‹ Journal [par] Stendhal. Texte établi et annoté par Henry Debraye et Louis RoyerChapitre 54 sur 60 · MORT DE BERNARD · texte numérisé non relu

MORT DE BERNARD

Bernard, ce grand jeune homme blond que j'ai vu à Grenoble chez M. Chabert, et que Gros disait

être son cousin, s'est brûlé la cervelle à Brest dans l'hiver de l'an XIII. Il paraît que la cause occasionnelle de cette résolution rare est le chagrin de n'avoir pas été nommé enseigne comme il l'espérait, et comme il le méritait. Il était entré dans la marine en l'an IX, il paraissait avoir un grand caractère, beaucoup de facilité et de paresse. Il était très doux.

Il a mis ordre à toutes ses affaires et déposé son testament chez un notaire. On a trouvé près de lui les écrits suivants :

Lettre trouvée sur la table de l'observatoire où il s'est tué :

« Je me suis moi-même donné la mort, ce ne sont ni le désespoir ni les remords, qui m'ont déterminé à cette action. Ma vie fut toujours sans reproche, le travail fut mon unique passion, l'astronomie mon seul plaisir ; je meurs pour n'avoir pas la douleur de voir le travail opprimé, et l'intrigue triomphante. Jeunes gens qui vous destinez à la marine, laissez la bonne conduite et l'amour de l'étude. Mon exemple fait voir où ces qualités conduisent. Livrez-vous à l'intrigue seule... »

DU TOME PREMIER

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