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Le roi, pour qui depuis vingt ans la fidélité, la discrétion et la profonde honnêteté de Dangeau étaient choses éprouvées, l'attacha successivement, et du plus près qu'il put, à la maison des deux héritiers du trône. — En 1680, lors du mariage de Monseigneur avec la princesse de Bavière , Louis XIV choisit Dangeau pour le premier des six menins (1) du Dauphin; les cinq autres étaient d'Antin, Saint-Maure, Chiverny, Florensac et Grignan. Le Mercure du mois de mars, annonçant la nomination de Dangeau, dit qu'il a s'est acquis une estime si universelle par son esprit, qu'il faut n'estre pas François pour ignorer son mérite. 11 est galant, bien fait, et soutiendra le choix de Sa Majesté avec éclat. » Le roi donnoit une pension de deux mille écus à chacun des menins de Monseigneur.
« On a pu voir ici, dit Saint-Simon , que madame de Maintenon, qui vouloit environner la Dauphine de gens à elle, fit passer la duchesse de Richelieu, dame d'honneur de la reine, à madame lal);uipliiue,et que, pour adoucir cette complaisance, elle tit donner la charge de chevalier d'honneur (S) de cette princesse au duc de Richelieu , avec promesse qu'après l'avoir gardée quelque t( mps,
la vendroit tout ce qu'il la pourroit vendre à qui il voudroit qui seroit agréé. 11 s'étoit étrangement incommodé au jeu. Dangeau, déjà menin et gouverneur de province , d'ut son homme; il en tira 500,000 livres. Dangeau devint ainsi chevalier d'honneur de madame la Dauphine. et nécessairement par là chevalier de l'Ordre, en la grande promotion, trois ans après, le premier jour de l'an 1689. » Toujours même système d'erreur volontaire. Saint-Simon a sous les yeux une copie du journal de Dangeau ; il l'a si bien lue que dans la table, qu'il a dressée du volume de 108.'), luimême a noté avec soin que « Dangeau, l'auteur de ces mémoires, avoit acheté du duc de Richelieu 330,000 livres la charge de chevalier d'honneur de madame la Dauphine. » Voici d'ailleurs comment Dangeau consignait dans son journal le prix de sa charge
I) Le Dictionnaire de Trévoux, délinit ainsi ce titre : « Mcntn. Ce mot nous e>l \ chu depuis peu d'Espagne , ou l'on nomme menmos , c'est-à-dire mignons ou favoris , (des jeunes enfants de qualité qu'on met auprès des princes pour être assidus a leur luire la cour, et être, élevés avec eux. » Le cérémonial d'Espagne avait envahi la cour de France par les deux reines ; mais on voit par l'âge des menins de Monseigneur que ce titre avait perdu son acception primitive.
(2) Le Dictionnaire de Trévoux explique ainsi ce mot : « Chevalier est aussi celui qui donne la main à la reine pour marcher, et ou l'appelle son Chevalier d'honneur; on le dit aussi de madame la Dauphine et de Madame. »
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«•t la date de son entrée efi Fonctions : « Samedi 2i février 1685. Ce jour-là, par l'entremise de M. de Montchevreuilj mon marché fut conclu avec M. le duc de Richelieu a 350,000 livres, et le roi m'envoya aussitôt en porter la nouvelle à Monseigneur, qui me présenta à madame la Dauphine, et en entrant dans l'appartement, l'affaire fut déclarée, et j'en reçus les compliments. » Saint-Simon savait à merveille ce que Dangeau avait payé; mais doubler le prix, c'était une épigramme de plus; chez Saint-Simon la raneane passera toujours avant la vérité. Toujours même malice dans l'art de présenter les faits : on sait fort bien qu'alors il n'y avait point tic charge de bout qui ne s'achetât et qu'on ne les avait qu'a beaux deniers: mais encore fallait-il l'agrément du roi; là était la faveur, et vous ne sauriez dire que le roi l'ail donnée de mauvaise grâce.
Cela serait d'autant plus difficile à croire , que six ans après la mort' de cette pauvre Dauphine de Bavière, quand, le dimanche 2 septembre 1696, fut nommée et déclarée la maison de la princesse de Savoie, future duchesse de Bourgogne, Dangeau fut nommé chevalier d'honneur de cette seconde Dauphine, dont madame de Dangeau était nommée en même temps première dame du palais. Voici comment Dangeau raconte cette nouvelle faveur avec son excellente simplicité ordinaire :
«Le roi m'appela après sa messe, et me dit qu'il m'avoit choisi pour chevalier d'honneur de madame la duchesse de Bourgogne; que la duchesse du Lude seroit sa dame d'honneur, et le comte de Tessé son premier écuyer; qu'en attendant le mariage, il nous enverroit, la duchesse du Lude et moi , recevoir la princesse au pont de Beauvoisin, mais que nous n'entrerions en charge que quand elle seroit madame la duchesse de Bourgogne. Le roi me rappela ensuite pour me dire qu'il a voit aussi choisi madame de Dangeau pour être dame du palais. Elles seront six. Voici l'ordre dans lequel le roi les a nommées : mesdames de Dangeau, la comtesse de Roucy, la marquise eh Nogaret, la marquise d'O, la marquise du Chatelet, la comtesse de Hontgon. »
. Après la mort de madame la duchesse de Bourgogne, en 1712 Dangeau reçut du roi une pension de 12,000 livres (1).
Mil.
En 1670, le marquis de Dangeau avait épousé Françoise Morin, fille de Jacques Morin, seigneur de Chàteauneuf, et d'Anne Yvelin.
Il) Saint-Simon, t. 19, p. 33.
lu VIE DE D ANGE AU.
Ce Morin, secrétaire du roi, et qu'on appeloit Morin le Juif, était un partisan fort riche, qui avait déjà marié, en 4658, sa tille aînée, Marie-Marguerite Morin, à Jean, comte d'Estrées, maréchal et viceamiral de France, vice-roi de l'Amérique. Saint-Simon parle quelque part de l'esprit de cette maréchale d'Estrées. De son mariage avec Françoise Morin, Dangeau n'eut que deux filles : Marie-Anne- Jeanne de Courcillon, née au mois de décembre 1671, fut mariée le 18 février 1694, à Honoré-Charles d'Albert, duc de Luynes, fils aine du duc de Chevreuse et connu sous le nom de duc de Montfort. « M. le duc de Montfort, fils aîné de M. le duc de Chevreuse, épousa, le 18 de ce mois, mademoiselle de Dangeau, fille de M. le marquis de Dangeau, chevalier des ordres du roy, gouverneur de Touraine, chevalier d'honneur de feu madame la Dauphine et grand maître de l'ordre de Saint-Lazare. M. de Chevreuse est duc et pair , capitaine-lieutenant des chevau-légers de la garde , et petit-fils du connestable de Luynes. M. le duc de Montfort, son fils, a l'esprit vif. 11 est des plus braves, et a receu beaucoup de blessures, qui sont autant de marques glorieuses de son courage et de sa valeur. Mademoiselle de Dangeau est une personne d'un fort grand mérite. Elle a presque toujours vécu retirée dans des eommunautés, d'où elle sortoit rarement, et a fait voir beaucoup de sagesse dans des temps et dans un âge où la coquetterie est en règne. » (Mercure galant, février 1094, pages 327-8.) Le duc de Montfort, maréchal de camp, mourut à l'armée le 13 septembre 1704; sa veuve lui survécut jusqu'au 28 juin 1718. La duchesse de Bourgogne a fait un couplet célèbre contre la figure de madame de Montfort. — Dangeau avait eu une seconde fille qui mourut sans être mariée; elle s'appelait Thérèse de Courcillon. La marquise de Dangeau elle-même, Françoise Morin, était morte le 21 mars 1682, « après une longue maladie (1), dit \e Mercure , pendant laquelle M. l'abbé de Dangeau l'avoit assistée avec un grand attachement et d'une manière très-exemplaire. Elle n'a laissé que deux filles. » Le veuvage de Dangeau dura quatre ans. Mais, malgré ses alliances avec les d'Estrées par sa première femme, et avee les de Luynes par sa fille , son second mariage fit bien autrement de bruit à la cour que n'avait fait l'autre.
« Sur la fin du mois de mars 1686, M. le marquis de Dangeau, chevalier d'honneur de madame la Dauphine, épousa madame la comtesse deLevestein, fille d'honneur de cette princesse. Comme
(l) Déjà dans le Mercure de mai 1678, on trouve que « madame la marquise de Dangeau va prendre les eaux k vjrliy. ><
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elle estoit chanpinesse , onla traitoit de Madame, quoyque Bile, et il suffit qu'elle possédas! cette qualité pour faire connoistre tes avantages qu'elle a du costé de sa naissance. Elle est Bile de Frédéric Charles, comtede Levestein,qui épousa, en 1651, Anne-Marie, fille d'Kpm, comte de Furstemberg, et d'Anne-Marie, princesse née de Hohen-Zolern. Elle a l'air doux, l'âme grande et généreuse et les manières honnestes. Je ne vous dis rien de sa beauté, le bruit qu'elle fait vous en doit avoir instruite. Elle a esté fiancée dans le grand cabinet de madame la Dauphine, et mariée le lendemain dans la chapelle du chastcau de Versailles, par M. l'abbé Fléchier, nommé à l'évesché de Lavaur, aumônier ordinaire de madame la Dauphine. La naissance de M. le marquis de Dangeau est soutenue de beaucoup d'esprit , de mérite, et de conduite à la cour et dans tous les emplois qu'il a eus. Il s'est toujours fait beaucoup d'amis et a mérité l'estime du roy, ce qui seul fait son éloge. » [Mercure galant , avril 1686, pages 187 à 199.)
Dangeau, qui dans l'intervalle de ses deux mariages, s'était mis, en 1684, à écrire jour par jour la chronique de la cour de Versailles, n'a consacré que deux lignes à ses secondes noces. « Samedi, 30 mars 1686. A six heures, mes fiançailles se firent chez madame la Dauphine, où le roi vint. Ce fut M. l'abbé Fléchier, nommé évèque de Lavaur, qui en lit la cérémonie... A minuit nous allâmes à la chapelle, où j'épousai la comtesse Sophie de Lowenstein. » — Saint-Simon a placé ici une addition que nos lecteurs retrouveront aux papes 316 et 317 de notre premier volume, et où, aussi juste pour la femme qu'il est injuste pour le mari . Saint-Simon nous décrit la comtesse de Lowenstein « jolie et vertueuse comme les anges, une figure de déesse dans les airs; douce, bonne, d'un bon esprit, et dont la bonté lui tenoit lieu d'étendue. Quelqu'un disoit d'elle et de madame d'Heudicourt, autre favorite de madame de Maintenon, liées dès l'hôtel d'Albret, que c'étoient les deux anges de madame de Maintenon, le bon et le mauvais... » « Madame de Dangeau, dit-il ailleurs, n'avoit rien vaillant, mais elle étoit charmante dévisage, de taille et de grâce. » Et encore ailleurs : «jolie comme le jour et faite comme une nymphe , avec toutes les grâces de l'esprit et du corps. »
Au reste tous les contemporains ont raffolé de cette seconde marquise de Dangeau. « Madame de Lowenstein, étoit nièce, du prince Guillaume de Furstemberg, évèque de Strasbourg et nommé au cardinalat. On l'appeloit madame , parce qu'elle étoit chanoinesse de Thorn , chapitre célèbre en Allemagne, où pour être reçu il faut faire ses preuves de seize quartiers de princes u de comtes souverains de l'Empire. Elle étoit
liv VIE DE DANGEAU.
belle comme les anges, dans une jeunesse riante, une taille fine, les yeux bleus et brillants, le teint admirable, les cheveux du plus beau blond du monde, un air engageant, modeste et spirituel : elle avoit eu une fort bonne conduite dans une place fort glissante, et les petites fautes de ses compagnes n'avoient pas peu contribué à faire valoir son mérite. Le marquis de Dangeau, chevalier d'honneur de madame la Dauphine, devint amoureux d'elle et songea à l'épouser : il croyoit avoir assez de bien pour faire la fortune d'une fille qui n' avoit pour dot qu'une grande naissance, de la beauté et de la vertu. 11 se flatta peut-être que le roi, à la considération du prince Guillaume, feroit asseoir sa femme, qui étoit, ei lui aussi, d'assez lionne maison pour cela. D'ailleurs madame de Ma'mtenon pressoit l'affaire; elle s'est toujours fait honneur de protéger les personnes de qualité quand la mauvaise fortuite n'a point ébranlé leur vertu : ainsi l'amour, soutenu d'un grain d'ambition, conclut ce mariage. » {Mémoires de l'abbé deChoisy.)
« Mademoiselle de Lowcnstein , nous citons les Souvenirs de madame de Caylus, etoit entrée lille d'honneur de madame la Dauphinc, à la place de mademoiselle de Laval (mariée au duc de lioquelaure)... M. le cardinal de Furstemberg, après une longue et dure prison, qu'il s'attira par son attachement à la France, vint 5,'j établir, et amena à la cour mademoiselle de Lowcnstein, sa nièce, dont la beauté, jointe à une taille de nymphe, qu'un ruban de i ■oulcur de feu, qu'elle portoit, comme les hommes portent le cordon bleu, parce qu'elle étoit chanoinesse, relevoit cm oie. Mais sa sagesse et sa vertu y causèrent une plus juste admiration. Cependant cette haute naissance, cette figure charmante et une vertu si rare n'ont trouvé que M. de Dangeau capable d'en eorjr noitre le prix. 11 étoit veuf et n'avoit qu'une fille (1) de son premier mariage. D'ailleurs la charge de chevalier d'honneur de madame la Dauphine, qu'il avoit achetée de M. le duc de Richelieu, menin de .MuiiMM^neur, et un bien considérable lui donnoient Ions les agréments qu'on peut avoir à la cour... »
Plus tard madame, de Mainteimn , dans les instructions vraiment admirables qu'elle faisait aux demoiselles de Saint-Cvr, et dont M. Théophile Lavallée , nous l'en remercions cordialement, a bien voulu nous communiquer le manuscrit, madame de Maintenon. apprenant à ces jeunes filles de gentilshommes pauvres comment il ne faut point trop écouter les malaises du corps, leur disoit :
(!) Nous avons vu qu'il en avait eu deux; mais Thérèse de Courcillon était sans doute morte tort jeune, dans 1'intervaHe de la mort de sa mère et du second mariage de son père.
VIE DE DANGEAU. i.\
« .li' vpis cela tous les jours en madame la marquise de Dangeau . qui ' si inir priupesse dJ Ulemagne , qui, ayanl douze sœurs el plusieurs frères (i) . n'a pas eu dans sajeupesçe toutes le> commodités convenables, à sa paissanc-e. Amc cet air mignon et délical que
vous lui voyez, l'ii-n pe l'incommode; je ne connois personne qui s'avise moin? qu'elle de prendre ses ajs.es, i-;i|r asl trèsripeominôilcr et ne laisse pas d'être toujours gaie; elle ne fait aucun remède, ne consulte pas les médecins, souffre sqn mal avec grande patience, et dit : «.l'aime autant mourir de cela qur de la fièvre , puisque Dieu le m ut. n Telle était la femme à la fois toute séduisante et forte que Dangeau avait eu le bon esprit d'aimer et de choisir, et qui va parer de -a -race et de sa vertu la secpn.de moitié de la vie de l'heureuv c< «urtis;i n .
Dans la collection si curieuse des portraits de la bquï mi plutôt des costumes de la cour, connue sous le nom de Rerueil de Ronnart. se trouvent deux portraits de madame la marquise de Dangeau. Le premier et le plus joli représente. « madame' de Dangeau à sa toilette. » Il est de A. Trouvant, graveur et marchand d'estampes, et porte la date de 1694. Madame de Qapgeau esl assis.fi, en di-lialnllt'' devant la table couverte d'un tapis à grandes franges, sur laquelle >ont posées dc> Imites à parfums et à bijoux. D'une main elle soutient le miroir et de l'autre va piquer dan-; ses
(I Moréri ne cite que quatorze enfantsdu mariage de Ferdinand-Charles, comte de Lowenstein-Rochefort (dont il est fait mention clans la paix de Westphalie , ne le 18 mai IG16, mort le 24 janvier 1678, et d'Anne-Marie, tille d'Égon, comte de Fur>temberg, qu'il avatf épousée en 1651 el qui mourut en janvier I7e.". : i Haumilien-Chaiies, prince de Lowenstein-Wertheim, conseiller d'État, chambellan de l'empereur et gouverneur du Milanais: 2° Philippe-Éberard , prince et abbé de Morbach et de Ludens , doyen de Strasbourg, abbé de Saint-Vincent de Laon et de Saint-Jean des Près, diocèse de Saint-Malo , né le 23 août 1057; 3° François- Léopold , né le 25 janvier I6GI, chanoine de Cologne , major général des armées de l'empereur, mort a Zathmar en Hongrie en 1G82; 4° Ferdinand-Hermand, né en 1663, chanoine de Cologne, chevalier de Malte, qui servit en Hongrie et mourut en 16SV, 5° Jean -Ernest, chanoine de Cologne et de Strasbourg, né en 1667; ie- Guillaume, lieutenant-colonel d'un régiment au service de l'empereur, mort a Bude le 17 octobre 1693, âgé de vingt-cinq ans, sans postérité de Catherine- Rosine, comtesse de Waldstein ; 7° Marie-Anne, mariée a Guillaume, landgrave de Hesse-Rheinfeld, morte en 1688; 8° Éléonore , abbesse de Thoren ; 9° EroesUne- Barbe-Dorothée, née le 23 octobre 1654, mariée d'abord à Éric-Adolphe, comte de Salms, puis à Jean-Charles, comte de Séreni, morte en novembre 1G9S; In" Amélie-Thérèse. née en 1659, veuve de François-André, comte de'Rosemberg; ll°Magdelaine-Élisabeth , née en 1662, seconde femme "de Walrad, prince de Nassau- Ussingen; 12" Sophie-Marie, née en 1664, épouse de Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, etc. ; 13° Christienne-Thérèse, née en 1665, mariée i°a Albert, duc de Saxe, 2° à Philippe-Érasme, prince de Lichtenstein ; et l uillelmine née en 1671.
i.vi VIE DE DANGEAU.
beaux cheveux blonds une épingle dont la tête est une grosse pierrerie. La figure, gravée au pointillé, est toute pleine de charme. On v trouve la douceur, la beauté, la bienveillance, la sérénité gracieuse, tous les agréments enfin qu'ont vantés de concert les contemporains qui l'ont vue. Dans l'autre portrait « madame la marquise de Dangeau , dame du palais de madame la duchesse de Bourgogne , » se promène en grand costume et son éventail à la main dans un jardin à la Lenôtre. Quoique son habit broché de grands ornements soit magnifique et qu'elle porte au cou un fil de fort grosses perles, ce portrait nous satisfait beaucoup moins que l'autre. L'artiste a bien conservé les traits droits et l'ovale pur qui caractérisent la figure deTrouvain; mais, pour la couleur des cheveux et l'expression du visage, il nous parait s'en être plus rapporté à sa fantaisie banale qu'à la réalité. Cette estampe, postérieure à la première au moins de deux ans, porte l'adresse d'un certain Berey (1), graveur, qui, comme Bonnart , Saint-Jean, Trouvain et Mariette, publiait de ces sortes de portraitures de mode.
Suivant les véritables et intimes comtemporains de Dangeau, suivant ceux même qui ont raconté sans trop de bienveillance l'aventure du contrat qui va venir dans quelque lignes, tout avoit bien marché jusques-là. Si l'alliance avec madame de Lowenstein avoit rencontré quelques obstacles, l'amour de Dangeau les avoit surmontés. Madame de Caylus, l'abbé de Choisy, madame de Sévigné, s'accordent à présenter Dangeau comme amoureux et généreux, et aucune de ces oreilles curieuses et un peu malignes n'a entendu que la comtesse de Lowenstein fût une victime violentée. Mais avec, Saint-Simon les choses ne pouvoient aller de la sorte : « Mademoiselle de Lowestein, avec la hauteur de son pays, vit le tuf à travers tous les ornements qui couvroient Dangeau, et dit qu'elle n'en vouloit point. Le roi s'en mêla, madame de Maintenon, madame la Dauphine; le cardinal son oncle le voulut et la fit consentir. Le maréchal et la maréchale de Villeroy en firent la noce , et Dangeau se crut électeur palatin. »
f l) L'auteur de la table des portraits gravés, insérée dans la Bibliothèque historique du P. Lelong, attribue le second portrait que nous venons de décrire à un certain Arnoult, dont nous ne connaissons dans ce même genre et dans ce même format qu'une Marie-Anne de Neubourg, reine d'Espagne. Cet Arnoult, comme ceux que nous venons de nommer, était à la fois graveur et vendeur de ses propres estampes ; mais son portrait de la jolie reine d'Espagne , plus maladroit à coup sûr que les ligures de Trouvain,'de Bonnart et de Berey, est à coup sûr aussi d'un artiste de plus de sentiment. En tout cas, le burin, le pointillé et tout le faire d'Arnoult n'ont rien de commun avec la manière des autres imagiers de la cour de France.