‹ Journal; (volume 5)Chapitre 6 sur 65 · VIE DE DANGEAU. LVH · texte numérisé non relu

VIE DE DANGEAU. LVH

Saint-Simon., seul et véridique témoin de cette grande lutte, si bien cachée aux yeux les plus fins du temps, Saint-Simon avoil ili\ ans, lors du mariage de Dangeau.

« M. Dangeau, — écrit madame de Sévigné au président de Moulccau, le 3 avril tfiSfi, — M. Dangeau jouit à longs traits du plaisir d'avoir épousé la plus belle, la plus jolie, la plus jeune, la plus délicate et la plus nymphe de la cour. 0 trop heureux d'avoir une si belle femme! il en faut croire Molière. L'endroit le plus sensible ctoit de jouir du nom de Bavière, d'être cousin de Madame la Dauphine, de porter tous les deuils de l'Europe par parente; enfin rien ne manquoit à la suprême beauté de cette circonstance. Mais comme on ne peut pas être entièrement heureux en ce monde, Dieu a permis que madame la Dauphine, ayant su que cette jolie personne avoit signé partout Sophie de Bavière , s'est transportée d'une telle colère, que le roi fut trois fois chez elle pour l'apaiser, craignant pour sa grossesse. Enfin, tout a été effacé, rayé, biffé, M. de Strasbourg ayant demandé pardon et avoué que sa nièce est d'une branche égarée et séparée depuis longtemps, et rabaissée par de mauvaises alliances , qui n'a jamais été appelée que Lowenstein. C'est à ce prix qu'on a fini cette brillante et ridicule scène, et en promettant qu'elle ne seroit point Bavière, ou qu'autrement ils ne seroient pas cousins : or, vous m'avouerez qu'à un homme gonflé de cette vision, c'est une chose plaisante que dès le premier pas retourner en arrière. Vous pouvez penser comme les courtisans charitables sont touchés de cette aventure (1); pour moi, j'avoue que tous ces maux qui viennent par la vanité me font on malin plaisir. »

« Comme on n'a pas sitôt les choses qu'on souhaite qu'elles commencent à donner de la peine, dit à son tour le marquis de Sourches, dès le jour des noces, madame la Dauphine ayant que madame de Lowenstein avoit pris dans le contrat de mariage le nom de Sophie de Bavière et que le curé l'avoit mariée sous ce nom, elle en témoigna une si terrible colère, qu'elle alla jusqu'à se plaindre tout haut du mauvais traitement que l'on faisoit en France au nom et à la maison de Bavière. Peut-être que sa grossesse et la maladie de Bezzola, sa favorite, lui avoient aigri l'humeur; mais enfin, quoique le roi s'en mêlât, on ne put l'obliger à pardonner à monsieur et à madame de Dangeau qu'après que M. de Strasbourg lui eut demandé pardon et qu'elle fut

(l) Voy. Recueil Mavrepas, t. VI, p. 49-54, la chanson : Jean de Courcillon A épousé Sophie... etc.

Min VIE DE DANGEAU.

assurée . sans en pouvoir douter, qu'on avoit raye dans tout le contrat de mariage le nom de Bavière et qu'on y avoit mis à la place celui de Lowenstein. »

« Les fiançailles, raconte l'abbé de Choisy, se firent dans l'antichambre de madame la Dauphine, en présence du roi, et les épousailles dans la chapelle du château, Mais il y eut beau bruit le lendemain. Quelque bonne àme ( ce fut mademoiselle de Ramhures ) alla tout courant dire à madame la Dauphine : Vraiment, madame, je viens de voir une belle chose! Lowensh in a été mariée tout comme vous, i î le curé l'a nommer tout haut Sophie de Bavière. — Comment, reprit madame la Dauphine, il ne l'a pas nommée eomtesse de |,,iw -('iLstein ? — Et là-dessus elle se mit fort en colère , et se lit appor^r le contrat de mariage, et voulut absolument qu'elle signât Comtesse de Lowenstein. »

Les contemporains dont nous venons de. citer les mémoires, à propos du mariage de Dangeau, ne parlent que des moditications faites au contrat de mariage; ils se taisent tous sur un fait trèsgrave, la destruction des feuillets du registre de la paroisse de Versailles, dû le mariage de Dangeau avait été inscrit. Le seul La baumelle (1) \ l'ait allusion, mais ce qu'il raconte est une erreur; la Dauphine se lit apporter, dit-il, les registres de la paroisse; elle les déchira en s'emportant contre la complaisance du curé et l'insolence de madame' de Dangeau.

nue madame la Dauphine se soit l'ait apporter le registre de la pamisse. nous n'en pouvons douter; les traces de sa « terrible colère » existent encore à l'angle de droite et d'en bas du registre qui est en partie brûlé. Il nous parait évident que madame la Dauphine, après s'être fait apporter le r» iristre, commença à le brûler; qu'on le sauva, peut-être le roi dans l'une de ses trois visites, mais à la condition de faire disparaître la page où madame de Dangeau avait eu l'insolence de signer Sophie de Bavière1.

Mais enlever des pages d'un registre de paroisse, contenant ce que nous appelons aujourd'hui les actes de l'état civil de tant de personnes, était chose sérieuse; il fallut une lettre de cachet de fouis XIV pour ordonner de détruire les feuillets condamnés; le bailli de Yergajlles, ^ssistéde son greffier, procédait la destruction des deux feuillets, en présence du curé et d'un autre prêtre; pro- ■ e>-\erbal fut dressé et inscrit sur le registre, à la suite de l'acte de mariage de Dangeau rectifié et de la transcription d'autres actes

(I) Tome III, p. 110, des Mémoires pour servir à l'histoire de madame de Maintpnon.

VIE DE IUM.EATT li\

i[ni avaicnl suivi te mariage de Dangeau el qu'on avail été obligé de détruire. Sur l'onglet du feuille! BHf, l'un dea deux qui avaienl été coupés, on lit : « Voyez Le folio 81, reoto, à ces mots de par le Roy, au sujet de ces deux feuilles coupées 5 » et on trouve en effet .m foijo .'fi la lettre de eachetet le procèfrrverbal, que pous reproduisons, ainsi que l'acte de mariage dfl Dangeau (1).

<< De par le Roj ,

« Estant nécessaire pour bonnes considérations de supprimer 1rs feuilleta vingt-sept et vingt-huit du registre de la présente année des baptesmes, mariages et mortuaires de la paroisse de Versailles, il est ordonné au sieur Legrand, bailly de ladit .ville, de les supprimer et d'en donner tous les actes nécessaires au euré de ladil paroisse pour luy servir et valloir ainsy qu'il appartiendra. Fait à Versailles le deuxiesme jour d'auril mil six cent quatre-vingt-six- Signé Louis, et plus bas Colbert, et scellé du cachet ordinaire de Sa Majesté.»

« L'an mil six cent quatre-vingt-six le deusiesme jour d'auril, nous Georges Legrand, seigneur des Alluestre. conseiller du roy, bailly, juge royal ciuil et criminel de Versailles, suiuant et en exécution de la lettre de cachet de Sa Majesté de ce jour, sommes transportez, assistez du greffier ordinaire de ce baillage en la maison preshiteralle de cette ville, eu estant seroit venu deuant pous Messire Charles Turpin de Souhé, supérieur des prebstres de la congrégation de la Mission et curé de Versailles, et Louis Monier, prebstre de ladite congrégation) faisant les fonctions euriallesen son absence, lesquels nous auroient représenté ce registre des liaptesnies, mariages et sépultures de ladit paroisse de la présente année, contenant cent vingt-quatre feuillets, de nous paraphez, par premier et dernier le huitiesnie janvier aussy dernier, duquel registre aurions, en présence dudit sieur curé et Monier, supprimé les feuillets \ yngfc- >e[it et vingt-huict dont nous avons dresse Le présent procès-verbaj pour servir et valloire, ainsy qu'il appartiendra conformément à l'ordre de Sa Majesté, lequel a été signé de nous, dexlitz sii :ur cure et Monter et de notre greffier, les jour, mois et an que dessus. Et l'ait transcrire sur les feuillets vingt-neuf, trente et trente-un les baptesmes, mariages et sépultures contenues susdits feuillets vingtsept et vingt-huit.

Legrand. Charles TVrpin de Sot he.

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