Il fallait peindre. 5 thermidor
Le violon prélude, on court prier sa dame, Et quelquefois aussi on craint de la prier ;
L'amant discret craint de trahir sa flamme, Il craint les yeux malins, il craint de s'oublier... On est bien mieux en face !
Alors, on se place.
L'aimable gaieté Et la liberté Se peint dans les yeux.
Le signal se donne, La salle résonne.
Plus de sérieux.
Quelle aimable aisance !
L'on va, l'on revient.
On passe, on s'élance, On quitte, on se tient.
Et l'on recommence.
On forme une chaîne ; On parle en passant ; Puis l'on se promène ; On rit en courant ; Mots malins de courir, Belles d'applaudir.
Que ne puis- je en mes vers former une peinture Qui pût montrer aux yeux la naïve beauté, Le sourire enchanteur, la douce majesté, Cette aimable candeur, image vive et pure
D'un cœur qu'Amour n'a point troublé.
C'est toi, jeune Tournade, amour de la nature ! J'admirais, étonné, tes grâces naturelles. J'oubliais près de toi que le temps eût des ailes. De mon cœur vainement je voulus t'arracher. Mais que sert de nourrir une flamme insensée Qui jamais de ton cœur ne pourrait approcher ? Adieu, douce pensée
De bonheur et d'amour. Adieu, chère Antoinette, Vis heureuse en ces Ueux auprès de ta Laurette, Je fuis bien loin de toi. Pourrai-je t'oubher ?
La fête continue, ou me vient convier De danser à mon tour.
Las ! ressource impuissante.
Quelque chose peut-il distraire de l'amour ? La voix ravissante, La danse bruyante.
Tout est réuni, Tout est embelli.
0 belle Pauline, 0 jeune Adéline, Quels talents parfaits !
Ici, que d'attraits !
L'âme est inspirée.
L'oreille enivrée.
Ici, les plaisirs De tous nos désirs Passent les souhaits.
Quel est ce groupe heureux où la joie est si pure, Du bal le plus joli la plus belle parure ? C'est toi, belle Pascal, dont l'esprit sémillant, La grâce enchanteresse et la fraîcheur brillante, Plaît, étonne, attendrit, transporte en un instant. Quel art est donc le tien ? Sans cesse différente.
Et toujours plus charmante, Tu sais ravir les cœurs sans paraître y songer.
Je ne voudrais gager D'en tirer mon cœur franc. A l'aimable Eugénie,
A la douce Amélie, Il faudrait échapper. Toi, superbe Mauduit, On dirait une tête, ouvrage de la Grèce, Nous montrant le repos d'une jeune déesse, Des soins d'un Phidias rare et sublime fruit.
Vous parlerai-je encor de la magnificence.
Du luxe adroit, de l'élégance
Que T. avait su réunir ?
J'aime bien mieux vous dire et ses mille vertus,
Et son active bienfaisance, Et pour les malheureux tous ses soins assidus. Mais chut, arrêtons-nous. Ce serait les ternir Que les mettre en ce lieu. Prenons un peu d'haleine Pour les chanter après, d'une plus digne veine.
Coupure pour la deu-^ième copie ( la première, quatorze heures après la fin du bal, le 24 jarn'ier, à 1 heures du soir. 1804).
Renvoi [au vers 78] :
J'oubliais près de toi que le temps eût des ailes. Adieu, douce pensée, adieu, chère Antoinette ; Fais toujours l'ornement de cet heureux séjour. Trouves-y le bonheur au sein de ta Laurette. Je fuis bien loin de toi. Pourrai-]e t'oublier ?
La fête continue. A danser à mon tour On vient me convier.
La voix ravissante.
La danse bruvante...
Composé après le bal de madame Teisseire. donné le 23 janvier 1804 (21 ans). J'en suis sorti à 5 heures du matin, je les ai envoyés à 7 heures du soir. Le 25, à midi, deuxième copie corrigée à madame A. Périer,
Le Chinois,
Envoyé la troisième copie à mademoiselle Tournade le 6 pluviôse [-27 janvier], à midi . ^
Sur le soir d'un beau jour, dans un sombre bocage, Je regrettais le temps où mon âme ravie *, Soupirant à vos pieds espérait vovis toucher. J'entends un petit bruit soudain dans le feuillage : C'était l'Amour *.
Amour, ô maître de ma vie *, Tu connais mes malheurs. Oh ! si je te fus cher. Fais-les finir. Fais que je n'aime plus Adèle. Si tu m'es favorable, ô fils de Cythérée, De mon cœur trop épris son image adorée S'envolera.
L'Amour.
Peux-tu chérir une cruelle Qui met tout son bonheur à se faire admirer Et non pas à aimer *.
1. Oubliés jusqu'aujourd'hui 5 thermidor an XII [-24 juillet 1804], à Paris. Je les relis. Plusieurs traits du commencement, cjue je marque d'un A, ne sont pas assez profondément naïfs. La fin du portrait de mademoibelle Tournade est contre les convenances. Ce que je dis de mademoiselle Pascal est fade, mais le total m'en paraît bien, surtout les trois vers de mademoiselle de Mauduit. Dans le commencement, pas im mot oiseux.
Un passage charmant, quelques jolis passages, plusieurs manques de goût, plusieurs fautes de versification, de la couleur en général. Marseille, 9 thermidor XIII [-28 juillet 1805].
C'est bien, ça méritait ce succès de société c[ue cela n'a pas eu, sans doute à cause des manques de convenance et du défaut de légèreté. Marseille, 9 mai 1806.
— Qu'elle était belle, Amour !
Tout ce qui l'entourait semblait être sa cour ; Par sa si douce voix tout se laissait charmer. Sur son front respirait cette aimable candeur, Gage de l'innocence, et cependant polie Comme si dans les cœurs elle eût passé sa vie. Les Grâces la suivaient.
■ — - Avec quelle rigueur De tes vœux méprisés elle interdit l'hommage,
— Juge si je l'aimais ! Elle me méprisait, Je ne pus la haïr. Sur ce divin visage La colère elle-même en me tuant me plaisait. Chaque trait me montrait une beauté de l'âme. Son âme, la vertu par les Grâces ornée *. «
L'Amour, en s'envolant : « Te guérir de ta flamme^. Ami, je le vois bien, surpasse mon pouvoir. De tous ceux qui l'ont vue suis la destinée, Aime-la sans espoir *. «