‹ Journal [par] Stendhal. Texte établi et annoté par Henry Debraye et Louis RoyerChapitre 24 sur 60 · MEMOIRES POUR SERVIR A L HISTOIRE DE MA VIE · texte numérisé non relu

MEMOIRES POUR SERVIR A L HISTOIRE DE MA VIE

(2^ cahier: du l^^ complémentaire an IX au ....)

1^^ complémentaire an IX [-18 septembre 1801].

Je pars à cinq heures et demie du matin de Brescia pour Bra *, à cheval, avec mon domestique, mes chevaux emportant mes effets. Je dîne à Chiari * et vais me coucher dans ... *, mauvais hameau où je suis très mal. J'ai une fièvre de fluxion.

2® [complément aire-1 9 septembre].

Je pars de ma triste auberge à huit heures. Je vais dîner à Cassano * ; là, je loue une sediola qui me coûte 15 lires et me mène en deux heures à Milan.^ Il y a six bonnes lieues de Cassano à Milan et dix-

neuf de Brescia. Je vais loger à V Auberge de la Ville *, où mon domestique arrive le même soir avec mes chevaux. On y prend cinquante sous par nuit pour un lit et trois lires pour la nuitée d'un cheval sans lui donner d'avoine. C'est le même prix dans toutes les auberges, à Milan.

3^ [complémentaire-20 septembre].

Je vois M. Gonel, chirurgien, ami du général Michaud. J'assiste le soir à un spectacle superbe. // Mercato di Monfregoso * est sans contredit le plus joli opéra que j'ai jamais entendu en Italie, soit pour la musique, qui est enchanteresse, que pour les ariettes, qui sont parfaitement placées. Cléopâtre «st un superbe ballet qui dure une heure et demie. Les décorations sont ce qu'on peut voir de mieux. Le ballet de la fin est très joli.

4^ [coniplémentairc-21 septembre].

Je fais beaucoup d'achats. Je touche chez ]\1M. Balabio et Besana frères * une lettre de change de 600 l[ires] qui, avec 312 l[ires] que j'avais touchés à Brescia chez Allier, payeur, fait 912 l[ires].

5^ [complémentaire-22 septembre].

Je paie à Joinville les 102 lires que Ferdinand m'avait prêtées. J'achète un pantalon d'écurie qui me coûte 54 lires. Je fais arranger mon casque,

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ce qui me coûte 8 lires. J'achète des éperons de fer 6 lires ; pour 33 lires de galons ; une grammaire anglaise, 3 lires ; trois brasses et quart de drap vendu à 36 lires la brasse ^ 135 lires (sic) ; une brasse de Casimir blanc, 14 [lires] 10 [sous] ; boutons, 16 [lires] 10 [sous] ; payé au tailleur 30 [lires]. Voilà les dépenses dont je me rappelle ; elles font, avec les 102 lires, 402 lires. J'avais, le 4^ complémentaire, 1.000 lires ; ôtez 402, reste 598 [lires]. Tout le temps que j'ai été à Milan, mes chevaux m'ont coûté 6 lires par jour ; ma chambre 2 1. 10 s., mon dîner 6 lires, mon déjeuner 1 lire, le théâtre

I 1. 10 s. Le 4 vendémiaire, lorsque je suis parti, il me restait 11 louis en or, qui font 352 lires ; j'ai donc dépensé en subsistances 246 lires.

1^'' vendémiaire an X[-23 septembre 1801].

Le ministre Petiet donne un grand bal au Palais de la Consulta. Le matin, on manœuvre au joro Bonaparte devant le général Murât et tout son étatmajor. Le 12® dragons défile très mal. C'est Foy qui, comme commandant de la place, fait manœuvrer.

Le soir, le théâtre est illuminé à jour ; on donne le spectacle gratis, et bal masqué après. Il était impossible à minuit d'entrer, tant la foule était grande ; en demi-heure, j'ai avancé de trois pas.

II y a eu un feu d'artifice au joro *,

2, 3 [vendémiaire-24, 25 septembre].

Tout le temps que j'ai été à Milan, j'ai beaucoup vu La Roche, J'allais faire tous les matins d'excellents déjeuners au café de la Porte Orientale avec Jaquinet et Maupertuis, bons enfants tous Tes deux. Le premier est très instruit et a beaucoup de modestie. Il m'a dit que Lavalette est passé à la Guadeloupe avec sa femme, appar[emmen]t dans son grade. Il offrait à Maupertuis de l'emmener avec lui, mais celui-ci dans le moment n'avait pas assez d'argent poui faire la route jusqu'à Lorient.

4 [vendémiaire-26 septembre].

Je pars à quatre heures et demie de l'auberge del Falcone * sur le devant d'une vettura. Le vetturino me mène à Tortone, moi et mes effets, pour 29 lires. Mon domestique conduit mes chevaux derrière.

Nous arrivons à Pavie à midi. J'y trouve un libraire qui avait les dernières nouveautés, mais à un prix triple qu'à Paris.

Nous continuons notre route. A deux heures nous passons le Ticino sur un pont couvert. A cinq milles de là nous passons le Pô sur un pont de bateaux allongé par un bac ; nous marchons dans son ancien lit. Enfin nous arrivons à huit heures à Voghera *, après avoir beaucoup craint d'être attaqués.

1801 - 27 sept. LOMBARDIE-PIÉMONT 35

5 [vendérniaire-27 septembre].

Nous partons de Voghera à quatre heures et demie du matin. Tout ce que j'ai vu de Voghera^ c'est un homme qui jouait très mal de la clarinette. De Voghera à Tortone, la route est belle ; on a presque toujours les montagnes en perspective. On y attaque souvent les voyageurs.

Je suis arrivé à sept heures à Tortone. Cette ville est située au bas d'une colline sur laquelle était une forteresse très forte qui est entièrement rasée. J'y rencontrai des dragons du 8® qui venaient en semestre de la Calabre, où est leur régiment. Ils me dirent qu'il y régnait une maladie épidémique. Ils avaient demeuré un mois, toujours en voiture, pour venir de la Calabre, à Voghera. Je les ai revus à Asti. A midi je partis de Tortone * à cheval: j'avais loué un âne 7 lires qui me porta mes portemanteaux jusqu'à Alexandrie. En sortant de Tortone la route est à peine tracée ; on traverse la Staffora. Ces environs sont toujours pleins de brigands, à cause de la facilité qu'ils ont de fuir dans les montagnes.

A trois l[ieues] de Tortone, je vis le fameux champ de la bataille de Marengo ; on y voit quelques arbres coupés et beaucoup d'os d'hommes et de chevaux ; j'y passai quinze mois et quinze jours après le 25 prairial, jour de la bataille. Je vis une colonne élevée cette année, le jour de l'anniversaire ; elle est très mesquine. Avant d'arriver à Alexandrie, je

traversai la Bormida, rivière assez considérable ; j'entrai à Alexandrie et j'allai loger à l'auberge (Tltalia, où on m'écorcha d'une rude manière. Alexandrie me parut grande, mais peu peuplée ; il y a une assez jolie promenade dans la ville avant la Porte Marengo. C'est le chef-lieu de ce département que le général Spital, ancien chef d'étatmajor de l'aile gauche, commande ; on dit qu'il gagne jusqu'à 1.200 francs de Piémont * par jour par la contrebande des grains avec la Ligurie. Cela se passe entre le préfet et lui. Il n'est pas aimé du chef de la ... * et de celui du l^'^ de dragons, qui était à Alexandrie. J'y fis payer le soir cinq parties de billard au grand dadais de Lanoue.

6 [vendéiniairc-28 septembre].

Je pars d'Alexandrie à six heures ; un vetturino me conduit à Asti, pour 12 lires. La route est assez pittoresque ; on traverse une plaine de glaise, qu'il est impossible de traverser l'hiver et lorsqu'il a plu. Alors on va de Turin à Alexandrie par Casale.

J'arrive le soir à Asti au Lion d'Or, où l'on me fait payer très cher. Le commissaire des guerres Bonnemain me fait payer 17 francs d'indemnité de route. Un vetturino me mène, pour un louis d'or, d'Asti à Bra.

7 [vendéiniaire-29 septembre].

J'arrive à Bra à six heures du soir. Je descends

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à la Bonne Femme. Je vais voir sur-le-champ le commandant Remy, commandant les 3^ et 4^ escadrons, réunis à Bra. Le c[itoye]n Debelle, mon capitaine, était à la chasse. Je conviens de manger avec le commandant Remy, Debelle, Jobert. Moutonet, Hautmonté, Cachelot et le fournisseur. Nous dépensons pour le déjeuner et le dîner de 40 à 50 sous de Piémont par jour.

8 [vendémiaire-30 septembre].

Je loge chez le médecin Fazzolio, vieux avare.

10 [vendémiaire-2 octobre].

Je vais à la chasse avec le capitaine Debelle. Je passe un bras de la Stura à gué ayant très chaud, ce qui me donne pendant huit jours des coliques venteuses et des douleurs horribles. On me met dix sangsues. Je prends quelques décoctions de quina et quelques grains d'opium, qui me rétablissent. Je sens seulement les douleurs, suites de la vérole et du mercure.

12 [vendémiaire-4 octobre].

Les capitaines Debelle et Remy, le chef d'escadron Contans et le sous-lieutenant Canclaux * vont à la citadelle de Turin. Le chef Le Baron dîne à notre ordinaire avec sa putain et un capitaine de chasseurs, aide de camp du général Colli.

JOURNAL DE STFNDHAL. 3.

26 [vendémiaire-18 octobre].

Le c[apltaine] Debelle et le sous-lieutenant Canclaux sortent de la citadelle. Je vais à Turin avec le capitaine Frère * et sa femme ; j'y couche deux nuits. Je dîne deux fois à la citadelle chez le chef Contans, je vois le troisième chef, Ludot *. Je suis très content de tous les deux. Mon voyage ne me coûte que 15 francs. Je reviens le 28.

1^"' brumaire[-23 octobre].

Le chef Remy reçoit l'ordre de conduire, le 3, les 3^ et 4® escadrons à Fossano *. Je quitte Bra avec plaisir, parce que cette petite ville n'a pour elle que sa charmante position. Nous n'y avons aucune société, et il n'existe qu'un billard. Il y a aujourd'hui un an que je suis sous-lieutenant au 6^ dragons. Je commence à étudier mes manœuvres.

2 [bruinaire-24 octobre].

Ma nourriture du 7 vendémiaire au 30 m'a coûté 40 francs de Piémont *.

3 [brumaire-25 octobre].

Nous partons de Bra à huit heures du matin. Nous arrivons à Fossano à une heure. Je vais voir madame la comtesse Dijon, maîtresse de Garavac * et femme de beaucoup d'esprit.

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4 [brumaire-26 octobre].

Nous partons à huit heures pour Sahices *, nous y arrivons à deux heures. Je suis horriblement

fatigué.

5 [bruniaire-27 octobre].

J'ai la fièvre et une grande oppression. J'envoie chercher M. Depetas, excellent médecin de cette ville, qui me fait vomir. Je suis saigné trois fois, outre dix sangsues qu'on m'avait appliquées le 3. Enfin, après avoir beaucoup sué, je me lève le 16 brumaire et je suis guéri.

14 [bruniairc-5 novembre].

On reçoit à Fossano le chef d'escadron Ludot. Le 1^^ conseil de guerre de la division a acquitté le 9 à Turin le chef Contans. Le capitaine Remy est aussi rendu à sa fonction. Canclaux quitte le corps et est sous-commissaire des relations commerciales à Livourne. Le capitaine Debelle a une dispute sérieuse avec un postillon de Saluées : il insulte les gendarmes et les jeunes gens du pays. Le souspréfet Bressy * est bien aise de trouver l'occasion de se venger des mauvais propos qu'il lui a tenus ; cette affaire n'est pas encore terminée.

18 [brumaire-O novembre].

La cloche de la commune de Saluées sonne en

l'honneur du 18 brumaire et de la paix avec l'Angleterre.

La ville de Saluées est située, moitié sur un coteau, moitié en plaine, au bas de ce coteau. Les nobles habitent près du château, sur la colline ; les bourgeois et tout le commerce sont en bas. Presque toutes les boutiques sont sous les arcades qui se trouvent sur la place, à gauche en arrivant, et qui sont très vivantes. La montée entre la ville basse et la partie haute est très rapide. Il y a des rues qui tournent beaucoup et qui montent assez doucement ; il y a ensuite de petits passages avec des espèces de degrés formés par des morceaux de lauze *, qui sont absolument droits. Saluées est à dix l[ieues] de Turin, cinq de Pignerol, cinq de Coni, deux et demie de Savigliano, dix de Bra.

La famille des anciens marquis de Saluées y existe encore. Mon hôte, le comte Benevello délia Chiesa, a épousé une demoiselle de cette famille en premières noces. Il y a actuellement deux cent cinquante soldats invalides qui sont casernes au château ; leurs officiers sont très bien logés chez les citoyens.

18 frimaire [-9 décembre].

Toujours malade ou convalescent. On me saigne encore deux fois. Enfin je me porte mieux. Je loge dans la ville basse chez le c[itoye]n Chiesa

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•depuis le 6. Il y a apparence que j'irai passer un mois à Gr[enoble].

Ce matin, en lisant la fin de VOdyssée traduite par Bitaubé, j'ai songé que Pénélope était un superbe sujet de tragédie. Bitaubé cite une pièce sur le même sujet par un abbé Genest *. Le grand avantage est qu'on a à développer de beaux caractères bien fondés dans le public : Ulysse, Télémaque, Pénélope, parmi les prétendants tout ce qu'on voudra, l'impétueux Antinous, le prudent Eurymaque ; ensuite le fidèle Eumée, Euryclée nourrice d'Ulysse.

Traiter la curiosité en comédie. J'ai vu jouer à Brescia une pièce italienne sur ce sujet. C'était une société d'amis qui se rassemblaient quelquefois dans une loge particulière et qui, pour n'être pas troublés, en avaient exclu les femmes. Les leurs, aidées d'une fine soubrette, mettaient tout en usage pour découvrir ce qu'ils y faisaient, etc.

19 [frimaire-10 décembre].

Je suis toujours tracassé. Je sortirai demain.

Inspirer à une femme une haute opinion de ses lumières est un sûr moyen de la conduire à ses fins Les héros ont leurs accès de crainte, les poltrons des instants de bravoure, et les femmes vertueuses, leurs instants de faiblesse.

C'est un grand art que de savoir juger et saisir ces moments.

Presque tous les malheurs de la vie viennent des fausses idées que nous avons sur ce qui nous arrive. Connaître à fond les hommes, juger sainement des événements, est donc un grand pas vers le bonheur,

21 [frimaire-12 décembre].

D'après une conversation que je viens d'avoir avec M. Depetas, que je crois excellent médecin, il paraît que ma maladie habituelle est l'ennui. Beaucoup d'exercice, beaucoup de travaux, et jamais de solitude, me guériront. Je crois que je ferai bien toute ma vie d'agir beaucoup. M. D[epetas] m'a dit que j'avais quelques symptômes de nostalgie et de mélancolie.

29 [frimaire-20 décembrej.

J'ai la fièvre tous les soirs, j'attends avec impatience mon congé de convalescence. Je me suis purgé hier, ce qui m'a fait assez de bien.

Faure * m'écrit aujourd'hui que depuis le 1^^ frimaire il travaille douze heures par jour chez un banquier, rue Taitbout.

Je suis né le 23 janvier 1783, à Grenoble, rue Vieux- Jésuites. Je suis parti pour Paris, le 8 brumaire an VIII. J'y suis arrivé le 19 du même mois. J'en suis parti, après cinq mois et vingt-huit jours

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de séjour, le 17 floréal. Je suis arrivé à Genève le 28, même mois. J'en suis parti le 3 prairial pour Milan. J'ai été nommé sous-lieutenant le 1®^ vendémiaire an IX, et placé dans le 6^ dragons le 1^^ brumaire. Je suis devenu aide de camp du général Michaud le 12 prairial an IX, je l'ai quitté à Brescia pour rejoindre le corps le premier jour complémentaire même année. Je suis arrivé à Bra, où était la 4^ compagnie, dans laquelle je suis sous-lieutenant, le 7 vendémiaire an X.

5 [nivôse-26 décembre].

Dîner de corps à Savigliano. Froideur excessive ; platitude de Frère.

13 ventÔ5e[-4 mars 1S02].

A sept heures du soir, elle s'exerçait à répéter une symphonie d'Haydn *, qu'elle devait jouer le même soir chez madame Périer.

Je suis arrivé à Grenoble, le . . * nivôse an X.

Je m'y suis assez amusé jusqu'au 13 v[entôse] *. J'ai dansé dans plusieurs sociétés et à la Redoute.

15 [germinal-5 avril].

Je pars à sept heures du matin, à cheval, par les Echelles. J'ai 34 l[ouis], dont 4 de mon g[rand]p[ère], 10 à D. (?). J'arrive aux Echelles *. Je pars pour L[yon] le... * dans la diligence.

[25 germinal-15 avril].

J'arrive à Paris le 25 germinal, je viens par le cabriolet de Gouge ; ma place sur le strapontin me coûte 48 1 [ivres].

Il y a une chose toute simple, c'est que pour faire quelque chose il faut travailler, et travailler à tête reposée. Le matin me paraît propre à cela. Je pense que je pourrai me lever à six [heures] ; et depuis six jusqu'à dix, j'aurai quatre heures de bon travail. Je ne sais si c'est le temps de la journée où l'on est le plus en train, mais je vois bien que c'est la seule partie où je puisse travailler d'une manière un peu suivie. Je pourrais me loger près des Tuileries et tous les matins me promener demi-heure pour me réveiller. On lit très mal au lit, et rien de pire que de mal lire. Ce temps qu'on emploie mal le soir est perdu le lendemain. Lorsque je ne voudrai pas aller au spectacle, je pourrai encore disposer de mon temps depuis cinq heures jusqu'à six pour la promenade, et depuis six jusqu'à dix pour le travail.

[Floréal, prairial-avril, mai].

Je commence l'anglais le 13 floréal. Cessé au bout de trois jours. Recommencé le 1^^ prairial avec Dowtram.

Elle part le 25 floréal pour R[ennes] *.

1802 - 1" juia. PARIS 45

12 prairial[-l^^ juin].

C. a Trav. (?) l'A. et l'I. av. F. rue Xeuve des Augustins, n^ 736, en nombreuse et détestable société.

Thermidor.

Je suis amoureux d'Adèle * ; elle me donne mille marques de préférence. Elle me donne de ses cheveux.

6 fructidor[-24 août].

A la fin d'un grand déjeuner, elle me dit qu'elle aime depuis longtemps C[ardon].

Vendémiaire, brumaire [Xl-septembre, octobre 1802].

Je lui écris le 7 vendémiaire, elle rejette ma lettre. Je lui en donne une autre le 25 vendémiaire. Actuellement, 20 brumaire, nous sommes comme brouillés.

C[ardon] m'a dit l'avoir recherchée dans un temps parce qu'elle ressemblait beaucoup à une maîtresse qu'il avait aimée.

Je paie mon troisième mois de danse à M. Deschamps le ... brumaire XI *.

Je n'ai pris des leçons de Dowtram qu'un mois ; le 16 messidor, j'ai pris M. Jeki, franciscain irlandais, que Théophile Barrois m'a indiqué et dont je suis très content.

20 b[ruinaire-ll novembre].

Je travaille uniquement à l'anglais depuis le 20 vendémiaire, et cela durera jusqu'au l^'" frimaire, époque à laquelle je veux prendre un maître de grec.

Le 13 vendémiaire, j'ai commencé à monter à cheval au manège de Provence. J'ai payé 7 louis pour trois mois.

Le 3 vendémiaire, j'ai touché chez MM. Doyen 860 f[rancs] pour mes appointements jusqu'en fructidor.

J'ai donné ma démission au commencement de fructidor.

F. et moi nous logeons jusqu'au 3 frimaire chez madame Bonnemain, rue Neuve des Augustins, nO 736.

Je fouts madame R. depuis le commencement de fructidor.

A compter du 1*^'" brumaire, mon père me donne un crédit de 150 1 [ivres] chez MM. Périer. Je lui en avais demandé 234, et il faudra qu'il mêles donne> parce que j'en ai besoin.

1802 - 11 nov. PARIS 47

Cheminade est ici *. F. Faure et Dufay arriveront ce soir. Cardon est ici depuis quinze jours. Je cherche Laroche. Colomb est à Lyon. Bigillion s'est marié il y a une quinzaine de jours. M. Daru, qui s'est marié il y a trois mois *, est ici, de retour de la campagne de son beau-père, où il a passé deux mois, F'^ Join ville est à Rouen, adjoint de l'ordonnateur La Saussaye. Marignier est inspecteur. Le général Michaud est ici, de retour de Chaux-Neuve, je compte le voir bientôt. Martial est ici sous-inspecteur de la cavalerie de la l'"® division. Joinville * est sousinspecteur à Milan. Jacquinet est ici, secrétaire du secrétaire de la guerre Sarthelon ; il est adjointcommissaire des guerres. Dejean est ici * avec son père, administrateur général de la guerre. Il s'est marié il y a trois mois à la sœur de sa belle-mère, mademoiselle ... * Il est capitaine.

Mon régiment est toujours à Savigliano.

Le beau Montandry et le général Debelle sont morts le même jour, le premier à Courbevoie et le deuxième à Saint-Domingue *. Alexandre Petiet est parti il y a huit jours avec le général Brune pour Constantinople. Auguste P[etiet] est à son régiment, le 10^ hussards. M, D[aruj est tribun depuis la dernière nomination. Le général Michaud, inspecteur général de l'infanterie. Jobert a obtenu un sabre d'honneur, qu'il méritait si bien ; il est ici depuis dix-huit jours et repart demain.

J'explique Hamlet de Shakespeare.

M^*^ Duchesnois * a terminé ses débuts, avanthier, par le rôle de Phèdre.

Guérin * a exposé son superbe tableau de Phèdre et Hippolyte le 4 brumaire an XI.

On va jouer Isule *, tragédie nouvelle de L Lemercier.

Mante est ici, apprenant la banque chez MM. Périer, et C. p. 1. p. d. M. d. l'I. Plana est en Italie et reviendra bientôt. Mallein à Grenoble, dans l'enregistrement.

PARIS

JOURNAL COMMENCE LE 6 FRUCTIDOR x[-24 AOUT 1802]

6 [fructidor-24 août].

Grand déjeuner. Elle me dit à 2 heures, dans l'embrasure de la fenêtre du salon, qu'elle aime C[ardon] depuis longtemps. Elle me fait observer la manière dont elle a de ses nouvelles par moi. Je lui demande son amitié.

7 [fructidor-25 août'.

Je réponds à C. Histoire de Fanny Delamy, son évanouissement. Je vais chez Madame R[ebufTet] à 7 heures, j'y trouve M™^ Le Brun et M. et M^^ Mure. Ils nous quittent à 9 heures. J'y reste jusqu'à 11 heures et quart. J'ai un air fort triste. Je développe mon caractère violent. J'ai pendant la dernière heure une conversation à double entente avec A[dèle]et M™^ R[ebuffet]. Celle-ci me donne rendezvous le lendemain à une heure et demie. J'écris à

A[dèle] sur un des volumes de FI. : Brama assai^^ poco spera, nulla chiede *.

8 [fructidor-26 août].

Trois fois, et mouchant la chandelle, je rencontre A[dèle]. En sortant, à 3 heures trois quarts, je l'embrasse.

9 [fructidor-27 août].

Je vois IVI'^^ R[ebuffet] le soir à 7 heures. J'y trouve M. R[ebuffet] qui me reçoit avec la plus grande bonté. Il sort, je f. R. Adèle revient à 11 heures du soir. Elle me traite avec l'indifférence la plus naturelle.

10 fructidor-28 août].

J'y vais à une heure et quart, j'en sors à deux. Je suis en uniforme. J'y trouve Adèle. Plaisanterie sur les cheveux de l'oncle Joachim ; de sa part, sur le bouc que le Revenant a porté dans sa chambre. J'y vais ce soir à 6 heures, pour la promenade.

Nous allons au bois de Boulogne par un temps charmant. Je reviens. Adèle me traite avec une charmante familiarité, tout en me disant qu'elle pense à Arras. Je crois que M"^^ R[ebuffet] a conçu quelques soupçons et lui a défendu de se laisserembrasser.

[11 fructidor-29 août].

Dimanche. Elles doivent aller chez M. Guastalla. Je vais avec F. à Versailles. Charmant feu d'arti-

1802 - 30 août. PARIS 51

fice, tiré à la tour de Marlborough. Petit Trianon, jardin délicieux.

12 [fructidor-30 août].

J'ai un tête-à-tête de deux heures avec M. R[ebufîet]. Je vois un instant A[dèle]. Je suis assez gai. Elle me dit qu'elle ne veut plus lire de romans. Je suis persuadé que sa mère a conçu quelques soupçons.

13 [fructidor-31 août].

Je ne vais pas les voir.

14 [fructidor-1^' septembre].

Je ne les vois pas.

15 [rructidor-2 septembre].

J'y vais à 7 heures. Je reçois une lettre de Cardon. J'y réponds.

Samedi [4 septembre].

J'y vais.

21 [fructidor-8 septembre].

J'y vais le matin. Je joue la grande froideur. Le soir, j'y trouve M. et M°^® Mure. Tendre intérêt. Elle me dit qu'elle fait des romans, que je plais à ^me R[ebufFet]. Je vais avec celle-ci à Frascati, où je demeure jusqu'à minuit.

22 [fructidor-9 septembre].

J'ai un rendez-vous à sept heures du soir.

23 [fructidor-10 septembre].

Je joue la grande indifférence. A[dèlt'] me fait mille agaceries, dont je me moque.

24 [fructidoi-13 septembre].

A[dèle] me traite comme quand je croyais qu'elle m'aimait.

27 [fructidof-14 septembre].

Je lui dis ce que je pense : qu'elle joue toujours la comédie. Elle me promet de me dire la vérité. Je sors un instant avec IVI"^^ R[ebuffet], nous la trouvons presque endormie en revenant, elle nous dit qu'elle vient de passer la demi-heure la plus heureuse de sa vie.

28 [fructidor-15 septembre].

Elle dîne chez Isidore. Je vais à huit heures chez la mère. Histoire de Fanny. A[dèle] revient à dix heures et demie. Elle me serre la main. Je lui reproche son goût pour la campagne.

29 [fructidor-16 septembre].

Rien de décisif de sa part. Elle ne me serre pas la main, elle me prend au collet en sortant pour me faire promettre d'apporter mon paysage. Elles doivent partir demain pour la campagne, où elles resteront jusqu'à mercredi.

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