‹ Journal; (volume 5)Chapitre 49 sur 65 · MARS IG8S · texte numérisé non relu

MARS IG8S

partez bientôt, et allez bien vite. On prétend que les sujets du roi pâtissent de ce qu'il n'y a point de ministre du roi à Madrid. » — On apprit la mort du cardinal Caraccioli, qui laisse un vingt-quatrième chapeau vacant dans le sacré collège ; il étoit aussi archevêque de Naples.

Jeudi 1er mars, à Versailles. — Le roi alla tirer; le soir il y eut comédie. — Ce jour-là M. le premier président fit le mariage de M. de Novion, son petit-fils., avec mademoiselle de Montauglan, fille fort riche, qu'il nourrissoit chez lui depuis longtemps dans cette vue-là; elle est tille d'un maître des requêtes nommé le Comte; ils'appeloit aussi Montauglan; quelques gens de la famille s'opposoient à cette affaire-là.

Vendredi 2, à Versailles. — Le roi alla tirer; Monseigneur courut le cerf dans la forêt de Saint-Germain, avec les chiens de M. de Furstemberg; on donna les relais à l'envers, c'est une manière de chasser extraordinaire; on ne laissa pas de prendre le cerf et même fort vite. — Le soir il y eut appartement. — Ce jour-là jerevins de Paris, où j'étois allé chercher de l'argent pour payer ma charge, et je rapportai la démission de M. le duc de Richelieu. — Le roi donna une pension de 1,000 écns à madame de Ventelet, belle-mère de la Fare.

Samedis, à Versailles. — Le roi ne sortit point, parce qu'il étoit jour d'opéra. — Je prêtai serment de fidélité entre les mains de madame la Dauphine pour la charge de son chevalier d'honneur, et le soir j'entrai en fonction en la menant à l'opéra de Roland, qu'on joua pour la dernière fois de cette année.

Dimanche i, à Versailles. —Il y eut un petit carrousel; il y a eu deux quadrilles (1). — La quadrille des Chrétiens étoit composée de :

Moi représentant. . . Charlemagne.

Monseigneur — ... Merlin.

(1) Voir les détail* de C€ Carrousel dans le More, rfr murs, p. 217 à '':>'■ T. T. !»

M. delaRoche-Guyon. représentant. . . Aquilan le Noir.

M. de Liancourt. . . — ... Griffin le Biane. .

Le prince de Tingry. . — ... Renaud.

M. d'Antin — ... Roland.

Cette quadrille étoit habillée de noir et or.

La quadrille des Sarrazins étoit composée de :

M. le duc de Grammont. . . représentant. . . Agramant.

Prince de la Roche- sur-Yon. — ... Mandricard.

M. de Vendôme — ... Gradaste.

M. de Rrionne — ... Rodomont.

M. de Turenne — ... Roger.

M. d'Alincourt — ... Sacripant.

Cette quadrille étoit habillée de vert et or. — Le duc de Gramniont et moi étions chefs de quadrille et juges du camp. Le roi et toute la cour étoient placés sur les échafauds et dans la place. La marche se lit en cet ordre : Dumont, écuyer de Monseigneur, marchoit le premier et étoit suivi d'un timbalier et de deux trompettes; ensuite marchoit la quadrille noire en cet ordre : — Moi , M . de laRoche-Guyon, M. de Liancourt, M. de Tingry, M. d'Antin , Monseigneur. — Ensuite venoit la quadrille verte en cet ordre : un timbalier, deux trompettes ; le duc de Grammont, le comte de Brionne, le marquis d'Alincourt, le prince de la Roche-sur-Yon , le duc de Vendôme et le prince de Turenne. — Après qu'ils eurent tous fait le tour de la place et passé devant le roi , ils commencèrent à courre les têtes, ils firent une course pour les dames, et ensuite trois autres courses pour le prix; le duc de Grammont et moi étions au milieu de la place pour juges. Dumont marquoit, sur des tablettes, les courses. Les trompettes et les timbales étoient hors de la lice, un trompette sonnoit à tous les commencements de course , et, quand quelqu'un a voit emporté les quatre tètes, les trompettes et les timbales se faisoient entendre. — Le parti des Africains remporta l'avantage; ainsi ce fut aux cinq chevaliers verts à disputer entre eux le prix ;

pour cela ils lirent chacun trois courses dans lesquelles le prince de la Roche-sur-Yon et le prince de Turenne firent chacun neuf tètes; ils disputèrent le prix en une seule course dans laquelle ils lirent chacun quatre tètes, et, courant encore pour décider, le prince de Turenne remporta; le prix étoit une épée d'or avec des boucles de baudrier ; il partagea le prix avec le prince de la Rochesur-Yon parce qu'ils avoient fait de moitié , mais ce marché fut un peu désapprouvé. — Le roi prit plaisir au petit carrousel, et en ordonna un grand qui se fera après Pâques; il y doit avoir du moins soixante chevaliers. — Le roi eut nouvelles que le roi d'Angleterre avoit été à la messe publiquement, et que lui et la reine avoient communié devant tout le monde.

Lundi 5, à Versailles. — Le roi ni Monseigneur ne sortirent point. — Il y eut le soir l'opéra à'Amadis que le roi n'avoit jamais vu (1) et qu'il trouva fort beau. — Le roi donna 2,000 écus de pension au comte de Grammont et autant à la comtesse, si bien qu'ils ont présentement chacun 4,000 écus, car ils avoient déjà des pensions de 2,000 écus. — Mesdames de Tingry et de Saint-Géran , qui avoient été dames du palais delà reine, eurent aussi 2,000 écus de pension chacune. — Mademoiselle Martel, tante de la jeune comtesse de Soissons, eut une pension de 1,000 écus, et madame de la Sablière en eut une de 2,000 francs. — Hamilton, fâché de quelque chose que lui avoit dit M. de Louvois, demanda au roi la permission de se retirer, et de vendre son régiment pour payer les dettes qu'il avoit faites en France.

Mardi 6, à Versailles. — Le roi alla tirer; le matin, il n'y eut point de conseil ; Monseigneur courut le cerf dans la forêt de Saint-Germain, et donna un grand souper au

(1) Parce que cet opéra avoit paru dans l'année de la mort de la reine , et vous savez que pendant ce temps le roi n'a pris aucun divertissement. ( Merc. gai. ;

132 JOURNAL DE DAiNGEAU.

retour. — Le soir à neuf heures, le roi soupa chez lui avec madame la Dauphine , et les dames qui masquoient avec elle ; au sortir du souper, on entra dans le grand appartement, où il y eut une grande quantité de mascarades nouvelles (1). Monseigneur en lit deux ou trois fort jolies. Ainsi finit le carnaval, durant lequel il y eut toujours ou comédie ou appartement. — Le petit la Chesnaye eut la cornette blanche, vacante par la mort de M. de Vandeuvre; elle vaut 5,400 livres de revenu, et le roi lui commanda de traiter avec M. le comte de Hambourg de la charge de grand tranchant, qui n'a plus guère de fonction et qui n'a que 600 francs d'appointements ; ainsi les deux charges seront jointes comme elles Font déjà été. M. de Seignelay doit fixer le prix de la charge de M. de Hambourg ; cela ira autour de 10,000 écus apparemment. La Chesnaye tirera de ces deux charges 2,000 écus, et 1,000 écus qu'il a déjà de chez Monseigneur; ainsi il aura 0,000 francs des bienfaits du roi.

Mercredi 1, à Versailles, 1er jour de carême. — Le roi alla voler l'après-clinée avec Madame , madame la princesse de Conty et les filles; Monseigneur le suivit. — Le soir à huit heures, on alla chez madame la Dauphine, où Monseigneur joua. — Ce jour-là M. le prince de Conty conclut le marché de la terre de Penthièvre : il l'achète 500,000 écus, sans y comprendre les ventes que le roi a données il y a longtemps à M. de Vendôme; M. le prince de Conty paye pour cette acquisition 1,1 00,000 francs, qui sont au trésor royal et qui lui restent de la succession de M. de Vermandois; et pour les 400,000 francs restants, MM. de Vendôme s'accommodent de quelques petites terres que leur donne M. le prince de Conty. Pen-

(1) La mascarade de monseigneur le Dauphin était d'un marquis de Mascarille porté en chaise avec un équipage convenable à son fracas d'ajustement. Le comte de Toulouse masqua avec un habit de Persan, et charma toute la cour. {More, rfemnrs, p. 223.)

Page 1