‹ Journal [par] Stendhal. Texte établi et annoté par Henry Debraye et Louis RoyerChapitre 5 sur 60 · Journal du 3 septembre · texte numérisé non relu

Journal du 3 septembre

2. Journal du 30 avril 1805. — Henri Beyle constatera plus tard qu'il y a loin de la théorie à la pratique ; il écrit le 14 juin 1811 : « Ce qui me chagrine, c'est l'idée qu'estimant le caractère comme je fais, peut-être n'en ai-je point. »

INTRODUCTION

sans cesse, la sensation l'emporte sur la perception^ ce qui m'empêche de suivre le moindre projet ; en un mot, il n'y a pas d'homme meilleur que moi en dispositions ^, »

Mais qu'importe, si le vulgaire se trompe ! Qu'importe le jugement de la masse ! Le petit clan des âmes chères comprendra, et cela suffit ! « Ne pas m' arrêter au bruit public. Et ma réputation de roué et d'homme qui suis déjà blasé, avec cette âme si tendre, si timide et si mélancolique ! Le philosophe Mante me connaît enfin, mais il a fallu que je l'aidasse à me voir tel que je suis. Croyez après aux réputations en grand ^ ! »

Et nous arrivons ainsi à la véritable définition de r « égotisme )), qui est à l'égoïsme comme l'orgueil est à la vanité, et qui est, en somme, l'action d'une âme noble qui se regarde agir, et souffrir en silence ^. L'essentiel, c'est de se façonner l'esprit

1. Journal du 23 février 1805. — Il disait déjà le 22 décembre 1804, à propos de son oncle Gagnon : « Les choses qui lui sont insensibles, par conséquent où il ne prend plus d'intérêt, où il quitte la partie, me sont encore très sensibles ; je sens donc plus loin que lui. Voilà la grande utilité pour moi de l'idéologie, elle m'explique à moi-même, et me montre ainsi ce qu'il faut fortifier, ce qu'il faut détruire dans moi-même. »

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