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heures pour retourner ;Y Cliaillot. — On a des nouvelles d'Albergotti du 1*^' de ce mois. Il mande que les ennemis n'ont point encore attaqué la contrescarpe. Ils travaillent toujours à la sape, et l'on fait souvent de petites sorties qui dérangent fort leur travail. Ils travaillent aussi sous terre, et Albergotti y fait travailler de son côté pour rencontrer leurs mineurs.
Jeudi 5, à Versailles. — Le roi partit de Marly à quatre heures avec madame la duchesse de Bourgogne et entendit le salut dans la chapelle neuve *, que M. le cardinal de Noailles avoit bénie le matin. Monseigneur le duc de Bourgogne étoit venu à la bénédiction et demeura ici. Madame la duchesse de Bourgogne vint aussi à la bénédiction, mais elle retourna diner à Marly. — M. 1 evêque de Metz fut élu à l'Académie en la place de M. le duc de Coislin, son frère. — Le maréchal de Bezons a fait passer le Rhin à notre cavalerie pour manger les fourrages de ce côlé-là. — 11 y a déjà quelque temps que le maréchal d'Harcourt a eu l'agrément du roi pour son fils de changer son régiment, qui est tout nouveau, avec celui de Cliàteaumorand, qui est assez ancien, et M. de Blimont, capitaine de cavalerie dans Berry, a l'agrément pour acheter celui du marquis d'Harcourt ,et ce sera lui qui payera les 22,500 francs à M. de Chàteaumorand, qui a été fait maréchal de camp à la dernière promotion.
* Ce ne fut pas sans opposition de la part du grand aumônier et de toute la chapelle que le cardinal de Noailles fit cette cérémonie, qu'elle prétendoit si contraire à lexemption et aux droits dont elle étoit si jalouse contre les ordinaires et appartenir du grand aumônier : mais le roi le voulut de la sorte. L'amour des règles fut en cette occasion fort aidé de la vénération qu'avoient alors le roi et madame de INÏainteuon |)our le cardinal de Noailles.
Vendredi 6, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec son confesseur et fut encore enfermé avec lui l'après-dinée, comme il fait toujours la veille des jours qu'il doit faire ses dévotions. Monseigneur partit hier A six
heures du malin de Marly et alla courre le loup à Rambouillet. Il y a couché, y a couru le cerf aujourd'hui et en est revenu le soir. — Madame la duchesse de la Vallière*. qui s'appeloit dans les Carmélites sœur Louise de la Miséricorde , se trouva dès hier fort mal et en grand danger. La nouvelle en vint ici à onze heures du soir ; mais on ne voulut pas réveiller madame la princesse de Conty, qui est malade et qui prend des eaux. Le mal de madame sa mère ayant augmenté cette nuit, on l'a éveillée de bon matin ; elle est allée aux Carmélites, et madame sa mère est expirée entre ses bras. Elle la trouva presque sans connoissance, cependant elle lui donna quelques signes de vie et d'amitié. Elle voulut même lui parler et lui dire quelques mots, mais les douleurs horribles qu'elle souffroit lui coupèrent la parole. Elle souffroit beaucoup depuis quelque temps et avoit avoué son mal à madame la princesse de Conty depuis six mois. Elle est morte comme une sainte, et jusqu'au moment qu'elle a perdu connoissance elle a offert ses douleurs à Dieu, trouvant qu'elle ne souffroit pas assez (1).
* La fortune de la duchesse de la Yallière, la façon dont elle sut en user et la perdre, les suites qu'elle eut et la sainteté si constamment soutenue de sa pénitence sont trop connues pour avoir besoin d'en parler ici. Le contraste en fut longuement grand avec madame de iMontespan ; lé roi tut presque aussi insensible pour Tune que pour l'autre; mais la vertu de celle-ci lui arraclioit par-ci par-la cptelques retours , comme quand il voulut que les deux daiqjliines Tallassejit voir. Pour madame de la ^ alliere, elle n'eu ouvrit jamais la bouche, et se contentoit de pleurer son malheur de l'avoir aimé tendrement et de l'aimer encore autant que cela pouvoit n'être pas contraire à sa pénitence. La mort de AL de Vermandois, qui la toucha vivement , lit paroître sa force et sa pénitence, jMadame la princesse de Conty lui rendit de grands devoirs et J'aimoit extrêmement, et cette
(1) Madame de la Yallière étoit depuis longtemps dans une grande retraite et une grande pénitence. On lui rcproclie de s'être trop livrée aux >entiinents des novateurs et d'avoir trop étudié des matières de doctrine peu convi-uahifs a une carmélite. {.\ole du duc de Luynes. )
mère si sainte les supportoit avec tendresse, mais avec peine, et les éloignoit tant qu'elle pouvoit. Il ne se peut rien ajouter aux soins qu'elle en eut dans ces derniers jours , ni le détachement et la pénitence avec laquelle elle mourut. Sa pénitence d'esprit, de. cœur et de corps avoit été continuelle et affreuse ; elle avoit été une fois une année entière sans boire, et en fut après à l'extrémité (1). Elle ajoutoit tout ce qui lui étoit possible aux austérités de la vie des Carmélites, et se regardoit comme indigne d'être parmi ces vierges après un péché tel que le sien, et s'en humilioit sans cesse et publiquement, il est pourtant vrai qu'au milieu de ce péché même et de toute la pompe , le crédit , la splendeur de la cour elle en gémissoit ; que son cœur étoit pris , et que le remords et la honte lui en ôtoient toute la douceur. Bonne dame, bienfaisante, désintéressée, elle s'y fit aimer jusque par la reine , qu'elle combla toujours de services et à qui elle voulut faire une amende honorable publique en se jetant dans les Carmélites , 011 elle en fut visitée souvent depuis. Elle y fut l'exemple et les délices de toutes les religieuses , parmi lesquelles elle refusa constamment toutes sortes de charges et d'emplois, pour y vivre comme la plus indigne et la dernière.
Samedi 7, à Versailles. — Le roi fit ses dévotions dans la nouvelle chapelle; madame la duchesse de Bourgogne les y fit aussi. L'après-dinée ils descendirent en bas et y entendirent vêpres , quoiqu'il n'y eût point d'évêque qui y officiât, et dans l'ancienne chapelle ils ne descendoient en bas que quand un évêque officioit. Après vêpres le roi travailla avec le P. le Tellier, donna quelques abbayes de filles et de religieux et quelques canonicats ; mais il n'a point disposé des bénéfices considérables, et il ne le fera qu'après la fin de l'assemblée du clergé, dont on compte que la clôture sera dans quinze jours. — On
(1) « l'n jour du Vendredi-Saint elle se sentit si portée à honorer la soif de Jésus-Christ sur la croix que, pour y rendre quelque hommage et expier le plaisir qu'elle avoit pris autrefois à boire des liqueurs, elle fut plus de trois semaines sans boire une goutte d'eau et trois ans entiers à n'en boire par jour que la \aleur d'un demi-verre. Cette affreuse pénitence ayant enfin été découverte , une de mes .sœurs lui demanda si elle avoit cru la pouvoir faire sans permission et de son propre mouvement. «■ J'ai agi sans réllcvioii , lui répondit-elle, je n'ai été occupée que de satisfaire à la justice de Dieu. » {Lettre de la scEur Magclelaine dn Saint-Esprit , religieuse o^irmélite, sur la vie pénitente et la inorl de la sœur de Louise de la Miséricorde. 1710, in-'i°. T. xni. 12
178 TOURNAL DE DASGEAU.
eut des nouvelles de Madrid qui nous apprennent que le roi d'Espagne n'a pu faire le siège de Balaguier. Les grandes pluies ont fait déborder la Sègre ; les ponts que l'on faisoit ont été emportés. On avoit tiré quelques coups de canon contre la place , la rivière entre deux. Le roi d'Espagne s'est retiré sous Lérida. Le comte de Staremberg, dont la santé s'est rétablie plus tôt qu'on ne l'auroit cru, assemble un assez grand nombre de troupes et a fait revenir toutes celles qui étoient du côté de Girone, étant bien informé que le duc de Noailles n'est point en état d'agir de ce côté-là.
Dimanche 8, jour de la Pentecôte, à Versailles. — Le roi alla à la chapelle en procession avec les chevaliers de l'Ordre; l'abbé d'Estrées officioit. L'après-dinée le roi et toute la maison royale entendirent le sermon de l'abbé de Conflans, qui a été capitaine des chevau-légers et aide de camp dtj, maréphal de Boufflers et qui est présentement un très-bon ecclésiastique. 11 y eut vêpres ensuite, et le roi retourna encore à la chapelle à six heures pour être au salut. La vieille chapelle est présentement renversée; on n'y a laissé que la tribune, qui sert de passage pour aller à la nouvelle (1). — Madame la princesse de Conty* prendra le deuil de madame sa mère, quoiqu'elle fût carmélite et que les autres enfants du roi n'eussent point pris le deuil à la mort de madame de IV^outespan. — On mettra monseigneur le duc de Berry et madame la duchesse de Berry dans les appartement^ qui sont depuis le nouveau salon devant la chapelle jusqu'au degré qui sépare la galerie de l'aile neuve, et pour cela on déloge M, le duc de Chartres et les enfants de M. du Maine, et on leur donne l'appartement qu'avoit monseigneur le duc de Berry, qui est partagé en deux. M. le duc de Chartres en aura un et les enfants de M. du Maine l'autre. — Le roi, après le salut, travailla chez ma-
(1) Cette vieille cliapelle devint, spii^ }iOuis XV, le salon d'Hercule.
dame de Maintenon avec M, Pellelier, et hier, après vêpres, il iravaillaavecM. Voisin.
* Madame la princesse de Conty fut infiniment touchée de la mort de sa mère ; quoique carmélite, elle en drapa , et ce fut un crève-cœur pour les enfants de madame de iNIontespan, qui les mit au désespoir. Cette différence mit au jour celle du double adultère de leur naissance ; il n'y avoit que peu de mois qu'ils avoient perdu leur mère ; ils n'avoieqt osé prendre la moindre marque de deuil ; personne u'avoit osé leur en faire compliment que leurs amis ou leurs familiers, et encore comme en secret , et ils voyoient la princesse de Conty les recevoir publics de la mort de madame de la Yallière et en user pour sou deuil comme ime fille légitime pour sa mère. Cela fut humiliant au dernier point, et senti aussi dans toute son étendue. Madame la princesse de Conty ne le sentit pas moins à travers sou affliction , et affecta de jouir de cette prodigieuse différence avec une complaisance qui sauta aux yeux.
Lundi 9, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, qu'il auroit tenu hier sans la bonne fête. Il travailla raprès-dinéechezluiavecM. de Pontchartrain. — Le roi a approuvé le choix que madame la Princesse fait de madame de Brassac pour dame d'honneur de madame de Vendôme, sa fille. M. de Brassac, son mari, est petitneveu de madame de Brassac qui avoit été dame d'honneur de la reine mère. Avant que de la déclarer et d'en parler au roi , madame la Princesse lui avoit fait écrire par madame de Pompadour pour savoir si cet emploi lui feroit plaisir, et on lui va récrire présentement pour la presser de venir. Elle entrera dans les carrosses et aura 1 honneur de manger avec le roi*. — Nous prîmes il y a quelques jours, en Flandre, la redoute que les ennemis avoient faite à Biache sur la Scarpe, où il y avoit deux cents hommes, qui ont été faits prisonniers de guerre. Les généraux ennemis faisoient avancer des troupes pour la secourir qui arrivèrent trop tard, et comme le maréchal de Villars s'y étoit porté de son côté, cela attira une conversation de ce maréchal avec le prince de Hesse, le ruisseau entre deux. La conversation fut fort polie de part et d'autre .
180 lOURlVAL DE DANGEAU.
* J'ai peine à croire que les Mémoires soient corrects sur ce qui regarde madame de Brassac. 31. de Vendôme étoit eu disgrâce , et la manière dont son mariage se passa le montra bien. C'étoit l'égaler aux enfants du roi , et donner à la dame d'honneur de sa femme la même distinction de celle des filles Pt belles-filles bâtardes du roi par-dessus celle des princesses du sang qui ne l'étoient pas. Danycau la pu avoir ouï dire à madame d'Elbeuf ou à M. de Vaudemont, si ii"' avec M. de Vendôme. Quoi qu'il en soit, le cas n'est point arrivé , et de fait madame de Brassac n'a jamais rais le pied dans les carrosses ni mangé avec madame la duchesse de Bourgogne. Cette dame étoit sœur de Foullé de Martangis, qui a été maître des requêtes et ambassadeur en Danemark; le frère aîné du grand-père de son mari, qui n'eut point d'enfants de la tante paternelle du duc de Montauzier, fut gouverneur de Nancy, surintendant de la maison de la reine , et sa femme dame d'honneur, lorsque madame de Senecey fut chassée et exilée à Randan. M. de Brassac fut ministre d'État un moment et ambassadeur à Rome vers Urbain VIII. A la mort de Louis XIII madame de Brassac fut congédiée, madame de Senecey rappelée, et sa charge de dame d'honneur lui fut rendue avec la survivance à la comtesse de Fleix, sa fille, et la reine mère n'en a point eu d'autres depuis.
Mardi 10, à Versailles. — Le roi tint le conseil de linances et Faprès-dtnée, avant que de sortir, il travailla avec M. Voisin. Monseigneur va demain à Meudon, où il demeurera quelques jours. Madame la duchesse de Bourgogne et monseieneur le duc de Berry allèrent dimanche et lundi jouer au lansquenet chez madame la duchesse d'Orléans, où Mademoiselle jouoit aussi. M. le duc d'Orléans et madame la duchesse d'Orléans sont très-reconnoissants de la manière dont madame la duchesse de Bourgogne en a agi pour ce mariage. Us sont allés aujourd'hui à Paris avec Mademoiselle. Us vont faire les emplettes pour le mariage, et demain ils iront àChelles, où ils ont mis mesdemoiseUes de Chartres et de Valois, qui jusques ici étoient demeurées à Saint-Cloud avec MademoiseUe (1). — U arriva le matin un courrier du
(1) « Monseigneur le duc d'Orléans met en religion mesdemoiselles ses filles au nombre de deux, car il y en a une troisième qui n'a encore que cinq ou .six mois; ces deux princesses aînées étant au désespoir de ce parti. C'est dans i'ab-
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maréchal de Villars par lequel on eut une lettre d'Albergotti du 7. Il mande que les ennemis n'ont encore rien pris. Ils n'ont point pris le chemin couvert et n'ont pas même de logement sur l'angle saillant. Albergotti espère pouvoir tenir jusqu'au 13 et peut-être même un peu plus longtemps. M. le maréchal de Villars a voit espéré pouvoir attaquer un quartier des ennemis et par là secourir Douai. Voici ce que le duc de Berwick mande; je reçus sa lettre hier.
Copie de la lettre du duc de Berwick.
Au camp de Felu, le 6 juin t7(0.
Nous avions fait rompre les écluses de Biache, qui rejetoient l'eau de la Scarpe par la trancliée dans le Sansée , dans l'espérance que l'écluse de Vitry, ne pouvant plus soutenir cegrand poids d'eau, seromproit etqu'ainsi, les ponts des ennemis sur la Scarpe au-dessous de Vitry étant emportés, nous pourrions trouver le moyen d'attaquer le quartier qu'ils ont de l'autre côté de la Scarpe et par là secourir Douai; mais cela n'a pas réussi. La digue de Vitry tient bon, elles eaux que nous avons lâchées n'ont lait qu'augmenter l'inondation, qui s'étend depuis Vitry jusqu'à Ambrain et qui nous empêche de pénétrer par l'autre côté de la Scarpe jusqu'aux lignes de circonvallation.
Mercredi 11, à Versailles. — Le l'oi tint le conseil d'État,
baye de. Chelles oii elles iront (|uanfl les lieux seront disposes, ce que madame la maréchale de Villars va l'aire dès aujourd'hui...
« Les deux princesses (illes de monseigneur le duc d'Orléans sont à Chelles du jour même qu'on en a parlé , si affligées qu'elles ont passe par Paris les rideaux du carrosse fermés, leur train composé d'une sous-gouvernante, avec cinq ou six femmes de chambre non mariées , comme l'abbesse l'a demandé...
"■ M. le duc et madame la duchesse d'Oiléans ont été à Chelles voir les princesses, qui payent une médiocre somme pour leur pension, car on ne parle que de mille écus pour chacune et que le i-etranehement de leur maison en épargnera vingt-(|uatremilleàS. .\. R. " ( U'ffrrsde ht marquise d'Huxelles , des 7, !» et 1,'t juin. }
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et l'après-dinée il alla se promener à Triaiioii. Monseigneur alla dès le matin à Meudon, d'où il reviendra les premiers jours de la semaine qui vient. Le roi prend les appartements de la duchesse Sforce et de madame de Gondrin pour y loger la dame d'honneur de madame de Berry, qui n'est pas encore nommée. On met la duchesse de Sforce dans l'appartement de M. de Monaco, qui est depuis longtemps à Monaco, où il sert très-bien le roi. Il y a même beaucoup dépensé de son argent pour l'aire fortifier sa place, qui est présentement une des meilleures du royaume. On donne à madame de Gondrin l'appartement qu'avoit madame d'Heudicourt, et on donne à M. d'Heudicourt, à qui on avoit laissé jusques ici l'appartement de sa femme, le logement qu'avoit madame de Pracomtal, qui ne vient quasi plus ici. — Madame de Marey, qu'on croyoit qui seroitdame d'atours de madame la duchesse de Berry, étant sa gouvernante, a témoigné qu'elle seroit bien aise de se retirer, malgré tout l'attachement qu'elle a pour sa maîtresse. On la loue fort du sage parti qu'elle prend, et elle sera bien traitée.
Jeudi 12, à Versailles, — Le roi s'alla promenci- à Trianon; madame la duchesse de Bourgogne alla l'y trouver. Madame de Maintenon y vint aussi de son côté avec mesdames de Dangeau et de Caylus. On sut que madame de Maintenon ne songeoit point à la place de dame d'atours chez madame la duchesse de Berry pour madame de Caylus, sa nièce; et pour remplir celte place on parle présentement de mesdames de la Vieuville et de Chiverny. : — L'empereur a enfin accordé à M. de Savoie les iiefs des langues qu'on lui avoit fait espérer, mais dont on ne lui laissoit pas la jouissance libre, et M. de Savoie a promis à l'empereur d'entrer en campagne au commencement de juillet. — Le roi a accordé au maréchal de Berwick son congé pour revenir de Flandre, et dès qu'il sera arrivé ici il en repartira pour aller commander l'armée de Dauphiné. Le siège de Douai va toujours assez
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lentement par la vigoureuse et habile défense defe assiégés. On espère que la place durera du moins jusqu'au 20.
Vendredi 13, à Versailles. — Le roi travailla avec son confesseur. — On a eu des lettres d'Ypres du 11 qui marquent que les ennemis avoient tenté de surprendre cette place par le moyen d'un partisan de la garnison qu'ils croyoient avoir gagné; mais lé partisan en avertit Chevilly, commandant de la placC;, qui fit tenir sa garnison sOus les armes. Les ennemis avoient détaché de leur armée deux mille chevaux ou dragons qui portoient des fantassins en croupe, sous prétexte de renforcer les garnisons de Lille et de Menin. Ce partisan marchoit à la tête de ce détachement avec douze ou quinze hommes des ennemis, le reste suivant d'assez près. 11 se présenta à la barrière, qu'on lui ou^ rit. Les gens à la tète de qui il marchoit furent aussitôt pris. Le gros du détachement sapprochoit. mais le fusil d'un soldat de milice qui étoît dans les deliors ayant tiré, ce détachement s'arrêta ; ils se crurent découverts et ne songèrent plus quà se fetiref; alors on lit feu sur eiLx de tous côtés et on en tua ou blessa environ cinquante. Le roi a donné à ce partisan commission de lieutenant-colonel et une petite pension.
Samedi 14 , à Versailles. — Le roi tint conseil de finances, et l'après-dinée il travailla chez lui avec M. Voisin. — On eut nouvelle que le pape a voit donné au cardinal de la Trémoille les bulles pour l'aljbaye de Saint- Amand telles qu'il les pouvoit demander. On mande aussi d Italie que rempereur a mis le duc de Modène en possession de la Mirandole, contre les espérances qu'on avoit données à Vienne au prince de la Mirandole, qui avoit même offert 200,000 écus pour rentrer dans sa principauté. On ne doute pas que M. de Modène uait fait des offres plus considérables. On assure que l'impératrice, quoique belle-sœur de M. de Modène, n'a pas approuvé qu'il ait emporté cette principaulé-là sur k prince de la Mirandole, à qui elle appartient légitimement et qui par-
dessus cela est son neveu. — Les Anglois ont depuis quelques jours une flotte assez considérable à File de Wight. On voit leurs vaisseaux se promener dans la Manche ; mais jusques ici ils n'ont point encore approché de nos côtes. On assure que dans cette flotte il y a des vaisseaux du premier rang et quelques-uns même de cent pièces de canon, qu'ils n'avoient pas mis à la mer les dernières années.
Dimanche 15, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État et travailla l'après-dinée avec M. Pelletier. Le roi, en sortant de la messe, lit entrer le duc de Saint-Simon dans son cabinet, et lui dit qu'il avoit choisi madame sa femme pour dame d'honneur de madame la duchesse de Berry *. Madame la marquise de la Vieuville en sera dame d'atours. Le roi chargea l'après-dinée madame de Ventadour de le lui mander, et elle vint le soir de Paris faire ses remerciments au roi. On a choisi pour première femme de chambre de cette princesse mademoiselle de laDevaize, qui est une fille qui a toujours été auprès de madame la duchesse d'Orléans et qu'elle estime fort. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent dîner à Meudon avec Monseigneur ; madame la duchesse d'Orléans y vint l'après-dinée et y mena Mademoiselle. — Il arriva un courrier du maréchal de Villars par lequel on apprit que le maréchal de Berwdck seroit ici demain. Ce courrier apporta une lettre d'Albergotti du 12. Il mande que les ennemis ne sont point encore maîtres du chemin couvert. On fait sauter force fourneaux qui incommodent fort les assiégeants.
* Le duc de Saint-Simon savoit ce qui se passoit sur le mariage de M. le duc de Berry ; il avoit entrevu qu'on songeoit à sa femme , et il avoit paré et fait sentir que cette place n'étoit ni de son goût ni du sien. La duchesse de Saint-Simon en parla plus d'un mois d'avance à madame la duchesse de Bourgogne, dans une audience qu'elle lui demanda exprès dans son cabinet, qui lui dit les choses du monde les plus engageantes pour lui persuader de l'accepter. Elle et monseigneur le duc de Bourgogne la destinoient a remplacer la duchesse du Lude , dont
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l'âge et les iufirinites menaçoient, mais qui les survécut longtemps. Madame de Saint-Simon tint bon et obtint au grand regret de madame la duchesse de Bourgogne qu'elle tàcheroit de détourner le roi et madame de Maintenon de penser à elle. Madame la duchesse d'Orléans en parla ouvertement à Saint-Cloud au duc de Saint-Simon, le jour des compliments, qui refusa respectueusement, mais si fermement qu'elle le quitta en pleurant ; elle n'en poussa pas moins sa pointe. Quand il fut tout à fait question du choix , le roi prit une liste des duchesses , entre madame la duchesse de Bourgogne et madame de Maintenon ; car depuis la planche de madame de Ventadour le roi ne crut pas eu devoir nommer d'autres. Il s'arrêta à madame de Saint-Simon, comme à celle dont le mérite , la conduite , la naissance et l'Iiabitude à la voir lui convenoient le mieux. Madame de Maintenon y applaudit malgré son âge, car elle n'avoit que trente-deux ans; madame la duchesse de Bourgogne se taisoit, et le roi lui demanda pourquoi. Elle lui proposa de continuer la liste, qui n'étoit pas au quart ; le roi continua et en revint à madame de Saint-Simon. Surpris de la froideur de madame la duchesse de Bourgogne, il lui demanda si elle avoit quelque chose contre elle; elle répondit qu'il s'enfalloit beaucoup, mais qu'elle croyoit qu'il feroit mieux d'en chercher quelque autre. Le roi et madame de Maintenon, avec qui pourtant madame de Saint-Simon n'avoit aucun commerce et qui n'aimoit point sou mari , pressèrent de nouveau la princesse, qui à la fin dit qu'elle ne savoit si cette place leur conviendroit. A ce mot le roi dit avec vivacité qu'il voyoit bien ce que c'étoit; que le duc de Saint-Simon étoit glorieux et qu'il n'en voudroit point, mais qu'il savoit bien se faire obéir, se remit à louer la duchesse, et se fixa sur elle; puis ajouta qu'il mettroit cette place sur un tel pied qu'il les consoleroit de l'avoir. M. et madame de Saiut-Simon se tenoient cependant à Paris contre leur coutume , pour laisser nommer la dame d'honneur. Le bruit avoit été sur elle dès le moment de la déclaration du mariage , et cela les tenoit fort à l'écart. Cependant le roi fit le logement qu'on voit dans ces INIémoires, et il régla les entrées et les appointements sans aucune différence de ceux de la duchesse du Lude. et payés par lui ; puis, se lassant de voir la refuite, il fit parler au duc de Saint-Simon obliquement et à sa femme par différentes personnes , et n'y gagnant rien il en vint aux menaces et fit entendre au duc par le chancelier et par le maréchal de Boufflers, ses amis intimes, qu'il n'étoit pas accoutumé aux refus et qu'il l'enverroit si loin , et cela nettement exprimé, qu'il auroit longtemps lieu de s'en repentir. Cela les fît résoudre et retourner à Versailles pour n'irriter pas, et voir sil n'y avoit pas moyen encore d'éviter, mais le parti étoit pris et le roi butté. Il n'y eut rien d'honnête dont ils n'assaisonnèrent ce mauvais poisson en discours au mari et à la femme et eu choses, et madame la duchesse
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de Bourgogne l'ut doublement aise de sa fidélité et de ce qu'elle navoit pas réussi. Pour IM. et madame d'Orléans, tous les deux leur en dirent leur avis; puis, comme c'étoit chose finie , ils eurent l'égard de ne leur eji rien faire sentir depuis. Ce fut la première duchesse riche et intimement unie avec son mari et sa famille qui fut faite dame d'honneur de fille de France , et la première aussi qui fit plus pour l'éviter qu'on ne fait pour obtenir les places qu'on désire le plus ; aussi y fut-elle toujours avec la distinction la plus marquée du roi, et de tous les cotés.
LundiiGy à Versailles. — Le roi, après la messe, signa le contrat de mariage de mademoiselle de Rohan , lille du duc, avec le prince de Berghes ; il est grand d'Espagne ; ainsi elle aura les honneurs. On donne à mademoiselle de Rohan une terre qu'on estime 50,000 écus dans sa famille et 50,000 francs en autres effets. Le prince de Berghes est frère de mademoiselle de Montigny *, pour qui AI. de Bavière a beaucoup deconsidératiori, et c'est cet électeur qui obtint du roi d'Espagne , il y a quelques années, lagrandesse pour le prince de Berghes. — Le roi alla diner à Marly ; madame la duchesse de Bourgogne y alla un peu après lui et y mena dans son carrosse madame de Maintenon et Inesdames d'O, de Lévis, de Caylus, Voisin et de Dangeau. Le roi les vint recevoir à la grille de la chapelle. Ils dînèrent dans le cabinet de madame de Maintenon. Ils furent deux heures à table, et le diner se passa fort gaiement. Ils se promenèrent à cinq heures, le roi et madattie la duchesse de Bourgogne dans un petit chariot, madame de Maintenon dans une chaise faite exprès et qu'on traine comme les chariots toujours H côté du roi , et les autres dames dans des chariots qui suivoient. Madame la duchesse de Bourgogne partit à huit heures pour venir ici avec ses dames et le roi une demi-heure après.
* Mademoiselle de ÏMontigny, parfaitement belle et bien faite , étoit chanoinesse de I\Ions, dont son père étoit gouverneur quand le roi le prit. L'électeur de Bavière en devint amoureux après madame d'Arco, mère du comte de Bavière, et l'a été jusqu'à sa mort. Le comte d'Albert, perdu en France comme on l'a vu ici en son temps, s'étoit
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accroché à lui , et, n'ayant rien, se laissa aller à épouser mademoiselle de Montigny , à qui l'électeur vouloit faire une fortune. Il lui donna immensément, flt le comte d'Albert sou grand écuyer, et souvent son ministre en France et dans d'autres cours ; sa famille fut outrée d'un si étrange mariage. Après la mort de l'électeur, en 1726, l'électeur son lils ne s'accommoda point de ce qui avoit régné sous son père , et le comte d'Albert revint en France avec sa femme, qui avoit hérité beaucoup de son frère, mort sans enfants. Ils prirent le nom de princes de Grimberghe , sans rangs'ni honneurs, et n'ont qu'une fille unique, qui aura d'immenses biens.
Mardi il , à Ver milles. — Le roi tint le conseil de finances, travailla l'après-dinée avec M. Voisin et puis alla se promener à Trianon. Monseigneur revintle soir de Meudon. — M. le duc d'Orléans demanda hier ati roi son agrément pour le marquis de Simiane^ qui a traité avec M. de Ghàtillon de la charge de premier gentilhomme de la chambre de S. A. R. M. le duc d'Orléans demande toujours au roi son agrément pour les grandes charges de sa maison. Le roi y a consenti. M. de Simianeen donne 136.000 francs à M. de Ghàtillon. Le roi a donné 2,000 écus de pension à madamela comtesse de Marey *, et M. le duc d'Orléans lui continue les 12,000 francs de pension qu'il luidonnoit comme gouvernante de Mademoiselle. — M. le maréchal d'Harcourt partit le 10 de Bourbonne pour aller commander l'armée d'Alsace. Il doit arriver le 18 à Strasbourg, à moins qu'il ne reçoive un contre-ordre en chemin, et des courtisans qui prétendent être bien irtformés croient qu'on le pourroit bien envoyer ailleurs, si sa santé le lui permet.
* Madame de Marey étoit fille du maréchal deGraucey et de sa seconde femme, sœur du vieux Villarceaux, le grand ami et plus de madame de Mainteuon. Elle étoit devenue veuve très-jeune et sans enfants d'un Grancey comme elle, et avoit demeuré avec son père et sa mère, de qui elle eut la survivance de gouvernante des enfants de ÏMonsieur ; elle l'étoit demeurée de ceux de M. le duc d'Orléans. Elle étoit vieille , avoit des amis , un grand usage du monde, et eut assez de bon sens pour ne vouloir point changer de vie et être dame d'atours de madame
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la duchesse de Berry. Elle mourut tres-âgée et eut toujours de la considération.
Mercredi iS, à Versailles. — Le roi tint le matin conseil d'État, etl'après-dlnéeileut une assez violente colique qui Tobligea de se mettre au lit. Le soir il se trouva fort soulagé ; il se leva et soupa en robe de chambre , mais il ne mangea que du pain dans du bouillon, quoiqu'il se sentit assez d'appétit. On fit entrer les principaux courtisans à son souper, qui fut dans sa chamljre, et après souper il entra dans son cabinet avec la famille royale comme à l'ordinaire et se coucha à onze heures. Monseigneur soupa chez madame la princesse de Conty. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry soupèrent avec madame la duchesse de Bourgogne. M. le maréchal de Berwick eut une audience du roi l'après-dinée avant qu'il se mit au lit et partira demain de Saint -Germain pour le Dauphiné. — L'assemblée du clergé aux Grands- Augustins de Paris est finie de ce matin. Il y a encore quelque petit reste d'affaires qui se réglera chez M. le cardinal de Noailles. Il y eut ces jours passés quelque chaleur entre cette éminence et l'abbé de Maulevrier*, nommé évêque d'Autun, qui sort de l'agence du clergé et qui étoit promoteur de l'assemblée.
' L'abbé de Maulevrier tel qu'il a été de\int ami intime des jésuites et de M. de Cambray, et nommé à révêché d'Autun qu'il vouloit rendre pour une abbaye, ne garda pas grande mesure avec le cardinal de Noailles, qui à la fm ne crut pas devoir tout souffrir.
Jeudi 19, fête de Dieu, à Versailles. — Le roi passa fort bien la nuit et ne se sentit point de sa colique. Il entendit la messe à son ordinaire et attendit la procession dans la chapelle. Monseigneur alla à la paroisse quérir le saint sacrement. Il avoitdans son carrosse avec lui monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne, monseigneur le duc de Berry, M. le duc d'Orléans et mademoiselle de Bourbon. Ils conduisirent le saint sacrement à pied jusqu'à la chapell*^ du chAteau, et le re-
conduisirent de même et entendirent la grande messe à la paroisse. Le roi alla l'après-dlnée à vêpres et au salut. — Le parlement a rendu un arrêt de décret de prise de corps contre le cardinal de Bouillon, contre de Certes, qui est un gentilhomme attaché à lui, et contre un jésuite qui Tasuivi. Le cardinal est encore à Tournay, où il a souvent reçu des visites des généraux ennemis. — Le mariage de mademoiselle de Rohan avec M. de Berghes se fit hier au soir à, Paris chez le père de la mariée, et le marié s'en retourne à l'armée de Flandre, où il commande une compagnie des gardes du roi d'Espagne.
Vendredi 20, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec son confesseur, et laprès-dinée il entendit la harangue du clergé pour la clôture de leur assemblée. C'étoit M. l'évêque de Troyes qui portoit la parole et qui fut fort applaudi. Le clergé ne harangue que le roi à la clôture de leurs assemblées. — il arriva un courrier de Flandre, Notre armée est campée depuis Vis en Artois jusqu'à Arleux, ayant la Sensée devant nous; c'est une petite rivière assez marécageuse. Il y a une lettre d'Albergotti du 17 au soir. Il mande que les ennemis n'ont point avancé depuis le 15. Nous sommes toujours maîtres des places d'armes et de plusieurs traverses du chemin couvert. — On a nouvelle que le courrier qu'on envoie à Borne pour la dispense a passé à Turin (1). On croit qu'il sera de retour ici à la fin de la semaine qui vient, et le mariage se fera le lundi ou le mardi après. On publiera le premier ban dimanche ici et à Paris, à Saint-Eustache, qui est la paroisse du Palais-Royal.
Samedi 21, à Versailles. — Le roi tint le conseil definances; l'après-dinée il travailla avec M. Voisin; à six heures il alla au salut et après le salut il alla se promener à Trianon. — Il arriva un courrier du maréchal de Vil-
(1) Il n'ost point vrai que ce courritT ait passé à Turin, ft on n'en a eu (les nouvelles que de Saint-Jean de Maurienne. (Aofe de Donçeaîi. )
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lars, qui envoie une lettre d Alhergotli du 18 au soir. Il mande que les ennemis n'étoient pas plus avancés que le 15. Par toutes les lettres qu'on reçoit d'Angleterre et de Hollande il parolt qu'on y murmure fort de la longueur de ce siège, qui leur coûte des sommes immenses et où ils perdent beaucoup de monde. Us y ont déjà eu trente ingénieurs tués, et il ne leur en reste presque plus. — Un de nos partisans, sorti de Namur avec deux cent cinquante hommes, trouva moyen d'entrer dans Liège , se rendit maître du corps de garde qui étoit à la porte, alla ensuite sur la place, tua celui qui y commandoit et prit toute la garde. Il pilla les maisons du ministre de l'empereur et celle d'un HoUandois qui commande dans Liège. Après avoir fait un assez gros butin, il ressortit de la ville et emmena cinquante prisonniers. Il n'a eu dans cette affaire-là qu'un soldat tué et un blessé.
Dimanche 22, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, qui fut fort long. Il étoit arrivé un courrier de nos plénipotentiaires avant-hier qu'on renvoie, et on prétend qu'il y a plus d'apparence à la paix qu'il n'y en a eu jusques ici ; mais ce sont raisonnements de courtisans sur les lettres qu'on reçoit d'Angleterre et de Hollande, car le secret de la négociation est fort caché ici. L'après-dînée le roi travailla avec M. Pelletier, alla ensuite au salut et puis alla se promener à Trianon ; Monseigneur y alla aussi. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent souper à la Ménagerie, où monseigneur le duc de Bourgogne les vint •trouver après s'être promené quelque temps avec le roi à Trianon. — Le bruit se répandit qu'on avoit fait partir mercredi dernier un courrier pour faire revenir ici le maréchal d'Harcourt, qui doit être arrivé du 18 à Strasliourg et qui doit ramener Saint-Frémont avec lui.
Lundi 23, à Versailles. — Le roi tint le conseil de
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dépêches. U tiî»a de boniiti heure et alla se [jromener à Marly, et au retour travailla ehez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain. — L'apanage* de monseigneur le duc de Berry est réglé. On lui donne le duché d'Alençon, le comté de Ponthieu, le duché d'Angoulême avec Cognac. Cela vaut au moins 200,000 livres de rente, et c'est à quoi sont réglés les apanages des fils de France. Monseigneur le duc de Berry a souhaité de ne point changer de nom, quoiqu'il n'eût rien dans le Berry; mais il signera seulement dans tous les actes : « Charles, fds de France. »
* Cet apanage ctiangea encore ; il s'y trouva des morceaux entiers où iluerestoit aucun domaine, à donner, sans qu'on y eût pris garde. A l'égard du nom, il est vrai que monseigneur le duc de Berry désira n'en point changer, et le roi aussi. Le fils de M. de Guise dernier et mi bâtard de Charles IX avoient dégradé pour un fils de France les noms d'Alençon et d'Angoulême ; mais pour la signature le bonhomme Dangeau ne savoit pas qu'il n'y eut rien de nouveau à l'égard de monseigneur le duc de Berry, et que tous les fils et filles de France ne signent jamais que leur nom de baptême , comme le roi et la reine.
Mardi 24 , à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, travailla ensuite avec M. Desmaretz ; l'après-dinée il travailla avec M. Voisin. A six heures il alla au salut et après le salut alla se promener à Trianon . — Le courrier qu'on envoyoit par terre à Rome pour la dispense a été retenu à Saint-Jean de Maurienne quelques jours; ainsi il ne sera pas arrivé à Rome sitôt qu'on le croyoit, et on n'attend la dispense que sur hi tin de la semaine qui vient. Monseigneur alla le matin diner à Meudon ol y mena madame la duchesse de Bourgogne dans sa berline. Elle revint ici le soir pour le souper du roi, et Monseigneur, qui comptoit de revenir samedi de Meudon, y demeurera jusqu'à mardi, — U arriva un courrier du maréchal de Villars. Seslettres sont de hier, etilenenvoie une de M. d'Albergotti, qui rend compte d'une action qui se passa le 20, où les ennemis ont perdu Ijeaucoup de
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monde. Ils sVtoient rendus maîtres dune demi-lune ; iM. de Dreux et M. de Mortemart les en chassèrent. Ils revinrent et s'établirent sur la berne ; on fit jouer un fourneau qui les lit tous sauter. Ils revinrent une troisième fois et s'établirent sur un angle de cet ouvrage. Les rendus assurent qu'ils ont perdu plus de deux mille hommes à cette affaire.
Mercredi 25, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'Etat, entendit le salut à six heures et puis alla se promener à Trianon. — Il est arrivé à Cherbourg beaucoup de blé venant de Bretagne. Les officiers de la marine qui conduisoient les bâtiments qui ont apporté ces blés ont évité fort habilement tous les vaisseaux ennemis qui sont dans la Manche ; mais ils sont présentement bloqués dans Cherbourg par beaucoup de vaisseaux anglois, et on sera peutêtre obligé de les décharger pour les faire porter par terre à notre armée de Flandre, où ils sont destinés. — M. le maréchal de Villars mande du 23 qu'il a trouvé un camp en deçà et fort près d'Arras qui est très-bon et qu'il prendra en cas que les ennemis songeassent à le tourner pour l'attaquer dans le camp où il est présentement. Il mande aussi que ce jour-là on a entendu un grand feu à Douai et qu'il ne doute pas que ce ne soit une nouveUe attaque, mais il n'a eu aucune nouvelle de la place. Il y a de la désertion dans notre armée aussi bien que dans celle des ennemis et même de nos meilleures troupes.
Jeudi 26 , à Versailles. — Le roi monta en carrosse avant dix heures avec Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne, monseigneur le duc de Berry, madame la duchesse d'Orléans, mesdemoiselles de Bourbon et de Charolois. Ils allèrent prendre le saint sacrement à la paroisse, le conduisirent à pied jusqu'au reposoir du petit hôtel de Conty et le ramenèrent de même à la paroisse, où ils entendirent la grande messe. Après la messe Monseigneur retournn à Meudon, d*où il étoit venu le matin, et M. le duc d'Orléans