MAI 1684. I
d'Ancre. Le duc de Vitry fut conseiller d'État d'épée, el mourûtes 1679,' après avoir été employé eu diverses négociations en Allemagne. Son lils unique, M. de Chasteauvillain, fut tué , la nuit , à la place K<>\ aie en 1674, à vingt-trois ans, sans avoir été marié, et saillie est morte sans entants, en 1694. Elle avoit épousé M. deTorcy, sous-lieutenant des chevau-légers de la garde. Le maréchal de l'Hôpital n'eut point de postérité deses deux femmes. Quoique M. de Vitry, conseiller d'Etat d'épée , ne fût duc qu'à brevet, comme tel toutefois il précédoit au conseil le doyen des conseillers d'Etat, et y avoit les honneurs des vrais ducs.
Mardi 30. — Madame la Dauphine alla dans la chambre de madame de Maintenon* la prier d'accepter la charge de dame d'honneur, mais elle n'en put rien obtenir. Madame de Maintenon reçut avec respect des propositions si obligeantes , mais elle demeura ferme dans sa résolution; elle avoit prié le roi de ne point dire l'honneur qu'il lui avoit fait de lui offrir cette charge , mais S. M . ne put s'empêcher de le dire , et le conta après son dîner.
*Madame de Maintenon, dont l'histoire sera trop célèbre pour n'en rien dire ici, trouva premièrement sa subsistance , puis sa fortune, chez le maréchal d'Albret , et ne l'oublia jamais. Veuve du rare Scarron, et par lui fort connue dans le grand monde , tombée dans l'indigence jusqu'à recevoir les aumônes de sa paroisse, belle, encore plus agréable et peu cruelle, avec un esprit aimable et amusant au dernier point, elle fut introduite chez le maréchal d'Albret, qui en devant amoureux et en prit soin; là, elle fit connoissance avec sa famille et ses amis qui sont toujours depuis demeurés les siens ; c'est ce qui fit madame de Richelieu dame d'honneur de la reine, puis par confiance de madame la Dauphine, et ce qui a servi à bien d'autres ; la mère du maréchal d'Albret étoit Gondrin de Pardaillan, tante paternelle de M. de Montespan, qui ne bougeoit de l'hôtel d'Albret, et ce fut où madame de Montespan connut madame Scarron et d'où elle la fit depuis gouvernante des entants qu'elle eut du roi, et dame de Maintenon, etc., et par qui enfin elle fut supplantée .
Mercredi 31 . — Le roi donna l'archevêché d'Auch à M. de Suse, évèque de Saint-Omer ; l'évèché de Saint-Omer à M. de Valbelle, évèque d'Alet ^l'évèchéd'Aletà M. Méliand, évèque de Gap, el Cap au P. Verjus de l'Oratoire, frère du plénipotentiaire à Ratisbonne. Il donna aussi l'évèché de Marseille à l'abbé du Lue. l'évèché de Toulon à l'abbé <!<■
Chalusset , l'évêché de Rhotlez à l'abbé de Lusignan, l'évèché de Grasse à l'abbé Hervé, et l'évêché de Bazas à l'abbé de Gourgues. — Ces trois derniers jours-là, je les avois passés avec M. le maréchal d'Humières, ou à Lille, ou en chemin en revenant avec lui à la cour, où il n'avoit pas encore eu la force de paroitre depuis la mort de son tils.
Jeudi 1er juin. — Le matin il arriva un courrier de M. de Seignelay, qui mandoit au roi que Gênes étoit fort endommagé par nos bombes , et que nous avions fait une descente à Saint-Pierre d'Arène, faubourg où étoient leurs plus beaux palais ; que nous avions forcé un retranchement défendu par quelque infanterie espagnole qu'avoit envoyée le gouverneur de Milan , qu'ensuite tout le faubourg avoit été pillé et brûlé, et qu'à une heure après-midi nos troupes s1 étoient rembarquées sans laisser la moindre chose , et sans que les Génois ni les Espagnols osassent les troubler dans leur retraite. Le chevalier de Léry, chef d'escadre, fut tué à cette action-là. — La nuit, un moment après le coucher du roi , on entendit les trois salves que S. M. avoit ordonné qu'on fit pour signal, quand Luxembourg commenceroit à capituler; le courrier du maréchal de Créqui portoit la nouvelle à Avesnes, d'où l'on commençoit à tirer, puis à Landrecies et au Quesnoy. — Le roi se releva entendant les premiers coups de canon. M. de Duras, qui étoit en quartier, et moi, qui m'y trouvoi heureusement, nous rentrâmes dans la chambre de S. M., avec qui nous restâmes plus d'une heure, attendant la fin des trois salves; car le canon tiroit fort lentement. M. de Louvois arriva ensuite, et le roi ordonna à Albergotti d'aller au camp pour dire à M. le maréchal de Schomberg de se rendre au lever du roi. Vendredi 2. — Sur les six heures du matin, Desbordes, lieutenant-colonel de Navarre, vint de Luxembourg dire au roi que les ennemis avoient commencé à capituler le jeudi matin, et que les otages se donneraient départ et d'autre sur les dix heures. S. Ai. lui donna -2,000 écus pour
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son voyage. — Après midi, le roi donna tons les ordres à M. le maréchal de Schomberg, qui demeuroit ici pour commander l'armée, et S. M. fit partir les maréchaux des logis pour aller marquer les logements sur le chemin de Versailles par la même route qu'il étoit venu jusqu'à Mouchy. — On sut que le maréchal de Bellefonds avoit assiégé Gironne en Catalogne et que la tranchée devoit avoir été ouverte le 17 de mai. — Le gouvernement de Luxembourg fut donné à Lambert * et le gouvernement de Longxvi , qui vaquoit parla, fut donné à Mathieu. brigadier d'infanterie e1 ancien colonel de la marine.
* Lambert, à qui le gouvernement de Luxembourg fut donné, etoit mari de madame de Lambert qui a depuis brillé par son esprit et sou savoir, et plus encore par s'en être fort piquée.
Samedi 3. — On comptoit que Luxembourg- étoit rendu. et le roi fit le matin chanter le Te Deum ; comme il sortoit de l'église, il vint un courrier dire que les assiégés a voient demandé des conditions si déraisonnables que l'on avoit rendu les otages de part et d'autre , et qu'on reconmiençoit à tirer. — Le soir S. M. s'alla promener à Charly, petite maison de Magalotti, dans un faubourg de Yalenciennes. — J'appris ce jour-là qu'Artagnan, capitaine aux gardes, quittoit sa compagnie pour avoir la cornette des mousquetaires, vacante parla promotion de Mirepoix à l'enseigne.
On sut que le duc de Choiseul* et le vidame étoient morts de leurs blessures. Le comte du Plessis succédoit à la duché de son neveu , et la charge de premier gentilhomme de la chambre de Monsieur étoit vacante. — M. de la Feuillade commanda un détachement de cent soixante hommes des gardes pour marcher avec le roi et le garder tous les soirs; parce moyen-là les mousquetaires n'eurent pas la fonction qu'ils avoient eue en venant et dans tous les autres voyages.
* Le duc de Choiseul étoit petit-fils du maréchal du Plessis, célèbre pour avoir sauvé l'État par la bataille de P, bétel, qu'il gagna contre ML de
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Turenne. Le maréchal du Plessis étoit gouverneur de Monsieur, puis premier gentilhomme de sa chambre et surintendant de sa maison, et sa femme dame d'honneur de Madame, et le demeurèrent depuis avoir été fait duc et pair en 1665. Son fils, le comte du Plessis, mourut avant lui et ne fut point duc, et sa femme fut dame d'honneur de Madame ; elle épousa Clérembault par amour. De son premier mariage elle avoit eu ce duc de Choiseul qui avoit eu la charge de son grand-père avec sa dignité, à laquelle son oncle paternel succéda , qui a été le dernier duc (le Choiseul, en qui le duché-pairie s'est éteint, faute de postérité. Madame de Clérembault , de son second mariage , a eu une fille unique, nier-' du duc de Luxembourg d'aujourd'hui.
Dimanche %. — Au lever du roi, M. de Lotrvois apporta un plan de la tranchée de Gironne, qui étoit déjà fort près de la contrescarpe; noire canon étoit en batterie. — Un courrier venant de Rome, qui avoit pa>sé à Cènes, confirma la désolation de cette ville. S. M. vint dînera Àspres et couchera Cambrai, où en arrivant il trouva un courrier par lequel le maréchal de Créqui mandoit que le samedi matin les ennemis avoient battu la chamade à l'attaque du vieux Munster, où Hamilton étoit de garde; que l'on avoit donné des otages de part et d'autre , mais que la capitulation n'étoit point encore faite, et que, dès qu'elle seroit signée^ il enverroit un de ses aides de camp la porter au roi. S. M. l'ut tentée de l'attendre à Cambrai . mais enfin il se résolut à continuer sa route sans s'arrêter. — L'Apparat, ingénieur qui avoit dignement servi au siège, eut la majorité de la place et une commanderie de Saint- I azare.
Lundi 5 , à Péronne. — Le roi est parti ce matin de Cambrai, a dîné à Metz-en-Couture et est venu coucher ici. — Les soldats des gardes ne pouvant pas suivre le roi, M. de laFeuillade ordonna qu'ils allassent tout droit à Versailles.
Mardi 6, à Roye. — Il est arrivé ce matin deux courriers à Péronne, l'un de Luxembourg, l'autre de la flotte. Par le premier on apprend que la capitulation est faite , les assiégés livrent , demain matin , une de leurs portes et