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et travailJa avec M. Pelletier l'après-dinée. — Le lendemain que M. le maréchal de Villars eut pris le camp entre la source des deux rivières il alla avec soixante escadrons et deux mille grenadiers pour reconnoitre le camp des ennemis^ qu'on ne put pas attaquer parce que des ravins en couvrent tout le front. Il ne sortit personne du camp des ennemis. On travaille à retrancher le nôtre, et l'on compte que nos retranchements seront achevés dans deux jours. — On apprit il y a deux jours que le marquis de Bay avoit détaché Monténégro avec dix-huit cents hommes pour aller en quartier de rafraîchissement dans le royaume de Léon, en côtoyant la Haya de Portugal. 11 avoit chargé MonténégTO,quand il approcheroit de Miranda de Duero, ville considérable de Portugal, de la province de Traosmontes, de faire faire des échelles et d'escalader la plac€, où il n'y avoit qu'une légère garnison. L'affaire s'est conduite fort secrètement et fort habilement. On a pris le gouverneur et trois cents hommes qui étoient dedans prisonniers de guerre. C'est le fils de M. de Villadarias qui est entré le premier dans la ville. Cette conquête est considérable pour les Espagnols, qui tireront un argent considérable de cette ville et feront contribuer la province de Traosmontes et celle entre Duero et Minho, ce qui déplaira fort au roi de Portugal, qui d'ailleurs n'est pas content de ses alliés.
Lundi i, à Versailles. — Le roi prit médecine par précaution, car il jouit de la plus parfaite santé du monde. Il travailla l'après-dinée avec M. de Pontchartrain. Madame la princesse de Conty alla hier coucher à Meudon, où elle demeurerajusqu'àce que Monseigneur en revienne. Elle y a mené mademoiselle de Lislebonne, madame d'Épinoy, la duchesse d'Aumont, mademoiselle de Melun, mesdames de Kupelmonde et de Rouvroy. — Il arriva un courrier du maréchal de Villars, qui achève defortilier son camp, où il peut subsister deux mois. Le; canon netiroit pas encore hier àBéthune. — M. de Bouillon de-
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manda ces jours passés au roi permission de prendre le deuil de M. le prince d'Auvergne; le roi lui a dit de ne le point prendre, qu'il falloit le regarder comme un homme mort du jour qu'il a été effigie à Paris, ce qui fut fait quand il quitta Tarmée de France pour passer dans celle des ennemis *.
*Le refus que le roi fit à M. de Bouillon et aux parents du prince d'Auvergne de prendre le deuil de ce dernier et la permission accordée aux moines de Cluny de revenir contre l'élection qu'ils avoient faite de l'abbé d'Auvergne pour coadjuteur de Cluny à la plus que sollicitation du roi marquoient une colère qui se sentoit impuissante contre un homme, qui, à l'abri de son invulnérable pourpre, ne gardoit plus aucune sorte de mesure avec un roi si accoutumé aux respects les plus outrés et à' la soumission la plus orientale. C'étoit de lui toutefois que MM, de Bouillon tenoient deux dignités de duc et pair, deux offices de la couronne , une des principales et plus grandes charges de la guerre , deux gouvernements de provinces , trois survivances de bénéfices et des biens immenses. Ce (;liapeau même qui devenoit l'occasion et le rempart de celui qui en abusoit contre lui , et un rang de prince sans prétexte, qui se pouvoit anéantir d'im mot, qui n'avoit jamais pu passer dans aucun parlement, et dont la perte eût châtié le cardinal plus cruellement que toutes les peines méritées par un sujet qui nie formellement à son souverain qu'il est son sujet, et qui l'offense en toutes les manières à lui possibles , et le tout pour la préférence de l'évéché de Strasbourg.
Mardi ô, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et ensuite travailla avec M. Voisin. Après son dîner il travailla avec M. Desmaretzjusqu'àcinq heures, alla ensuite se promènera Trianon, et au retour de la promenade il travailla avec M. Voisin et M. Desmaretz eusemljle chez madame de Maintenon. — On eut hier des nouvelles de plusieurs villes d'Allemagne qui portent toutes que le czar s'est enfin rendu maitre de Riga, capitale de la Livonie^ et de Wibourg, capitale de la Carolie. On mande en même temps qu'on a plusieurs avis que le roi de Suède est parti de Bender. — Avant-hier au soir il arriva un aide de camp de M. de Roquelaure par qui on apprit que le duc de Noarillesl'avoit joint le 26; que ses troupes
arrivèrent le 27 et qu'après les avoir fait un peu rafraîchi r il les avoit fait marcher aux ennemis, qui avoient fait fort peu de résistance. On les poursuivit vivement ; on en tua trois ou quatre cents, beaucoup se noyèrent en se rembarquant; on en prit cent. Ensuite le port de Cette fut emporté l'épée à la main, et on y prit encore soixantedix soldats et quelques officiers. Nous n'avons perdu à cette affaire que deux grenadiers, quoique les ennemis tirassent beaucoup de canon de leurs vaisseaux. On ne peut trop louer le duc de Noailles de sa diligence, du Jjon ordre qu'il a apporté pour faire trouver des chevaux à l'artillerie; il a même répandu beaucoup d'argent pour cela. Il n'avoit amené ,que mille hommes de pied et huit cents chevaux, et les ennemis avoient débarqué trois mille hommes à Cette ou à Agde.
Mercredi 6, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État. Monseigneur y vint de Meudon, où il retourna diner. Madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent après diner à Meudon, où ils menèrent beaucoup de dames. On y joua, on s'y promena, on y fit collation, et ils revinrent ici au souper du roi. Le roi, après son diner, alla tirer, et le soir, chez madame de Main tenon, M. Voisin vint lui apporter les nouvelles qu'il avoit eues de M. de Villars. Ces nouvelles sont que M. du Puy Vauban^a fait^une sortie à Béthune qui a bien réussi. Les assiégeants sont encore à vingt toises de la contrescarpe. — Fesne, l'un des trois écuyers ordinaires de la grande écurie et le seul qui dressa les quatre-vingts chevaux que le roi monte pour les promenades ou pour les chasses, est mortici. Cette charge vaut 9,000 francs de rente outre les commodités. Elle avoit été créée pour Boisseuil, après la mort de qui Fesne l'avoit eue. Cette charge dépend de M. le Grand; il l'a donnée à Gouyon, qui étoit sous-écuyer et à qui il n'en a fait paAcr que 30,000 francs, et a donné la place de Gouyon à la Madelaine, à qui il n'en a fait payer que 20,000 francs, et de
2n .Î0T]RNAT. DK D-^NGEAF.
ces 50,000 livres que louche M. le Grand il en a donn*^ dix à la veuve de Fesne.
Jeudi 1, à Versailles. — Le roi dina à onze heures et alla se promener à Marly, d'où la pluie le fit revenir de meilleure heure qu'à l'ordinaire. Monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne, monseigneur le duc de Berry et madame la duchesse de Berry allèrent dîner à la Ménagerie, où ces princesses vouloient monter à cheval, mais la pluie les en empêcha. Monseigneur le duc de Bourgogne en revint pour le salut, où il ne manque jamais d'aller, et s'y en retourna pour faire collation avec ces princesses, et revinrent tous ensemble pour le souper du roi. — Davignon, major des gardes du corps, avoit fait donner depuis peu la lieutenance de la Bastille, qui vaut 5 ou 6,000 francs de rente, à [son frère] ; ce frère vient de mourir. — M. de Vendôme, qui é toit venu ici au retour du voyage du roi à Marly, est retourné pour huit jours à Anet, et on ne doute pas qu'il ne parte incessamment pour l'Espagne. Le roi fit partir dimanche un courrier pour savoir si le roi d'Espagne souhaitoit toujours qu'il allât commander ses troupes. Le ducd'Albe, qui étoit mourant depuis six mois, s'est trouvé en bien meilleure santé depuis le retour, de nos plénipotentiaires. Il est venu ici et a assuré le roi que M. de Vendôme étoit ardemment souhaité par le roi d'Espagne et par tous les Espagnols.
Vendredi 8, à Vei\sailles. — Le roi travailla le matin avec son confesseur et alla tirer raprès-dinée. Madame la duchesse de Bourgogne et madame la duchesse de Berry montèrent à cheval dans lacour pour l'aller voir tirer et revinrent ici à toutes jambes. M. Voisin vint le soir chez madame de Maintenon apporter des nouvelles au roi. — M. le duc d'Orléans a mis depuis un mois pour précepteur auprès de M. le duc de Chartres Fabbé de Mongault, qui est de l'Académie des inscriptions. — Les HoUandois ont fait imprimer la lettre que nos plénipo-
tentiaires écrivirent au pensionnaire Heinsius en parlant de Saint-Gertruydemberg, avec une espèce de réponse qu'ils y ont faite pour tâcher de persuader à toute l'Europe et surtout à leurs peuples qu'ils souhaitent fort la paix , que ce ne sont pas eux qui l'ont rompue; mais leur réponse ne sert qu'à le faire voir plus clairement et est très -mal écrite et très-embrouillée.
Samedi 9, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances à son ordinaire, mais l'après-dînée il se trouva mal et ne sortit point. On crut pourtant qu'il souperoit en public, comme il fait toujours ; mais il laissa mettre la famille royale à table et passa tout droit dans sa chambre, où il se coucha. — Le maréchal d'Harcourt fut reçu duc et pair au parlement. — Le duc d'Albe vint ici le matin apporter des lettres du roi d'Espagne, qui demande avec la dernière instance qu'on lui envoie M. de Vendôme; ainsi on n'attendra plus pour le faire partir le retour du courrier que l'on avoit envoyé à Madrid pour savoir s'ils le souhaitoient toujours pour général. M. de Torcy envoya aussitôt un courrier à M. de Vendôme, qui partit d'ici jeudi pour retournera Anet. 11 partit même avec la goutte au pied, et l'on craint que cela ne retarde son départ pour l'Espagne. Le roi et la reine d'Espagne proposent de faire une ligue offensive et défensive, et qu'en cas qu'on leur aide à prendre Girone qu'ils enverront un nombre de troupes en France qu'ils soudoieront.
Dimanche 10, à Versailles. — Le roi fut assez incommodé la nuit; il se releva plusieurs fois, mais il s'endormit à sept heures. On entra chez lui à onze. Il fit dire la messe dans sa chamljre. Monseigneur, qui avoit été averti de l'incommodité du roi, étoit venu de Meudon dès huit heures, et le roi vouloit qu'il y retournât diner et que mad.-imela duchesse de lîourgogne y allât a})rès diner, comme la partie en avoit été faite. Le roi dina dans son lit et ne mangea qu'un potage; ensuite il tint le conseil d'État, qu'il auroit tenu le matin sans sonineommodité. Le
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soir il soupa seul dans sa chambre et ne se sentoit plus de son indigestion. — Quand le duc d'Albe vint hier, il parla ;ui roi d'un grand combat en Catalogne où les ennemis avoient eu sept ou huit cents hommes tués et dans lequel ils avoient perdu un prince de Nassau et milord Carpenter, un de leurs lieutenants généraux, et qu'il couroit même des bruits queStanhope, général des Anglois, avoit été fort blessé, et que les Espagnols avoient aussi perdu quelques gens considérables à ce combat. La reine d'Espagne, dans les lettres qu'elle a écrites à madame la duchesse de Bourgogne, parle de cette affaire comme d'une affaire malheureuse, et on accuse Villadarias de ne s'être pas bien conduit.
Lundi 11, à Versailles. — Le roi se trouva le matin en bonne santé; il ne s'étoit relevé que deux fois la nuit. Il alla à la messe à la chapelle ; il dina à son heure ordinaire. L'après-dînée il travailla avec M. de Pontchartrain jusqu'à cinq heures; ensuite il alla chez madame de Maintenon et ne sortit point de tout le jour. Madame la duchesse de Bourgogne alla se promener avec ses dames à la Ménagerie; monseigneur le duc de Bourgogne alla les trouver ely soupaavec elles. Monseigneur le duc de Berry alla à Meudon et courut le loup avec Monseigneur. — Les lettres de notre armée de Flandre du 9 portent que les ennemis veulent saigner l'inondation qui couvre le côté le plusfoible de Béthune. Ils avancent fort peu à leur grande attaque, et l'on compte que la place durera au moins jusqu'au 20 de ce mois. — Par les lettres que les particuliers ont reçues du combat qui s'est donné en Catalogne, on accuse fort M. de Verboom d'avoir mal posté l'armée et on soupçonne même sa fidélité. On prétend qu'il s'est fait prendre.
Mardi 12, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla l'après-dinée avec M. Desmaretz et M. Voisin tous deux ensemble et puis alla tirer. Monseigneur revint le soir de Meudon. Messeigneurs les ducs de
Bourgogne et de Berry allèrent tirer dans la plaine de Saint-Denis. — Le marquis de Laniberti , envoyé extraordinaire du duc de Lorraine, eut son audience publique du roi, à qui il fit compliment , de la part du duc son maître, sur le mariage de monseigneur le duc de Berry.
— La Vienne *, premier valet de chambre du roi, mourut à Paris après une longue maladie ; il avoit près de quatrevingts ans. Champcenetz, son fils, avoit la survivance de sa charge et est actuellement en service auprès du roi.
— On a des nouvelles de Provence que la flotte ennemie qui avoit été chassée le 29 du port de Cette avoit paru devant les lies de Marseille et ensuite sur les côtes d'Antibes et de Villefranclie, et que le 6 elle avoit pris le large, n'ayant osé tenter aucune descente.
*0n a parlé, ailleurs de la Vienne; on ajoutera seulement ici qu'il avoit un frère qui s'appeloit Cantin, qui avoit les quatre charges de barbier du roi , dont la femme étoit première femme de chambre de madame la duchesse de Bourgogne, avec du mérite et de la considération , et dont le fils étoit premier valet de garde-robe du roi , duquel toute cette famille tiroit beaucoup.
Mercredi 13, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État et se promena l'après-dinée à Trianon. — On mande de Dauphiné que le général Thaun, qui commande les troupes de l'empereur, et le général Rebender, qui commande les troupesdeM. de Savoie, avoient fait, depuis qu'ils sont en campagne, plusieurs tentatives pour entrer en Provence ou en Dauphiné, mais qu'ils n'avoient pu pénétrer d'aucun côté. Dès que les neiges les obligeront à repasser les montagnes, ce qui arrive d'ordinaire avant la fin du mois de septembre, on fera un détachement de notre armée de Dauphiné pour l'envoyer au duc de Noailles, et on espère que par là il seroit en état au commencement de novembre de faire le siège de Girone. — On ne parle plus du tout du voyage de Fontainebleau.
Jeudi 14, à Versailles. — Le roi alla à vêpres et se promena ensuiff, dans les jardins. Monseigneur l<i duc de T. lin. l.<
Bourgogne el madame la duchesse de Bourg-ogne, après avoir entendu le salut, allèrent joindre le roi à sa promenade. — Il arriva un courrier du maréchal de Villars qui apporta une lettre de M. du Puy-Vauban écrite de la nuit du 11 au 12, étant dans le chemin couvert de sa place, il mande que les ennemis n'ont encore rien pris. Ils travaillent à la sape à leur grande attaque, et de l'autre côté ils travaillent toujours à faire écouler les eaux de l'inondation. Nous perdons fort peu de monde à la défense de cette place , et jusques ici il n'y a pas un officier considérable tué ni blessé. Comme on est persuadé qu'après ce siège les ennemis songeront à attaquer Aire, le maréchal de Villars y a envoyé dix-sept bataillons.
Vendredi 15, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale entendirent la messe et vêpres l'après-dinée ; ils allèrent ensuite à la procession dans la cour du château, et ensuite le roi alla se promener à Trianon. Le roi fait toujours ses dévotions ce jour-ci, mais son confesseur s'est trouvé assez incommodé pour ne pouvoir venir. Le roi a remis à dimanche à les faire. — On mande d'Alsace que les armées, ni de part ni d'autre, ne font aucun mouvement. Le maréchal de Bezons a fait passer quelques troupes au Fort-Louis pour enlever des grains de* l'autre côté du Rhin. — Hier, à la grand'chambre, on jugea le procès de MM. de Matignon contre la duchesse de Luynes et mademoiselle de Neufchàtel, sa sœur, sur la donation que madame de Nemours avoit faite à M. de Neufchàtel de la duché d'Estouteville et de la baronnie deLucheux, qui valent bien 60,000 livres de rente. MM. de Matignon perdirent leur procès dans tous les points.
Samedi 16, à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances; l'après-dinée il s'enferma avec son confesseur, qui est guéri. Il alla ensuite se promener dans les jardins et travailla le soir avec M ^ Voisin chez madame de .Maintenon. — Yillelouvet, colonel de dragons et qui avoit été fait brigadier en sortant de Douai, où il avoit très-bien
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servi, est mort à Caiiihray. Il avoii une petite pension sur les Invalides. — Les nouvelles du roi de Suède sont encore fort incertaines, mais on apprend par différents endroits que le grand vizir, qui étoit opposé à tous ses intér<Hs, a été déposé et condamné de lever à ses dépens six mille hommes pour le roi de Suède. On a rais pour grand vizir un descendant des Coprogli; c'est le quatrième de ce nom-là qui a été grand vizir, chose dont il n'y a point d'exemple.
Dimanche il. à Versailles. — Le roi fit ses dévotions et toucha les malades étrangers dans le salon de la chapelle en bas; l'après-dinée il entendit vêpres , travailla ensuite avec le P. le Tellier à la distribution de quelques bénéfices et puis alla au salut. — L'abbé de Maulevrier a eu l'abbaye de Moutier-Saint-Jean, <jui vaut 10 ou 12,000 livres de rente et qui est dans son pays en Bourgogne. Quand il rendit l'évêché d'Autun, où le roi l'avoit nommé, il ne demandoit pour toute grâce que de conserver sa charge d'aumônier. L'évèque de Soissons a eu l'abbaye du Masgarnier, qu'avoit l'archevêque de Toulouse; elle Vaut 7,000 livres de rente et elle n'est qu'à huit lieues de Toulouse. L'abl)é de Goazanvot, chapelain du roi, a eu l'abbaye de Chalivoy, qui vaut très-peu de chose. — Madame la duchesse de Bourgogne alla souper à Saint-Cloud , où M. le duc d'Orléans et madame la duchesse d'Orléans sont depuis mardi; ils y ont mené vingt-quatre dames.
Lundi 18, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État, qu'il ne tint point hier parce qu'il lit ses dévotions. L'après-dinée le roi donna audience à MM. de la ville de Paris. Le scrutin étoit porté par M. de Fourqueux, conseillerau parlement, que le roiloua fort sur sa harangue, qui fut très-belle. Le roi ne sortit point de tout le jour, parce qu'il fit une phiie horrible; il travailla le soir avec M. de Pontchartrain. Madame la duchesse de Bourgogne alla duier à la Ménagerie; elle comptoit d'y montera cheval pour aller voir tirer le roi, mais la pluie lempôcha
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d'y monter comme elle empêcha le roi d'aller tirer. — Les lettres du maréchal de Villars du 16, qui sont venues par l'ordinaire, portent que le siéee de Béthune va toujours assez lentement. Les ennemis y souffrent parce qu'ils sont obligés d'aller au fourrage fort loin et que leurs convois qui viennent de Douai sont oljligés de faire un grand tour. — M. de Vendôme a mandé d'Anet qu'il seroit ici demain.
Mardi 19 , à Versailles. — Le roi tint le conseil de finances et travailla l'après-dlnée avec M. Voisin et M. Desmaretz. Le vilain temps l'empêcha encore de sortir. — M. de Vendôme arriva ici. Il a encore beaucoup de peine à se soutenir, mais il ne souffre point en chaise de poste ; ainsi son voyage d'Espagne ne sera point retardé. Dès qu'il fut arrivé, le duc d'Albe et M. de Torcy allèrent chez lui ; M. Voisin y alla aussi le soir. Il verra le roi demain après son dîner, — Madame de Laval* est fort mal; elle est dans sa quatre-vingrt-treizième année. M. l'évèque de Metz, son petit-fils, en héritera de 55,000 livres de rente qui lui sont substituées. Madame la duchesse de Sully, sa petite-fille, héritera de peu de chose , et madame la maréchale de Rochefort, sa fille unique du second lit, n'en aura quasi rien, tout le bien que madame de Laval avoit eu du chancelier Ség-uier, son père, étant substitué aux enfants de son premier mariage avec le grand-père de M. de Metz et de madame de Sully.
* Madame de I,aval avoit été mariée fort jeune par le elianceiier Seguier, son père, au marquis de Coisliu , colonel général des Suisses et Grisous, tué à Aire en 1641, pour s'appuyer auprès du cardinal de Richelieu, dont ce marquis étoit tils du cousin germain. Elle en eut le duc, le cardinal et le chevalier de Coislin, et se remaria très-tôt et trèsjeime, et malgré père et mère, au marquis de Laval, cadet et fils du maréchal de Bois-Dauphin et de la fille du maréchal de Souvré. M. de Laval fut tué à vingt-quatre ans devant Alardick en 16-16, et ne laissa qu'une fille unique, qui a été depuis la maréchale de Rochefort. 11 s'étoit réconcilié avec le chancelier Séguier par une émeute au sujet du curé de Saint-Estache , dans laquelle le suisse du chancelier avoit été
battu et emmené, et que M. de Laval ramena sans que le chancelier voulût voir son gendre , et ensuite par avoir fait appeler Rouville , qui , ayant perdu un procès au conseil , s'en étoit pris au chancelier jusqu'à lui dire qu'il radotoit. On empêcha le combat , et à ce coup le chancelier pardonna tout à son gendre et à sa lllle. IMadame de Laval étoit sœur aînée de la duchesse de Verueuil , veuve en premières noces du duc de Sully; quand elle mourut, elle disoit qu'elle avoit toujours bien cm que sa sœur mourroit jeune , parce qu'elle aimoit trop les remèdes ; madame de Yerneuil avoit plus de quatre-vingts ans.
Mercredi 20, à Marly. — Le roi tint le matin à Versailles le conseil d'État. Après son diner il donna une assez longue audience à M. de Vendôme, qui prit congé de lui ; ensuite le roi tint encore le conseil d'État, et à six heures il partit pour venir ici, où l'on doit demeurer vingt-quatre jours. — Le soir on apprit ici que le marquis de Bellelonds étoit mort àParis, en arrivant de l'armée de Flandre. Il avoit demandé son congé il y a quelques jours, mais on croyoit que son mal n'étoit pas si dangereux. M. de Bouillon, qui le vint dire au roi, demanda le gouvernement de Vincennes, qu'avoitle marquis de Bellefonds, pour son tils, qui n"a que trois ans, et madame du Chàtelet, dame du palais et tante de celui qui vient de mourir, le demanda aussi pour son petit-neveu, ou, si le roi ne le vouloit pas donner à l'enfant, elle le demandoit pour son mari, qui est ancien lieutenant général. Beaucoup d'autres courtisans dès le soir même demandèrent ce gouvernement, qui est un des jolis présents que le roi puisse faire (1).
Jeudi 21 , à Marly. — Le roi se promena le matin dans ses jardins et courut le cerf Vaprès-dinée ; madame la duchesse de Bourgogne et madame la duchesse de
(i) « Voici un bel objet pour les courtisans, qui est le gouvernement de Vincennes. On eslirne qu'il vaut dix mille écus de rente. J'en connois le logement, lescbasses et autres agréments. M. le marquis de Bellefoiuls ayant été malade toute cette cami)a}îne à l'armée et renvoyé par les médecins ici , où il arriva avant-hier à trois heures après midi, après avoir passé à Saint- Denis, où il avoit aclictf «les fahiiouscs, inourul à sept heures saus aucune connoissance... On «lit (|u'il s'est crevé d'avoir trop mauge de lalinouses •■ i hcl/rcs de la marquise fl' Hiirrlles , des '>,'}. H ?:') août.)
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Berry étoient à la chasse, à cheval. M. Voisin vint le soir trouver le roi chez madame de Maintenon. Il apporta des lettres du maréchal de Villars, qui mande que Béthune se défend toujours fort bien quoique les ennemis aient saigné l'inondation du côté du château, et il y a peu d'ouvrages qu'on puisse défendre de ce côté-là. — On a des nouvelles de Constantinople du 1 4 juillet qui confirment la déposition du grand vizir et de Coprogli, qui étoit gouverneur de Belgrade, qui a été mis en sa place ; le palatin de Kiovie étoit arrivé à Constantinople ; que le nouveau grand vizir l'avoit envoyé quérir et l'avoit assuré que le sultan donneroit les moyens au roi de Suède de retourner dans son royaume et l'assisteroit pour cela de toutes ses forces. Il a prêté au roi de Suède quatre cent mille rixdales.
Vendredi 22, à 31arhj. — Le roi se promena tout le matin dans les jardins et alla tirer l'après-dinée. Au retour de la chasse il dit à M. de Poutchartrain, qui étoit à son déshabiller, de le suivre chez madame de Maintenon et là il lui dit de ne pas lui montrer le mémoire de tous les gens qui avoient demandé le gouvernement deVincennes, quoi qu'il lui eût ordonné hier de faire ce mémoire-là. S. M. a donné àM. le marquis du Chàtelet ce gouvernement, surlequelil donnera, dix ansdurant, 4,000 francs de pension à l'enfant qu'a laissé le marquis de Bellefonds, et outre cela on prend 3,000 francs sur les appointements du gouvernement pour celui qui en sera lieutenant de roi et qui sera à la nomination du roi. Il sera chargé de la garde et de la nourriture des prisonniers. Ainsi le gouvernement, qui valoit 25,000 livres de rente, n'en vaudra plus que 18,000. Le roi donne un brevet à la maréchale de Bellefonds pour conserver son logement à Vincennes sa vie durant.
Samedi 23, à Marly. — Le roi alla l'après-dinée courre le cerf; madame la duchesse de Bourgogne étoit avec lui dans sa calèche. Monseigneur et messeigneurs ses enfants
éioient à la ohasse. Au retour le roi travailla chez madame de Maintenon avec M. Voisin. — Par les lettres de notre armée de Flandre on apprend que les ennemis s'étoient logés le 20 sur les angles saillants du chemin couvert du côté du château de Béthune. On espère pourtant que la place durera encore jusqu'à la fin du mois.
— Le roi a donné la lieutenance de roi de Vincennes à ,
(|ui avoit une compagnie franche à la Bastille et qui est accoutumé à garder les prisonniers, et la lieutenance de la Bastille, qui étoit vacante par la mort du frère de Davignon, major des gardes du corps, à de Launay, qui étoit lieutenant de roi de Vincennes et qui est parent proche de Bernaville, gouverneur de la Bastille.
Dimanche 24, àMarlij. — Le roi tint le conseil d'État, alla tirer l'après-dinée et travailla avec M. Pelletier. — On compte présentement que Saint-Venant est en état de se défendre et que l'inondation en rendioit la circonvallation fort difficile , et les ennemis ne peuvent ouvrir la tranchée que par une chaussée qui est assez étroite. Il n'est presque pas possible c|ue les ennemis fassent le siège d'Aire sans prendre Saint-Venant auparavant. — Nous avions une entreprise sur Menin qui étoit ménagée par le comte deVillars, par Chevilly, lieutenant de roi d'Ypres, et par M. le Blanc, qui en est intendant. Les guides qui menoient nos troupes les ont mal menées; elles n'ont pu arriver qu'au jour au lieu d'arriver la nuit, ce qui a fait manquer l'entreprise. — Monseigneur mena madame la duchesse de Bourgogne et toutes les dames à la roulette, et ensuite madame la duchesse de Bourgogne alla au salut à la paroisse. Monseigneur le duc de Bourgogne alla à vêpres et au salut à Versailles.
Lundi i5, à Marhf. — Le roi travailla l'après-dinée avec M. de Pontchartrain et ensuite alla se promener dans les jardins. Les vingt-quatre violons vinrent jouer durant le diner du roi, ce qu'ils font tous les ans le jour de Saint- Louis. — Il ne se passe rien de considérable entre notre
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armée de Dauphiné et celle des ennemis. Voici une copie de la dernière lettre du duc de Berwick ; elle est du camp de Briançon du 21 août.
« M. de Thaun étoit campé il y a trois jours à Demont, et comme M. de Rebender est à Oulxavec trente bataillons et qu'il paroit que le dessein des ennemis pourroit bien être de ce côté-ci , j'y suis venu ayant toutefois laissé du côté de Tournoux le nombre de troupes suffisantes tant pour garder la vallée de Barcelonette que pour se porter sur le Var, si malgré les apparences les ennemis descendoient dans le comté de Nice, Je me flatte qu'ils n'entameront point notre frontière cette campagne. »
Les ennemis avoient assemblé un corps de quatre à cinq mille hommes auprès de Traerljach et commandés par le gouverneur de cette place^ qui s'étoient avancés pour étendre les contributions dans le pays Messin. Imécourt , qui commande en ce pays-là , a marché à eux avec le détachement des troupes qui viennent d'Alsace pour la Flandre , et les ennemis se sont retirés fort vite.
Mardi 26, à Marly. — Le roi tint le conseil de finances, courut le cerf l'après-dinée ; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse ; madame la duchesse de Bourgogne et madame la duchesse de Berry y étoient à cheval. Madame suit toujours le roi en calèche, et ce voyage-ci elle mène alternativement avec elle mesdemoiselles de Bourbon et de Charolois. Après la chasse le roi travailla avec M. Voisin et M. Desmaretz, comme il fait tous les mardis. — Vn gentilhomme du duc d'Albe apporta ici la triste nouvelle d'une bataille que le roi d'Espagne a perdue auprès de Saragosse et qui s'est donnée le 20 de ce mois. C'est le marquis de Mirabel , gouverneur de Saragosse, qui mande cette nouvelle au duc de Saint-Jean, vice-roi de Navarre, et ce viceroi a envoyé cette lettre au commandant de Bayonne, qui a envoyé un courrier au duc d'Albe et qui a fait une furieuse diligence. Si Ton en croit cette lettre, toute la ca-
Valérie espagnole a été défaite ; on ne sait ce qu'est devenu le marquis de Bay, qui la commandoit. Le duc d'Havre a été tué, et le roi d'Espagne retourne à Madrid.
Mercredi 27, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État. L'après-dinée il se promena dans les jardins et vit jouerau petit mail. — U n'arrive point de courrier d'Espagne, et on tâche à douter delà nouvelle qu'a mandée le marquis de Mirabel, dont la lettre est datée deTudela,qui est par delà Saragosse , et on n'en a nulle nouvelle d'aucun autre endroit. — Il arriva hier un courrier du maréchal de Villars. Il mande au roi une action qui s'est passée à un fourrage que faisoient les ennemis et qui auroit été fort heureuse si nous n'avions pas voulu pousser la chose trop loin. On a pris trois cents chevaux aux ennemis ; mais en poursuivant les fuyards on a trouvé de l'infanterie derrière des haies, derrière lesquelles les ennemis se sont ralliés. Nous avons perdu cinquante ou soixante carabiniers. C'étoient le comte de Broglio et Nangis qui commandoient, et ils prétendent que c'est par ordre du maréchal d'Arco, qui les vint joindre, qu'ils se sont engagés trop avant.
Jeudi 28, à Marly. — Le roi se promena le matin et l'après-dlnée dans les jardins. — U n'est point encore venu de nouveau courrier d'Espagne. Il en arriva un de Flandre, et on mande qu'on entendoit beaucoup tirer à Béthune le 27. On a des lettres du dedans de la place du 24. Les ennemis achevèrent de se rendre maîtres du chemin couvert du 22 , et la descente du fossé étoit faite quand M. dePuy-Vauban a écrit. lisse préparoient à attaquer des ravelins, ({ui ne sont pas en trop bon état, et comme ce côté-là étoit couvert par l'inondation , on y avoit moins travaillé. — Monseigneur alla dînera Meudon seul et en revint pour le souper du roi. — On a remarqué à ce voyage-ci que mademoiselle de Bouillon n'en étoit point, quoique M. son père y fût et qu'elle ne sefùt jamais présentée sans y venir. Le roi y menoit aussi toujours