que ma maladie me le permettrait. Les deux pièces signées Le Baron sont ci-jointes.
La manière dont elles sont conçues m'a accablé un instant. Je n'ai point de conseil, point d'ami, je suis affaibli par la longueur de la fièvre ; je me suis cependant déterminé, persuadé qu'à force d'audace et de persévérance je parviendrai à être aide de camp du général Michaud. Alors je ne devrai ce succès, comme tous les autres, uniquement qu'à moi-même.
Je me suis déterminé à prendre demain unfr médecine semblable à celle que j'ai vomie il y a six jours.
17 [prairial-6 juin].
La médecine a assez bien réussi ; il me semble d'avoir moins de fièvre. Je me suis fait entièrement raser. Je recommence à prendre des leçons de contrepointe demain. J'ai écrit hier une courte lettre à M. D[aru]. J'en suis à la moitié de la traduction des A [mours] de Zélinde et Lindor *.
18 [praiiial-7 juin].
Après ma leçon d'armes, j'ai entièrement tourné la chaîne de collines contre laquelle Bergame est plaqué. Le pays est superbe et a des aspects enchanteurs. J'ai fait de neuf à dix milles en trois heures environ, toujours au pas.
20 [praJriaI-9 juin].
Je prends chaque jour depuis hier deux drag[ées] de quina. La fièvre dure toujours, quoique faible. J'ai commencé aujourd'hui à recevoir des leçons de clarinette du chef de la musique de la 91^. Il me paraît faible. Le général Moncey a ordonné, par une lettre écrite de sa main, à l'adjudantcommandant Foy de se rendre en poste à Milan et de remettre le commandement de la l'Iace de Bergame à Goury, chef de la 91^.
1801 - 12 juin. LOMBARDIE X3
23 [prairial- 12 juin].
A une heure du matin, fini la traduction de Zélinde et de (sic) Lindor. La fièvre continuant toujours, quoique faible, j'si le projet de me purger demain.
J'ai renvoyé mon maître de clarinette de la 91®, qui ne valait rien.
L'armée d'Italie n'existe plus. Les troupes stationnées dans la Cisalpine seront commandées par un lieutenant-général, six généraux de division, douze généraux de brigade. Ces troupes consisteront en seize demi-brigades, douze régiments de cavalerie, un régiment d'artillerie à pied, deux à cheval, etc., etc. Les généraux sont au choix du général Moncey.
On a joué un excellent drame de Kotzebue intitulé : les Deux frères gémeaux ou le Médecin conciliateur * : mœurs douces, morale pure, sentiments près de la nature, à la Gesner. et suivis d'une manière serrée.
Le libraire Antoine n'a pas voulu me prêter le deuxième volume de Goldoni ; l'abbé Raggi m'a prêté Siroe et Catone in Utica *, deux opéras de Métastase.
24 [prairial-13 juin].
Je me suis purgé. Recommencé le quina le 25.
26 [prairial-lS juin].
Acheté Milord 15 l[ires] de Milan. Foy commande Milan. Le quartier général de l'armée est à Crémone.
27 et 28 [prairial-16 et 17 juin].
J'ai fait avec le général M [i chaud] de grandes promenades à cheval. Le pays de Bergame est vraiment le plus joli que j'ai jamais vu. Les bois dans les collines derrière B[ergame] sont tout ce qu'on peut imaginer de délicieux. Ils sont presque tous disposés en chasses, avec la cabane de chasseur.
Le 5 floréal, on a donné au Théâtre-Français Phédor et Waldamir, tragédie en cinq actes, de Ducis, aussi froide que le climat dans lequel se passe l'action et qui l'est à tel point qu'il conduit l'héroïne aux portes de la mort. Cette tragédie est tombée en cinq actes et est tombée en trois. On a remarqué quelques descriptions. Le 4 floréal, au théâtre Louvois, les artistes de l'Odéon réunis donnèrent la Voisine, jolie comédie de Picard en cinq actes et en prose. Il l'a remise en quatre actes * et elle jouit d'un grand succès, quoique presque sans intérêt.
Il paraît une Histoire de la Résolution en 2 vol. in-8°, par Toulongeon *, membre de l'Institut.
Il paraît qu' Atala, roman chrétien de Chateaubriand, critiqué par André Morellet, est enfin mis
1801 - IS juin. LOMBARDIE J[5
à sa place d'ou\Tage extraordinaire, mais médiocre. Je ne l'ai pas lu *.
J'ai vu annoncée la 7^ représentation de Persée, tragédie de Mazoyer *.
Le 29, Durzy m'a remis 132 l[iresj de M[ilan] pour mes rations de fourrage du 10 au 30 prairial.
28. — Le général Brunet * est venu voir le général M[ichaudj avec son aide de camp. Il est le cousin de Thuillier. C'est un voleur, vain, bête, et bavard ; son aide de camp est un bavard sans sentiment des convenances et qui doit avoir la vérole ; Mathys leur a donné à dîner.
29 au soir [18 juin].
Conversation jusqu'à deux heures du matin, en revenant du 5o72ge de Mercier *. Paris, qui est toujours employé à Vérone, est venu voir le général en y retournant. Nous étions à table à minuit et demi, lorsque Joufîroy, accompagné par un officier du 9^, est venu dire adieu au général. Le général Moncey, mettant à exécution une lettre qu'il a reçue du ministre Berthier sur une prétendue conspiration, a ordonné à un chef d'escadron et à un capitaine du 9^ de conduire Joufîroy au château de Milan, d'où il ira sans doute à Fenestrelle, lieu désigné par le ministre. Il paraît qu'il y a eu deux conspirations ou projets de conspirations. Le second ayant pour chef un nommé Salvadori *, médecin de Roveredo, homme d'esprit, fournisseur du corps de
troupes de Turreau en Piémont. Il y a environ neuf mois, ce Salvadori fit une liste des gens sur lesquels il croyait pouvoir compter, et cela sans leur parler, sans même les connaître. Sur cette liste étaient le général Mi [chaud ?], Paris, Miollis, Watrin, Meunier, etc., etc. Cet homme, travaillé par Pierre Hulin *, porta la hêtise, ou l'infamie, jusqu'à lui livrer cette liste, qu' Hulin se hâta d'envoyer à Paris. Elle revint adressée au général Brune, qui voulut faire arrêter Salvadori, qui lui dit que le général Brune y était aussi.
Cette lettre de Paris arriva au général Brune le même jour que le général M[ichaud], qui commandait la réserve à Milan *, donna un grand dîner. Brune, Oudinot et Petiet n'y assistèrent point.
Vers le même temps on eut à nommer une commission pour juger les différends entre Français et Cisalpins pour les effets que les premiers avaient laissés en dépôt lors de la retraite de l'an VII. Brune nommait trois membres et le gouvernement cisalpin les deux autres. Le gouvernement avait nommé Paris à l'unanimité lorsque M. Petiet tira la liste de sa poche et dit que, quoique Paris eût toutes les qualités requises, le gouvernement français verrait peut-être avec peine qu'on employât un homme entaché de conspiration. Bondurand fut nommé à sa place. Paris tient ce fait de Visconti.
Il y a peu de jours qu'il est arrivé de Paris l'ordre au général Moncey de faire arrêter Fèvre, Joufîroy
1801 - 20 juin. LOMBARDIE j^y
et jusqu'à la concurrence de cinquante personnes, s'il le croit nécessaire. Il a d'abord suspendu l'ordre à l'égard de Joufîroy, son compatriote, et l'a enfin mis à exécution aujourd'hui 29 prairial.
l^"" [messidor-20 juin].
Le général M[ichaud] reçoit l'ordre de prendre le commandement des trois départements del Serio, délia Mella et del Lario, formant la 3^ division des troupes stationnées en Cisalpine, quartier général à Brescia. Le général Moncey a conservé provisoirement les généraux de division Ambert, Davout, Miollis, Gazan, Alichaud, Debelle, Morand, dix-huit adjudants-commandants, et tous les généraux de brigade employés jusqu'à ce jour.
La République Cisalpine vient d'être divisée en onze départements * au lieu de vingt.
Par l'arrêté du 12 prairial IX, l'armée Cisalpine sera entretenue de toutes manières par la République Cisalpine.
2 [messidor-21 juin].
Durzy et Mathys sont partis de bon matin pour Brescia.
Alpy arrivé à Paris a vu l'impossibilité d'être capitaine ; il a été délaissé par Aubry et tous les officiers de son arme qui lui avaient fait de si belles promesses ici. Il est sous-directeur à Lorient, où il a des projets de mariage.
En Angleterre, Shakespeare, tragique, Congreve, Johnson, Dryden, comiques.
En Hollande, Vondel, tragique, Enée et Turnus, tragédie de Rotgam. Plusieurs tragédies sans couleur par Catherine L'Escaille.
En Italie, Sophonisbe de Trissin représentée parordre de Léon X. Mafïei, tragique et comique. Apostolo Zeno. Metastasio. Antonio Conti. Faustini. Minato. Jérôme Roberti. Mathieu Norio. Minelli. Silvani. Pasquaglio. Pariati (morts depuis peu). Albergati. Capacelli. Goldoni. Chiari. Malavotti. Jules Strozzi. Le Tasse. Arioste. Louis Dolce. Machiavel. (Naples et les Deux-Siciles :) Buini. Zaniboni. Stampiglia. Varano, tragique. Smeducci. Salvi. Ruccellai.
3 [messidor-22 juin].
Quitté mon maître d'armes et de clarinette, payé cinq [lires] huit [sous] au premier et quatorze l[ires] au second.
Gênes : Frugoni. Furconi. J. A. Spinola.
Espagne : Solis. Miguel de Cervantes. Cuega, Virne, très médiocres. Fernand Perez d'Oliva. Antoine Silva. Lopez de Zarath. Cota. Lopez de Renda. Navarro. Barbadillo, le Térence des Espagnols. Lopez de Vega a fait 1.800 comédies et 400 actes sacramentaux. Galderon de la Barca, auteur de l'excellente comédie la Maison à deux portes. Murato
1801 - 2 juillet. LOMBARDIE {C)
■de Salazar. François de Roxas. Molina. Velès. Hurtado Mendoza.
Portugal : Camoëns. Sa de Miranda. Bernarda Ferreira de La Cerda. Rodriguez. François Lobo, auteur d'Euphrosine.
Tous ces noms sont extraits des Discours de Dalbon *, ouvrage très médiocre.
Après beaucoup d'hésitations, causées parce <jue Durzy a écrit au général que le général Gazan ne devait quitter Brescia que le 11, nous sommes •enfin partis le 5. sur la nouvelle que le général Gazan avait quitté Brescia le 4, pour aller prendre le commandement de la 5^ division en Romagne. On l'a placé là parce que le général Debelle y faisait trop d'affaires. Nous sommes arrivés à Brescia après sept heures de chemin, casa Avogadro *, où logeait le général en chef Brune en nivôse. Le général est allé le lendemain matin à Crémone avec Durzy ; il est revenu le lendemain. Nous sommes venus le 13 casa Conter *. On commence la procédure de l'adjudantcommandant Cacault *.
13 [inessidor-2 juillet].
Pris un maître d'italien. La fièvre continue.
15 [messidor-4 juillet].
Marignier arrive, Bourdois va à Crémone, Mathys est incommodé.
On a joué une comédie en cinq actes de Carlo
Gozzi, vénitien *, dont on pourrait faire un joli opéra-comique. Elle est intitulée : la Donna contraria al consiglio.
Une jeune princesse brûle encore pour son époux défunt, elle refuse toutes les consolations et ne sort jamais de son château, où elle n'a d'autre occupation que de se repaître de ses larmes, et de considérer le portrait de son époux, La nature commence cependant à secouer le joug de l'esprit. Elle s'ennuie sans vouloir se l'avouer. Un jeune noble qui l'adore se déguise en philosophe avec son valet, est admis^ l'engage à donner un tournoi ; un chevalier inconnu s'y distingue, reçoit le prix de sa main, mais a l'air d'en faire hommage à une de ses dames. Elle est agitée par la curiosité et un principe de jalousie, elle a recours au philosophe qui lui dévoile ce qu'elle ne voudrait pas voir ; elle s'impatiente contre lui, contre sa dame, et cependant elle ordonne une chasse générale pour découvrir le bel inconnu.
Un lion furieux est sur le point de la déchirer, lorsque l'inconnu l'abat. Elle veut absolument le connaître, et parvient à lui arracher un pan de son habit. Elle découvre une poche, et dans cette poche son portrait, ce qui l'enchante. Mais, à la vue de son monde, elle reprend son caractère et court dans son palais mieux examiner le pan d'habit de l'inconnu. Elle découvre le portrait de l'inconnu avec son nom. Il est d'une famille qu'une haine éternelle éloigne de la sienne. Il lui semble avoir vu cette
1801 - 7 juillet. LOMBARDIE 21
figure. Elle fait appeler le philosophe déguisé en gi-ec, l'examine, lui ordonne de sortir de ses états* Il frémit, il chancelle ; ranimé par son valet déguisé aussi en philosophe, il s'approche de la princesse et en prend congé. Elle le rappelle, elle ne veut pas le renvoyer sans récompense ; on apporte de l'or ; elle le lui donne ; au moment de partir, il est prêt à s'évanouir, son valet l'entraîne ; la princesse crie qu'on l'arrête ; il s'éloigne toujours. A cette vue, le jeune amant ne peut plus se retenir, jette loin de lui son déguisement, se jette à ses genoux ; elle le reconnaît pour l'inconnu et lui donne sa main.
Un amant balourd allemand, un amant volage français, le caractère de ses femmes, l'une légère, l'autre lente et agnès, le caractère gai et spirituel du domestique déguisé en philosophe vénitien *, jettent de la variété dans cette pièce, qui, quoiqu'ayant un fond usé, pourrait être agréable par les détails.
18 [messidor-? juillet].
Je vais à Crémone ; j'en reviens le 20 messidor. Crémone est une grande villasse où l'on meurt d'ennui et de chaleur.
Fressinet est employé en Hollande.
22 [messidor-11 juiilet].
Cacault sera jugé. Bourdois a demandé la permission d'aller à Crémone au général, et au lieu de cela
JOURNAL Ut: STENDHAL. 2.
est allé à Milan et probablement de là en France. Farine est arrivé ici. Mathys est guéri.
23 [messidor-12 juillet].
On joue une bonne comédie d'Albergati * intitulée : // sagio amico, qui, traduite telle qu'elle est^ réussirait en France. Il y a un bordel sur la scène.
On joue Ariodant *; il me semble qu'on pourrait faire une belle tragédie sur ce sujet *.
J'ai de légers accès de fièvre tous les soirs à onze heures.
Hâtons-nous de jouir, nos moments nous sont comptés, l'heure que j'ai passée à m'afïliger ne m'en a pas moins approché de la mort. Travaillons,, car le travail est le père du plaisir ; mais ne nous affligeons jamais. Réfléchissons sainement avant de prendre un parti ; une fois décidé, ne changeons jamais. Avec l'opiniâtreté, l'on vient à bout de tout. Donnons-nous des talents ; un jour, je regretterais le temps perdu.
Un grand motif de consolation, c'est qu'on ne peut pas jouir de tout à la fois. On prend de soi une grande idée en voyant la supériorité que l'on a dans une partie, l'esprit se monte sur cette réflexion, on se compare à ceux qui sont inférieurs à soi, on contracte envers eux un sentiment de supériorité ; on est ensuite mortifié de voir qu'ils réussissent mieux que vous dans telle ou telle partie qui souvent
1801 - 12 juillet. LOMBARDIE 23
forme le principal objet de leur application. Il serait trop cruel que le même homme eût tous les genres de supériorité ; je ne sais pas même si le bonheur apparent qui lui en reviendrait ne serait pas bien vite flétri par l'ennui. Il faut cependant tâcher de se donner cette supériorité, parce que, quoique jamais absolue, elle existe plus ou moins et est ordinairement la source des succès ; elle donne d'ailleurs un sentiment d'assurance qui, presque toujours, les décide.
Je crois, par exemple, qu'un jour je ferai quelque ohose dans la carrière du théâtre. Le plan de Selmours, du Ménage à la mode, du Quiproquo *, les idées de VAventurier nocturne, les tragédies du Soldat croisé revenant chez ses parents et d'Ariodant semblent justifier cette espérance.
Mon esprit, qui est sans cesse occupé, me fait toujours rechercher l'instruction, qui peut justifier mes espérances ; dès qu'une occasion de m'instruire et de m'amuser se présente, j'ai besoin de réfléchir qu'il faut que j'acquière l'usage du monde pour choisir le plaisir ; comment peux-je m'étonner ensuite d'avoir un air gauche auprès des femmes, de ne pas réussir auprès d'elles, et de ne briller dans la société que lorsqu'on raisonne ferme ou que lorsque la conversation roule sur ces grandes masses de caractères ou de passions qui font mon étude ■continuelle.
30 [messidor-19 juillet].
Parti pour Salô à cheval avec le général : le l^'" venu à Desenzano * ; le 2 revenu à Brescia.
28 [messidor-17 juillet].
Reçu l'avis officiel de ma confirmation dans le grade de sous-lieutenant au 6^ régiment *.
Il faut être très défiant ; le commun des hommes le
inérite ; mais bien se garder de laisser apercevoir
sa méfiance.
Thermidor 3[-22 juillet].
Le général Michaud, IMathys et Farine vont à Crémone *. Le ministre a écrit au général Moncey que Mathys n'était pas reconnu adjudant-commandant par le gouvernement.
6 [thermidor-25 juillet].
Mathys et Farine partent pour Paris, Mathys très^ effrayé et jouant une grande sécurité. Le général Michaud m'offre une permission pour retourner en France.
Il y a un an aujourd'hui que je suis dragon
au 6^.
9 [tliermidor-28 juillet].
Je vais voir sauter à neuf heures du matin la mine près du château. Cet ouvrage a été dirigé par Baraillon, capitaine du génie.
1801 - 29 juillet. LOMBARDIE 25
Percheron m'a conté toutes les particularités de sa liaison avec madame A[resi] *. Il s'y est montré charmant, roué, il parle avec un air de vérité qui persuade. Toutes les lettres de M. D. lui étaient montrées au moment où elles arrivaient. Il a dicté la réponse à la fameuse sur le rendez-vous que madame A[resi] avait donné au jardin Belgiojoso. M. D. vint demander pardon. D'après tout ce que nous savons l'un et l'autre, nous sommes persuadés qu'il l'adorait et qu'il ne l'a pas eue. Madame M[arini] servait de maquerelle à madame Ar[esi] *, qui lui faisait des cadeaux considérables.
10 [thermidor-29 juillet].
Grande fête aux flambeaux pour la rentrée des patriotes détenus par les Autricliiens aux bouches de Cattaro. Concert, illumination à jour et bal. J'entends un assez bon castrat.
11 [thermidor-30 juillet].
Le 1^^ conseil de guerre, séant à l'évêché, déclare J. Cacault, adjudant-commandant, convaincu d'avoir demandé de l'argent aux fournisseurs ; mais comme il n'y a eu que tentative de délit et point de commencement d'exécution, le condamne par forme correctionnelle à deux mois de prison.
Favier, capitaine à la 101^, rapporteur, a assez
bien parlé. La défense, faite par Durrieu *, et lue par Baraillon, était médiocre.
12 [thermidor-31 juillet].
Il semble que l'air de Brescia fasse oublier aux Français la galanterie qui les a toujours distingués. Cacault avait fait une scène affreuse à madame Carrara. Quesnel vient d'en faire une à madame Calini, chez laquelle il est logé. Il a fait le geste de la jeter par la fenêtre en la soulevant par les côtes. Un moment après, elle est venue l'attaquer dans sa chambre à la tête de ses complaisants cisalpins et de ses domestiques ; elle a jeté une canne à la tête de Quesnel, qui la lui a très gravement rendue, et l'a renvoyée avec beaucoup de majesté. Martinengo le Municipal, l'hôte de Percheron, s'est chargé auprès d'elle de faire déloger Quesnel.
13 [thermidor-ler août].
« L'homme insouciant ne s'attache ni aux choses ni aux personnes ; mais il jouit de tout, prend le mieux de ce qui est à sa portée, sans envier un état plus élevé, ni se tourmenter des positions plus fâcheuses : lui plaire, c'est lui rendre tous les moyens de plaire, et n'étant assez fort ni pour l'amitié ni pour la haine, vous ne sauriez lui être qu'agréable ou indifférent.
» Adèle de Senange *. »
1801 - 3 août. LOMBARD lE 27
Ces principes ne pourront jamais être les miens : ils sont diamétralement opposés à tout ce que je suis. Mais je crois que je serais beaucoup plus heureux, si je m'en rapprochais un peu. Je ne plairais pas si fort, mais je serais plus généralement goûté, et l'un vaut bien mieux que l'autre. D'ailleurs, pour peu que je fusse amoureux, mon caractère reprendrait bien vite le dessus.
la machine. Pour peu qu'on y mette de sang-froid, cela est immanquable. Il faut cacher le mouvement décisif de l'avant-bras gauche par des giries.
C'est Percheron qui m'a donné ce moyen, et il
y est expert.
15 [thermidor-S août].
Murât commande tout ce qui est en deçà des Alpes ; Moncey commandera sous ses ordres la Toscane.
18 [thermidor-6 août].
Je reçois une lettre de Le Baron qui m'apprend que j'ai passé de la 6^ compagnie à la 4^, sous les ordres de Debelle *. Elle est à Bra, vis-à-vis Cherasco, département du Tanaro.
Le général boude Quesnel à cause de la provocation qu'il a faite au commissaire g[énéral] Greppi *.
Tout commence à se ressentir du mouvement de la foire. Le 20 Vopera séria commence.
20 [thermidor-8 août].
Martial m'écrit, du 16, qu'il part pour Paris. Il y a ici des sauteurs assez adroits et des chiens très habiles,
Brescia est une assez jolie ville, d'une grandeur médiocre, située au pied d'une petite montagne. Elle est abritée du vent du nord par son fort, situé sur un mamelon de la montagne. La ville, qui est à peu près ronde, a 600 toises de diamètre. On se promène sur la route de Milan, qui n'est qu'un chemin sans arbres.
Les familles sont très étendues à B [rescia] *. On y compte sept ou huit grandes maisons Martinengo, trois ou quatre Gambara. La plus jolie femme de la ville est madame Calini, qui demeure près de la porte de Milan, casa Calini alla Pace *. Madame Martinengo est une assez belle femme.
1801 - 13 août. LOMBARDIE 29
Brescia a des portiques qui sont son Palais-Royal. Ils sont très étendus. On y trouve beaucoup de cafés et plusieurs casins.
25 [thermidor-13 août].
L'homme du meilleur esprit est inégal ; il entre en verve, mais il en sort ; alors, s'il est sage, il parle peu, il n'écrit point, il ne cherche point à imaginer : ses plus grands efforts ne seraient que des réminiscences ; ni à plaire par des traits brillants : il serait gauche. Il doit alors conformer sa parure, son maintien, ses propos, à l'état où il se sent. Ce jourlà, il doit aller voir les hommes ou les femmes de sa connaissance qu'il sait aimer la tranquillité et le genre uni. Qu'il é^dte surtout ses rivaux, qui lui feraient oublier ses résolutions et qui auraient ensuite beau jeu pour le couvrir de ridicule.
On joue Pirro, opéra séria, e li Solitari di Scozia*^ h allô mezzo serio.
26 [thermidor- 14 aoi*it].
Le général Miollis * vient voir le général Michaud^
1" fructidor[-19 août].
Le 3^ régiment de chasseurs reçoit quatre étendards du gouvernement. Il manœuvre au champ de- Mars en présence des généraux Michaud et Digonnet. Repas de c[orps] le soir, où la fièvre m'empêche d'aller.
2 [fructidor-20 août].
Un voyage, pour être instructif, doit être une «orte de jugement sur les divers objets que vous rencontrez. Lorsque je suis arrivé en Italie, je ne connaissais pas la France ; mon voyage ne peut donc m'être utile que lorsque je connaîtrai la France ou tout autre pays, et que je serai à même de comparer.
Je me tromperai presque toujours lorsque je •croirai un homme totalement d'un caractère.
12 [fructidor-30 août].
Allé à Bergame avec le général et Hardouin. On jouait au Grand-Théâtre Caio Mario *, musica del M^ Cimarosa. Le ballet de Lucrezia.
15 [fructidor-2 septembre].
Allé à Milan, passé deux jours. On donnait les Due giornate *, et le ballet de la Mort de Cléopâtre *.
23 [fructidor-10 septembre].
On a joué à Brescia // Demofoonte*, musique de
Tarchi et paroles de Metastasio. On a trouvé la
musique si somnifère que le lendemain on a repris
Pirro. On donne toujours le ballet de Vénus et Mars.
25 [fructjdor-12 septembre].
Joinville *, Marignier, Mazeau, Aug[uste] Petiet, madame Grua *, la Gaforini *, Grua, Giletti, etc. passent pour aller à Venise ; j'y serais allé s'il y -avait eu une place dans une des trois voitures.