JUI
*M. (le Sablé étoit un homme p;nfaitomont bien fait, avec do IVsprit et de bonue compagnie , mais d'un esprit si déréglé et de si étranges mœurs que les plus débaucliés avoieut honte de le fréquenter. Sur lui tomba la malédiction si ordinaire aux familles des ministres ; il se ruina avec un fort grand bien, qu'il dissipa jusqu'au point que les ISIémoires le rapportent, et passa une longue vie obscure et misérable Il ne voulut faire aucun métier, et il ne fut connu à la guerre que pour s'y être laissé sottement enlever avec Tarrière-ban d'Anjou, que comme sénéchal de la province il menoit joindre M. de Turenne , et s'y fit estropier le pied sans honneur, qui en fut toujours difforme sans l'avoir rendu boiteux. Il mourut comme il avoit vécu et sans s'être uiarié. Il étoit frère de la duchesse de Sully et de l'abbé Servien , un des plus agréables hommes du monde par son esprit, si une débauche plus infâme que celle de son frère ne l'avoit séparé toute sa vie de la compagnie des honnêtes gens , et pour laquelle il fut chassé et mis en prison plus d'une fois sans qu'il ait changé de conduite. Us étoienl enfants de M. Servien, qui, de procureur général au parlement de Dauphiné , fut employé et mis en diverses affaires et fait secrétaire d'f.tat à la mort de M. de Beauclerc ; il fut employé en diverses négociations au traité fameux de Quérasque en 1631 ; mais s'étant brouillé avec le cardinal de Richelieu, il fut chassé en 1636, et reçut cent mille écus de des Noyers pour sa charge de secrétaire d'État. Aussitôt après la mort de Louis XIII, la reine mère le rappela, puis l'envoya avec M. de T-ongueville et IM. d' Avau\ à Munster. Il s'y brouilla avec eux , les fit rappeler; puis (it le traité avec l'empire, et revint à la cour, où il fut fait ministre d'État. Chassé encore, malgré la reine, dar\s les troubles, elle le rappela dès qu'elle le put, et le fit garde de sceaux de l'Ordre et surintendant des finances à la mort de M. de la Vieuville. Il n'en jouit guère que cinq ou six ans et mourut à soixante-six ans en 1659 à Meudon, où il avoit dépensé des trésors, surtout à combler le village , qui étoit en grande partie dans ce qui fait l'avant-conr et la terrasse, et dont le terrain étoit aussi bas que celui qu'où voit encore au bas de cette terrasse, qu'il ne craignit point d'entreprendre et qu'il mit fort près de perfection. Qui lui eût dit que le procureur du roi au (Ihàtelet le Tellier, qui le venoit amuser les soirs, dans sa première fortune, des contes de la ville, et qu'il poussa par là à l'intendance de l'armée d'Italie, surpasseroit la sieuue de si loin et qu'il auroit ini fils plus puissant encore que l'un et l'autre, qui achèteroit Meudon du sien, et qui par les millions qu'il jetteroit en ce lien, sans endomuiager la fortune de ses enfants , la porteroit où ils sont parvenus à Meudon au point des plus belles maisons royales, en sorte qu'il n'y auroit après lui que le roi en état de la posséder. Servien vit encore la peu durable fortune du célèbre Lyonne, fils de sa sœur. Servien eut trois frères
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dont l'un eut plusieurs emplois de finances et do justice en Dauphiné , président de la chambre des comptes , puis du conseil souverain de Pignerol et ambassadeur en Savoie ; il a laissé un fils obscur. L'autre frère fut évêque de Baveux, et le troisième s'est mêlé de quelques négociations en Italie , et a été camérier de Clément IX et d'Innocent XI et a eu des bénéfices. Pour achever ces Servien , il faut ajouter que le surintendant étoit cousin germain de M. Servien, trésorier des parties casueiles a Paris, qui n'eut que trois filles : l'une épousa Bauquemare, président au\ enquêtes à Paris ; l'autre fut mère de MM. de la Frette, célèbres par leur duel et ses suites, puis se remaria à un le Féron , dont elle eut une fille unique qui épousa le duc de Chaulnes, gouverneur de Bretague, si connu par ses ambassades ; et la troisième le duc de Saint- Aignaii, qui fut mère du duc de Beauvilliers et de la femme de Livry, premier maître d'hôtel du roi.
Lundi 30, à Versailles. — Le roi tint deux conseils le matin : celui de dépêches, qu'il ne tient que tous les quinze jours, mais qu'il n'avoit pas pu finir lundi dernier, et ensuite le conseil d'État, qu'il ne finit pas hier à cause de l'arrivée de M. de Mortemart, qu'il avoii voulu entretenir. Après ces conseils le roi alla dîner à Trianon , où madame la duchesse de Bourgogne et madame de Maintenon étoient arrivées avant lui et avoient mené mesdames d'O, de Lévis, de Gaylus, Voisin et de Dangeau. Après le dîner madame la duchesse de Bourgogne y fit venir les duchesses de Villeroy et de Lauzun, la maréchale d'Estrées, mesdames de Nogaret, du Châtelet, de la Vallière et de Gondrin. Le roi y fit venir M. dePontchartrain, avec qui il travailla jusqu'à six heures. Il se promena ensuite dans les jardins jusqu'à huit heures et ramena madame la duchesse de Bourgogne avec lui dans sa calèche. Messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry allèrent tirer chacun de leiu* côté. — Le maréchal de Joyeuse est à la dernière extrémité. Il a quatre-vingts ans passés. Il est gouverneur de Metz, du pays Messin et du Verdunois, ce qui compose un petit gouvernement de province. Il restera encore dix-huit maréchaux de France.
Mardi 1" juillet, à Versailles. — Le roi tint le conseil
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de finances et travailla l'après-dinée avec M. Voisin. Monseigneur revint de Meudon. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent diner chez madame Voisin, où étoit madame de Maintenon, et le soir ils allèrent souper à Folichancourt, qui est un petit endroit dans le jardin que le roi a donné à la maréchale d'Estrées. — Le maréchal de Joyeuse* mourut le matin à Paris. Le roi a donné au maréchal de Villars le gouvernement de Metz, qui vaut au moins 25,000 Uvres de rente. — Le roi fait M. d'Albergotti chevalier de l'Ordre et lui donne le gouvernement de Sarrelouis, qui étoit vacant depuis plusieurs mois par la mort de M. de Choisv. — Les dernières lettres qu'on a eues de nos plénipotentiaires ne nous donnent pas grande espérance de la paix. Les ennemis nous veulent toujours imposer des conditions qui , outre qu'elles sont fort rudes, ne peuvent pas s'exécuter.
* Ce maréchal de Joyeuse pilloit tant qu'il pouvoit pour le manger avec magnificence. Excellent officier de cavalerie, fort bon lieutenant général , mais à qui le commandement d'une armée, qu'il n'eut jamais que par accident, faisoit tourner la tête, et aux autres aussi par sa brutalité. 11 ne laissa point d'enfants d'une fille de sa maison qu'il avoit épousée et qui ne fut pas heureuse avec lui. Il étoit frère cadet d"uu aîné ruiné, qui étoit le comte de Grandpré , ancien et bon lieutenant général , chevalier de l'Ordre, qu'il portoit souvent à pied par les l'ues, et mort longtemps avant lui. L'abbé Quatorze, dont on a parlé en ce volume (1), étoit aussi leur frère. Le maréchal étoit fort vieux et ressembloit à un roi des Huns.
Mercredi 2, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État. — Le roi a fait trois lieutenants généraux, qui soni MM. de Dreux, de Brendlé et de Valory, qui étoient tous trois dans Douai, où ils ont servi très-dignement. Valory étoit l'ingénieur en chef et qui étoit dans Lille avec le maréchal de Boufflers, qui s'en louoit fort. M. de Mortemart a été fait maréchal de camp, et Villelouvet, colonel de dra-
(1) Voir page 110.
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gons réfortné, a été t'ait brigadier. — Le roi, en donnant au maréchal de Villars le gouvernementde Metz, lui conserve les 15,000 francs qu'il lui donnoit pour avoir été gouverneur de Fribourg. — Le roi, dans son conseil, a donné un arrêt par lequel il ordonne qu'un livre imprimé depuis quelques mois, qui est une généalogie de la maison de Bouillon, sera rapporté pour être cancellé. L'auteur de ce livre, qui est M. Baluze*, est exilé à quarante lieues de Paris, et on lui ôte une chaire de professeur qu'il avoit dans Paris. On fera une recherche exacte de tous les exemplaires dudit ouvrage, qui seront déchirés et mis au pilon , attendu qu'un pareil ouvrage n'est fait que pour appuyer une usurpation criminelle et ménagée depuis longtemps par tous les artifices les plus condamnables, ettromper le public dans les droits ou les prétentions des grands du royaume. Ce sont les propres termes de l'arrêt. — Madame de Bullion parla le soir au roi sur ce que M. de Fervaques, son fils, étoit le seul officier considérable de ceux qui servoient dans Douai qui ne fût point avancé. Le roi lui répondit avec Ijeaucoup de l)onté que son fils avoit fort bien fait son devoir, qu'il en étoit très-content, mais qu'elle ne devoit point être étonnée qu'il ne fût point maréchal de camp, n'y ayant que quatre mois qu'il a été fait brigadier.
*BaUize étoit un homme attaché à M. Colbert et qui s'étoit rendu célèbre dans la république des lettres parmi les savants; mais le cardinal de Bouillon le sut gagner et le déshonora par cette généalogie vénale, qui , en tout autre temps , eut passé comme beaucoup d'autres impostures de ce genre , qui y est plus sujet qu'aucun autre. L'éclat de celles-ci fut grand, et par leur évidence démontrée et par le châtiment , sans que ceux pour qui elles avoient été forgées , arrangées et mises au jour avec tant de travail , de temps et de] dépense osassent en dire le moindre mot , dans la crainte de pis pour euxmêmes.
Jeudi 3, à Versailles. — Le roi dina de bonne heure et alla se promener à Marly. M. le duc de Chartres et mademoiselle do Valois, sa troisième sœur, furent
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baptisés dans la chapelle en bas par M. le cardinal de Janson. Monseigneur le duc de Bourgogne et Madame tinrent M. le duc de Chartres, à qui ils donnèrent le nom de Louis. Monseigneur le duc de Berry et Mademoiselle tinrent mademoiselle de Valois, à qui ils donnèrent le nom de Charlotte-Aglaé. C'est madame la duchesse d'Orléans qui a voulu qu'on lui donnât ce dernier nom. Le courrier pour la dispense arriva de Rome, Les fiançailles se feront samedi à six heures dans le cabinet du roi et ils serotit mariés dimanche matin dans la chapelle. — Il y avoit une petite contestation entre M. de Bouillon comme grand chambellan et M. de Beauvilliers comme gouverneur de monseigneur le duc de Berry, savoir qui devoit présenter au roi la chemise qu'il donnera à monseigneur le duc de Berry lejour de la noce en couchant le marié, et le roi a jugé que ce devoit être à M. de Beauvilliers.
Vendredi ï, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec son confesseur. Après son diner il passa chez madame de Maintenon et en sortit à quatre heures pour aller tirer. — On eut des lettres du maréchal de Villars par l'ordinaire. Les ennemis n'avoient encore fait aucun mouvement le 2, et on croit qu'ils ne marcheront encore de quelques jours. — Le maréchal deBerwick écrit deBriancon du 28 ; voici la copie de sa lettre :
« Je ne suis arrivé que hier, ayant visité en partant de Chambéry partie de Savoie [sic]. L'armée des ennemis continue de s'assembler entre Conis et Orbassan. On voiture force munitions de guerre et de bouche à Conis. Je vais demain camper à Guillestre avec un corps de trulipes pour être également à portée de Barcellonette, de Queyras et de Briançon . Notre infanterie est très-beUe et nombreuse. Vallière, maréchal de camp qui commandoit dans Chambéry, est mort. »
Le roi a parlé à Monseigneur comme ayant envie d'aller cette année à Fontainebleau, dont Monseigneur est fort aise. Il a dit même qu'il pourroit partir le i septembre.
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Samedi 5 , à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État et travailla avec M. Voisin l'après-dinée jusqu'à cinq heures ; ensuite il attendit dans son caljinet quon y vint pour les fiançailles. Monseigneur le duc de Berry alla chez Madame, où étoit Mademoiselle, à qui il donna la main et la mena chez madame la duchesse de Bourgogne, où il y avoit plus de dames parées que je n'en ai vu à aucune cérémonie. Ils passèrent tous de chez madame la duchesse de Bourgogne chez le roi. Us entrèrent dans son cabinet, d'où il avoit fait ôter la table autour de laquelle il tient le conseil, et il y avoit tant de dames qu'elles n'y purent pas toutes entrer. On commença par signer le contrat de mariage, et puis le cardinal de Janson les fiança. Après les fiançailles madame la duchesse de Bourgogne mena Mademoiselle chez elle, où l'on joua jusqu'au souper du roi. Madame la duchesse de Bourgogne avoit fait ôter le billard qui étoit dans le salon au bout de son appartement, afin qu'il y eût plus de place et qu'on y pût mettre plusieurs tables de jeu. — Le marquis deRenly*, ancien lieutenant général, qui n'étoit plus dans le service et qui étoit dans une grande dévotion depuis longtemps, est mort. Il étoit lieutenant général de Franche-Comté.
*Ce marquis de Renty étoit un très-brave homme, mais médiocre officier, frère de la maréchale de Choiseul et fils de ce marquis de Renty célèbre par la sainteté de sa vie. Celui-ci étoit un très-honnête homme et fort homme de bien ; il a laissé un fils fort brave aussi, mais d'une vue si basse qu'il n"a pu continuer à servir.
Dimanche 6, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État à l'ordinaire , mais il en sortit un peu de meilleure heure ; puis, quand toute la maison royale fut assemblée, il descendit dans lachapelle en bas, où se fit le mariage de monseigneur le duc de Berry. Le cardinal de Janson dit la messe et fit la cérémonie. M. de Metz et un autre aumônier tinrent le poêle. Au sortir de la messe madame la duchesse de Berry passa devant Madame ; mais elle fut assez polie pour lui dire : « Poussez-moi donc, Madame :
car il faut me pousser pour me faire passer devant vous , et il me faut encore quelque temps pour m'accoutumer à cet honneur-là. » L'après-dinée le roi tint encore le conseil d'État^ qu'il n'avoit pu finir le matin. Il travailla le soir avec M. Pelletier chez madame de Maintenon , et un peu avant dix heures il en sortit et passa chez madame la duchesse de Bourgogne^, où tous les princes et les princesses du sang étoient assemblés. Ils en sortirent aussitôt et se mirent à table selon leur rang. Le souper étoit dans la pièce qui est entre la chambre du roi et celle où il soupe d'ordinaire. Ils étoient vingt-huit à table : le roi. Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne, monseigneur le duc de Berry, madame la duchesse de Berry, Madame, M. le le duc d'Orléans, madame la duchesse d'Orléans, madame la grande duchesse, M. le duc de Chartres, madame la Princesse, M. le comte de Charolois, les deux princesses de Conty veuves, mademoiselle de Chartres, mademoiselle de Valois, mademoiselle de Bourbon, mademoiselle de Charolois, madame la duchesse du Maine et madame de Vendôme, M. le prince de Conty, mademoiselle de Conty, mademoiselle de la Roche-sur- Yon , M. le duc du Maine, M, le prince de Dombes, M. le comte d'Eu et M. le comte de Toulouse. Madame la Duchesse n'étoit point à ce souper à cause du grand deuil où elle est *. Après le souper on alla chez M. le duc de Berry et madame la duchesse de Berry à leur nouvel appartement. Toutes les tînmes de la cour qui étoient en haie dans la grande galerie suivirent et entrèrent dans l'appartement de la mariée. Le car dinal de Janson fit la bénédiction du lit, et puis le roi alhi donner la chemise à monseigneur le duc de Berry; ce 'fut M. de Beauvilliers qui la lui présenta. Madame la du. chesse de Bourgogne donna la chemise à madame la duchesse de Berry; ce fut madame de Saint-Simon (pii la lui présenta; et le roi, après les avoir vu mettre au lit, se retira et tout le monde sortit avec lui.
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* A ces festins royaux , où les princes et les princesses du sang sont admis , les duchesses et princesses étrangères ne s'y trouvent jamais ; celles qui sont en fonction auprès de madame la duchesse de Bourgogne, comme précédemment de la reine et de madame la Dauphine, comme la dame d'honneur et les dames du palais en semaine, l'accompagnent jusqu'au lieu du festin, puis se retirent. A la fin du fruit, elles viennent attendre dans la pièce où le roi passe après le festin. Cela se fit de la sorte en celui-ci , et par la duchesse de Saint-Simon même, quoique dame d'honneur de la mariée, et cela s'est passé toujours de ^îiéme, et avant et depuis.
Lundi 1 , à Versailles. — Le roi tint le conseil de dépèches, passa de bonne heure Taprès-dinée chez madame de Maintenon, où la reine d'Angleterre et la princesse sa fille vinrent à quatre heures. Elles furent assez longtemps avec le roi , et, quand elles l'eurent quitté, il alla se promener à Marly et au retour de la promenade travailla avec M. de Pontchartrain. La reine d'Angleterre et la princesse sa fille, qui étoient arrivées avant quatre heures, allèrent d'abord voir Monseigneur, qui étoit chez madame la princesse de Conty , et, après avoir vu le roi chez madame de Maintenon , elles allèrent chez madame la duchesse de Bourgogne, qu'elles trouvèrent jouant dansle salon au bout de son appartement, où étoient toutes les dames de la cour, que le roi avoit ordonné qui fussent aussi parées que le jour de devant, afin que là reine d'Angleterre vit la cour dans sa magnificence (1). La reine, après avoir demeuré là quelque temps, alla rendre visite à monseigneur le duc de Berry et à madame la duchesse de Berry^ et puis s'en retourna avec la princesse sa fille à Chaillot. — On eut par l'ordinaire de samedi des lettres de Madrid du 23 par lesquelles on apprend que
(1) « Jamais tant (le magnificence pour les dames ni tant de coupeurs de bourse, dont M. d'Aigenson avoit donné avis, comme de leurs habits en toutes laçons d'ecclésinsficjues et de milifaires; mais le plus remarcpiable vol a ëlé la montre de inadamc Voisin. » {Lettre de la marquise d'Bitxelles, du 9 juillet.)
le roi d'Espagne avoit fait un détachement de son armée, commandé par Mahoni, et qu'il a pris Cervera, Ygualada et Calaf. On a trouvé dans ces petites villes-là les principaux magasins de l'armée de l'archiduc ; il y avoit même cinq mille habits pour les troupes qui lui arrivent d'Italie. On mande que présentement par la prise de ce magasin le pain et le vin sont d'une cherté prodigieuse dànfe l'armée ennemie. Le roi d'Espagne est campé avec Ife gros de son armée à Belpuech.
Mardi S, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla longtemps ensuite avec M. Desmaretz. Après son diner il travailla avec M. Voisin jusquà cinq heures, et puis alla se promener à Trianon . Monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne, monseigneur le duc de Berry et madame la duchesse de Berry allèrent souper à la Ménagerie. — Le roi hier, aii conseil de dépèches, donna une déclaration, qui sera incessamment registrée au parlement par laquelle les bénéfices qui viendront à vaquer à la nomination du cardinal de Bouillon seront donnés par les évêques des lieux oii les bénéfices seront situés, sauf aux grands vicaires de ce cardinal de soutenir leurs droits au parlement, à qui le roi rien voie la connoissance de cette affaire. — Les dernières nouvelles d'Angleterre sont que la reine Anne a ôté la charge de secrétaire d'État à milord Sunderland , gendre de Marlborough , et, après lui avoir ôté la charge, elle liii envoya offrir une pension de 3,000 guinées, qu'il refusa, mandant à la reine que, s'il avoit bien servi, il ne lui falloit point ôter sa charge, et que, s'il avoit mal servi, il ne méritoit pas une pension. La reine Anfte paroit fort lasse aussi de madame de Marlborough, sa dame d'honneur, et l'on dit qu'elle va mettre en sa place la duchesse de Sommerset.
Mercredi 9, à Marly. — Le roi tint le conseil d'Étnt à Versailles et en partit aussitôt après son diner pour venir ici, où l'on demeurera dix-huit jours. Madame la duchesse
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de Berry vint avec madame la duchesse de Bourgogne et loge dans le corps du château, dans l'appartement qui touche à celui de monseigneur son mari. Il a fallu pour cela déloger des dames qui logeoient toujours dans le château, dont est la duchesse du Lude, à qui le roi a eu l'honnêteté de faire dire par madame la duchesse de Bourgogne qu'elle choisisse de tous les appartements de Marly celui qui lui conviendroit le mieux, et elle a choisi le premier pavillon en haut. Le bas de ce pavillon est pour une des filles de madame la Duchesse. Les deux princesses ses filles seront ici tous les voyages, et l'une des deux demeurera avec elle dans son appartement. Il y a beaucoup de dames ce voyage-ci et fort peu d'hommes ; on en a même logé quelques-unes dans les pavillons où on ne logeoit d'ordinaire que des hommes. — On eut des lettres du maréchal de Villars du 8. Les ennemis n'avoient pas encore marché , maison compte qu'ils marcheront le 10.
Jeudi 10, àMariy. — Le roi courut le cerf l'après-dinée ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse. Madame la duchesse de Bourgogne et madame la duchesse de Berry étoient à cheval et étoient suivies de la maréchale d'Estrées, de mesdames de la Vallière, de Listenois et de Rupelmonde. Elles essuyèrent un violent orage et revinrent mouillées jusqu'aux os et fort écorchées. La comtesse de Tonnerre est de ce voyage pour la première fois. — M. le duc d'Orléans a donné en mariage à. madame la duchesse de Berry 800,000 francs, dont il lui paye la rente, et 100,000 écusen pierreries, et pour plus de 100,000 francs d'habits ou de linge. — Le P. le Tellier a eu avis de la mort de l'évèque d'Aire. Il s'appeloit Matha et étoit frère de Matha à qui le roi a donné cet hiver un régiment d'infanterie. — M. Voisin vint trouver le roi au retour de sa promenade ; il entra avec lui chez madame de Maintenon. — Le maréchal de Villars mande que les ennemis n'avoient point marché le 9, mais que
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dans leur armée on assuroit qu'ils dévoient marcher aujourd'hui.
Vendredi 11 , à Marly. — Le roi, après son dîner, travailla avec le P. le Tellier. Sa Majesté avoit appris, à son lever, la mort de l'archevêque de Toulouse. — Voici une liste des bénéfices vacants.
Archevêché de Reims, avec Saint-Thierry. 45,000 livres.
Archevêché de Toulouse .30,000
Évêché d'Évreux 15,000
Évêché de INîmes 40,000
Évêché de Vahres 14,000
Évêché de Comiu^es 24,000
Évêché de Séez 14,000
Évêché d'Aire 22,000
Abhaye de Saiiit-Rémy 45,000
Abbaye de Bonne-Fontaine 6,000
Abbaye de Breteuil 8,000
Abbaye de Saint-Étienne de Caen. . . 37,000
Abbaye de Sainte-Bénigne l4,ooo
Abbaye de la Roe 3,000
Abbaye de Saint-Séverin 2,400
Abbaye de Baigne 6,000
Abbaye de Mouzon 12,000
Abbaye d'Élan 8,000
Abbaye de Belle-Fontaine 4,0 00
Abbaye de N.-D. de Clermont. . . . 8,ooo
Abbaye de Saint-Léger 6,ooo
Abbaye de Saint-Eusèbe 1,500
Abbaye de Jonselle , Béziers 3,000
Abbaye de Saint-Denis 8,000
Abbaye de Saint-Serge 5,000
Abbaye de Sauve-Majeure 4,000
Abbaye de Montiez Saint Jean 14,000
Abbaye de Genlis 2,000
Abbaye de Cellefroin 2,000
Abbaye de Chalivoy , Bourges 3,000
Abbaye de Bouras, Auxerre l,500
Abbave de l'arehevèché de Toulouse. 8,000
206 JOURNAL DK nANOEAF.
Abbaye de l'évêché d'Airp. ..... 3,0Q0 livres.
Prieuré du Payrate 2,400
Prieuré Dieu s'en-souvienne. ..... 1,200
Prieuré du Quartière 800
Prieuré de Rezy, filles 2,000
Il arriva à midi un courrier du maréchal de Villars. Il mande que les ennemis marchèrent hier et campèrent sur le ruisseau de Lens. Leur marche de demain nous fera juger s'ils veulent aller à Bélhune ou s'ils songent à nous tourner dans notre camp , qui est si bon et en si bon état qu'on est persuadé dans notre armée qu'ils ne sauroient nous y attaquer.
Samedi 12, à Marly. — Le roi , après la messe, passa chez madame de Maintenon, et à onze heures alla se promener dans les jardins. L'après-dinée il courut le cerf; la chasse fut fort longue ; mesdames les duchesses de Bourgogne et de Berry y étoient en calèche : Madame y est à toutes les chasses. Monseigneur voulut courre le loup , mais il n'en trouva pas. Monseigneur le duc de Berry étoit avec lui et vint trouver le roi à la chasse du cerf. Monseigneur le duc de Bourgogne alla l'après-dlnée à Versailles, où il fut longtemps avec son confesseur ; ce prince communie tous les quinze jours. Le soir le roi travailla avec M. Voisin chez madame de Maintenon- — On a reçu des lettres de Provence et de Dauphiné qui prétendent que M. le duc de Savoie et les deux princes ses fils ont la rougeole; M. de Monaco et M. de Berwickle mandent aussi. Il y a même dans quelques-unes de ces lettres tfue M. de Savoie est fort malade et qu'il a reçu tous ses sacrements. — Il n'arriva point de courrier de M. le maréchal de Villars, qui est une marque que les ennemis n'ont point marché le 11.
Dimanche 13, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État etraprès-dinéeiltravailla avec M. Pelletier. — Ilarriva un courrier du maréchal de Villars. Les ennemis marchèrent hier et campèrent leur gauche vers le mont Saiat-Éloy
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et leur droite àGouy; leur centre est ;YAul)ig'ny. On pe sait point encore leur dessein; mais on croit qu'ils feront le siège de Béthuue , parce qu'ils ne peuvent pas nous attaquer dans notre camp. Nous avons notre droite à Agny et notre gauche appuyée au bois de Miraumont et devant nousleCrinclîon, qui est un beau ruisseau quitombe dans la citadelle d'Arras. — Le roi a donné les évêchés vacants ; mais il n'y en a point de liste ; et tout ce que nous en savons présentement c'est que rarchevêque d'Arles a eu l'archevêché de Reims, et l'abbé de Dromesnil, neveu du maréchal de Boufflers et aumônier du roi, a l'évèché d'Autun , que l'on avoit donné à l'abbé de Maulevrier et qu'il a rendu. 11 n'avoit point pris de bulles. — Ce voyageci est allongé de hiiit jours. On n'en partira que le 2 du mois qui vient.
Lundi 14, à Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdînée; mesdames les duchesses de Bourgogne et de Berr y étoientàchevalà la chasse. Monseigneur le duc de Berry, qui avoit été le matin avec Monseigneur pour courre le loup, revint à la chasse du cerf. Le soir le roi travailla avec M. de Pontchartrain.
Liste des évêchés qui ont été donnés : Reims à l'abbé de Mailly , archevêque d'Arles ; Autun à l'abbé de Dromesnil; Nimes à l'abbé de la Parisière ; Comminges à l'abbé du Bouchet; Évreux à l'abbé le Normand; Séez à l'abbé Turgot; Vabres à l'abbé de la Chapelle; Aire à l'abbé de Montmorin. Toulouse et Arles ne sont point donnés ni la place du conseil qu'avoit le feu archevêque de Reims, ni sa charge de maître de la chapelle. On croit qu'il y a une partie des abbayes données ; mais on ne le sait pas encore.
Saint-Frémont, qui est arrivé de l'armée d'Allemagne en Flandre, a été mis dans Cambray pour y commander.
Mardi 15, à Marly. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite longtemps avec M. Desmaretz; après sou duier il travailla avec M. Voisin. — Le roi
donna ces jours passés l'abbaye de Saint-Réray de Reims à M. le cardinal Gualtieri, qui a arboré les armes de France à Rome; elle vaut i2,000 livres de rente toutes charges payées ; et l'abbaye de Saint-Etienne de Caen, qui n'est guère moins bonne, au cardinal de la Trémoille. — 11 arriva un courrier de nos plénipotentiaires, à qui les députés de MAI. les États Généraux ont fait en dernierlieu des propositions encore moins recevables que les autres. Ils veulent , auparavant que de parler de paix, que nous fassions revenir le roi d'Espagne en ce pays-ci de gré ou de force et sans qu'ils s'en mêlent ; ainsi on ne doute pas qu'on n'envoie incessamment ordre à nos plénipotentiaires de revenir. — Les ennemis en Flandre n'ont point marché depuis deux jours; ils attendent un grand convoi qui leur vient de Douai. — Le maréchal d'Harcourt arriva ici le matin , et il fut une demi-heure dans le cabinet du roi avec M. Voisin avant le conseil.
Mercredi 16, à Marly. — Le roi tint le conseil d'Etat; et il fut résolu de faire revenir nos plénipotentiaires. On a fait partir ce soir le courrier qui leur en porte l'ordi'e, à moins que les Hollandois ne les retiennent en leur faisant des propositions plus raisonnables et plus aisées à exécuter. — On ne doute plus ici, par les lettres qu'on reçoit de Flandre, que les ennemis ne veuillent faire le siège de Réthune; on croit même que la place est investie d'hier au soir. C'est du Puy-Vauban , lieutenant général, qui en est gouverneur: il a pour maréchal de camp , sous lui, Rooth , Irlandois fort estimé. Il y a quatre mille hommes effectifs dans laplace. On avoit offert à du Puy- Vauban d'y en mettre davantage, mais il a répondu qu'il étoit content de ce qu'il avoit de garnison et qu'il ne manquoit de rien dans sa place. Le convoi que les ennemis attendent de Douai n'en étoit pas encore sorti. D'Aremberg , mestre de camp , incorporé dans le régiment Royal-Allemand, avoit été détaché avec cinq cents chevîiux. 11 il battu six troupes que les ennemis avoient.
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envoyées pour escorter leurs iourrageurs du côté de la Candie. lia ramené au camp deux ou trois cents chevaux qu'il a pris, parmi lesquels il y en a de fort bons.
Jeudi 17 , à Marly. — Le roi se promena le matin dans ses jardins et courut le cerf l'après-dinée. Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse ; madame la duchesse de Bourgogne et madame la duchesse de Berry y étoient en calèche. Il y eut un retour de chasse chez madame la duchesse de Bourgogne où étoient Monseigneur, monseigneur le duc de Berry, madame la duchesse de Berry, madame la duchesse d'Orléans, M. le duc du Maine, M. le comte de Toulouse et quatre dames qui les avoient suivies à la chasse en calèche. — M. le duc d'Orléans a ôté à la marquise de la Ferté , à madame de Stafford, à madame de Tilly, belle-sœur de madame d'Argentan , à madame de Boche-Baron ^ à madame de Verneuil et à madame de Fussey les logements qu'il leur avoit donnés depuis assez long temps dans le Palais- Boyalà Paris. Toutes ces dames étoient les grandes amies de madame d'Argentan. — Le maréchal de Berwick mande du 13 que M. de Savoie est hors de danger «^t qu'il est allé à une de ses maisons de campagne pour])rendre l'air et achever de se guérir. Il n'a été en danger qu'un jour, et il est vrai qu'il avoit reçu le viatique. — Le roi, avant que d'aller à la messe, donna une assez longue audience au maréchal d'Harcoui't.
Vendredi 18, à Marly. — Le roi alla tirer raprès-dînée et ne travailla pointavecson confesseur, comme il a accoutumé de faire tous les vendredis , et on croit qu'il ne donnera les abbayes qu'à la N.-D. d'août. — Il n'arriva point de courrier du maréchal de Villars : on apprend seulement par l'ordinaire que les ennemis ont toujours leur gauche au mont Saint-Éloy et leur droite à Saint-Paul. Le convoi qu'ils attendent de Douai n'étoit pas encore arrivé. — Le roi a envoyé une lettre de cachet aux moines de Saint-Denis pour, faire ôter les armes de la maison de
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Bouillon qui étoient à-Fautel, aux vitrages et à la voûte de la chapelle où est enterré M. de Turenne. Dans cette lettre il y a un grand éloge pour feu M. 'de Turenne ; mais le roi désapprouve que les moines aient laissé mettre dans cette chapelle les armes de la maison de Bouillon ; celles même du cardinal de Bouillon avec le chapeau étoient aux vitrages, et le roi envoie de Cotte pour faire effacer les tours qui étoient peintes avec les fleurs de Us *.
* A la mort de M. de Turenne, où le roi fit tant pour sa mémoire, il ne voulut pas que les honneurs faits au héros tournassent en titres pour sa maison. Il défendit le nom, le titre et tout ce qui pouvoit sentir le prince, et même les armes de sa maison, qu'il ne jugea pas convenables dans l'église de la sépulture des rois. Dans la suite, sous prétexte d'orner la chapelle de M. de Turenne, le cardinal de Bouillon glissa -ce qu'il voulut; il paya, il caressa et tout passa. Le roi, dans sa colère contre ce cardinal , ayant su que la généalogie de Baluze faisoit descendre ]\DI. de la Tour des anciens ducs d'Aquitaine et comtes d'Auvergne , fondateurs de Cluny, se douta bien que le cardinal de Bouillon, abbé de Cluny, s'y seroit espacé un monument conforme, et, comme le livre et l'auteur furMit condamnés et châtiés , il ne voulut pas qu'il demeurât à Cluny de vestiges qui le soutinssent. Cela le fit souvenir que, malgré ses ordres, le cardinal de Bouillon auroit bien pu fourrer aussi des monuments de sa vanité à Saint-Denis , et c'est ce qui fit foire ces recherches où ceux qui y furent employés se hasardèrent à montrer plus de pitié que de fidélité, autant qu'ils le purent sans se trop commettre, et obliger sensiblement MiM de Bouillon, qui n'osèrent souffler. Rien ne piqua tant le cardinal que cette recherche, et c'est ce qui lui fit vomir les libelles qu'il fit faire à Tournpy, dont les Mémoires parlent eu la page suivante.
Samedi id, àMarhj. — Le roi se promenale matin dans sesjardinset après son diner il travailla avec M. Voisin. — On n'eut des nouvelles de Flandre que par l'ordinaire. Les ennemis n'avoient point marché le 17, et leur convoi n'étoit pas encore arrivé. On attend ici M. d'Albergotti ; il doit arriver lundi. — Mesdameslesduchessesde Bourgogne et de Berry lircnt niédianocho chez madame la duchesse d'Orléans. — Quand le roi lit écrire la lettre de cachet pour Saint-Denis par M. de Pontchartrain, il lui ordonna
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(l'en garder le secret jus(|u"ci ce que, la chose rûtexécuU'e. et lui défendit bien expressément d'en parler à M. de Bouillon, lui disant : « IH-enez garde que l'alliance que vous avez avec lui ne vous porte à lui en donner la moindre connoissance. » Le roi a l'eût écrire à Gluny aussi, où le cardinal vouloit faire établir des tombeaux pour les gens de sa maison. On a imprimé à Tournay un écrit sur le décret de prise de corps de ce cardinal. Je ne crois pas que cette éminence avoue cet écrit-là, qui est encore beaucoup plus fort que sa lettre au roi et que celle qu'on a écrite au président de Maisons etdont onle croit l'auteur.
Dimanche 20, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État , travailla après son dîner avec M. Pelletier et puis alla tirer. Monseigneur a un'peu de goutte, qui ne Fa pas empêché de paroitre dans le salon . — Il n'est point arrivé de courrier de Flandre, mais on apprend par les lettres du 18, qu'on a reçues par l'ordinaire, que Béthune a été achevé d'investir le 16. Les ennemis sont toujours dans le même camp et ontdétaché seulement trente bataillons pour fairelesiége; si bien qu'ils sont encore plus forts que nous. — Onmandoil de Bayonne ces jours passés qu'on avoit fait le procès au duc de Médina- Céli et qu'on l'avoit condamné à mort; que le roi d'Espagne avoit comniué la peine de mort en une prison perpétuelle; mais , par les lettres de Madrid, qu'on reçut hier au soir, on n'apprend rien du tout. L'armée d'Estramadure est entrée dans les quartiers d'été, et celle des Portugais y est entrée aussi.
Lundi 21, à Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdinée; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans ^a calèche. La goutte de Monseigneur a un peu augmenté, et il a assez souffert la nuit passée. Le roi ne travailla point avecM. dePontçhartrain, quoiquece soit son jour ; il la remis à mercredi. Au retour de la chasse - M. Voisin vint chez le roi et lui apporta des lettres du maréchal de Villars qui sont venues par un courrier de retour ; ces lettres sont de hier au soir. Il mande que les en-
nemis ont fait un petit mouvement qui n'est que de rapprocher leur droite des troupes qu'ils ontdétacliées pour le siège de Béthune; c'estM. de Schulembourg et M. Fagel qui font ce siège. Ils ont donné il y a déjà quelques jours au général Hompesch le gouvernement de Douai. Le courrierqui est arrivé a trouvé M. d'Alhergotti en chemin , et il viendra ici demain.
Mardi 22 à Marhj. — Le roi tint le conseil de finances et travailla ensuite longtemps avec M. Desmaretz. L'aprèsdinée M. Voisin lui amena M. d'Alhergotti, qui fut assez longtemps dans le cabinet du roi^ et puis ce ministre, qui l'avoit amené, demeura à travailler avec le roi. Monseigneur souffre un peu moins de sa goutte; mais il ne peut pas encore mettre le pied à terre ; le roi le va voir deux fois le jour. — Albergotti a dit au roi que la tranchée n'étoit pas encore ouverte à Béthune, mais il croit qu'elle le sera au plus tard le 24. Le grand convoi qu'ils attendoientde Douai étoit arrivé ; ils l'ont fait venir à couvert de la Deule. Il a été plus longtemps en chemin , mais il est venu plus sûrement, — Madame de Dangeau et madame de Gourcillon ne sont point du voyage. Elles avoient voulu demeurer à Paris auprès de mon fils; mais, comme il se porte mieux , le roi a trouvé bon qu'elles vinssent passer quelques jours ici.
Mercredi 23, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État, et travailla l'après-dînée avec M. de Pontchartrain. Monseigneur ne souffre plus de sa goutte , mais il ne sauroit marcherencore ; il s'est mis dans une chaise are ssrtqu 'il mène lui-même et a passé une partie de l'après-dinée dans le salon. — Il est arrivé depuis quelques jours à Antibes et à quelques ports de Provence cinquante-deux bâtiments françois sur lesquels il y a soixante-douze mille charges de blé et pour sept ou huit millions de marchandises. L'officier qui en est arrivé dit que sur son vaisseau seul il y en a pour deux millions. — Albergotti a eu un logement ici ; il y demeurera un jour ouideux. Le roi est bien
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dise de rentrelenir. Il retournera demain au soir à Paris, et en repartira samedi prochain pour se rendre à l'armée du maréchal de Villars, qui est pour le moins aussi incommodé que quand il partit d'ici pour aller commander l'armée.
Jeudi 24., à Marhj. — Le roi courut le cerf l'aprèsdinée ; madame la duchesse de Berry étoit avec lui dans sa calèche. Madame la duchesse de Bourgogne n'a pas pu être de lâchasse, parce qu'elle est un peu incommodée. 11 y avoit, dans une autre calèche à quatre, mesdames de Saint-Simon , de la Vieuville , de Tonnerre et de Courcillon. — On n'a point encore nouvelle que la tranchée soit ouverte à Béthune, mais on compte ici qu'elle le sera ce soir. — M. le Camus de la Grange, intendant à Pau et iils du premier président de la cour des aides, est mort dans son intendance. M. le lieutenant civil, son oncle, est à l'extrémité à Paris. — Le P. le Tellier est venu ce soir pour travailler demain avec le roi, et on est persuadé que les bénéfices vacants se donneront demain. On ne doute pas que M. Desmaretz n'ait pour son fils l'abbé f abbaye de Sainte-Bénigne de Dijon, qu'il a demandée.
Vendredi 25, à Marly. — Le roi travailla laprès-dlnée jusqu'à cinq heures avec son confesseur; et puis le père s'en alla à la maison de Mont-Louis sans rien dire de la distribution des bénéfices. On sait seulement qu'elle est faite. — On attend un courrier des plénipotentiaires par lequel on apprendra sûrement s'ils viennent, ou si on les a priés de demeurer encore à Saint-Gerdruydenberg; car ils avoient notifié à MM. les États Tordre que le roi leur a donné de revenir en cas qu'on ne leur fasse pas des propositions plus raisonnables. — M. de Savoie estfori mécontent de l'empereur; il s'en est expliqué même asstîz fortement avec les généraux de S. M. L II leur a déclaré qu'il ne serviroit point cette campagne , mais que cependant, quoiqu'il ne lût obligé dans son traité qu'à fournir ([uatorze iniMe lionmies, il en auroit seize cette année. Il
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a fait dire à la reine Anne et aiix États Généraux, par les ministres qu'il a en Angleterre et en Hollande, que, si on ne lui tenoit pas mieux parole à l'avenir, il verroit à prendre son parti.
Samedi 26 , à Marly. — Le roi se promena le matin et l'après-dinée dans ses jardins après avoir travaillé avec M. Voisin. Monseigneur n'a plus que de la foiblesse et commence à marcher. — On ne sait encore que trois abbayes données, celle de Saint-Denis dans Reims à Tarchevèque d'Aix, celle de Sainte-Bénigne de Dijon à l'abbé Desmaretz, fils du contrôleur général , et celle de N.-D. de Clermont au pays du Maine à l'abbé de Dangeau, mon frère. — Durant que le roi se coucboit, il arriva un courrier de l'abbé de Polignac. Nos plénipotentiaires sont en chemin pour revenir. Ils doivent avoir couché la nuit passée à Anvers, et ils seront mardi à Paris. — Le maréchal de Villars n'est point en état d'achever la campagne. Il ne peut pas faire un pas à cheval et demande son congé et la permission d'aller aux eaux ; on dit qu'il veut prendre celles d'Aix-la-Chapelle.
Dimanche 27, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État, qui fut ])ien plus long qu'à l'ordinaire, et ne se mit à table qu'à deux heures. Après son diner il travailla avec M. Pelletier, et puis alla tirer. Madame la duchesse de Bourgogne, monseigneur le duc de Berry et madame la duchesse de Berry allèrent sur les six heures à la roulette avec mesdemoiselles de Bourbon et de Charolois et beaucoup déjeunes dames qui n'y avoient jamais été. Il y avoit plus de trois ans que personne n'avoit été à la roulette. — Le matin, un peu devant que le roi sortit du conseil, il arriva un courrier du maréchal de Villars, qui mande que la nuit du 2i au 25 la tranchée avoit été ouverte à Béthune; que ce soir-là duPuy-Vauban avoit fait faire une sortie qui avoit très-bien réussi ; que l'action avoit duré deux heures et qu(! les assiégeants y ;ivoient pei-du huit cents homme's.
Lundi 28, à Marly. — Le roi courut le cerf; madame
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la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Le soir il travailla chez madame de Main tenon avec M. de Pontchartrain. — M. le lieutenant civil tùourutàParis.ll étoit frère du premier président de la cour des aides et du feu cardinal le Camus. M. de Nicolaï, premier président de la chambre des comptes, avoit épousé sa fille unique, qui est morte et qui a laissé un garçon et une fille. M. le lieutenant civil, qui étoit brouillé avec M. de Nicolaï, son gendre, n'a point voulu que son fils eût son bien, qui est très-considérable, car on croit qa il laisse au moins 600,000 écus de bien, et l'on dit même, dans sa famille , que cela va à trois millions. 11 fait sa lég-ataire universelle mademoiselle de Nicolaï, sa petite-fille. Quelques jouifs avant que de mourir il avoit traité de sa charge avec M. deMachault, maître des requêtes, qui lui en donnoit .500,000 francs. La charge étoit fixée à beaucoup moins; mais depuis que le roi a ordonné le rachat de la paulette, on a ôté la fixation des charges. Le roi n'a pas donné l'agrément de cette charge à M. de Machault.
Mardi 29, à Marly. — Le roi tint le conseil de finances, et l'après-dlnée il travailla chez lui avec M. Desmaretzet M. Voisin ensemble, ce qu'il n'avoit point encore fait. La reine d'Angleterre et la princesse sa fille vinrent ici; le roi les mena à la roulette. Elles soupèrent ici, et la reine se trouva un peu incommodée après le souper. Elles s'en retournèrent àl'heure ordinaire à Saint-Germain . — Nos plénipotentiaires arrivèrent à Paris, où ils virent M. de Torcy; ils viendront ici demain. — Il arriva un courrier deiM. de Roquelaure, qui mande que la flotte ennemie avoit dél^a rqué au port de (^ette treize cen ts hommes, qui s'étoient rendu maîtres d'un petit retranchement qu'on y avoit fait. M. de Roquelaure, devant que d'envoyer son courrier au roi, eu avoit envoyé un au duc de Noailles ; maison craint que ce courrier ne le trouve pas à Perpignan, parce qu'il étoit près d'entrer avec ses troupes dans
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le Lampourdan. M. de Roquelaure a envoyé aussi un (1). . . Mercredi 30, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État. Nos plénipotentiaires vinrent ici ; le roi leur donna une assez longue audience dans son cabinet. On va rendre publiques les propositions des ennemis sur la paix. — On apprit que le prince d'Auvergne étoit mort en Flandre de la petite vérole, ce qui est la plus grande affliction que pût avoir le cardinal de Bouillon. L'abbé d'Auvergne étoit l'alné du prince d'Auvergne et avoit cédé son droit . d'aînesse au prince d'Auvergne. Le cardinal de Bouillon, qui vouloit établir dans les Pays-Bas une branche de sa maison qui fût fort riche, avoit porté sa sœur, veuve du prince Maximilien de Bavière, oncle de l'électeur, à laisser en mouranttoutson bien, qui étoit considérable, au prince d'Auvergne, au préjudice de M. de Bouillon, de ses anfants et des enfants du feu comte d'Auvergne. Ils auront la douleur de voir passer tous ces biens-là dans une autre maison, carie prince d'Auvergne n'a laissé qu'une tille*. — Le roi a choisi pour remplir la place de lieutenant civil M. de Fleury, fils de M. d'Argougesde Rannes, conseiller d'État et petit-lils de M. Pelletier le ministre, qui est retiré depuis plusieurs années et qui a demandé cette grâce au roi, qui a toujours eu de la considération pour lui. M. de Fleury n'a que vingt-six ans et donne 500,000 francs de la charge,
* Le cardinal de Bouillon fut en effet outré de la mort de ce neveu, qu'il n'avoit engagé à déserter et à servir contre la France que dans les folles espérances de le porter au stathoudérat de Hollande. Sa ressource fut de dresser si bien des embûches à la jeunesse de sa veuve qu'il la coiffa d'un de ses domestiques, (ju'il lui fil épouser par conscience, au moyen de quoi il lui otoit et a sa mère, a ce qu'il espéroit, la tutelle de la lille unique qui restoit, qui ctoit prodigieuse et qui par un long bas âge se devoit accumuler a des trésors. Comnie il ne vouloit point mourir, il compta faire rentrer ces grands biens dans sa maison, toujours dans sa vue d'établir puissamment une branche
(1) Cette phrase (!st restée inachevée.
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dans les l»rovinces-Unies; mais il neut que la honte de cet étrange ouvrage. La fille unique épousa dans la suite le prince palatin de Saltzbach; elle et lui sont morts fort jeunes , et ont laissé un fils unique, qui succédera à la dignité et aux États de l'électeur palatin.
Jeudi 31, à Marly. — Le roi courut le cerf l'après-dlnée ; madame la duchesse de Bourgogne étoit à la chasse. — Les dernières nouvelles qu'on a de Béthune du dedans de la place sont du 28. Les assiégeants n'avoient pas encore leur canon. — Le roi envoie à M. de Roquelaure deux bataillons des compagnies de la marine et un l)ataillon des galères. M. de Roquelaure n'a point voulu retirer les troupes qui sont sous ses ordres en Vivarais et dans les Cévennes et est parti de Montpellier avec M. de Basville, intendant de Languedoc, et n'ont que trente hommes avec eux , et s'est approché d'Agde, dont les ennemis, qui avoient rais pied à terfe à Cette, se sont emparés. On n'est pas trop content deshal)itants dAgde, qui n'avoient qu'à fermer leurs portes. M. de Roquelaure attend les troupes qui viendront ou de M. de Noailles ou deM. de Berwick. — Leroia donné la première présidence de Pau à M. de Fenouil, maître des requêtes. Il ne lui en a rien coûté, et elle vaut 10,000 livres de rente.
Vendredi i" août, à Marly. — Le roi travailla l'aprèsdinée avec le P. le Tellier. — Voici la liste des bénéfices qui furent donnés il y a huit jours et qu'on a été quelques jours sans savoir au juste. J'en ai marqué trois; voici les autres : l'abbaye d'Élan à l'évèque de Noyon ; Hochebonne-Saint-Gyran à l'évèque de Nevers; Mouzon à l'abbé de Polignac; Belle-Fontaine à l'alibé d'Illiers d'Eutragues; Bonne-Fontaine à l'aljbé Maréchal, fils du premier rhirurgien du roi; Breteuil à l'abbé d'Aspremont, (jiii avoit résigné un bénétice qu'on a uni au séminaire de Brest ; Sauve-Majeure à l'abbé des Halles, tils dune sœur du feu marquis de Villars; Saint-Serge à l'abbé de Vassé ; Saint-Severin à l'abbé de Cotte, fils du premier architecte du roi; la Roe à l'abbé d'Arrests; Jonselle à
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l'abbé de Massillon ; Genlis à l'abbé Crozat ; Celleii'oin à l'abbé de la Vieuville, qui étoit chanoine à Tournayj Saint-Eusèbe à l'abbé d'Espinouze; Bouras à Fabbé de Lesseville; Saint-Léger au P. Colas. — Il arriva le soir un courrier du maréchal.de Villars. qui a pris le camp (ju'on souhaitoit, entre les sources de la Scarpe et de la Canche , notre droite à Montenencourt , la gauche à Berlancourt et le centre à Avesne-le-Comte.
Samedi 2, à Versailles. — Le roi travailla Faprès-dinée à Marly avec M. Voisin et revint ici un peu avant huit heures. Monseigneur, qui n'a plus dégoutte, alla diner à Meudon, où il demeurera quelques jours. — Les chanoines de Saint-Germain de l'Auxerrois élurent, il y a quelques Jours, pour leur doyen l'abbé Bignon, conseiller d'État '1) . Saint-Germain de l'Auxerrois est la paroisse du Louvre; ainsi il a fallu l'agrément du roi, qui l'a donné. Ce bénéfice vaut 7 ou 8,000 livres de rente et donne un beau logement dans Paris. — Le prince Frédéric d'Auvergne a donné sa démission d'un canonicat qu'il avoit à Liège et qu'on prétend c[u'il avoit accepté sans la permission du roi, et c'est le roi qui lui a fait demander cette démission. Les moines de Cluny prétendent qu'il y a des nullités dans l'élection de M. Fabbé d'Auvergne à la coadjutorerie et veulent intenter procès pour la faire déclarer nulle. Ils en ont demandé la permission au roi, qui la leur a accordée. — Le roi a nommé pour intendant à Pau JL de la Neuville, iils de feu des Chiens, qui étoit à feu M. Col- ])ert.
Dimanche 3, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État
(1) H Ou iii'ai)prcii(l iiue le chapitre de Saint-Gerniain de l'Auxerrois a él'i M. l'abbé Bignon jjour doyen , et qu'il y a une grande partie de plaisir à Guermande, chez M. Pronde, qui dure depuis cinq jours , les acfeurh étant M. i'évêqiie de StraMiourg, la maison de Croissy, mademoiselle de Clioin, M. Bignon l'intendanl, madaiiie sa femme , madame Feriol, etc.; car M. le.rnaréclial de Villeroy a l'rondc a sa dévotion. » {Lettre de lu marqii*se d'Huxclks, du 23 juillet.)