JUIN 1CU
sortiront à midi; ils seront conduits à Stockem dans le pays de Liège , de là ils iront où il leur plaira. On vouloit les mener dans le pays de Gueldre, ils voûloient qu'on les menât à Mons ou à Namur, ce qui a fait durer quelque temps la capitulation. — Par le courrier de M. de Seignelay, on apprend que la bombarderie de Gênes est iinie ; il y a les trois quarts de la ville où il y a eu bien des maisons brûlées et l'autre quart renversé : notre flotte s'en revient.
Mercredi 7. à Muuchy. — Le roi apprit avec douleur la levée du Siège de Gironne et la perte d'un grand nombre d'officiers. — M. de Seignelay revint de l'expédition de Gènes, et n'arriva qu'après le coucher du roi; ainsi il ne put le voir que le lendemain. — Ce jour-là nous allâmes coucher à Liancourt et quittâmes la cour le matin à Roye.
Jeudi 8, à Chantilly (1). — Monsieur et Madame étoient arrivés de bonne heure, attendant le roi. Chantilly parut un lieu délicieux à tous les courtisans et au roi même, qui le dit plusieurs fois. — On sut que Madame de Clérembault avoit donné sa démission de la charge de dame d'honneur de Madame, et Monsieur la donna à Madame la duchesse de Ventadour * gratis, et promit 40,000 écus de récompense à Madame de Clérembault. M. de Saint-Olon vint saluer le roi , revenant de son envoi à Gènes.
* .Madame de Ventadour étoit fort belle et fort agréable, son mari trèslaid et très-contrefait : ils étoienttrès-mal ensemble et les choses étoient allées souvent fort loin ; elle avoit été en plus d'un couvent , et y étoit alors fort à l'étroit. Le duc de Villeroy ( depuis maréchal ) l'en tira par cette voie qui parut si étrange au roi qu'il demanda à Monsieur si sa famille y consentait. On l'avoit gagnée, et on se soucia peu du mari, dont la débauche et une absence continuelle de la cour ne lui donnoient pas grande considération. La maréchale du Plessis étoit dame d'honneur de Madame, lorsqu'elle devint duchesse , et Monsieur se fit une affaire que le maréchal et elle demeurassent à lui dans cette dignité et que le
- (1) Voir, pour le détail de la réception- du roi à Chantilly, le Mercure de juin, p. 151- à 156.
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petit duc de Choiseul, encore enfant à la mort de son grand-père, eu gardât la charge, et ce fut pour cela que sa mère, quoique remariée à Clérembault, demeura dame d'honneur . Jusque-là les fils de France n'avoient pas songé avoir des ducs et des duchesses à eux , et beaucoup moins ceux-ci à y être.
Vendredi 9, à Versailles. Le roi apprit que ses troupes avoient pris possession de Luxembourg le mercredi; le prince de Chimay en sortit avec 1,600 soldats et 2,000 femmes ou enfants. On n'y trouva point de déserteurs, on a voit cru qu'il y en auroit au moins deux cents. — La cour arriva de bonne heure ; on trouva le petit appartement (1) du roi achevé et beaucoup d'embellissements nouveaux dans les jardins, surtout par un grand nombre de statues. — Monseigneur, avant que de partir de Chantilly, courut le cerf avec les chiens de Rare et revint de la chasse avant que le roi montât en carrosse.
Samedi 10. — Madame de Lœvestein (2) prit possession de la place de fille d'honneur de Madame la Dauphine , qu'avoit eue la duchesse de Roquelaure. — M de Richelieu parut le matin au lever du roi, qui lui témoigna s'intéresser fort tendrement à la perte qu'il avoit faite de madame sa femme. — L'après-dinée le roi se promena beaucoup dans ses jardins, où il trouva de grands changements. — Mademoiselle de Gouvernet fut mariée à Paris au fils de milord Halifax, frère aine de Sauweill, qui avoit été longtemps envoyé en France.
Dimanche 11. — Le matin, le roi dit à Monseigneur et à madame la Dauphine qu'il avoit choisi madame la duchesse d'Arpajon pour remplir la place de dame d'honneur. L'après-dinée S. M. envoya quérir le marquis de Reuvron et lui dit d'aller à Paris porter cette nouvelle à sa sœur, et au sortir du Salut le roi déclara au public le choix
(1) Le petit appartement du roi se composait de toute la partie centrale du premier étage du château de Louis XIII, sur la cour de marbre.
(2) Marie-Sophie de Bavière de Lœvestein épousa , en 1686 , le marquis de Dangeau.
qu'il avoil t'ait. — Sa Majesté se promena dans sa calèche avec madame la Dauphine et Madame.
Lundi 12. — Madame d'Arpajon* vint remercier le roi, qui la présenta à madame la Dauphine; l'après-dînée elle revint saluer Monseigneur qui revenoit de courre le cerf. — Le soir, le roi se promena longtemps à Trianon (1), qu'il trouva plus beau que jamais. — On commença à parler, le soir, des dispositions que faisoit Monsieur pour les charges de sa maison. — Les volontaires qui avoient été au siège de Luxembourg commencèrent à revenir.
'Madame d'Arpajon , troisième femme de M. d'Arpajon, duc à brevet, avoit passé sa vie avec lui en Rouergue, et tout le temps de son veuvage à Toulouse , à plaider ; la suite de ce procès l'amena à Paris quelques mois avant la mort de madame de Richelieu; elle étoit sœur du Marquis de Beuvron, duquel le fils, Harcourt, fut depuis duc-pair et maréchal de France. Beuvron avoit été plus que bien avec madame de Maintenon, qui n'oublia jamais de tels amis, et qui l'envoya dire à sa sœur, belle et vertueuse, mais qui n'avoit ni esprit, ni cœur, qu'elle étoit dame d'honneur , dont elle pensa mourir de surprise.
Mardi 13. — Le roi et Monseigneur allèrent à Marly qu'on trouva fort avancé ; ensuite on passa aux regards de M. Deville (2) pour voir arriver les eaux , puis on visita les réservoirs du Ghesné , où le roi nous conta que durant la capitulation de Luxembourg , Vauban faisoit travailler à l'excavation du fossé et à tirer de la pierre pour raccommoder la place , et que les officiers espagnols qui se promenoient sur le rempart et qui ne dévoient sortir de la place que deux jours après, lui demandant ce qu'il faisoit dans le fossé, il leur dit qu'il songeoit à réparer les désordres qu avoient fait nos bombes et notre canon. Nous n'en usons pas de même, dirent ces officiers, car il y a sept ans que nous avons pris Philisbourg, et nous n'avons pas encore
(1) C'est le premier palais de Trianon, que Saint-Simon appelle : « Maison de porcelaine, à aller taire des collations. » Ce palais fut remplacé, en 1687, par celui qui existe encore sous le nom de Grand-Trianou.
il) Voir pour ce qui concerne M. Deville et la maclùne de Marly : Des eaux de Versailles, e£c.,par M. le Roi; Versailles, 1847 , in-8°.
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raccommodé la brèche. — S. M. nous iit lire le lardon de- Hollande (1 ), qui étoit excellent et nous apprit tout ce qu'il vouloit faire à Marly pour l'achever. — Monseigneur le duc de Bourgogne se trouva mal; sur les quatre heures du soir, la fièvre le prit. — M. de Bussy * perdit son procès, sa fille l'ut déclarée, par arrêt du parlement , femme de M. de la Rivière et l'enfant légitime.
* Bussy est celui qui se perdit par Y Histoire amoureuse des Gaules, qui étoit les amours du roi, qu'il écrivit eu style de roman d'une manière fort libre , ce que. le roi ue lui pardonna jamais. Il en perdit sa charge de mestre-de-camp général de la cavalerie, et fut vingt-cinq ans exilé; il avoit très-bien servi; mais l'opinion qu'il avoit de sa naissance, qui étoit bonne, de sa valeur, et il en avoit beaucoup, de sa capacité, de ses services, de son savoir, de son esprit, de sa galanterie, de sa figure, jointe à une ambition démesurée, l'avoit rendu insupportable. Les lettres qu'il écrivit à plusieurs personnes, dont on a changé soigneusement le cérémonial, lorsque son fils, évêque de Luçon, les a publiés , respirent tout à la fois un orgueil et nue bassesse qui font peine et montrent un homme qui fait le philosophe et le tranquille du fond de son désespoir, qui tire vanité de tout avec l'alambic, qui se guindé pour faire le savant et l'homme d'esprit juge du bon goût , qui est effacé par les moindres réponses de madame de Sévigné, dont la grâce, le naturel et le tour aisé enchantent ; on voit de plus Bussy courir après les plus légères espérances de retour, et recourir misérablement à tout ce qui les peut réaliser, en conservant tant qu'il peut mie hauteur qui fait souvenir de ces pauvres d'Espagne qui, en tendant la main, vous disent superbement Seigneur cavalier, faites-nous du bien; enfin réduit à s'ériger, en province, en juge du bon goût, à parler et à écrire, et à y dégénérer en grammairien. — Il passa pour aimer sa fille plus que de raison ; il tâcha de perdre d'honneur son gendre, qui en eut tout l'avantage et qui est mort à l'institution de l'Oratoire après y avoir saintement vécu plusieurs années.
Mercredi 14. — Monseigneur le duc de Bourgogne eut la fièvre tout le jour, mais sur le soir elle diminua considérablement. — Monseigneur le Dauphin prit médecine, et se fit apporter une caisse que M. de Barillon lui envoyoit;
(1) On donnante nom de lardons aux galettes écrites par des pamplilétairesen Hollande. Le fameux gazetier de Hollande, qui, pendant la dernière guerre (1672- 78), avait écrit tant de choses insolentes contre la Fiance et le roi, était Français. ( Mém. du marq. de Sourches, mars 1685. )
.1 UIJN 1684. §7
il se promena Le soir, au irais, sur la terrasse devanl son appartement — il régla avec M. de Louvoistout ce qu'il fallorl pour transporter en bas son cabinet de marqueterie e1 de glaces qu'il avoit en liant (1). — Le roi se, promena avec madame la Dauphine. — On chanta le Te Deum à Paris pour la prise de Luxembourg.
Jeudi 15. — Le matin, Monseigneur le duc de Bourgogne n'eut point de lièvre, mais elle lui reprit le soir avec un petit redoublement. — Madame la Dauphine se trouva assez incommodée d'un mal de dents. — Madame <lc Ventadour prêta le serment de dame d'honneur de Madame entre ses mains, et Monsieur l'embrassa ensuite, se réjouissant de voir cette affaire terminée. — Le roi donna un grand souper aux dames à Trianon. — On apprit la mort de M. de Montplaisir , lieutenant de roi d'Amis, homme fort connu par plusieurs bons endroits.
Vendredi 10. — Le roi se promena sur le canal avec les dames ; il y eut musique dans les bateaux qui suivoient celui du roi. — On conta, au petit coucher, la banqueroute de d'Alençay, qui surprit tout le monde, et Ton dit que le prieur de Cabrières étoit à l'extrémité. — M. le du< de Bourgogne eut la fièvre tout le jour. — On sut la mort <l<- M. d'Orsay, frère de madame de Montchevreuil . qui avoit été tué malheureusement à la chasse par un soldat.
Samedi 17. — Le roi se promena à pied, madame la Dauphine se promena en carrosse; Monseigneur courut le cerf. — On eut nouvelles que M. l'électeur de Trêves con
(1) L'appartement du Dauphin, à Versailles, était au rez-de-chaussée, au-deasoos <le celui delà reine, dans la partie occupée aujourd'hui par le> portraits des amiraux, des connétables et des plus anciens maréchaux de France. Le cabinet de marqueterie donnait sur une galerie basse qu'on nomme aujourd'hui la galerie Louis XIII. « Ce cabinet, dit Félibien , a de tous cutis el dans le plafond des glaces de miroirs avec des compartiments de bordures dorées sur un fond de marqueterie d'ébène. Le parquet est aussi fait de bois de rapports et embelli de divers ornements, entre autres des chiffres de Monseigueur et de madame la Dauphine. » Piganiol ajoute : « C'est lé cheM'œuvre de Boule et celui de son art. »
sentoit que les dehors de Trêves fussent rasés et les fossés comblés et que M. le maréchal de Créqui y faisoit travailler. — Le roi voulut que madame d'Arpajon commençât à faire ses fonctions dans sa charge, quoiqu'elle n'en eût pas encore prêté le serment. — La fièvre quitta hier Monseigneur le duc de Bourgogne.
Dimanche 18. — Madame la Dauphine régla elle-même les comédiens; on en chassa quatre, la Debrie, la Donnebaut, laDupin et un homme ; la Torillièrefut reçu. Madame la Dauphine régla aussi les rôles de tous les comédiens. — Le roi se promena en carrosse avec madame la Dauphine ; S. M. vouloit donner un grand souper dans l'appartement bas j mais le froid en a empêché.
Lundi 19. — Le roi donna à souper aux dames dans l'appartement bas, avec la musique. Monseigneur commença à se baigner dans la rivière. — Du Charmel eut l'agrément du roi pour la seconde fois pour la charge des Becs de Corbin. Il y avoit eu quelque difficulté pendant la vie du maréchal d'Humières, qui avoit la survivance ; cela avoit retardé l'affaire. — Le roi ordonna une colonnade, de marbre (1) avec de grosses fontaines dans l'endroit où étoient les sources.
Mardi 20. — Le roi se promena à pied dans ses jardins et en calèche dans son parc avec Monsieur; il alla à deux de ses faisanderies voir 4,000 faisandeaux et 4,000 perdreaux qu'il fait élever et qu'il fera lâcher dans son parc. — Le roi nous dit que M. de la Mothe, lieutenant général des armées du roi et colonel du régiment d'Anghien, étoit mort d'apoplexie en Catalogne. — G'étoit un homme de beaucoup de mérite , et qui avoit toujours été attaché à M. le Prince. — Il nous dit aussi qu'un capitaine de cavalerie dans le régiment de Bligni, nommé Languets, qui avoit été nourri son page, avoit été tué en
(1) Le bosquet de la colonnade élevée sur les dessins de J. H. Mansart existe encore dans le parc de Versailles. (Mansart signait ainsi. )
duel à Sehélestadt, où il étoit en garnison, et que Effiat, qui l'a tué, avoitété arrêté et qu'on travailloit à son procès. — Il dit aussi que la ville de ... . s' étoit jointe aux seize autres et qu'il n'y avoit dans les États d'Hollande que Rotterdam et la voix des nobles qui s'opposassent à accepter les conditions du roi; que les Etats d'Hollande avoient été en corps porter leur résolution aux états généraux, où les provinces d'Utrecht, de Frise et de Groningue étoient de même avis; les quatre autres demandèrent quelques jours pour délibérer, mais tout va à la paix. — M. le maréchal de Schomberg a 120 escadrons dans son armée et 50 bataillons.
Mercredi 21. — On apprit la mort de M. Charton, président de la première des requêtes du palais ; son fils est venu demander la charge au roi. — Pendant que nous étions à Trianon à jouer à la paume par le bois , le roi vint s'y promener. — M. le Prince vint de Chantilly à Versailles. Le roi lit partir M. de Batimont, lieutenant des gardes du corps, avec dix gardes pour arrêter quelqu'un.
Jeudi 22. — Monseigneur continua à se baigner dans la rivière. — Le roi se promena le soir avec madame la Dauphine , et , au retour , il y eut musique sur le grand degré (1). — Le roi se fâcha assez sérieusement contre M. de la R. pour quelques changements qu'il avoit faits à des logements. — On sut que M. de Batimont avoit arrêté M. de Meckelbourg et l'avoit mené à Vincennes. Il avoit promis au roi, par un traité qu'il avoit signé de sa main, de livrer aux troupes de Danemark la place de Deintz, et n'a pas tenu parole; c'est M. de Gour ville qui avoit fait la négociation avec M. de Meckelbourg.
Vendredi 23. — Monseigneur alla à Paris à l'Opéra,
(1) C'est l'escalier du Roi ou des Ambassadeurs, détruit en 1752. On lit dans le Mercure de juin 1682 : «Il y a quelquefois symphonie, et l'endroit où elle se fait entendre le plus agréablement est le grand escalier du roi. Lorsqu'il est plein de lumière, il peut disputer de magnilicence avec les plus riches appartements des plus beaux palais du monde.
qu'il entendit dans la loge de Monsieur, et revint avec lui à Versailles. — Nous apprîmes que le roi a voit donné à M. le marquis d'Estrades, pour l'abbé son fils, l'abbaye de Saint-Melaine de Rennes, vacante par la mort de l'ancien évêque de Condom, frère du maréchal.
Samedi 24. — Le roi déclara qu'après le deuil on pourroit porter de l'or et de l'argent ; ainsi les marchands vont faire travailler à des étoffes. — Le bain de Monseigneur continua. — Le roi se promena sur le canal avec les dames ; il y eut de la musique ; les courtisans suivoient dans des bateaux. — Ce jour-là et les deux précédents, on ne parla que des dispositions qu'il y avoit à la trêve avec les Hollandois, et l'on attendoit à tout moment des nouvelles de la conclusion. — On attendoit aussi des nouvelles de M. le maréchal de Bellefonds, qui avoit ordre d'assiéger Capdequiers.
Dimanche 25. — Monseigneur continua à se baigner; le îoi alla tirer; madame la Dauphine et Monseigneur se promenèrent ensemble pendant que le roi étoit à Trianon.
— M. de la* Rongère Quatrebarbes eut ce jour-là l'agrément de la charge de chevaber d'honneur de Madame.
— M. le maréchal d'Humières envoya à du Gharmel la démission de la charge de capitaine des Becs de Gorbin qu'il lui vendoit 20,000 écus.
Lundi 26. — Monseigneur continua de se baigner. — Le roi se promena sur le canal avec "madame la Dauphine el Les dames; ils soupèrent dans le bateau où il y avoit eu musique. — On sut que les Hollandois étoient prêts à signer la trêve ; et le premier courrier doit apporter la nouvelle de la conclusion.
Mardi 27. Il y eut une fête à Trianon, où l'on servit quatre tables; on s'y promena et on y dansa longtemps. Le roi dit à la comtesse de Grammont qu'il avoit choisi mademoiselle d'Hamilton, sa nièce, pour sixièmefilledemadame la Dauphine. — On apprit la mort de M. de Pompadour, chevalier de l'Ordre, et lieutenant de roi de Limousin. Il déshérite en mourant madame de Saint-Luc. sa fille; ainsi
tout son bien tomboit à mademoiselle do Pompadour.
Mercredi 28. — Un courrier apporta la nouvelle «le M . d A vaux que toutes les provinces de Hollande acceptaient les propositions du roi pour la trêve, et qu'on travailloit au traité qui seroit signé par tous les députés des provinces. — Monseigneur continua de se baigner.
Jeudi 29. — Le roi se. promena sur le canal avec nia- < la me la Dauphine ; il y eut musique. — Monseigneur continua de se baigner. — M. de la Rongère prit possession de la charge de chevalier d'honneur de Madame, qu'il acheta du martpiis d'Estampes 98,000 francs. — Pendant ces trois derniers jours j'étois à la campagne à Chantilly et à Liancourt.
Vendredi 30. — Monseigneur devoit aller à Paris voir la comédie italienne , mais il remit la partie au lendemain, parce qu'il vouloit être ici de bonne heure, le roi devant souper chez lui avec toutes les dames. On se promena longtemps sur le canal avec de la musique. Monseigneur donna son souper dans l'appartement lias. Il y avoit trente personnes au souper, le roi, Monseigneur, Monsieur et vingt-sept dames. — Après souper, le roi se promena dans les jardins au clair de la lune jusqu'après minuit.
Samedi 1er juillet. — Le roi fit examiner dans le conseil les lettres de duc qu'il avoit données au maréchal du Plessis; il s'y trouva des choses défectueuses qui auroient empêché le comte du Plessis de succéder à cet honneur-là*, et ce défaut dans ces lettres venoit de trop de précautions qu'on avoit voulu prendre; mais S. M. répara cela, disant que son intention avoit été que tous les enfants du maréchal du Plessis pussent avoir part à cette grâce-là, et qu'ainsi, le duc de Choiseul étant mort, il vouloit- que le comte du Plessis fût duc et pair sans avoir besoin de nouvelles lettres. M. de Tournay le remercia de cette nouvelle bonté pour sa famille, et Monsieur, quoique mécontent du comte du Plessis, parla fort bien au roi sur tout cela . — Monseigneur alla à Paris voir la eomédie italienne avec
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Madame et la princesse de Conty ; il se promena assez longtemps aux Tuileries et revint à Versailles sur les dix heures. 11 vit mettre le roi à table, puis descendit dans son appartement avec les dames qui l'avoient accompagné à Paris et quelques autres encore avec qui il se promena jusqu'à minuit, et puis leur donna dans sa chambre un medianoche magnifique. — Le roi tira ce jour-là dans son parc. — Despréaux prit sa place à l'Académie, et fit une fort belle harangue.
* C'étoit une infâme chicane d'avarice de madame de Clérembault, et il n'y avoit pas de doute que le fils cadet du maréchal du Plessis ne recueillît de plein droit la dignité érigée pour son père par la mort sans enfants du fils unique de son frère aîné. Cette duchesse de Choiseul étoit la femme de ce cadet devenu duc de Choiseul par la mort de son neveu; elle étoit sœur de la Vallière ( depuis duc et pair), fille du frère de mademoiselle de la Vallière, maîtresse du roi et depuis carmélite, mère de madame la princesse de Conty douairière; la duchesse de Choiseul étoit très-aimable, grande et faite à peindre, gaie et plaisante ; ses galanteries sans mesures ont fait ses malheurs , quoiqu'elle eût affaire au meilleur mari et au plus patient du monde ; la fille qu'elle eut du comte d'Albert qu'elle confia à madame d'Hautefort, que celle-ci éleva, et voulut, après la mort de son amie, marier à un maître à danser, puis à un médecin , fit grand bruit dans le monde, et, par l'appui pécuniaire de M. le prince de Conty, père de celui-ci, et une grande intrigue , fut déclarée par le parlement fille du duc de Choiseul , et mourut peu après sans être mariée.
Dimanche 2. — Monseigneur courut la bague. — Il plut toute la journée, ce qui n'empêcha pas le roi de se promener en calèche avec madame la Dauphine ; Monseigneur, et les courtisans le suivirent à cheval et furent fort mouillés.
Lundi 3. — La nouvelle arriva de la signature de la trêve de Hollande. — Monseigneur courut le cerf, et revint ensuite se promener avec madame la Dauphine autour du canal.
Mardi h. — Le roi donna audience aux ambassadeurs d'Alger, qui lui firent un compliment très-sensé et trèsagi'éable. — Monseigneur et madame la Dauphine allèrent ensemble à Paris à la comédie italienne. — Le soir
mademoiselle d'Hamilton pritsaplacede fille d'honneurde madame la Dauphine ; c'étoit la plaee que mademoiselle de; ToTinerre avoit eue. — Ce jour-là M. le comte de Tonnerre prêta le serment de fidélité d'une des deux charges de premier gentilhomme de la chambre de Monsieur, et le chevalier de Châtillon étoit destiné à remplir l'autre. Le duc de Choiseul avoit réuni ces deux charges là, qui furent perdues pour sa famille par sa mort. Le comte de Tonnerre payoit 100,000 francs. M. de la Fare clevoit remplir la charge de capitaine des gardes qu'avoit le chevalier de Châtillon , et donnoit V0,000 écus pour récompenser madame de Clérembault de sa charge de dame d'honneur. — Les 100,000 francs de M. de Tonnerre étoient destinés pour le marquis d'Effiat et pour le chevalier de Châtillon, à qui Monsieur donnoit outre cela 20,000 francs, si bien qu'il leur revenoit à chacun 20,000 écus.
Mercredi 5. — Le roi prit médecine et ne sortit point de tout le jour. — Monseigneur se promena le soir avec madame la Dauphine. — Ce jour-là madame la duchesse de Choiseul prit le tabouret. — M. de Villacerf nous apprit le mariage de sa fille qui n'a qu'onze ans, à qui il ne donne que 20,000 écus : elle épouse le fils de M. de Bezemeaux, gouverneur de la Bastille; il est guidon des gendarmes du roi, et son père lui donne en mariage 42,000 livres de rente en fonds de terres. — Le roi donna 2,000 francs de pension à mademoiselle de Prince , qui étoit mariée depuis sept ans secrètement avec le chevalier de Serry, à qui elle donnoit tout son bien à dépenser pour aider à sa fortune. Toute la famille de la lille avoit connaissance de ce mariage.
Jeudi G. — Madame la princesse Palatine* mourut sur les trois heures du matin ; Monsieur en paroit fort affligé, et dit que depuis vingt-deux ans il ne lui étoil rien passé dans l'esprit qu'il ne lui eût confié, et que la reine sa mère en mourant lui avoit dit qu'elle n'avoit jamais trouvé personne si iidèle qu'elle , et qu'on pou voit t. 1. :;
s'abandonner de confiance avec elle; elle laisse pour 300,000 écus d'effets ; ses dettes et les legs pieux montent à peu près à 100,000 écus; madame la duchesse, madame la duchesse d'Hanover et madame la princesse de Salms , ses trois filles, hériteront chacune de 140,000 francs, et les 60,000 écus restant, seront pour payer la dot qu'on avoit promise à madame la princesse de Salms en la mariant et qui n'avoit pas été payée. Elle est morte fort dévotement, après une pénitence très-austère pendant douze ans. — Le marquis de Bellefonds arriva de Catalogne et apporta au roi la nouvelle de la prise de Capdequiers, qui ne s'est défendue que deux heures ; nous n'y avons eu que sept ou huit soldats de tués. — Monseigneur courut le cerf qu'il alla prendre à dix lieues d'ici, et revint à toutes jambes.
* C'est cette princesse Palatine si célèbre dans la régence de la reinemère par son esprit, ses intrigues et ses talents; elleétoit Gonzague, sœur de Marie , épouse Tune après l'autre des deux frères rois de Pologne, les derniers Jagellons. Elle et M. le Prince, son ami intime, aidés de l'abbé Bourdelot , médecin du dernier, ne purent venir à bout de brûler un morceau de la vraie croix ; un songe qu'elle eut longtemps après d'une danse en rond dont un tomboit à cbaque tour dans un gouffre qui se refermoit, sans que cela interrompît la danse , acheva de la convertir tout à fait. Que n'y auroit-il pas à raconter de cette habile femme ? Elle étoit veuve, il y avoit longtemps, d'un cadet de cel électeur Palatin qui se perdit pour s'être voulu faire roi de Bohême
Vendredi 7 . — Monseigneur et madame la Dauphine allèrent à Paris, descendirent à l'hôtel de Condé, firent leur compliment à madame la Duchesse sur la mort de madame la Palatine sa mère, puis allèrent à l'Opéra. — Le roi alla marquer un camp pour dix bataillons qu'il fait venir à Versailles, puis il se promena à ses fontaines et ordonna qu'on ôteroit celle de la Renommée (1), voulant dans cet endroit -là faire encore quelque chose de plus magnifi-
(t) La fontaine de la Renommée se trouvait dans le bosquet qui prit, après les nouveaux embellissements ordonnés par le roi , le nom de bosquet des Dômes, et qui existe encore dans le parc de Versailles, mais presque entièrement ruiné.
que. — On apprit la mort de M. de Gravelle, ambassadeur du roi en Suisse. — Le roi nomma M. de Bagnols pour intendant de Flandres, en la place de M. de Breteuil, intendant des finances.
Samedi 8. — Monseigneur recommença à se baigner dans la rivière. — Le roi alla tirer l'après-dînée dans son parc. — M. Desmarets* eut ordre de se défaire de sa charge de maître des requêtes : c'étoit le seul emploi qui lui restoit. — Ce jour-là on apprit la mort de madame de Castelmoron, mère de mademoiselle de la Force. — On sut aussi que M. le duc de Brissac se remarioit et épousoit mademoiselle de Vertamon, fille de la maréchale d'Estrades. — Ce jourlà se fit chez madame de Thianges le mariage de la Lande, maître de la musique du roi , et de la petite Rebel.
* Desmarets etoit (ils d'une sœur de .M. Colbert, qui le fit travailler dans ses bureaux et qui le proposoit toujours eu exemple d'application à Seignelay , sou fils, qui ne l'en aimoit pas davantage. Sod père étoit trésorier de France à Soissons. Il n'est pas à propos de remonter plus haut ni aux premiers emplois de ce père. Le fils acheta Maillebois et y fit de grandes dépenses. Ses ennemis prétendirent que Colbert, en mourant, avertit le roi que son neveu n'avoit pas les mains nettes. Il fut accusé d'un étrange profit sur les pièces de quatre sols. M. Pelletier, contrôleur général après M. Colbert, et tout à M. de Louvois, lui dit en pleine audience qu'il étoit un fripon , que le roi lui avoit commandé de le lui dire et de ne paroitre jamais devant lui. L'affaire des pièces de quatre sols ne fut pas poussée ; mais Desmarets, dépouillé de tout, fut longues années exilé à Maillebois sans permission d'en sortir, puis eut celle de venir quelquefois à Paris seulement. C'est lui qui est devenu ministre et contrôleur général sous le feu roi même, à la mort duquel il essuya une autre disgrâce, dont sa femme devint folle , et lui mourut enfin de chagrin. Qui lui eut dit alors que son fils, qu'il avoit marié à une fille de M. d'Alègre, depuis maréchal de France, seroit maître de la garde -robe, gouverneur de Saint -Orner et lieutenant général de Languedoc , de son vivant , et après sa mort chevalier de l'ordre , eût eu quelque peine à s'en faire croire.
Dimanche $. — M. le cardinal de Bouillon lit une grande cérémonie aux Quinze-Vingts pour réparation d'un sacrilège qui y avoit été commis. Cette affaire fut cause d'un
démêlé entre M. le cardinal de Bouillon, comme grand aumônier, et M. l'archevêque de Paris, et fut jugée en faveur du cardinal. — Le roi donna un grand souper aux dames sur le canal, et il y eut musique. — On apprit que le tonnerre avait fait de grands désordres à Strasbourg, et l'on en contoitdes effets surprenants. — On sut aussi du même lieu que Guénégault, colonel du régiment de Poitou, étoit tombé à cheval de dessus le pont dans le Rhin et s'étoit sauvé par un bonheur fort extraordinaire.
Lundi 10. — On sut que M. le duc de Lorraine avoit pris Wisgrade et ensuite passé le Danube, et que, marchant à Pesth, il avoit trouvé 20,000 Turcs qu'il avoit attaqués et défaits entièrement. — M. le prince d'Harcourt vint à Versailles dire au roi que son traité avec mademoiselle de Guise, pour le duché de Guise, étoit conclu et déclaré; on prétendoit qu'il l'achetoit 3,000,000, dont il ne payeroit que 2,200,000 livres, et qu'outre le présent de 800,000 francs que lui faisoit mademoiselle de Guise, pour achever ces 3,000,000 , elle lui donnoit encore 30,000 livres de rente sur la ville. — Le roi tira dans son parc, et Monseigneur continua ses bains.
Mardi il. — Monseigneur courut le cerf et quitta ses bains parce que le temps se rafraîchit. — Le roi se promena a vec madame la Dauphine et rentra dans le grand appartement , où l'on dansa jusqu'au souper, qui fut grand et magnifique ; il y avoit trente femmes à table ; après souper il y eut musique. — Les officiers généraux de l'armée de Flandres commencèrent à revenir, et nous sûmes par eux que le marquis deGrana avoit défendu tous actes d'hostilité aux troupes qui sont sous ses ordres.
Mercredi 12. — Il y eut une grande éclipse entre deux et trois heures après midi. — Monseigneur courut la bague.
Jeudi 13. — Monseigneur courut le loup, et donna au retour un grand repas à ceux qui avoient eu l'honneur de le suivre à la chasse. — Le roi tira dans son parc , puis revint se promener avec madame la Dauphine.
Vendredi tk. — Monseigneur voulut chasser une fouine dans un grenier avec des bassets, mais la chasse ne réussit pas ; ensuite il vint retrouver le roi qui tiroit dans son parc, puis il y rejoignit madame la Dauphine et se promena avec elle. — M. de Brissac vint ici faire signer son contrat de mariage avec mademoiselle de Vertamon , qui retire une grande partie des terres de la maison de Brissac, et par le contrat de mariage est séparée de biens d'avec son mari.
Samedi 15. — Le roi dit, allant à la messe, que l'Empereur acceptoit la trêve pour vingt ans, et se faisoit fort de la faire accepter au roi d'Espagne. — Monseigneur partit au soi tir de la messe du roi pour aller courre le cerf, à sept lieues d'ici. Nous n'en revînmes que la nuit, et en arrivant Monseigneur nous donna un grand et magnifique souper.
Dimanche 16. — Le roi donna à souper à madame la Dauphine et aux dames à Trianon ; après souper il se promena sur les terrasses.
Lundi 17. — M. le prince de Conty revint de l'armée, et le roi le loua fort de tout ce qu'il avoit fait durant la campagne. — Monseigneur courut le loup avec MM. de Vendôme. — Le roi tira l'après-dinée dans son parc.
Mardi 18. — Monseigneur se baigna et mena avec lui milord Grafton, qui se rhabilla dans sa calèche. Ensuite Monseigneur revint se promener en bateau sur le canal avec madame la princesse de Conty et les dames ; puis il iit voir quelques fontaines à milord Grafton. — Le roi tira toute l'après-dinée dans son parc.
Mercredi 19. — Monseigneur courut le loup, puis revint se promener avec madame la Dauphine. — Le roi se promena à pied dans ses jardins. — A neuf heures on entra dans les grands appartements qu'on trouva fort éclairés ; il y eut bal au bout du côté de la galerie ; ensuite il y eut un grand souper où il y avoit quarante femmes et deux tables ; sur le grand degré en bas , toute la musique avec des timbales et des trompettes.
Jeudi 20. — Monseigneur courut le cerf, puis nous donna un grand souper dans son appartement. — Ce jourlà M. Tambonneau fut nommé à l'ambassade de Suisse, et le jeune Gravelle, fils du défunt ambassadeur, eut l'emploi que M. Tambonneau avoit à Cologne. — Le roi tira dans son parc. — M. de Brissac épousa mademoiselle de Vertamon à la campagne.
Vendredi 21. — Le roi et Monseigneur sortirent en ivièi ne calèche pour aller dans le parc ; le roi tira beaucoup. — M . Girard, procureur général de la chambre des comptes, eut ordre de se défaire de sa charge; on lui proposoit d'en acheter une de président. — M. le duc de Richelieu vint demander au roi la permission d'épouser mademoiselle d'Acigné.
Samedi 22. — Monseigneur courut le loup, et au retour nous donna à souper dans son appartement. — Le roi tira l'après-dinée dans son parc. — On apprit ce jour-là la mort de M. de la Luzerne, qui avoit été gouverneur de M. de Vermandois; il étoit lieutenant de roi en Normandie, et le roi donna sa charge à son fils, qui a été nourri page de la chambre de Monseigneur. — Il y a six lieutenances de roi comme celle-là en Normandie ; elles sont sous les lieutenants généraux de la province.
Dimanche 23. — Le roi donna une grande fête à Marly.
Lundi 24 . — On eut, le matin, les nouvelles de l'échange des ratifications fait à la Haye. — Le roi tira dans son parc, et Monseigneur courut le cerf qu'il alla prendre par delà Mantes ; il ne revint qu'à minuit et nous donna un grand souper. — Je pris congé ce soir-là de la cour pour m'en aller aux eaux.
J'allai prendre les eaux à Sermaise, je fus quinze jours absent, et j'appris durant mon absence et à mon retour que le mariage de M. de Richelieu s'étoit achevé à Ruel ; que les nouvelles duchesses de Brissac et de Richelieu étoient venues prendre leur tabouret; que mademoiselle de
Gontault épousoil M. Le marquis d'Urfé, qu'en faveur du mariage le roiluidonnoitla lieutenance de roi de Limousin , V0,000 francs d'argent comptant , et au mari une place de menin auprès de .Monseigneur, et que sa femme • 'iiliei'oit dans le carrosse de madame la Dauphine, quoique jamais femme d'officier des gardes du corps n'y fût entrée; il conserve sa place d'enseigne dans les gardes du corps. — J'appris aussi que le roi avoit donné la survivance du gouvernement d'Anjou à M. de Brionne; M. de Louvois avoit durant ce temps-là l'ait un voyage à Luxembourg'. — M. de Relingue, capitaine de vaisseau, avoit été attaqué par trente-cinq galères d'Espagne et de Gènes, s'étoit longtemps défendu; enfin, un petit vent étant venu à son secours, il s'étoit retiré. — J'appris que M. le prince de Lorraine avoit assiégé Bude. — M. d'Aumard, à l'exemple de M. de Richelieu, se maria le même jour que lui. — Madame la Dauphine s'étoit trouvée mal et étoit accouchée d'un faux germe; elle gardoit encore le lit. — M. de la Fare doit épouser mademoiselle de Ventelet. La fille aînée du comte de Grammont a la place de mademoiselle de Gontault; son père la fait revenir du Ronceray près Angers, où elle étoit avec sa tante ; le roi lui a promis pour la cadette la première place vacante dans la chambre de madame la Dauphine. — Il y avoit pu beaucoup de fêtes et divertissements; on avoit quitté le srand deuil, et on portoit des dentelles et de l'or. M. de Tonnerre vendit le régiment d'infanterie de Monsieur, ;'i M. le Bailleur, fils du président à mortier ; il en eut 33,000 francs. — M. de Langeron épousa la fille du marquis de laCoste, lieutenant de roi en Bretagne. — Le roi avoit ordonné qu'on travaillât à une fontaine au-dessous du Marais (1), qui devoit être beaucoup plus magnifique que
(l) Le bosquet du Marais ou du Chêne \ert tut détruit en 1 70 1 et remplacé par le bosquet des bains d'Apollon, dont la disposition tut de nom eau changée
en 177.).
toutes celles qui étoient déjà faites. — S. M. avoit fait donner 100,000 francs du trésor royal à Félix, son premier chirurgien. — On envoya en exil à Carentan le procureur général de la chambre des comptes pour n'avoir pas voulu donner la démission de sa charge, et on la faisoit exercer par le Coudray-Roulier. — M. de Richelieu avoit rompu avec l'abbé Testu *, et lui avoit fait défendre sa maison. — Le bonhomme Ruvigny ** étoit venu trouver le roi, et lui dire qu'il avoit acheté la terre de Raineval de M. de Chaulnes, mais qu'il lui manquoit 10,000 écus pour la payer, qu'il avoit recours à lui comme à son meilleur ami pour lui prêter cette somme ; le roi lui répondit : « Vous ne vous trompez pas, et je vous les donne de bon cœur.» — M. de Choiseul ***, lieutenant général et commandant les troupes de Cologne, eut le gouvernement de Saint- Omer, vacant par la démission de M. de Saint-Geniez.
* L'abbé Testu étoit un fort honnête homme , de bonne famille du parlement, plein d'esprit, de lettres, autrefois très-galant, singulier et vif à l'excès, qui a passé sa vie jusqu'à la dernière vieillesse dans le grand monde et dans les meilleures compagnies. Il étoit fort de celles de l'hôtel d'Albret, et avoit conservé un commerce continuel avec madame de Maintenon , souvent utile à ses amis , et qu'il n'a pas voulu se le rendre à lui-même (sic). 11 a conservé un ascendant sur elle jusqu'à la gronder et à lui parler de toutes choses, et elle à lui.
** Ruvigny étoit député général des églises P. R. à la cour jusqu'à leur destruction. Son grand sens et sa rare probité lui acquirent les plus illustres amis et une considération singulière. A la fin , il se retira en Angleterre, où ses enfants se mirent dans le service. Le cadet , qui ne valoit rien, y fut bientôt tué. L'aîné y a fait une sorte de fortune, et y est mort vieux, sans postérité. Un dépôt qu'il avoit confié à Harlay, mort premier président, et qui le révéla au roi, irrité de l'engagement au service de ses enfants , ne fit pas d'honneur au dépositaire , et beaucoup moins de ce qu'il en reçut le don du roi et qu'il en profita.
***M. de Choiseul, qui eut le gouvernement de Saint-Omer, est mort maréchal de France.
Mercredi 9 août. — J'arrivai à Versailles comme le roi
étoit à son petit coucher ; Monseigneur faisoit medianoche chez madame la princesse deConty.
Jeudi 10. — Il y eut une course de bagues de huit contre huit. M. de Liancourt fit gagner son parti, et mit neuf dedans en ses neuf courses. — Le roi alla tirer l'aprèsdinée. — J'appris que S. M. a voit fait donner à Guilleragues* 24,000 francs d'augmentation. — M. deLouvois revint de son voyage de Luxembourg.
* Guilleragues étoit un homme de robe de Bordeaux, de beaucoup d'esprit et de charmante compagnie, qui avoit percé et s' étoit produit avec, succès parmi tout ce qu'il y avoit de meilleur ; homme surtout de plaisir et fort aimé de madame de Maintenon. C'est ce qui , après sa mort, ambassadeur de Constantinople, où on l'avoit envoyé raccommoder ses affaires , fit la fortune de sa fille, que M. d'O épousa par amour en revenant de Constantinople, et à lui-même. Il étoit officier sur le vaisseau qui fut chercher et ramener madame et mademoiselle de Guilleragues , qui n'avoit rien. Guilleragues étoit un panier percé.
Vendredi 11. — Monseigneur courut le loup, puis revint souper chez lui. — Le roi se promena à pied dans ses jardins, puis monta en carrosse avec Madame et la princesse de Conty. — J'appris ce jour-là que Sallard avoit acheté la lieutenance des gendarmes de Monsieur 70,000 francs; ainsi M. de Beauveau n'avoit plus nul emploi dans la maison . — M. le prince de la Roche-sur-Yon revint de l'armée.
— Le roi fit donner 200,000 francs du trésor royal à M. de Harlay, procureur général du parlement.
Samedi 12. — Le roi alla tirer dans son parc, et Monseigneur le suivit. — On apprit la mort de l'archiduc Joseph, second fils de l'Empereur ; il n'en reste plus qu'un.
— M. de Croissy vint trouver le roi chez madame de Maintenon, et lui dit la prise de Bude par M. de Lorraine; mais le soir, quand il eut reçu ses dépèches, il trouva que c' étoit un château entre la Save et la Drave qui avoit été pris par le comte Leslé , et il n'étoit point parlé de Bude.
Dimanche 13. — Monseigneur courut la bague, puis alla tirer dans le parc. — Le roi, au sortir du salut, alla se pro-
42 JOURNAL DE DAJNGEAU.
mener dans ses jardins. — Ce jour-là mademoiselle de Roussille , sœur de la feue duchesse de Fontanges *, prit l'habit de religieuse à Chelles , dont une de ses sœurs est abbesse. — Madame la comtesse de Grandpré ayant perdu son procès , le roi dit le soir à son souper que tout d'une voix on avoit décidé dans le conseil que les secondes noces étoient malheureuses; un conseiller d'État** lui dit : Sire, ce n'est que pour les particuliers, et le roi répartit qu'il y avoit de grands inconvénients pour toutes sortes de gens , sans exception I .
* Madame de Fontanges étoit fille de Madame et maîtresse du roi , qui la fit duchesse. M. de la Rochefoucault la produisit quoique ami de madame de Montespan , et plus encore de madame de Thianges. Mais cet amour foiblissoit, et Ton ne craignoit rien de celle-ci fort belle, mais fort bête. Elle dura peu, et sa mort ne parut pas naturelle.
** Ce conseiller d'État lit là un trait de flatterie bien hardi , et le roi une réponse bien sage en ne faisant pas semblant l'entendre. C'étoit de madame de Maintenon qu'il vouloit parler. Cela me fait souvenir d'un autre trait plus hardi que j'ai ouï moi-même avec bien d'autres que moi. Trois ou quatre ans après la mort de madame la Dauphine de Bavière, on ouvrit son appartement à Versailles, qui avoit toujours été fermé depuis sa mort et qui avoit été celui de la reine, et on y étala des ornements superbes dont le roi faisoit présent à l'église de Strasbourg. On crut cet étalage un prétexte pour rouvrir cet appartement et y accoutumer le monde ; et le bruit se répandit fort que madame de Maintenon alloit être déclarée; et au fort de ce bruit, M. de Noyon (Clermont-Tonnerre), étant au diner du roi, y mena la parole à son ordinaire , et le roi à sou ordinaire le plaisanta en applaudissement de toutes ses dignités ; il y répondit qu'aussi ne désiroit-il plus rien qu'une seule cbose, et, après s'être fait presser, il dit que ce seroit quand la justice du roi auroit couronné la vertu. Chacun baissa les yeux , le roi plus que personne, et l'évêque enfin comme les autres, qui sentit par le profond et morne silence le poids de ce qu'il avoit hasardé. Le roi se hâta d'achever son dîner, pendant le reste duquel on eût entendu courir une
(1) Sur le mariage de Louis XIV avec Madame de Maintenon, voy. Hist. de madame de Maintenon, parM. le duede Noailles, et Hist. de la maison royale de Saint-Cyr, par M. Lavallée. M. Lavallée démontre, autant qu'il est possible de le taire , que le mariage secret du roi avec madame de Maintenon date des derniers mois de 1684.
\OUT 1684. 4a
souris cl passa vite dans son cabinet. I .e père de la < Ibaisc et M . de Meaux, à qui madame de Maintenon ne l'a jamais pardonné , empêchèrent, la déclaration du mariage en décidant que le roi n'y étoit point obligé. Elle ne fut point reine à découvert ni M. de Noyon son grand aumônier. C etoit le Clermont-Tounerre des dits et faits duquel on écriroit un livre.
Lundi 14. — Le roi se promena en calèche tout .seul. Monseigneur courut le cerf. — J'appris ce jour-là que M. d'Ormesson , intendant de Lyonnois, étoit mort, et qu'on donnoit son intendance à M. de Bercy, intendant de Bourbonnois, et M. de Vertamon fut nommé à l'intendance de Bourbonnois. — Madame de Montespan coucha à Paris, et le roi alla l'après-souper chez madame de Maintenon. — Monsieur et Madame allèrent à Saint-Cloud pour y demeurer quelques jours. — M. le chancelier s'étoit trompé sur l'intendance de Lyonnois, et avoit dit que ce seroit la Berchère ; il parut même un peu surpris dans le conseil quand le roi nomma Bercy.
Mardi 15, jour de Notre-Dame. — Le roi et Monseigneur tirent leur bon jour. — M. le président de Fourcy prit possession de la charge de prévôt des marchands de Paris. — Le roi donna à M. de Villars*, son ambassadeur en Danemark, 10,000 écus de gratification. — On sut que les Espagnols avoient signé à Ratisbonne la trêve le jour de l'échéance du terme que le roi leur avoit donné.
* Villars, ambassadeur en Danemark, a eu un fils, le maréchal de Villars , qui a fait une assez raisonnable fortune pour donner lieu de parler de celle de son père , et il est à propos de ne pas remonter plus haut. Il trouva moyen d'entrer à M. de Nemours, père de madame de Savoie et de la reine de Portugal. C'étoit un homme de grande mine . fait à peindre, tellement qu'il porta toute sa vie le nom ftOrondat ; galant, sage, et une des meilleures épées de son temps pour le courage et pour l'adresse , et les duels étoient alors fort fréquents. Celui de M. de Nemours contre M. de Beaufort, son beau-frère , le mit en graude réputation, et par l'honneur que lui fit M. de Nemours de le choisir pour second et par l'avantage qu'il remporta sur celui de M. de Beaufort , malgré le malheur de son maître, qui fut tué. Le prince de Conty quitta ses bénéfices, et se mit en tête quelque action d'éclat pour prendre l'épée
avec réputation, et de se battre contre le duc d'York , qui eu avoit beaucoup acquis à la guerre et qui étoit en France . où il est mort depuis sous le nom de Jacques II. Dans ce dessein, il chercha un bon second , et, ayant ouï parler de Villars , il le prit à lui. La folie d'un défi à un prince eu asile, contre qui il n'avoit aucun sujet de querelle, se sut enfin , et fut empêchée. Mais Villars se trouva placé et fut conservé. Il eut le secret du cardinal Mazarin pour le mariage de sa nièce. Il le fit en partie , et demeura toute leur vie intimement bien avec le mari et la femme , et le cardinal leur oncle le traita toujours avec distinction. Il se fit des amis : sa politesse et sa probité en méritoient. Les dames aussi ne lui furent pas inutiles , et l'on prétend qu'il ne fut pas indifférent à madame de Maintenon , qui s'en souvint toujours dans sa fortune, avança la sienne et fit celle de son fils. Sa femme étoit sœur du père du maréchal de Bellefonds, une des plus spirituelles femmes de son temps, qui disoit à son fils de parler toujours de soi au roi, et de se garder d'en parier à nul autre. 11 en a bien observé la première moitié.
Mercredi 10. — Le roi tira dans son parc, Monseigneur courut le loup. — On commença à voir madame la Dauphine, qui gardoit encore le lit. — Madame Pradon, sousgouvernante des filles, eut permission de se retirer. Le roi ne voulut pas qu'elle vendît sa charge, mais il lui fit donner 8,000 francs; on devoit mettre en sa place deux sous-gouvernantes qui ne sont pas encore nommées. — M. de Breteuil revint de Mantoue , où il avoit été envoyé du roi, et l'on avoit donné son emploi à Gombault, ordinaire de chez le roi.
Jeudi 17. — M. de Louvois donna une grande fête à Monsieur et à Madame à Meudon. — Le roi alla tirer dans son parc, et Monseigneur courut la bague. — M. le comte de Soissons partit pour Turin, où il va tâcher d'empêcher le mariage de M. le prince de Carignan son oncle, qui veut épouser une princesse de Modène, sœur du prince César d'Esté.
Vendredi 18. — Monseigneur alla tirer dans la plaine de Montrouge, et partit à cinqheures du matin ; il revint avant la messe du roi. — L'après-dînée, le roïalla tirer dans son parc , et Monseigneur le suivit. — M. de Vertamon n'ac-
cepta pas l'intendance de Bourbonnais, et on la donna à M. cleCreil, gendre de M. d'Argouges.
Samedi 19. — Monseigneur courut le cerf, et ne put revenir de la chasse assez tôt pour la cavalcade que le roi fit avec les dames , ensuite de laquelle il y eut bal dans le salon du petit appartement, et puis medianoche. — Après le coucher le roi appella M. de la Trémouille, et lui dit de donner ordre aux huissiers de laisser entrer M. le duc du Maine , comme les gentilshommes de la chambre ; c'est ce qu'on appelle avoir les grandes entrées.
Dimanche 20. — Le roi se promena en calèche dans son parc avec madame la princesse de Conty, madame de Roquelaure et madame de Bellefonds. — Madame la Dauphine commença à se lever, et mangea en public avec le roi , comme à l'ordinaire. — Monseigneur alla à Saint- Cloud, et il y eut grand jeu, puis on se promena longtemps, et après la promenade on vint souper au Tillel; Monseigneur lut de retour à Versailles encore avant que le roi se mit à table.
Lundi 21. — Le roi donna un prix pour une course de bagues; le marquis de Liancourt le gagna, après l'avoir disputé avec le duc de Roquelaure et M. de Turenne. Le soir, Monseigneur racheta le prix, qui étoit un diamant fort joli , qu'il donna à madame la Dauphine. — Après la course, Monseigneur se promena sur le canal, et à pied dans les jardins avec madame la princesse de Conty. — Le roi tira toute l'après-dlnée dans son parc. — Il vint ce jour-là des nouvelles de Ratisbonne que l'ambassadeur de l'Empereur devoit signer la trêve le lendemain.
Mardi 22. — Le roi alla faire le tour de son nouveau parc, et trouva les murailles à hauteur presque partout. — Monseigneur tira l'après-dînée dans le petit parc. — Je sus que M. de Bouillon avoit fait signer à M. de Quintin, mourant, un acte qui étoit nécessaire pour assurer au maréchal de Lorges le traité qu'il avoit fait de la terre de Quintin; après cet acte-là , les héritiers de la maison
de la Moussaye ne pou voient plus avoir aucune prétention sur cette terre-là.
Mercredis. — Le duc d'Elbeuf vint le matin demander au roi la permission d'épouser mademoiselle de Navailles. S. M. lui représenta qu'il avoit soixante-quatre ans passés et des enfants de deux mariages, et puis il lui dit qu'il étoit le maître et pouvoit faire là-dessus ce qui lui plairoit. — {Monsieur et Madame revinrent de Saint-Cloud.
— Monseigneur courut le loup avec toute la jeunesse, et ensuite il leur donna à souper chez lui.
Le soir, après le souper du roi, M. de Croissy vint parler à S. M. chez madame de Montespan; il lui apportoit la nom elle de la signature de la trêve, l'Empereur et l'Empire accordant au roi tout ce qu'il avoit demandé; et la trêve avoit été signée pour vingt ans, sans qu'il y fût fait mention des Génois ; et le roi nous dit qu'il avoit promis au Pape de ne point prendre leurs villes , et de ne faire aucune conquête sur eux, mais qu'il se réservoit le pouvoir de les punir de leur insolence , et qu'il ne leur pardonnerait que quand le Dogeseroit venu en personne avec quatre sénateurs lui demander pardon, et qu'ils auroient dédommagé les marchands françois des pertes qu'ils pourraient avoir faites depuis la guerre.
Jeudi 24. — Le roi et Monseigneur signèrent le contrai de mariage de M. le duc d'Elbeuf avec mademoiselle de Navailles ; la noce se de voit faire le soir ou le lendemain.
— Madame la Dauphine prit médecine. — Monseigneur chassa avec le roi l'après-dinée dans le petit parc.
On apprit la mort de M. de Quintin , à qui le maréchal de Lorges payoit une pension de 15,000 francs à vie; il reste à madame de Quintin une pension de 15,000 francs aussi à vie, et une terre qui en vaut environ 5,000.
Le procureur du roi du Châtelet , nommé M. de Rians , vint apporter au roi la démission de sa charge; il avoii quelques démêlés avec M. delaReynieet avec le lieutenant