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dans les compagnies; mais i'étonnement fut grand le soir quand on sut que le roi y faisoit de la difficulté ; que Monseigneur l'avoit fort appuyé dans le cabinet après le souper, et que monseigneur le duc de Bourgogne avoit aussi solidement qu'inutilement plaidé pour M. de Metz. Le lendemain il eut défense par lAI. de Pontchartrain de prendre ni qualité, ni marque, ni rang, ni honneur aucun de duc jusqu'à ce que le roi se fût fait rendre compte de son affaire. M. de Metz eut beau presser du moins que quelqu'un en fut chargé , il n'en put venir à bout et s'en alla de dépit brusquement à Metz. Il n'avoit garde d'obtenir que quelqu'un fût chargé de l'entendre pour en rendre compte au roi , encore moins d'être entendu lui-même. Le roi , quoique peu instniit , savoit bien qu'il n'y avoit aucune difficulté , et qu'il étoit duc et pair de plein droit à l'instant de la mort de son frère ; mais il étoit outré contre M. de Metz ; il l'étoit de façon à ne vouloir pas le montrer, et il fut ravi de cette sottise du comte de Roucy ; et au bruit qu'elle fit dans un peuple ignorant et jaloux de tout, il la saisit, et, ne pouvant faire pis à M. de INletz, il le châtia de la manière la plus cruelle, sous prétexte de ne rien précipiter et d'un éclaircissement qu'il n'avoit garde de prendre , mais qu'il pouvoit suspendre tant qu'il lui plairoit et par conséquent le désespoir de 3L de ÎMetz, à qui la tête eu pensa tourner réellement. Son fait étoit double. Le roi, après avoir fort aimé le cardinal de Coislin , eut pour lui jusqu'à la fin une estime qui alloit à la vénération , se laissa aller au P. le Tellier, qui, pour fourrager le diocèse d'Orléans, de concert en cela avec MM. de Saint-Sulpice, persuadèrent au roi que ce cardinal étoit janséniste , et qu'il avoit mis en place à Orléans tous gens qu'il en falloit chasser. C'étoient des hommes du premier mérite, qui étoient fort attachés à ce cardinal ; ils furent ôtés et quelques-uns exilés. Tout le diocèse cria ; cela aigrit les persécuteurs qui firent ôter la tombe du cardinal, parce qu'on s' étoit accoutumé à y aller prier, et on empêcha avec violence ce pieux usage et qui avoit commencé dès sa mort, et qui n'étoit qu'une suite de la constante réputation de toute sa vie. ]\L de ÎVletz, qui avoit protégé tant qu'il avoit pu les ecclésiastiques déplacés et exilés j perdit toute patience à l'enlèvement de la tombe , surtout après en avoir inutilement et fortement parlé au roi. Il s'échappa en propos qui furent rapportés et envenimés par ceux qu'ils regardoient le plus , et qui mirent le roi de part dans leur querelle et dans leur ressentiment. L'autre point de M. de Metz fut que s'étant trouvé un jour avec M. de la Rocheguyon et fort peu d'autres, ils allèrent voir la nouvelle chapelle qu'on commençoit à découvrir et qui étoit achevée , et ils menèrent Fornaro avec eux. Ce Fornaro étoit un prétendu duc sicilien que iNI. de la Feuillade avoit ramené avec lui de Sicile , où il n'avoit osé retourner depuis l'amnistie, accusé d'avoir empoisonné
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sa tV'mnie. Il dcnipura chez 31. de la Feuillade tant qu'il vécut, suivant son fils comme une espèce de gouvornour, dans sa jeunesse. Il tiroit quelque chose du roi, et se fourra depuis chez M. de la Rochefoucauld , où il commença à faire l'homme de qualité. Il avoit un goût exquis pour les l)âtiments et surtout pour les grands édifices. 11 fit un degré charmant à Liancourt dans un emplacement où l'on n'en avoit jamais pu mettre ; cela lui donna delà réputation. M. de la Rochefoucauld le prôna et le fit aller à jMarly, où le roi lui parloit quelquefois de ses bâtiments et de ses fontaines , au point que Mansarten avoit pris jalousie et peur. Il fut accusé de rapporter, et en effet M. de la Rochefoucauld le chassa de chez lui pour quelque chose qui y avoit été dit entre trois ou quatre personnes dont aucune autre que Fornaro ne pouvoit être soupçonnée , et que le roi reprocha à M. de la Rochefoucauld , et tout de suite doubla la pension à Fornaro , qui demeura à Versailles et souvent alloit à Marly, mieux. avec le roi que devant, mais fui et méprisé de tout le monde. ^I. de INIetz allant donc voir la chapelle neuve avec quatre ou ciuq autres, ils y menèrent Fornaro avec eux pour la mieux considérer et voir ce qu'il en diroit. M. de^Metz, aigri des affaires d'Orléans et frappé de l'extrême quantité et magnificence de dorures, sculptutes et peintures, ne put s'empêcher de dire que le roi feroit bien mieux et une œuvre bien plus agréable à Dieu de payer ses troupes , qui mouroient de faim , que d'entasser tant de choses superbes aux dépens du sang de ses peuples, qui périssoient de misère sous le poids des impots; et alloit paraphrasercette morale, quand -\I. de Castries, aussi considéré que l'autre étoit imprudent , le retint et lui fit peur de Fornaro ; mais il en avoif bien dit assez , et dès le Soir le roi le sut mot pour mot. Les lettres que M. de ^letz écrivit depuis de^Ietz à ses amis ne furent pas plus discrètes ; et connue le roi en voyoit les extraits depuis le fatal secret de j\[. deLnuvois à violer la foi publique et lesecrct des lettres etdesamis, c'étoient de nouveaux sujets de colère qui piquoient le roi d'autant plus que , retenu par la nature des voies qui l'informoient , il né vouloit pas la faire éclater ; aussi se plut-il plus de dix-huit mois à se venger cruellement de M. de INletz en suspendant son état, sans en vouloir ouïr parler ; et, quand il crut enfin que cela ne se pouvoit soutenir plus longtemps sans une iniquité trop déclarée, il fit dire un matin à M. de Metz par ]M. de Pontchartrain qu'il n'avôit pas besoin d'éclaircissement sur son affaire ; qu'il n'avoit jamais douté qu'il ne fût de plein droit duc et pair par la mort de son frère ; qu'il avoit eu ses raisons pour en user comme il avoit fait , mais qu'il trouvoit bon alors qu'il prit la qualité, les marques, le rang et les honneurs de duc et pair, et qu'il lui permettoit même de prendre sa place au parlement et de s'y faire recevoir en cette qualité. ^I. de IMetz, qui avoit ôté ses
armes de ses fcarrossës , de sa vaisselle el de partout , parce qu'il avoit défeusc de portet le manteau ducal, alla remercier le roi uiie heure après ; mais il u'eu put tirer quoi que ce fût sùt- les raisons qu'il avoit eues ; il fut reçu hoimêtement, et ce fut tout. Aussitôt il prit tout ce qu'il auroit dû avoir dès la mort de son frère , et ne tarda pas aussi de se faire recevoir au parlement. Mais, pour achever cette affaire tout de suite , il trouva un hoquet pour sa réception auquel il n'avoit pas lieu de s'attendre. Son habit fiit contesté; des' magistrats du parlement et même des ducs, dont beaucoup ne savent rien ni ne veuletlt apprendre , prétendirent qu'il ne devoit paroître qu'en rochet et camail, parce qu'il n'étoit pas pair par son siège, mais par lui-même. Cela étoit d'autant plus absurde que pair ecclésiastique n'est qu'un nom et non pas une chose , puisque quant à la dignité il n'y a diffé- ' renée quelconque entre les ecclésiastiques et les laïques, et qilo l'habit des uns et des autres ne peut être que le même suivant sa profession et son état ecclésiastique ou laïque. Ainsi, après que^ ques disputes , la raison à la fin l'emporta, et M. de Metz fut reçu en habit de pair ecclésiastique , et n'en a point porté d'àUtre.
Jeudi 8, à Marlij. — Le roi se promena le matin dans ses jardins et alla tirer l'après-dinée. — Le maréchal de Villars prit cdngé dii toi à son botter ; le roi l'embi^àssei et lui fit beaucoup d'amitiés. — M. de Gacé, fils du maréchal de Matignon, épouse la fille du maréchal de Cliâteau-Renaud, à qui son père donne 100,000 écus presque tout en argent comptant. Le roi donne à Gacé le gou- A^ernement de la Rochelle et dit pays d'AUnis, dont le maréchal de Matignon se défait en sa faveur, et le roi lui conserve un brevet de 130,000 francs qu'il avoit sur ce gouvernement.
Vendredi 9, à Marly. — Le roi se promena le matin et l'après-dinée dans ses jardins. — Le maréchal de Villars partit de Paris, mais il n'arrivera que dimanche à Péronne, — On fait quelques réformations dans la dépense des tables du roi à Marly, et l'on croit qu'au ])remier voyage le roi ne nourrira plus les dames (1). — La veuve
(1} « 11 y a une réforme à Marly : le roi y vivra comme à Versailles, àcliner au petit couvert, à souper à une table de douze pour madame la iluclicsse de Bourgogae et le reste de la troupe royale, où tour à toui dcu\ dames seront
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de M. de Marillac, fils du conseiller d'État, épouse M. de l'Aubespine-Châteauneuf, qui n'a jamais paru à la cour. Elle est fille du feu duc de Saint-Aienan de son second mariage et par conséquent demi-sœur de M. de Beauvilliers.
Samedi 10, à Marly. — Le roi courut le cerf l'aprèsdinée et travailla le soir avec M. Voisin chez madame de Maintenon. — M. le maréchal de Berwick est lait par le roi duc et pair, avec permission de faire passer cette dignité sur lequel de ses enfants il voudra. Il a des fils de ses deux mariages. Sa pairie est mise sur la terre de Ouarty, qui étoit à M. de la Frette et qu'il vient d'acheter, et il veut qu'elle s'appelle la duché de Fitz-James. C'est le nom qu'il signe comme fils du roi Jacques *.
* On a déjà dit , à l'occasion de la grandesse accordée avec pareille clause au duc de Berwick , la raison de ces clauses uniques en Espagne et en France, qui etoit l'état de sa famille. 11 avoit un fils unique du premier lit et plusieurs du second, et son dessein d'établir ce fils du premier lit en Angleterre, s'il pouvoit venir à bout de s'y faire rétablir, ce qu'il espéroit toujours lorsque la paix se feroit, et pour cela il falloit être maître des dignités qu'il acquéroit, pour les pouvoir faire passer à ses cadets, sans quoi elles alloient de droit à l'aîné comme sa dignité de duc et pair d'Angleterre dont il ne pouvoit le dépouiller, parce qu'il n'avoit pas obtenu la même clause quand il avoit obtenu cette dignité. Il fit donner a la terre d'Ouart}', dont il forma sen duchépairie, le nom de Fitz-James, qui veut dire en anglois fils de Jacques. Les rois d'Angleterre, en légitimant leurs bâtards ou ceux des autres, leur donnent en même temps un nom et des armes qui demeurent à leur postérité ; celui qui avoit été donné au duc de Berwick étoit celui-ci, qui , tout étrange qu'il nous paroît, n'est pas rare en Angleterre , où ou voit des Fitz-Gérard , des Fitz-AIorice et autres.
Dimanche 11, à Marly. — Le roi tint le conseil d'État, travailla avec M. Pelletier l'après-dinée. — On eut des nouvelles de Douai du dedans de la place du 9. M. d^Vl-
admises seulement. Cornine les princesses tiendront chacune les leurs, les autres y mangeront. Enfin le roi n'y nourrira plus personne-. >- ( Lettre de la marquise d'Huxelles, du 12 mai. )
bergotti fit faire la nuit du 6 au 7 deux sorties qui ont fort bien réussi et où les assiégeants ont perdu assez de monde. — M. le duc de Vendôme épouse mademoiselle d'Enghien, fille de feu M. le Prince. On avoit fort parlé de ce mariage-là durant la vie de ce prince, mais il n'avoit jamais voulu y consentir.
Lundi 12, à Marly. — Le roi se promena le matin et l'après-dinée. Il travailla le soir chez madame de Maintenon avec M. de Pontchartrain après qu'il eut été quelque temps avec le roi et la reine d'Angleterre, qui vinrent ici sur les six heures. Le roi d'Angleterre prit congé du roi et part jeudi pour l'armée de Flandre. La reine d'Angleterre se mettra à Chaillot avec la princesse sa fille, peu de jours après que le roi son fils sera parti. — Le roi a donné à M. de Caderousse le rachat de la terre de Courtenay, qu'avoit madame sa femme, qui vient de mourir.
Mardi 13, à Marly. — Le roi tint conseil de finances et travailla ensuite longtemps avec M. Desmaretz; il travailla Faprès-dînée avec M. Voisin. — Le roi signa le soir le contrat de mariage de mademoiselle d'Enghien avec M. de Vendôme *; ce fut M. le duc du Maine qui présenta le contrat à signer au roi. M. de Vendôme n'y étoit point. Par ce contrat M. de Vendôme fait de grands avantages cà mademoiselle d'Enghien. M. et madame du Maine ont fort travaillé à ce mariage. — M. le maréchal de Villars, doBt la santé est encore assez mauvaise, n'est parti que ce matin de Paris.
* Il a été parlé de tout ce qui regarde le mariage de M. de Vendôme à la page 144.
Mercredi ik , à Marly. — Le roi tint le conseil d'État et l'après-dinée alla courre le cerf; Monseigneur et messeigneurs ses enfants étoient à la chasse; ce sera la dernière qu'on fera ce voyage-ci. — On eut des lettres de Douai du dedans de la place du 9. Il y a dedans un grand détail de la sortie du 7, que commandoit M. de
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Mortemart et qui a été encore plus heureuse qu'on ne l'a voit dit d'abord. Nous n'y avons perdu que vingt hommes. On a rasé la tranchée la pllis avancée et on a entièrement défait deux bataillons anglois et dont il n'est resté, à ce qu'on prétend, que cent soldats. — On apprit que Vandeuil, mestre de camp du régiment Dauphin, est mort de maladie. Il étoit fils de Vandeuil qui étoit lieutenant général et lieutenant des gardes du corps. Il avoit le gouvernement de Pecquai en Languedoc, que le roi lui donna après la mort de son père , qui en étoit gouverneur. Celui qui vient de mourir avoit acheté ce régiment 30,000 écus.
Jeudi 15, àMarly. — Lé roi se promena le matin dans ses jardins. L'après-dinée il régla avec M. d'Anlin ce qu'il faut pour les cuisines et les offices qu'il fait donner ici à madame la duchesse de Bourgogne, à Madame et aux princesses. Il veut qu'elles aient toutes leurs commodités ici pour pouvoir donner à manger aux dames qu'elles amèneront ici. — Le roi d'Angleterre partit de Saint- Germain pour aller à l'armée de Flandre, où il va avec un très-petit équipage, et cela n'en est que plus beau à lui. — M. de Vendôme épousa le matin à Sceaux mademoiselle d'Enghien. Il lui donne par le contrat de mariage tout sdn bien et ne se réserve que 500,000 francs pour en pouvoir disposer. — On eut des lettres de Douai du 12, du dedans de la place. Le gros canon des ennemis ne tiroit pas encore; ils ont six petites pièces de campagnequi tirent depuis six jours sur une redoute qui voit leur tranchée à revers et dont ils n'ont pas pu encore se rendre maîtres. — Monseigneur et monseigneur le duc de Berry coururent le loup, qui se fit prendre à la porte de Pontchartrain. Ils entrèrent dans la maison, et M. le chancelier leur donna un diner excellent.
Vendredi iQ, à Marly. — Le roi travailla l'après-dinée jusqu'à cinq heures avec le P. le Tellier, puis il alla voir jouer au petit mail et se promena dans les jardins jusqu'à
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la nuit. — La maréchale de la Meilleraye * mourut hier à Paris. Elle avoit quatre-vingt-huit ans. Elle avoit donné tout son bien au duc de Brissac, son petit neveu ; elle ne s'étoit réservé qu'un fort léger usufruit. Elle avoit 10,000 francs de douaire^ qui reviennent au duc de Mazarin. — Quand le duc de Noailles épousa mademoiselle d'Aubigné, le roi lui donna le gouvernement de Berry, qu'avoit M. d'Aubigné, son père, àcondition qu'il le vendroit quand M. le maréchal de Noailles, dont il étoit survivancier pour le gouvernement de Roussillon, mourroit. 11 n'a pu vendre le gouvernement de Berry depuis la mort de son père, et le roi lui a accordé ces jours-ci un brevet de retenue de 100,000 écus sur ce gouvernement pour la duchesse de Noailles.
* Cette maréchale de la iMeillerayea fourni d'étranges preuves de l'égarement de l'esprit Jiumain. Elle étoit sœur du duc de Brissac, père de la dernière maréchale de Villeroy, et de Cossé, père de celui qui fut duc de Brissac par la mort sans enfants du frère de la dernière maréchale de Villeroy. Elle avoit eu beaucoup de beauté et de monde, avoit beaucoup d'esprit, et le maréchal de la Meilleraye, veuf de la fille du maréchal d'Efliat, l'avoit épousée en secondes noces et n'en eut point d'enfants. L'amour que le cardinal de Retz eut pour elle eut la principale part à tout ce qu'il entreprit sous la minorité de Louis XIV, dans l'extravagante idée qu'il brouilleroit tant et qu'il deviendroit si considérable qu'il obligeroit à tout faire pour lui jusqu'à lui obtenir dispense, quoique prêtre et évéque, de l'épouser. Elle n'a pas donné lieu à reprendre ses mœurs; mais son orgueil, qui alloit jusqu'à la folie, fut rudement châtié. Elle s'amouracha de Saint-Ruth, qui, de page de sou mari , devint lieutenant général, commanda en Guyenne et fut tué général d'armée en Irlande après avoir été longtemps lieutenant des gardes du corps. 11 étoit fort laid, brutal, et toutefois ille fit avec lui un mariage secret pour conserver son nom ert son rang. Klle n'eu eut point d'enfants, mais tant de soufflets, de coups de pied et de poing et Jtant de toutes sortes de traitements énormes qu'elle eut recours au roi, à qui elle fit confidence de son mariage et de ses malheurs. Le roi, qui étoit touché de ces sortes de confiances, lava bien la tête à Saint-Ruth , et lui défendit de donner lieu de se plaindre davantage à la maréchale.; mais sa brutalité ne pouvant être contenue , la maréchale obtint qu'il fut continuellement employé et s'en délivra de la sorte. Elle étoit folle de sa maisou et la croyoit ou la vouloit
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faire croire au-dessus de toute autre du royaume. Étant uu jour à Brissac, elle se promenoit avec complaisance dans une galerie où ses ancêtres étoient peints , et de temps en temps faisoit des révérences au\ maréchaux de Brissac et à quelques autres, puis se tournant vers la duchesse de Brissac, sa nièce, elle l'exhortoit a regarder ces grands hommes. Cette nièce, belle comme le jour, étoit fille du duc de Saint- Simon; elle avoit beaucoup d'esprit, étoit fort jeune, et son mari, d'avec qui elle fut séparée depuis pour des choses énormes, ne lui donnoit pas lieu de se plaire beaucoup à Brissac ni d'affectionner ses ancêtres. Elle demanda donc a la maréchale qui étoit un vieux barbouillé qu'elle voyoit là parmi les autres ; la maréchale, scandalisée, lui en conta merveilles et tant de choses hors de raison et d'apparence que la nièce, pour se moquer d'elle et se divertir, prit occasion de lui faire accroire à son tour que ce personnage avoit eu quelque principauté en Italie, et lui eu 'ajouta l'histoire sur-le-champ. La maréchale fut ravie et la goba , puis la distribua , mais pour que ce ne fût pas sans preuves, elle fit mettre à ce portrait un de ces bonnets modernes qu'on a imités des électeurs ; de là elle crut ce fondement suffisant pour communiquer ce bonnet à toute la maison. C'est l'unique source et l'époque d'où il leur est venu, et que cette duchesse de Brissac n'appeloit jamais en se moquant que le Bonnet de ma tante. Son entêtement pour la naissance alloit à la folie : le chevalier de Soissons mourut fort promptement avec des bénéfices après une vie fort déréglée : on en parloit et on moralisoit sur son salut ; « Je vous assure , dit la raarédiale, qu'il n'en faut pas aussi être si en peine , et que Dieu y regarde à deux fois pour des gens de cette qualité-là. » Elle avoit un précieux dans toute sa personne qui en relevoit les dits et qui y ajoutoit. Ce qu'elle proposoit de plus raisonnable étoit qu'il falloit toujours épouser des filles de bonne maison, parce qu'il en pleuvoit ou qu'il en dégouttoit; et la vérité est que celles qui sont mariées souvent sur le pied de n'avoir rien deviennent par des hasards des héritières. La maréchale de la ^Sleilleraye conserva de la considération et du roi et du monde jusqu'à la fin de sa vie.
Samedi 17, à Versailles. — Le roi se promena le matin dans ses jardins de Marly, travailla l'après-dinée avec M. Voisin et en repartit à sept heures pour revenir ici. Monseigneur et madame la duchesse de Bourgogne y jouèrent Taprès-dlnée au papillon et revinrent ici un peu avant le roi. — 11 arriva hier au soir à Marly un courrier de nos plénipotentiaires, et le hruit se répand qu'ils étoient prêts à partir de Saint-Gertruydemberg quand ils ont
reçu un courrier des députés des États Généraux qui les prioient de demeurer, et que c'est sur cela qu'ils ont envoyé ici. — On reçut hier des lettres du maréchal de Villars, qui est arrivé à Péronne. Il mande que le canon des ennemis ne tiroit pas encore à Douai le 1 3 , mais par les lettres qu'on a reçues aujourd'hui ils ontdéjà beaucoup de pièces en batterie. Il leur déserte beaucoup de monde, et il nous revient beaucoup de nosdéserteurs depuis qu'ils ont appris que nos soldats ont du pain et de la viande et qu'on leur paye le prêt régulièrement. — M. le Duc est parti à quatre heures du matin et va couchera Péronne.
Dimanche 18, à Versailles . — Le roi tint le conseil d'État; il travailla avec M. Pelletier l'après-dinée jusqu'à cinq heures et alla tirer. — M. le cardinal de Noailles manda hier à M. Voisin que Vandeuil , qu'on avoit cru mort , étoit presque hors de danger. Il avoit été en léthargie pendant douze heures. Plusieurs gens avoient demandé son régiment. — Le maréchal de Villars mande qu'il assemblera son armée le 22. — On a reçu des lettres de Madrid qui portent que le roi d'Espagne partit le 3 de ce mois pour aller se mettre à la tête de son armée, et avant que de partir il a nommé quatre commissaires, tous Letrados, pour travailler au procès du duc de Médina- Céli, — ^ Le duc de Berwick prit hier congé du roi à Marly, mais il ne partira de Paris qu'à la fin de la semaine, parce qu'il attend que ses lettres de duc et pair soient registrées au parlement, et cela doit être fait jeudi.
Lundi 19, à Versailles. — Le roi tint conseil de dépêches; l'après-dinée il travailla avec M. de Pontchartrain et à six heures il alla à la chapelle, où les prières de quarante heures sont établies depuis hier pour obtenir une heureuse paix. Monseigneur alla dès le matin à Meudon, où il demeurera jusqu'à la fin de la semaine. Après le salut le roi alla se promener à Trianon. — On eut un courrier du maréchal de Villars, qui envoie une lettre
qup Alberg'Qtti hù a écrite du 16. La tranchée est encore éloignée de quelques toises de l'avant-fossé. Notre armée conimencera à s'assembler le 22 sousCambray. On ne doute plus que le maréchal de Berwick n'y aille ; il nous assura pourtant encore samedi, en prenant congé du roi à Marly, qu'il alloit tout droit à Grenoble. — Mademoiselle de Choiseul , fille ainée du feu duc de Choiseul^ mourut à Paris. Après la mort de son père madame la princesse de Gonty obtint du roi une pension de 4,000 francs pour les deux filles de ce duc, qui avoit épousé sa cousine germaine, et elle vient d'obtenir du roi, dans une conversation où le roi a été fort content d'elle, que les 4,000 francs de pension seroient pour la fille qui reste.
Mardi 20, à Versailles. — Le roi, après la messe, donna une longue audience au duc de Berwick, qui avoit pris congé de lui samedi, et ce duc, après sonaudience, partit en chaise de poste pour aller coucher à Gournay, et il sera demain matin à Péronne, où il trouvera encore le maréchal de Villars. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent à la chapelle, aux prières de quarante heures, qui ont fini auJourd"huià la chapelle. Ils avoient diué à la Ménagerie. Le roi, après l'audience du duc de Berwick, tint le conseil de finances à son ordinaire et l'après-dinée il travailla chez lui avec M. Voisin et puis alla se promener à Trianon. Monseigneur le duc de Berry alla dès le matin à Ramliouillet, où M. le comte de Toulouse est depuis hier ; ils en reviendront demain. M. le comte de Toulouse a vendu au président Rouillé sa maison de la Bretèche auprès de Marly. Il y a quelque petit revenu, et il ne l'a pas vendue la moitié (ie ce qu'elle lui avoit coûté à accommoder.
Mercredi 21 , à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État et alla tirer l'après-dinée. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent dîner avec Monseigneur à Meudon. Ils se promenèrent
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beaucoup avec lui, le soir, dans les jardins et revinrent ici à rjeuf heures. — M. Voisin vint le soir chez madame de Maintenon apporter au roi des lettres du maréchal de Villars, à qui M. d'Albergotti mande du 1 8 qneles ennemis ont poussé leur tranchée jusqu'à l'avant-fossé. Ils travaillent à jeter des ponts dessus pour le passer. Il mande aussi à ce maréchal qu'il espère pouvoir tenir le temps qu'il lui a promis et que nous ne savons point ; on croit que cela passera de quelques jours la fin. du mois. Il paroit que l'on veut faire quelque tentative pour secourir cette place. Le maréchal de Villars mande que ce qu'il a vu de troupes ne sont pas en fort mauvais état et qu'il y paroit beaucoup de bonne volonté. On leur donne du pain, de la viande, et on leur a payé le prêt fort régulièrement depuis un mois.
Jeudi 22, à Versailles. — Le roi, après son lever, donna audience aux députés des états de Bourgogne après la messe, et il alla dans la chapelle neuve, dont il examina le haut et le bas avec beaucoup de soin. Il y fit chanter un motet pour voir l'effet que la musique feroit dans cette chapelle. Monseigneur y vint de Meudon et puis y retourna diner. Toute la maison royale y étoit. Après le dîner le roi alla se promener à Marly. Monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne et monseigneur le duc de Berry allèrent dîner à la Ménagerie avec beaucoup de dames. — Un courrier que M. de Torcy avoit envoyé il y a huit ou dix jours à nos plénipotentiaires revint ici le soir. On ne nous dit point quelles nouvelles il a apportées. — Le duc de Noailles partit lundi pour aller à Perpignan; les officiers généraux qui doivent servir sous lui ont ordre de s'y rendre dans le 15 du mois prochain.
Vendredi 23, à Versailles. — Le roi travailla le matin avec le l*. le Tellier, son confesseur, et l'après-dinée il alla à Meudon voir Monseigneur et y mena avec lui madame la duchesse de Bourgogne dans sa calèche. Il descendit
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au château neuf, où il demeura quelque temps, et puis alla au mail voir jouer messeigneurs les ducs de Bourgogne et de Berry ; ensuite il se promena dans le parc, madame la duchesse de Bourgogne étant toujours avec lui dans sa petite calèche, etils revinrent ici à neuf heures. — Notre armée de Flandre s'assembla hier sous Cambray. Nous y avons cent cinquante-sept bataillons et deux cent soixantedeux escadrons, sans compter tout ce qui est dans les places. Tous les régiments ne sont pas complets, mais ils sont plus forts qu'on ne croyoit cet hiver qu'ils pourroient être au commencement de la campagne ; ils sont même plus complets en officiers qu'on ne l'auroit espéré. On leur donne de bon pain'; ils ont de la viande, et le prêt est payé régulièrement.
Samedi -lï , à Ver milles. — Le roi tint le conseil de finances, et l'après-dînée il alla se promènera Marly, où il acheva de régler les offices qu'il donne aux princesses, afin qu'elles puissent donner à manger aux dames durant le voyage de Marly. — Le roi, au soir, reçut par M. de Torcy une lettre que le cardinal de Bouillon lui écrivit d'Arras *. Il a pris le parti, en feignant d'aller d'Arras à Vigogne, une de ses abbayes, de se faire enlever par des troupes ennemies. Le roi veut que la lettre que ce cardinal lui a écrite soit rendue publique. J'en aurai la copie demain , que je mettrai ici.
Copie de la lettre du cardinal de Bouillon.
Sire, j'envoie à Votre Majesté, par cette lettre que je me donne l'honneur de lui écrire après dix ans et plus des plus inouïes, des plus injustes et des moins méritées souffrances, accompagnées durant tout ce temps-là de ma part de la plus constante et peut-être trop outrée ( nonseulement à l'égard du monde, mais même à l'égard de Dieu et de son Eglise î patience et du plus profond silence, j'envoie, dis-je, à Votre Majesté, avec un très-profond respect, la démission volontaire, qui ne peut être
regardée par personne comme l'aveu d'un crime que je n'ai pas commis , de ma charge de grand aumônier de France et de ma dignité de l'un des neuf prélats, commandeurs de l'ordre du Saint-Esprit, qui a l'honneur d'avoir Votre Majesté pour chef et grand maitre, qui a juré sur les saints Évangiles, lejourde son sacre, l'exacte observation des statuts dudit ordre ; en conséquence desquels statuts je joins danscette lettre le cordon et la croix de l'ordre du Saint-Esprit que, par respect et soumission pour les ordres de Votre Majesté, j'ai toujours porté sous mes habits depuis l'arrêt que V'otre Majesté rendit contre moi absent et non entendu, dans son conseil d'en haut, le 11 septembre 1701. En conséquence de ces deux démissionsque j'envoieaujourd'hui à Votre Majesté, je reprends par ce moyen la liberté que ma naissance de prince étranger, fils de souverain, me donne, ne dépendant que de Dieu et de ma dignité de cardinal évêque de la sainte Église romaine et doyen du sacré collège, évêque d'Ostie, premier suffragant de l'Église romaine, me donnent naturellement liberté séculière et ecclésiastique de laquelle je ne me suis privé volontairement que par les deux serments que je fis entre les mains de Votre Majesté en 1671, le premier pour la charge de grand aumônier de France, la première des quatre grandes charges de sa maison et d<' sa couronne, et le second serment pour la dignité d'un <les neuf prélats commandeurs de l'oidre du Saint-Esprit, desquels serments je me suis toujours très-tidèlement et très-religieusement acquitté tant que j'ai possédé ces deux dignités, desquelles je me dépose aujourd'hui volontairement et avec une telle fidélité aux ordres et volontés de Votre Majesté, en tout ce qui n'étoit pas contraire au service de Dieu et de son Église, que je désireroisbien d'en avoir une semblable à l'égard des ordres de Dieu et deses volontés, à quoi je tâcherai de travailler uniquement le reste de mes jours en servant Dieu et son Église, dans la première place après la suprême où la divine l'rovi- T. xin. Il
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clence ma établi, ({uoiciu»' très-iiulienc, et en cette qualité qui m'attache uniquement au saint-siége. J'assure Votre Majesté que je suis et serai jusqu'au dernier soupir de ma vie, avec le respect le plus profond qui est dû à la Majesté Royale, Sire,
de Votre Majesté,
le très-humble et très-obéissant serviteur. Le cardinal de BOUILLON, doyen du sacré collège.
* Le cardinal de Bouillon erra longtemps d'abbaye en abbaye dans j 'espérance que sa disgrâce finiroit ; il avoit son compte , ayant persévéré à Rome jusqu'à ce qu'il eût recueilli le décanat; il en avoit fait fonction au conclave et à ses suites, et surtout à l'année sainte, dont i eut grand soin de conserver les monuments par les portraits qu'il fit taire de soi dans ces différentes fonctions de doyen du sacré collège. Il avoit lieu de croire le roi content de son exil , du dépouillement de sa cbarge de grand aumônier et surtout de la fortune du fils de la belle madame de Soubise aux dépens de lui et des siens. Il étoit cousin germain du feu maréchal de Lorges, et, quoiqu'en nulle liaison avec le duc de Saint-Simon, sou gendre, il trouva commode de séjourner chez lui à la Ferté, allant de Cluny à son abbaye de Saint-Ouen de Rouen et retournant de cette abbaye à celle de Saint- AVaast d'Arras ; mais ce dernier séjour, demandé pour quelques jours , il le prolongea près de trois mois , tellement que, ce lieu n'étant qu'à vingt lieues de Versailles , le roi s'en fâcha à la fin, parce qu'il n'avoit pas permission d'approcher plus près de la cour que de trente lieues, et cependant le roi ne voulut ni l'en faire sortir ni exiger du maître du lieu qu'il lui fit une malhonnêteté. Ce fut de là qu'il travailla le plus à son retour, et il envoyoit tant de gens de côté et d'autre qu'il ne lui demeuroit souvent que deux ou trois domestiques. Les jésuites étoient ses fidèles amis ; il négocioit aussi avec Saint-Sulpice et 31. de Chartres, Godet Uesmarets, duquel il ne fut pas content, et sur la fin, et son parti pris en lui-même, il ne le ménagea pas dans ses plaintes. Il disoit quelquefois la messe à la chapelle et à la paroisse , et il y officia à la fête du Saint-Sacrement , qu'il porta à la procession. Il ne manquoit guère, au sortir de l'église, d'avertir les paysans et le curé de se souvenir bien de ce qu'ils venoient de voir un prince et un doyen des cardinaux, le premier homme de r>-glise après le pape , célébrer la messe dans leur paroisse. Le curé etoit souvent honteux des misères de vanité qu'il lui dèployoit, et avoit pitié du désespoir de ses plaintes. Il alla de là à là Trappe, qui en est proche; il avoit fort connu et visité quelquefois h' réformateur.
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BoutliiHier <lo Rancé, et y avoit vu M. de Saint-Louis, vieuv brigadieide cavalerie fort estimé, qui y a été trente ans retiré et qui vivoit encore. Il lui déploya toutes ses aniertumes ; le solitaire l'exhorta du mieu\ qu'il put et lui parla de son âge et de la mort ; mais le cardinal s'écria vivement et plusieurs fois qu'il ne vouloit point mourir et qu'il ne lui parlât point de cela , et s'en revint fort vite ; aussi étoitil esclave de sa santé. Le procès qu'il perdit contre les réformés de CUmy, et qu'il tenta vainement de faire juger une seconde fois par le même conseil qui, le roi présent, Tavoit condamné, mit le comble à sa rage et le dernier sceau à sa sortie du royaume , vers laquelle il s'achemina de la Ferté incontinent après. Il eut la foiblesse de tourner autour de sa maison de Pontoise , où il avoit tant dépensé et passé de si beaux jours, et n'osant y entrer, de s'arrêter aux grilles. Le prince d'Auvergne, son neveu, le reçut dans sa fuite d'Arras avec un gros détachement , et le conduisit à l'armée du prince Eugène , qui lui fit donner l'ordre et les plus grands honneurs. Il étoit fils de la sœur de madame de Bouillon, et bien aise de ne manquer pas cette occasion de piquer le roi. La considération du cardinal se tourna bientôt en misère et en mépris; la colère du roi n'y tom-na guère moins. On n'osa pousser un cardinal ; on en craignit les embarras ; sa famille, qui trembla pouï. uu rang aussi en l'air que le sien et eu même temps pour ses charges, n'oublia rien pour piquer le roi de générosité, et ranciemie habitude et amitié du roi pour ^I. de Bouillon les sauva de tout. Le patrimoine du cardinal fut confisqué et ses bénéfices saisis , et ce fut tout, après bieu du vacarme. Le roi seulement fit rechercher tous les endroits, papiers, inscriptions, registres, etc., où les Bouillon avoient pris la qualité de priuces, qui fut partout biffée. Il ne se doutoit pas que M. de Fréjus, devenu premier ministre pour le moins de son successeur, les feroit reconnoître , par lui et malgré les princes du sang, princes et par la grâce de Dieu. Ainsi va le monde.
Dimanche 25 , à Versailles. — Le roi tint le conseil d'État et alla tirer l'après-dinée. Il a donné ordre à son procureur général, qui étoit ici, de demander au parleinent qu'on fasse le procès du cardinal de Bouillon comme coupable de félonie. Il fait remettre au procureur général la lettre de ce cardinal, qui est toute de sa main, et le roi, dans son arrêt du conseil d'en haut en parlant de cette lettre, dit qu'elle est encore plus criminelle que son évasion. Labljé d'Auvergne vint ici le matin, n'osant quasi se présenter devant le roi ; mais les ministres l'assurèrent
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qu'il lepouvoit faire, et il vil le roi après dîner, qui lui parla avec beaucoup de bonté par rapport à lui. On a envoyé avertir M. de Bouillon, qui est à Évreux, où il prend du lait. Madame de Bouillon, qui est malade à Paris, a écrit une lettre fort sensée au roi. Le duc d'Albrtit. le comte d'Évreux et le chevalier de Bouillon sont venus inarquer leur douleur, et le roi leur a dit : « Messieurs, je vous plains bien d'avoir un oncle si extravagant. »
Lundi 26, àMarly. — Le roi partit ici de Versailles aussitôt après son diner. 11 avoit travaillé le matin avec M. de Pontchartrain, qui retourna encore lui parler avant qu'il montât en carrosse pour venir ici. — Il arriva un courrier de M. de Villars qui partit hier au soir. Notre armée se doit mettre en marche aujourd'hui pour venir en deux jours sous Arras, où elle passera la Scarpe pour s'approcher des ennemis et voir si on pourra les attaquer dans le camp qu'ils ont pris et où ils se retranchent beaucoup. Us ont leur gauche à Vitry sur la Scarpe et leur droite à Hénin-Liétart. M. de Villars envoie aujourd'hui une lettre d'Albergotti du 2i au soir. Il mande qu'il est attaqué fort mollement et même que les ingénieurs qui conduisent la tranchée ne sont pas fort habiles , qu'il espère de donner à M. de Villars tout le temps nécessaire pour le secourir, n'étant point du tout pressé. Il n'a perdu aucun officier considérable dans sa place. Le major du régiment de Touraine , qui s'étoit fort disting-ué durant le siège de Lille, où ce régiment étoiten garnison, a été dangereusement blessé au visage en défendant un poste avancé dont il n'a point voulu être relevé.
Mardi^l, àMarly. — Le roi tint le conseil de finances, travailla l'après-dinée avec M. Voisin et puis se promena dans ses jardins jusqu'à la nuit. Monseigneur et messeigneurs ses enfants coururent le cerf avec les chiens du roi dans la forêt de Saint-Germain. Mesdemoiselles de Bourbon et de Charolois sont de ce voyage pour la première fois, et l'une dos doux soupera tous les soirs avec