AOUT
criminel , dans lesquels la cour ne lui étoit pas favorable, et il venoit offrir sa démission, qu'apparemment on acceptera.
Vendredis. — M. le duc d'Elheuf épousamademoiselle de Navailles à Paris. — Le roi alla voir son régiment à la tête du camp. La fête qui devoit être à Marly le dimanche suivant fut rompue parce que le roi a voit compté qu'il n'y auroit au plus que cinquante femmes, et il en étoit venu un si grand nombre à Versailles, que le roi en compta jusqu'à cent huit. S. M. voulut s'épargner la peine de faire le choix, de peur d'en désobliger quelques-unes : ainsi il rompit cette partie-là. La disposition avoit été de faire une loterie de cinquante lots pour les dames, et les lots dévoient être de la valeur du moins de 4,000 francs.
Samedi 26 — Monseigneur courut le loup. Madame vint avec lui à la chasse, et y prit grand plaisir. Au retour, Monseigneur donna à souper chez lui aux courtisans qui l'avoient suivi, et puis il fit faire la curée dans le parterre de l'Amour. — Le roi alla voir ses aqueducs , et fit dix lieues de chemin.
Le matin , S. M. résolut dans son conseil de diminuer les tailles de 2,200,000 livres, outre un million qu'il avoit déjà déclaré qu'il diminuoit. — On apprit la mort du vidame du Mans, qui portoit le nom de Vassé depuis la mort de son père. M. de Seignelay demanda au roi la capitainerie du Plessis-lès-Tours pour la famille , et le roi l'accorda en considération de la vidame , quoique son tils n'eût qu'un an.
Dimanche 27. — Le roi alla tirer l'après-dinée hors de son parc, et Monseigneur ne sortit que pour aller en calèche faire collation à la Ménagerie (1).
Durant cette dernière semaine , on dépensa pour Ver-
(1) La Ménagerie était un petit palais qui se trouvait à l'extrémité d'une des branches du canal , vis-à-vis de Triannn.
sailles 250,000 livres ; il y avoit tous les jours 22,000 hommes et 6,000 chevaux qui travailloient. — Le soir, au petit coucher, le roi ne parla que du voyage de Chambord; il dit qu'il étoit tenté de partir le 18 au lieu du 20, qui étoit le jour qu'il avoit nommé. Cavoie devoit partir le lendemain pour aller voir les logements et lui en rendre mieux compte. — Voici la route du voyage : le premier jour à Chartres, le second à Toury, le troisième à Notre-Dame de Cléri, et de là à Chambord.
Lundi 28. — On sut la mort de madame de Refuge , et celle de madame de Valençay*. — Monseigneur alla le matin tirer dans la plaine de Saint-Denis , et revint d'assez bonne heure pour sortir avec le roi , qui se promena longtemps à pied dans son petit parc , visita quelquesunes de ses plus belles fontaines, et ordonna quelques changements à celle qu'on appelle la Montagne d'Eau (1). — Le roi se détermina à partir le 18 pour Chambord, comme il nous avoit dit le soir auparavant qu'il pourrait bien le faire.
* Madame de Valençay étoit sœur du maréchal duc de Luxembourg et de la duchesse de Meckelbourg. Il n'est resté d'elle qu'une fille mariée à un nommé Gorge , homme d'affaires dont la fille est devenue la duchesse de Béthune d'aujourd'hui.
Madame de Refuge étoit' une femme de beaucoup d'esprit et du grand monde.
Mardi 29. — Le matin, le roi donna les grandes entrées à M. le prince de Conty. — S. M. résolut de faire sept régiments de sept bataillons des vieux corps qu'on appeloit bataillons de salade. — Il y eut une grande fête à Ruel ; M. le duc de Richelieu donna un magnifique diner à Monsieur et à grand nombre de courtisans et de dames. — Madame vint l'après-dînée à Ruel, où on lui servit une collation splendide ; tout le monde revint étonné de l'ordre
(1) La Montagne-fVEau se trouvait au milieu du hosquet <le l'Étoile qui existe encore; cette fontaine fut supprimée en 1704.
avec lequel le diner et la collation avoient été servis ; il y eut grand jeu. — Le soir M. le prince de Conty prit possession des entrées, et le roi nous conta que M. de Savoie marchoit à Monde vis, à la tète de ses troupes, pour remettre les révoltés dans leur devoir ; le comte de Soissons étoit tombé et s'étoit dangereusement blessé, en l'allant joindre; M. de Savoie lui a voit envoyé son carrosse et ses chirurgiens; on en avoit pris grand soin. Tout cela prouve qu'il en sera bien reçu.
Mercredi 30. — M. de Louvois nous dit à son diner que les troupes de M. l'électeur de Cologne étoient entrées dans Liège sans que les bourgeois eussent fait aucune défense ; apparemment il en coûtera cher à la ville pour regagner les bonnes grâces de son évêque. — Par les nouvelles de Vienne venues au roi le siège de Bude alloit fort lentement, et M. de Lorraine attendoit avec beaucoup d'impatience les troupes de Bavière, qui ne dévoient pas même arriver sitôt. — Monseigneur mena Madame à la chasse du loup, et en revint d'assez bonne heure pour accompagner le roi à sa promenade ; il fut longtemps à pied dans ses jardins. — A huit heures on entra dans l'appartement ; il y avoit toutes les dames de madame la Dauphine et de Madame, madame de Nevers et madame de Choiseul, eteela laisoit en tout vingt-huit femmes. Le roi les lit jouer à un jeu fort sûr, et elles eurent chacune du moins quatre lots d'étoffes d'or ou de rubans magniliques; le jeu fut entrecoupé du souper. — Le roi nomma les sept colonels des régiments qu'il avoit résolu de faire le jour de devant; voici leurs noms : Folleville, Goesbriant, Montchevreuil et Pomponne , tous quatre capitaines du régiment du roi ; Vibrais capitaine du Dauphin ; le marquis de Bellefondset Chamarande, qui n'avoient point de charges, de guerre. Jeudi 31. — Le roi se promena a pied dans ses jardins et dans son potager (1), où il permit à tous ceux
(1) Le potager «lu Roi, commencé en 1079, sous la direction de la Quintinie,
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qui le sui voient de cueillir et de manger du fruit. — Monseigneur courut le loup et revint avant le dîner du roi.
— Le roi fit un régiment de toutes les compagnies de bombardiers: il y en ajouta même de nouvelles, et en fit Vénier lieutenant-colonel. — M. de Valentinois et M. le marquis d'Antin furent faits capitaines dans le régiment du roi . — Il passa ici un courrier de l'Empereur, qui portoit à Madrid la nouvelle que l'Impératrice était accouchée d'une fille, etl'on sut par lui que lesiégedeBude n'avançoit point.
Vendredil" septembre. — Le roi alla tirer dans son parc ; Monseigneur courut les têtes, puis se promena sur le canal avec madame la princesse de Conty. — Le roi donna une abbaye en Champagne à l'abbé de Grand-Pré, et une en Rouergue à l'abbé Fleuri, qui a été précepteur de MM. les princes de Conty ; celle-là est assez bonne et étoit vacante par la mort de l'abbé de Mommon, frère du capitaine aux gardes. Il y eut encore une autre petite abbaye donnée ou Fèvre qui est dans les bâtiments du roi.
Samedi 2. — La dispute entre M. le duc de Créqui et M. le duc de Gesvres fut terminée ; ils prétendoient tous deux que le deuil de chez le roi leur appartenoit : M. de Créqui , comme étant en année et M. de Gesvres comme l'ayant été l'année passée que la reine mourut, et que c' étoit lui qui avoit ordonné le deuil ; ils s'étoient rapportés de cette affaire à leurs confrères, qui jugèrent qu'ils dévoient partager le deuil , et ils firent un règlement pour l'avenir, que le gentilhomme de la chambre qui auroit ordonné le deuil en profiteroit seul, quoique le deuil finît dans l'année d'un autre. — Le roi alla se promener en carrosse avec madame la Dauphine qui n' étoit point encore sortie en carrosse depuis sa maladie.
— Monseigneur courut le loup et nous donna un grand souper au retour. — 31. le marquis de Grana avoit envoyé
avait été terminé en 1683. Voy. Notice historique sur le potager de Versailles, par M. Le Roi, insérée dans les Mémoires de la Société d'horticulture de Seine-et-Oise, année 1847.
SEPTEMBRE 1684. r,i
ici le baron d'Elval demander au roi quelque diminution sur les contributions qui lui étoient encore dues par Les Pays-Bas espagnols. Le roi lui accorda, 3,500,000 livres, si bien que des 8,000,000 qui lui restoient dus, il n'en demandoit plus que 4,500,000 livres , et il dit au baron d'Elval qu'il accordoit cette diminution-là en considération du marquis de Grana.
Dimanche 3. — Le roi alla tirer dans son petit parc . Monseigneur courut les tètes et. s'essaya à en courre sept. On ajoutoit aux quatre têtes ordinaires celles du sabre , celle du pistolet , et celle de la flèche. — Le marquis d'Harcourt eut V,000 francs de pension du roi. Voici les noms que le roi a donnés aux sept régiments nouveaux et leur rang :