‹ Journal; (volume 5)Chapitre 63 sur 65 · MAI 1GU · texte numérisé non relu

MAI 1GU

nos vaisseaux et nos galères devant Cadix. M. de Feuquières, notre ambassadeur à Madrid, leur redemande 500,000 écus; la jeune reine offre de vendre ses pierreries pour payer cette somme, et les Espagnols ont été charmés de la voir faire cette offre-là pour entretenir la paix entre le roi son oncle et le roi son mari. — M. des Aguets, homme de beaucoup d'esprit, a été fait avocat général de la cour des aides.

Mardi 21, à Versailles. — Le roi, ne se trouvant pas absolument guéri , a résolu d'aller à Barége. Il se promena assez longtemps dans ses jardins, où il trouva Monseigneur qui se promenoit de son côté avec madame la princesse de Conty; il lui dit qu'il vouloit lui parler, et que madame la Dauphine et lui l'attendissent avant que d'aller à la comédie. Sur les sept heures, le roi entra dans le cabinet de madame la Dauphine, et lui déclara sa résolution sur le voyage. S. M. a envoyé un ordinaire à Monsieur pour lui mander cette nouvelle. Le roi partira le lendemain des fêtes de la Pentecôte. — Le soir il y eut comédie italienne, où tout le monde étoit fort triste, à cause de la nouvelle que le roi venoit<de dire. — Madame de Montespan eut des vapeurs très-violentes en apprenant que la santé du roi n'étoitpas entièrement rétablie. On ne sait si elle sera du voyage (1). — Le roi a donné une pension de

par jour ) ; quelquefois il n'étoit accompagné que de son officier des gardes du corps. Ces promenades et les continuelles confidences qu'il faisoit au comte de Sainte-Maure, l'un des seigneurs qui étoient particulièrement attachés auprès de lui, faisoient déjà raisonner les courtisans, et ne. plaisoient peut-être guère a madame la Dauphine ; mais il ne paroissoit encore rien de déclaré sur lequel on pût faire des fondements certains. ( Mém. du rnarq. de Sourches.) (1) Madame de Montespan, n'ayant pu obtenir d'être du voyage, s'en alla de chagrin à Paris , où le dépit lui ayant donné de grandes vapeurs, les princes, ses enfants, s'y en allèrent en grande diligence; mais ils revinrent dès le soir, ayant appris la cause de son mal. De l'humeur dont elle étoit, il étoit bien difficile qu'elle digérât facilement une disgrâce aussi manifeste que celle-là , et elle ne pouvoit se résoudre à quitter la cour, de quelque manière que ce pût être, encore moins par une disgrâce. (Mém. du mnrq. de Sourches.) T. I. 22

2,000 francs à M. de Liscouet, lieutenant de roi de la citadelle de Marseille.

Mercredi 22, à Versailles. — Monsieur vint au lever du roi; il suivra S. M. au voyage; Madame demeurera ici ou àSaint-Cloud. — Ce voyage sera de vingt-cinq jours de marche et sept de séjour; le roi aura dans son carrosse Monseigneur, M. et madame de Bourbon, madame la princesse de Conty et madame de Maintenon. — Il y aura un second carrosse pour les dames qui suivront. — On a commandé douze cents hommes du régiment des gardes françoises et huit cents des Suisses pour le voyage. Monseigneur joua le soir chez madame la Dauphine. — Je sus que M. l'archevêque de Reims avoit fait sortir de chez lui le marquis et la marquise de Créqui, sa nièce, qu'il y avoit fait loger avec tous leurs domestiques et leurs chevaux qu'il nourrissoit. La marquise s'est retirée chez le maréchal de Créqui, qui l'a très-bien reçue, et qui remmènera avec lui à Nancy.

Jeudi 23, à Versailles. — Le roi s'alla promener en calèche dans son parc; il fit chasser sa chienne et tira quelques coups. On ne parle plus que du voyage. Monseigneur alla courre le loup à Sénart. — S. M. a donné l'intendance d'Orléans à M. de Creil-Bournisseau , gendre de M. d'Argouges, qui étoit intendant à Bourges, et il a donné l'intendance de Bourges à M. d'Argouges le fils. — Lanson a eu une pension 1,000 écus; il avoit déjà 2,000 francs ; ainsi il a 5,000 livres qui étoit la même pension qu'avoit son père, et c'est ce que le roi a voulu qu'il eût en considération des services du père et du fils.

Vendredi 2i, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc; il met pied à terre assez souvent pour tirer. — Monseigneur se promena en carrosse avec madame la Dauphine; puis ils s'embarquèrent sur le canal, et allèrent faire collation à la ménagerie. — Madame de Montespan revint de Paris, où elle avoit passé quelques jours; il n'est pas sûr qu'elle soit du voyage. — H y aura dans le second

carrosse du roi mesdames de Soubise, de Chevreuse, de (nammont, de Seignelay et de Montchevreuil. — Le roi a donné 2,000 écus de gratification A M. d'Arcy , son ambassadeur à Turin.

Samedi 25, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son grand pare en calèche, puis revint se promener à pied dans ses jardins. — Monseigneur fit la répétition du carrousel, qui sera mardi sûrement; madame la Dauphine avoit proposé au roi qu'on le remît au retour du voyage; mais S. M. a résolu qu'il s'achèveroit présentement, puisque toute la dépense en étoit faite. — Au sortir du carrousel, il y eut, chez madame la Dauphine, l'opéra (ÏArmide y chanté par la musique de Paris. — Madame de Montespan, chez qui le roi étoit allé au sortir de la messe comme à son ordinaire, s'en alla le soir toute seule à Rambouillet ; elle n'a voulu prendre congé du roi ni de personne. — M. le comte de Toulouse et mademoiselle de Blois iront la joindre demain; elle doit les mener à Fontevrault. — M. le duc de la Force fit abjuration à Paris entre les mains de M. l'archevêque. — Le roi a donné une pension de 5,000 francs au fils du président le Coigneux, qui mourut il y a quelque temps, et dont M. Pelletier a eu la charge.

Dimanche 26, à Versailles. — Le roi se promena longtemps en calèche et à pied; son mal va beaucoup mieux, et on commence à espérer qu'on ne fera point le voyage de Barége. — Monseigneur alla à Saint-Clou d; il y soupa; il avoit mené avec lui madame la princesse de Conty, Madame et mesdemoiselles de Lislebonne et madame de Choiseul. — Le roi envoya dire à M. le comte de Toulouse, comme il montoit en carrosse pour aller joindre madame de Montespan à Rambouillet, qu'il demeurât, et qu'il le vouloit mener avec lui au voyage. — Madame la duchesse d'Uzès a mené mademoiselle de Blois à Rambouillet. — On écrit de Rome que le pape adonné la charge de gonfalonier héréditaire du peuple

romain au prince Pamphile , petit-neveu d'Innocent X , dont il est créature; il l'a préféré à son neveu Dom Livio Odescalchi; cette charge étoit héréditaire depuis quelques siècles dans la maison Césarini, qui est finie.

Lundi 27 , à Versailles. — Le roi déclara après son diner qu'il neferoit point le voyage de Barége, parce que son mal va considérablement mieux, et que sa santé achève de se rétablir, sans qu'il ait besoin de la chercher si loin . Le soir il alla se promener à Marly avec mesdames de Bourbon, de Gonty, de Chevreuse, deMaintenonet de Montchevreuil; il se fit amener un cheval dans les allées, il le monta sans peine, et ne fut point incommodé, ni durant qu'il fut à cheval , ni après en être descendu : il fit voir son mal à Monsieur, qui l'en pria, et se fit visiter par Bessière; nul chirurgien ne l'avoit encore vu que Félix. Bessière croit le mal fort léger, et le soir, à son coucher, le roi nous dit qu'il étoit beaucoup mieux qu'il n'avoit encore été. — Monseigneur alla à la comédie italienne avecmadame la Dauphine ; il la fit commencer de bonne heure, et en sortant il monta à cheval et alla trouver le roi à Marly. — S. Ma envoyé quérir M. du Maine, et lui a dit de mander à madame de Montespan , qui est encore à Bambouillet, que le voyage de Barége étoit rompu; ainsi elle reviendra demain apparemment.

Mardi 28, à Versailles. — En sortant de la messe, le roi fntra chez madame de Montespan, qui arrivoit de Bambouillet. — L'après-dinée , tous les chevaliers et les dames du carrousel vinrent dans leur magnifique habillement dans la grande galerie, où le roi et madame la Dauphine les virent à loisir. Ensuite S. M. et madame la Dauphine allèrent à la grande écurie dans la chambre de M. le Grand, d'où ils virent la marche, la comparse et les courses. Pn courut les tètes; MM. de Murcé, de Nesle, le Grand-Prieur, le petit Duras et Nangis disputèrent le prix; on l'avoit couru en deux courses, et ils avoient chacun sept tètes; M. le grand-prieur et Nesle demeu-

rèrenf Longtemps à disputer, emportant chacun les quatre tètes. M. de Saînt-Aignan vinl dire au roi tout haut que ces messieurs demandoient à. partager, Le

roi répondit que, non-seulement il ne vouloit pas, mais qu'il trouvoit la proposition si mauvaise, que ni l'un ni l'autre n'auroit le prix, et qu'il le rendroit demain à tous les chevaliers pour le courre. Le pauvre marquis deNesle n'avoit nulle part à cette proposition-là, et M. le grandprieur même prétend que M. de Saint-Aignan n'avoit pas bien entendu ce qu'il lui avoit dit, et qu'ainsi il avoit eu tort de demander pour lui une chose qu'il n'avoit nulle intention de faire. — Au sortir du carrousel, le roi alla souper à Marly avec madame la princesse de Conty , mesdames de Chevreuse , de Maintenon , de Montchevreuil et de Mornay, et Monseigneur y mena dans son carrosse madame la Duchesse, madame et mademoiselle de Bourbon, mesdames de Choiseul et de Dangeau, mademoiselle de Grammont et mademoiselle de Bellefonds. — Monsieur et Madame retournèrent à Saint-Cloud. — M. le Prince vint ici de Saint-Maur; il y est arrivé assez incommodé; il a la goutte assez violente. — Voici le: noms des chevaliers et des dames du carrousel , et le rang (pie le sort leur a donné (1).

Mercredi 29, à Versailles. — Le roi alla à la grande écurie sur les cinq heures; madame la Dauphine l'y suivit; dès qu'ils furent arrivés, Monseigneur se mit en marche avec tous les chevaliers et toutes les daines du carrousel; après la comparse, on recourut les têtes; il n'y eut point de courses de dames, et il fut réglé qu'on ne courroit que deux courses; le comte de Brionne emporta les huit tètes, et personne ne lui disputa; Monseigneur en avoit sept. Après les têtes, on recourut la bague pour le

(1) Le manuscrit de la Bibl. de l'Arsenal ajoute : « Nota. A l'original il se trouve deux pages en blanc et rien d'écrit. » — Voir les détails de ce carrousel dans le Mercure et dans les Mémoires du marquis de Sourcfies.

second prix ; M. le grand-prieur et M. de la Châtre le disputèrent, et ce dernier le gagna. Les courses finies, le roi donna les deux prix, qui étoient deux épées de diamants, et le premier beaucoup plus beau que le second. — Après les courses, le roi s'alla promener à Trianon, et Monseigneur alla faire collation à la ménagerie avec madame la princesse de Conty. — M. le prince de Conty revint le soir ; il lit la révérence au roi en arrivant , et se trouva au coucher de Monseigneur; il ne paroi! pas qu'il soit encore raccommodé à la cour ; ainsi apparemment d retournera à Chantilly quand la cérémonie des chevaliers sera finie; il ne verra personne ici dans sa chambre.

Jeudi '30, à Versailles. — Le roi tint le chapitre des chevaJierg de Tordre, et proposa M. le duc de Chartres, M. le duc de Bourbon , M. le prince de Conty et M. le duc • lu Maine; on ne sait point encore comment ils marcheront le jour de la cérémonie. — Le soir, le roi s'alla promener à Marly avec les dames. — Monseigneur vint à l'Opéra, à Paris, avec madame la Duchesse, madame et mademoiselle de Bourbon, madame de Polignac et madame d'Urfé. — Les filles de madame laDauphine les suivirent dans leur carrosse, et demeurèrent dans la seconde loge; il n'y eut que les dames dans la première. — Monsieur a quitté son lait et est revenu à Versailles avec Madame. — Le roi a donné une pension de 2,000 francs à la marquise de Clermont-Saint-Aignan, nouvelle convertie, et à M. de Scorbiac, ancien conseiller du parlement de Toulouse, homme de réputation et nouveau converti, une pension de 1,000 écus qui passera après sa mort à son lils aine.

Vendredi 31, à Versailles. — Le roi se promena longtemps à pied dans ses jardins, et sa santé se rétablit tous les jours. — Monseigneur alla courre le loup dans la forêt de Sénart. Madame la Dauphine passa l'après-dinée chez mademoiselle Bezzola. — On a nouvelles de Lisbonne qe

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le maréchal de Schomtjerg esl arrivé avec sa famille; il envoie Le comte Charles, son fils cadet, servir l'empereur en Hongrie, — Nous apprîmes d'Angleterre que la princesse de Danemark est accouchée à Windsor (rime fille, qui a été baptisée et nommée Anne-Sophie. Milord Duras a été son parrain, lacomtessede Roskomont et la baronne de Churchill ont été ses marraines.

Samedi 1er juin , à Versailles. — Le roi, au sortir de vêpres, alla se promener danssesjardins;il fit voir ses fontaines à M. l'archevêque de Paris, puis il s'embarqua sur la galère et nous y fit monter avec lui. — Monseigneur et madame la Dauphine se promenèrent longtemps en carrosse autour du canal, et puis Monseigneur s'embarqua pour venir joindre leroi,quine put le recevoirdans la galère, parce qu'elle étoit déjà trop pleine. — Au retour de la promenade, Monseigneur joua chez madame la Dauphine. Le roi fit ses dévotions et toucha les malades; madame la Dauphine fit ses dévotions. — Le maréchal de Bellefonds, qui étoit parti de chez lui sur le bruit du voyage du roi, vint ici et s'en retourna le lendemain des fêtes. — Le roi a donné l'abbaye de Hannecour, près Cambrai, à un fils de Neufchelle, lieutenant des gardes du corps; il a laissé aussi plusieurs autres petits bénéfices.

Dimanche % à Versailles, jour de la Pentecôte. — Le roi sortit de son appartement sur les onze heures pour aller à la chapelle; il marcha avec tous les chevaliers de Tordre. Monseigneur marchoit seul devant lui ; Monsieur seul, M. de Chartres seul ; M. le Duc marchoit au milieu de M. Bourbon et de M. le prince de Conty. Devant eux marchoit M. du Maine seul, les autres chevaliers de l'ordre deux à deux. Après la grand'messe, qui fut dite par M. de Paris, prélat de l'ordre, S. M. se mit sur un marchepied dans un fauteuil, et reçut les quatre nouveaux chevaliers. M de Chartres fut présenté par Monseigneur et par Monsieur, faisant tous trois les révérences ensemble et de front; puis M. le duc de Bourbon au milieu de M. le

344 JOURINAL DE DANGKVU.

Prince et de M. le Duc; ensuite M. le prince de Conty, accompagné de MM. les ducs de Chaulnes et de Saint- Simon, et M. du Maine mené par MM. les ducs de Créqui et de Saint-Aignan. M. de Montauzier pou voit disputer cet honneur-là à M. de Saint-Aignan, parce qu'il a cédé son duché à M. de Beauvilliers, son fils; mais il a mieux fait de ne le point contester. — M. le Prince n'avoit point été à la marche ; sa foiblesse ne lui permet pas , el même il a toujours été assis pendant que M. de Bourbon, qu'il présentoit, à prêté son serment. 11 y a présentement de chevaliers de l'ordre vivants, huit princes de la maison royale, quatre prélats, trois étrangers, qui sont le roi de Pologne, M. de Mekelbourg et M. de Bracciano, et treize gentilhommes franeois; avec le grand-aumônier et les quatre officiers de l'ordre , voilà trente-trois places remplies; ainsi il en vaque encore soixante-sept, quatre pour les ecclésiastiques et soixante-trois pour les laïques*. — Le soir, après le salut, le roi monta à cheval pour aller tirer dans son parc; S. M. ne sentit aucune incommodité à cheval. — M. le Prince s'en retourna à Paris, fort incommodé; il s'étoit beaucoup efforcé pour être à la cérémonie et pour parler au roi sur les intérêts de M. le prince de Conty, qui s'en est retourné le soir pour se tenir à Chantilly, jusqu'à ce qu'il plaise à S. M. de lui rendre ses bonnes grâces. — Madame la Dauphine, après vêpres et le sermon , monta chez mademoiselle Bezzola , où elle demeura jusqu'à souper.

* Ou voit par là la continuation de ce qui avoit toujours été aux cérémonies de Tordre : que ceux de même rang marchoient ensemble ; Monseigneur seul comme héritier présomptif et nécessaire ; Monsieur comme fils de France; M. de Chartres comme petit-fils de France; les trois princes du sang ensemble, et M. du Maine, seul, déjà mis audessus de tous , mais non encore avec les princes du sang. Le rang de petit-fils de France fut établi par Louis XIII pour Mademoiselle, unique alors que monsieur Gaston eût d'enfant , et le roi n'en ayant point. La grande -duchesse de Toscane, qui a passé sa vie en France, madame de Guise, sa sœur, et sœur de père de Mademoiselle, l'ont eu à

son exemple, et de mémo les entants de Monsieur, et ce rang approche bien plus du (ils de France que du prince du sang, quoique fait pour être une sorte de milieu entre deux. M. du Maine est le premier bâtard qui ait eu Tordre à quinze ans ; nul prince du sang non plus à cet âge, et il s'en trouvera peu au-dessous de vingt-deux ans. Les fils de France, qui le portent en naissant, reçoivent le collier vers cet âge. C'est la dernière cérémonie où se soit trouvé le grand Condé. M. le duc de Bourbon étoit donc mal fondé de prétendre mareber avec M. le duc de Chartres, n'étant pas de même rang, en habit de novice, en allant; et M. le prince , trop goutteux pour marcher, se trouva seulement à la chapelle. On verra dans la suite comme cela fut changé. M. de Chartres étoit le seul petit-fils de France qu'il y eût depuis l'établissement de ce rang par Louis XIII.

Pour la prétendue prétention de M. de Montauzier sur M. de Sainl- Aignan, ni elle n'eut lieu, ni on ne peut présumer que M. de Montauzier l'eût imaginée , puisque les ducs démis n'y ont jamais perdu que leur séance au parlement, et quoi que ce soit d'ailleurs ; tout en est exemple et jamais rien au contraire.

Lundi 3, à Versailles. — Le roi, Monseigneur et Monsieur allèrent se promener à Saint-Cloud. Monseigneur fit ses dévotions le matin. — Le comte de Charlus prêta le serment de fidélité de la charge de lieutenant de roi de Bourhonnois, par la démission du marquis de Levy, son père, à qui le roi laisse le commandement dans la province, et assurance de rentrer dans la charge, si son fils venoit à mourir; ce n'est pas une survivance, car le mot n'y est point, mais c'est la même chose dans le fond. — Dans la cérémonie d'hier, M. le duc de Bourbon prétendoit marcher côte à côte de M. le duc de Chartres, disant que M. le duc de Chartres ne devoit être considéré que comme premier prince du sang, et qu'il n'y avoit point d'exemple contraire; cependant le roi jugea en faveur de M. le duc de Chartres, parce qu'il lui a donné un rang au-dessus des princes du sang.

Mardi k, à Versailles. — Le roi fit la revue de son régiment, qui est campé ici aux environs. — Monseigneur alla souper à Marly avec madame la princesse de Conty, la duchesse de Choiseul, mesdames de Bellefonds et d'Urfé, ma-

demoiselle de Biron et les filles de madame la princesse de Conty. — J'appris que M. le duc de Mazarin avoit donné à son fils toutes ses terres d'Alsace, le grand bailliage de Haguenau et le gouvernement du fort Louis, au lieu de la terre de la Meilleraye. Par ce traité-là, le duc de la Meilleraye aura 20,000 écus de rente de son père, et la terre de la Meilleraye n'en vaut pas 10; le roi a consenti à ce traité-là. — Le chevalier de Lascouet, qui est à Monsieur, ;i acheté le gouvernement de Chartres • le M. le chevalier de Chàtillon; c'est Monsieur qui nomme , et le roi donne les provisions.

Mercredi 5, à Versailles. — Monseigneur courut le loup; madame la Dauphine passa l'après-dinée chez mademoiselle Bezzola. — Le roi alla voir les bâtiments de Saint- Cyr. Monsieur, madame la duchesse de Bourbon, madame la princesse d'Harcourt et madame de Maintenon étoient avec lui. — Le roi d'Angleterre a formé un petit camp dans la plaine de Honslow, entre Londres et Windsor j il \ ;i 7,000 hommes de pied et 2,300 chevaux, commandés par milord Duras et par milord d'Ombarton, lieutenants généraux, qui roulent par semaine ; on y a mené delà Tour de Londres trente pièces de canon; milord d'Ombarton est catholique, et a long temps servi en France sous le nom de Douglas; il ;i une chapelle dans le camp, où Ton dit la messe publiquement. L'évèquede Londres, de son côté, \ ;i envoyé douze ecclésiastiques pour y faire le service selon l'usage de l'église anglicane.

Jeudi 6, à Versailles. — Le roi vouloit aller tirer Taprès-dinée, mais le vilain temps L'en empêcha; Monseigneur courut encore le loup, et ne revint qu'à onze heures du soir. — Le soir, chez madame la Dauphine, il y eut un joueur de gobelets qui fit des tours fort extraordinaires et fort adroits. — Le roi a donné des lettres-patentes pour L'établissement de la communauté de Saint-Cyr, et pour partie de la fondation , qui doit être de 50,000 écus de rente ; il y a uni la manse abbatiale de l'abbaye de Saint-

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