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rien qui nous sépare, et toutes les apparences sont que nous apprendrons au premier jour la nouvelle d'une grande bataille.
Mercredi 11, à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État à son ordinaire et alla tirer l'après-dinée. — On apprit par un courrier de M. de Coëtquen que nos armées en Flandre étoient en présence, que l'on s'étoit canonné le 9 .ni soir et le 10 et que M. de Coëtquen avoit eu le pied emporté d'un coup de canon. On l'a transporté à Maul)euge ; madame sa mère et madame sa femme sont parties pour l'aller trouver. — Le soir, après le souper, M. de Torcy entra dans le cabinet du roi et lui porta une lettre de l'électeur de Bavière, qui est à Compiègne et qui mande que le général de ses troupes en Flandre lui avoit envoyé un courrier le 10 après midi, par lequel onl'assuroit que le prince Eugène et le duc de Marlborougli avoient eu une conférence avec M. d'Albergotti entre les deux arméeset avoient fait cesser lacanonnadeet qu'ils demandoient à conférer avec nos maréchaux. Cette nouvelle fut répandue dès le soir, et on en parloit comme d'une négociation qui alloit commencer; mais ce qui fait douter de la nouvelle de l'électeur, c'est que le roi n'a point eu de lettres ni du maréchal de Boufflers ni il»' >L de Villars (11.
(1) Dans la .\otice sur In vie de Danr/enu et stir sa famille, nous avons (lit, tome I, page LXTX, que le marquis de C'ourciilon eut une jambe emportée à la bataille (1eMalpla(|net le 11 septembre 1709. Les premières nouvelles <lu désastre arrivèrent le lendemain à Versailles; M. et madame de Dangeau partirent immédiatement pour l'armée, et ne re\inrent que-le G novembre, l/absence d'abord, puis rin(piiétude sur la santé de son unique (ils ne permirent pas à Dangeau de reprendre son journal avant le f' janvier suivant. Nous avons pu heureusement combleien partie cette lacune avec les lettres de la marquise d'Huxelles. Cette correspondance, adressée régulièrement deux fois p;u' semaine à un vieil ami demeurant loin de la cour, est précisément un journal analogue à celui de Dangeau, et madame d'Huxelles nomme plusieurs fuisses lettres des Gazelles. Par une coïncidence singulière, Saint-Simon fut également absent de la cour pondant cette pé-riode, puisqu'il raconte dans ses
Mémoires qu'il partit pour la Ferté vers la (in d'août et qu'il ne revint à Versailles que le dernier jour de l'année. Cette circonstance rend plus précieuses encore les lettres écrites ou plutôt dictées par madame d'Huxelles à cette époque.
Voltaire a connu l'existence des lettres de la marquise d'Huxelles. A l'époque où il taisait à Cirey « son occupation |)rincipale de ce beau Siècle de Louis XIV » et où il cherchait partout » des matériaux pour ce grand éditice, » il écrivait le 24 août 1735 au marquis de Caumont, à Avignon :
« Eh bien , Monsieur, avez-vçus trouvé dans les lettres de feu madame d'Uxelles quelques particularités dont vous pensez que je puisse faire usage? Songez , je vous en prie, que tout est de mon ressort; que des choses qui |>al'aissent indifférentes peuvent .servir à caractériser le siècle (pie j(^ veux peindre. »
{Œuvres de KoZ^rr/rc, publiées par M. lîeuchot, tome LU, page (15.)
T. XïiT.