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thièvre est affermé à bail judiciaire à 5b, 000 livres; il augmentera considérablement, et les casuels outre cela sont forts grands; ainsi il ne pouvait faire une meilleure affaire, et MM. de Vendôme la font aussi fort bonne de leur côté.
Jeudi 8, à Versailles. — Le roi alla tirer; Monseigneur courut le loup, et au retour donna à souper chez lui. — On entra à huit heures dans l'appartement, où il n'y eut point de bal, il n'y en aura point tout le carême. — Le carrousel qu'on prépare pour le mois de mai fut réglé ; il n'y aura que deux quadrilles de quatre-vingts chevaliers, c'est-à-dire quarante chacune ; le sujet sont les guerres de Grenade. Monseigneur sera chef des Abencérages, et M. le prince de la Roche-sur-Yon des Zégris, le duc de Grammont et moi serons maréchaux de camp des Abencérages, le duc d'Uzès et Tilladet seront maréchaux de camp des Zégris, et M. le duc de Saint- Aignan sera sur le tout. — Jarzé eut l'agrément pour le régiment d'Hamilton, qu'il achète 11,000 écus; il le doit payer dans un mois.
Vendredi 9, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc. L'après-dlnée, Monseigneur alla à Paris ; il descendit chez Monsieur, où il joua d'abord . puis alla dans sa loge entendre l'opéra de Roland, il revint ici comme le roi se mettoit à table pour souper. — 11 n'y eut point d'appartement, et l'on n'entra chez madame la Dauphine qu'un peu avant dix heures. — Miremont * demanda au roi la permission d'aller en Hongrie , que le roi lui accorda ; sa place dans le carrousel fut donnée au chevalier de Gesvres.
*Miremont étoit un Malause des bâtards de Bourbon, très-huguenots. La religion avoit fait le mariage de son père avec sa mère , sœur des maréchaux de Duras et de Lorges, qui demeura dans sa province. Miremont, avec uu autre de ses frères et sa sœur, passèrent en Angleterre à la révocation de fédit de Nantes, et y sont restés sans alliance et sans fortune ; leur frère aîné se fit catholique, et a vécu et est mort dans sa province. Sa iille unique du premier lit, veuve du dernier Poitiers, et mère d'une autre qui a épousé le duc du* Durforl.
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Samedi 10, à Versailles. — Le roi ne sortit point; Monseigneur courut le sanglier ; le soir il y eut appartement sans bal, et l'on n'y entra qu'à huit heures. — Le roi nous dit que le courrier de Rome avoit laissé le duc Sforce à l'extrémité. — J'appris que la statue du roi, faite à Rome par le chevalier Bernin, étoit arrivée A Paris sur un petit bâtiment hollandois que le peuple est fort soigneux d'aller voir (1).
Dimanche 11, à Versailles. — Le roi et Monseigneur ne sortirent point de tout le jour. — Les députés d'Alger vinrent saluer le roi dans son grand appartement comme il alloit à la messe, et lui dirent que leur dey prenoit la hardiesse de lui faire un petit présent qu'il espéroit que S. M. ne dédaignerait pas, puisque Salomon avoit bien reçu la cuisse de sauterelle que la fourmi lui avoit présentée ; toute la harangue fut fort soumise , et l'aprèsdinée , en sortant du sermon , ils présentèrent au roi douze beaux barbes que le dey avoit l'ait choisir avec soin. — Le soir à huit heures, Monseigneur joua au reversi chez madame la Dauphine. — Le P. Gaillard prêcha, c'est lui qui doit prêcher tout le carême. — Le chevalier de Nantouillet prêta serment entre les mains de Monsieur pour la charge de son premier maître d'hôtel ; il m donne 40,000 écus, qui est la somme qu'en avoit l»;i)(;e Flamarens, à qui Monsieur les l'ait rendre; Nantouillet a un brevet de retenue des 40,000 écus.
Lundi 1 2, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc, malgré le vilain temps. Monseigneur alla le matin voir ses chevaux, le roi lui en avoit donné deux de ceux que les Algériens lui avoient amenés. Le soir il y eut appar-
(1) Cette figure équestre est un des derniers ouvrages du Bernin, mort en 1680. Elle était arrivée au Havre le 17 février, et fut transportée de Paris à Versailles. On verra plus loin, à la date du 14 novembre, que Louis XIV voulut ■l'abord faire briser cette statue. Girardon fut chargé de la modifier, et en fît un Marcus Curtius, qui se trouve à l'extrémité de la pièce d'eau des Suisses, à Versailles.
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tement. — J'appris que le roi avoit donné à L'abbé l»<naudot 500 écus de gratification pour l'année passée; apparemment cela se tournera en pension réglée. — M. le maréchal d'Humières nous raccommoda, M. le maréchal d'Estréeset moi ; il y avoit longtemps que nous étions mal ensemble*.
* Morin, dit le Juif, homme très-riche, avoit trois filles qui épouseront : le maréchal d'Estrées, et qui fut mère du troisième maréchal, de l'abbé d'Estréeset de leurs sœurs; l'autre, Dangeau, auteur de ces mémoires, dont il n'eut qu'une fille très-riche, mère du duc de Luynes; la troisième fntune madame de Montmor, très-plaideuse et qui ne bougeoit du palais. — Dangeau eut un fils de son second mariage, lequel de mademoiselle de Pompadour, parfaitement belle , n'eût qu'une fille unique mariée au duc de Picquigny , fils du duc de Chaulnes.
Mardi id, à Versailles. — Le roi alla voler l'après-dinée avec Madame , madame la princesse de Conty et ses filles ; ils étoient dix dans la calèche du roi. La chasse fut des plus belles que le roi eût jamais vues, à ce qu'il nous dit. — Monseigneur, qui avoit couru le loup dès le matin, revint joindre le roi dans la plaine de Trappes. — Le soir il y, eut comédie françoise. — Le roi donna 60,000 écus à Monsieur pour payer ses bâtiments de Saint-Cloud.
Mercredi ik, à Versailles. — Le roi alla tirer le matin; Monseigneur courut la bague et les têtes, puis alla courre le cerf dans Crouy ; le soir il y eut appartement. — Le comte de Roye prit congé de S. M. pour s'en retourner en Danemarck. — Madame la princesse de Guémenée mourut à Rochefort; elle laisse 200,000 livres de rentes en fonds de terre , mais il y a des affaires dans la maison qui seront d'une discussion difficile ; elle étoit héritière de la maison de Rohan, et M. de Montbazon la fit épouser au prince de Guémenée, son fils; elle est morte à quatrevingts ans passés*.
* Cette princesse de Guémenée est la belle-sœur de la célèbre madame deChevreuse, introduite par elle dans la familiarité de la reinemère , qui eu accrocha au V al-de-Grâce un tabouret de cachette qu'elle
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sut bien faire valoir après , et qui fit tant de bruit avec quelques autres dans la régence de la minorité de Louis XIV , où elle figura fort et par elle-même et plus encore par le duc de Beaufort , son plus grand ami , et par madame de Chevreuse. Elle étoit fille unique du frère aîné du duc de Montbazon, dont elle épousa le fils avec de grands biens ; ce prince de Guémenée étoit un homme fort agréable, plein de bon mots, et qui avoit le tic du monde le plus étrange, c'étoit de tâtonner et tourner autour de sa bouche à chaque morceau qu'il y mettoit , et chaque verre avant de commencer à boire. Sa femme avoit beaucoup d'esprit , de beauté et d'agrément, dont tout usage lui étoit bon, pourvu qu'il y trouvât profit, considération et grandeur ; on a vu depuis que cette conduite a été plus d'une fois et très-utilement suivie dans cette maison. Madame de Guémenée étoit mère du chevalier de Rohan qui eut le col coupé pour folie et crime de lèse-majesté, le 27 novembre 1674, et nièce paternelle du premier duc de Montbazon, mort sans enfants , du second qui fut aussi son beau-père, et du marquis de Marigny qui passa le 57e dans l'ordre du Saint-Esprit à la promotion de 1619. Mesdames de Coetquen, de Tournemine , de Pellevé , d'Épinay en Bretagne, de Pompadour, étoient les sœurs de son père. La mère de madame de Guémenée étoit Rieux. Son père n'eut point d'enfants d'une Avaugour, sa seconde femme , qui se remaria à M. du Bellay, puis à M. de Sourdis Escoubleau. Pour ne rien omettre, madame de Guémenée étoit bellesœur de M. de Soubise , mari de la belle madame de Soubise, si utile à la maison de son mari , mère de M. de Montbazon , mort fou et enfermé à Liège , et grand'mère du prince de Guémenée dont le fils, archevêque duc de Rheims, a sacré Louis XV.
Jeudi 15, à Versailles. — Le roi alla tirer; Monseigneur courut le loup; le soir il y eut comédie françoise. — On apprit la mort de l'évèque de Vienne, premier ministre de l'Empereur ; il avoit été capucin et se nommoit le P. Émeric. — L'accommodement de MM. de Créqui fut signé. MM. d'Ormesson et de Caumartin étoient leurs arbitres ; madame de Canaples a beaucoup donné de son bien pour mettre la paix dans sa famille. — On apprit la mort de la duchesse de Mantoue la mère.
Vendredi 16, à Versailles. — Le roi ne sortit qu'après le sermon ; il alla se promener en calèche , puis mit pied à terre dans ses jardins. Monseigneur prit médecine; le soir il y eut appartement. — Hamilton prit congé du roi ; il avoit vendu son régiment quelques jours auparavant,
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et se retiroit en Angleterre. — J'appris la mort delà reinemère du roi de Danemarck ; elle étoit de la maison de Brunswick, delà branche de Lunebourg. — Le roi donna à l'abbé de Soubise l'abbaye de Saint-Taurin, diocèse d'Évreux : elle vaut 15,000 livres de rente; mais M. Dufresnoy, qui l'avoit, a réservé une pension de 5,000 francs, et s'est fait chevalier de Saint-Lazare pour cela.
Samedi 17, à Versailles. — Le roi se promena en carrosse, et puis chassa quelque temps aux chiens couchants; Monseigneur ne sortit point de tout le jour. — Madame la Dauphine au sortir du dîner se trouva mal, et se mit au lit, où elle demeura tout le jour. — Monseigneur alla le soir à la comédie nouvelle qu'a faite le Baron, qui est une farce en prose. — Le marquis de Soyecourt conclut le marché du régiment de Vermandois à 42,000 francs , il en a l'agrément du roi ; Gassé avoit eu depuis quelques jours la permission de le vendre. — Le roi donna à madame de Vaudetar, parente de M. l'archevêque de Paris, l'abbaye de Saint-Léger de Préaux, vacante par la démission de madame Olivier de Leu ville.
Dimanche 18, à Versailles. — Le roi ne sortit qu'après le sermon, il alla faire un tour dans ses jardins. — Monseigneur, au sortir du sermon, alla courre la bague et les têtes, et fit courre aussi le Faquin. — Le soir il y eut appartement où l'on n'entra qu'à huit heures. — M. le cardinal de Bouillon accommoda un procès pour l'abbaye de Lyon qu'il avoit donnée au duc d'Albret son neveu; elle est de la collation de Clugni , mais il y avoit un prétendant sur un titre assez fondé, et, pour finir l'affaire, il lui donne 1,000 écus de pension; l'abbaye vaut 10,000 livres de rente au moins.
Lundi 19, à Versailles. — 11 n'y eut point de conseil; en sortant du lever le roi entendit la messe , puis alla tirer dans son parc. Monseigneur courut le cerf dans la forêt de Saint-Germain avec l'équipage de M. de Furstemberg et fit une fort belle chasse. — Le soir il y eut comédie ita-
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lienne où Ion vit pour la première fois Pasquariello Trono, qu'on trouva assez bon comédien , et le plus dispos homme du monde. — On apprit que M. Mazarin avoit chassé de chez lui le marquis de Richelieu et sa femme , sur ce qu'ils n'avoient pas voulu signer un acte qui leur étoit fort désavantageux. M. l'évêque de Saint- Malo les a logés chez lui.
Mardi 20, à Versailles. — Le roi alla tirer en sortant du conseil; Monseigneur courut le cerf dans Crouy. — Madame la Dauphine fit dire dans son cabinet, à Racine, la harangue qu'il fit à l'Académie , à la réception de Corneille et de Bergeret. — M. de Turenne demanda au roi la permission d'aller en Pologne faire la guerre ; le roi lui accorda sa demande, et y étoit préparé, car M. le cardinal de Bouillon lui en avoit déjà parlé ; sitôt que M. le prince de Conty sut que M. de Turenne avoit cette permission, il entra dans le cabinet du roi, et lui demanda la même permission pour lui et pour M. le prince de la Roche-sur-Yon, qui étoit ce jour-là à Chantilly : le roi la leur accorda, et ensuite MM. de Brionne, de la Roche- Guy on , de Liancourt et beaucoup d'autres eurent la même permission; mais le soir, S. M., voyant le grand nombre de jeunes gens qui se préparoient tous à lui faire la même prière, déclara qu'il ne donnoit congé qu'à MM. les princes de' Conty et à M. de Turenne, qui lui en avoit parlé le premier. Le soir il y eut appartement; après le souper, on présenta à madame la Dauphine mademoiselle de Guiry pour être sa femme de chambre en la place de madame d'Espagny.
Mercredi 21, à Versailles. — Le roi alla à la chasse dès le matin ; Monseigneur courut le loup , la chasse fut fort rude, il y eut sept ou huit chevaux de crevés delà course. — Madame la Dauphine fut au sermon. — Le soir il y eut comédie. — On crut qu'il y auroit quelque obstacle au voyage de MM. les princes de Conty; on sut que Blanchefort, second fils du maréchal de Créqui, avoit per-