‹ Journal; (volume 5)Chapitre 64 sur 65 · JUIN I6U · texte numérisé non relu

JUIN I6U

Denis, qui va à peu près à 100,000 francs. Madame <!<■ Maintenon en aura la direction générale; madame de Brinon sera supérieure delà communauté, et L'abbé Goblin sera supérieur ecclésiastique, avec 2,000 francs de pension. Il y aura trente-six dames, vingt-quatre sœurs « «inverses, et deux cent cinquante demoiselles; les dames et les demoiselles font preuve de trois races ou de cent ans de noblesse, et d'Hozier est le généalogiste.

Vendredi 7, à Versailles. — Le roi se promena à pied dans ses jardins, et puis monta en carrosse pour aller se. promener à Marly ; Monseigneur Fy suivit, et revint encore assez à temps pour être à la comédie françoise. — Le roi fut de retour de Marly à neuf heures, et soupa ici à son ordinaire. — On écrit de Madrid que le prince de Chimay est mort en Navarre; il étoit gouverneur du Luxembourg en 84, quand nous le primes; le roi d'Espagne lui avoit donné la vice-royauté de Navarre, qu'il vient de donner présentement au duc de Bournonville , père de M. de Bournonville qui sert ici dans les gendarmes du roi.

Samedi 8, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc ; Monseigneur et Madame allèrent courre le cerf à. Montfort. — J'appris que le roi avoit donné au procureur général du parlement 50,000 francs pour lui aider à payer le Ménilmontant qu'il achète. — Il paroit que le prince d'Orange établit de plus en plus son pouvoir dans les Provinces-Unies; il se sert de l'autorité que lui donnent ses charges de stathouder, de capitaine général et d'amiral, pour mettre dans les emplois de guerre, de police et de finance, des gens absolument à lui, et pour en avoir dont il soit encore plus assuré que de ceux du pays. Il s'est déclaré le protecteur de tous les François réfugiés; il leur fait accorder des églises dans toutes les villes; il donne des pensions à leurs ministres , et prend dans sa maison ceux qui ont le plus de réputation, comme MM. Claude et Mainard ; il se sert de ceux qui savent mieux écrire , pour répandre dans les esprits ce qui lui est plus avantageux; il

leur donne la permission de tenir des espèces de synodes nationaux composés de seuls François. 11 a obligé les états généraux à donner aux officiers réfugiés 100,000 tlorins de pension, dont il s'est réservé la distribution ; il y a déjà plus de six-vingt de ces officiers qu'il amis en différentes garnisons, et qui ont prêté serment de fidélité et promis de servir contre tous les princes du monde, sans exception; il donne des emplois aux officiers et aux soldats au-dessus de ce qu'ils avoient en France; il a mis dans ses gardes l'Estang , et a fait des grâces à la Mulonière, à Goulons, ingénieur, à la Caillemote, àMiremont et à quelques autres; il a formé des compagnies de cadets, à l'imitation de celles que le roi a établies en France.

Dimanche 9, à Versailles. — Le roi alla souper à Marly avec madame de Bourbon , madame de Maintenon , madame de Chevreuse et madame la comtesse de Grammont. — Il y eut comédie italienne à sept heures, et , au sortir de la comédie , Monseigneur monta en carrosse avec madame la princesse de Conty, madame de Choiseul , madame de Dangeau, mademoiselle de Biron et mademoiselle de Grammont, et alla trouver le roi à Marly.

Lundi 10, à Versailles. — Le roi monta à cheval et alla tirer dans son parc; Monseigneur alla courre le loup à Sénart. — On eut nouvelle de Rome que le pape avoit consenti que l'abbaye de Saint-Denis fût affectée à l'entretien des filles de Saint-Cyr. La seule difficulté qui reste, c'est de régler ce que le roi donnera pour cela ; à Rome , ils prétendent cinq ou six années du revenu de Saint- Denis.

Mardi 11, à Versailles. — Le roi alla se promener à Marly, et revint souper ici ; Monseigneur se promena avec madame la princesse de Conty. — Madame la Dauphine passa l'après-dinée chez mademoiselle Bezzola.

Mercredi 12, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc; Monseigneur courut le loup. — On apprit que le

marquis de Beaupré (1) étoit à l'extrémité; Choiseul demanda sa. charge pour sou fils, qui sert dans le régiment du roi, et le roi la lui accorda. — On mande de Home que le pape a fait faire de grandes réjouissances pour la conversion des hérétiques de France; ila tenu un consistoire exprès, où il a donné de grandes louanges au roi, et a fait tenir une chapelle où l'on a chanté le TeDeum, ce qui a été suivi d'illuminations dans toute la ville pendant trois jours; le duc d'Estrées et le cardinal d'Estrées ont donné ensuite des fêtes magnifiques.

Jeudi 13, à Versailles, jour de la Fête-Dieu. — Le roi fut à pied à la procession, à la paroisse, et revint de même ; Monseigneur l'y suivit; madame laDauphine n'y alla point, à cause de sa grossesse. — Le soir, après le salut, le roi alla se promener à Marly. — J'appris que l'Empereur avoit donné le gouvernement de Carinthie au comte de Rosemberg , beau-frère de madame de Dangeau.

Vendredi 14, à Versailles. — Le roi alla se promener sur le canal; il monta sur le vaisseau qu'a fait bâtir Langeron. — Monseigneur alla courre le loup à Sénart, et revint coucher à Choisy, chez Mademoiselle, qui n'y étoit pas; il veut recourre le loup encore demain. — Le bruit courut que Sainte-Maure avoit eu ordre de ne pas entrer avec Monseigneur chez madame la princesse de Gonty, où il avoit accoutumé de le suivre.

Samedi 15, à Versailles. — Le roi-s^aUa promener en carrosse autour du canal. Monseigneur, qui étoit revenu de bonne heure de sa chasse, le suivit quelque temps, et puis monta en carrosse avec madame la Dauphine, qui se promenoit aussiautour du canal. — Monseigneur ordonna que tous les gens qui le voudroient suivre à lâchasse du loup, fussent vêtus de la même manière; il veut qu'ils aient tous des habits de drap vert avec du galon d'or (2).

(1) Il étoit lieutenant de roi de Champagne. (Note de Dangeau.)

(").) Ce galon prit le non» de galon du loup. ■• Le* uns y mettent (h leiirs

350 JOURNAL DE DANGEA.U.

— Le roi donna les grandes entrées à M. le Duc , qui les souhaitoit depuis longtemps, et qui a été fort sensible ù cette gràce-là *.

* Les princes du sang n'ont jamais eu que les entrées de la chambre, qui sont les moindres de toutes , et que toutes les charges chez le roi donnent. M. le Prince le héros , et M. le prince de Conty, mari de sa petite-fille, n'en ont jamais eu d'autres. M. le prince de Conty, son frère aîné, et M. le duc de Bourbon eurent les grandes ou des premiers gentilshommes de la chambre , en épousant des filles bâtardes du roi; et cependant M. le Prince et M. le Duc , père et grand-père de M. le duc de Bourbon, n'en eurent point. Enfin M. le Duc les obtint alors ; mais il n'eut jamais celles du cabinet entre le souper et le couchef du roi, et dormoit souvent à la porte en dehors, à la vue de tous les courtisans qui attendoient le coucher du roi dans la même pièce , taudis que M. sou fils étoit dans le cabinet. Chez Monseigneur, c'étoit de même pour les princes du sang. Pendant la régence, le cardinal Dubois, voulant s'insinuer auprès du roi et avoir des privances audessus des premiers gentilshommes de la chambre ^inventa les entrées familières, qu'il mit avant que nul sans exception'entrât. AI. le Duc, alors surintendant de l'éducation du roi, voulut ces mêmes entrées pour tous les princes du sang , à quoi le cardinal n'osa résister par rapport à M. de Chartres, quoique M. le duc d'Orléans y fût assez indifférent; et de cette manière, ils sont tous montés, des simples entrées de la chambre, à de plus grandes entrées que celles du grand chambellan et des premiers gentilshommes de la chambre, jusqu'alors inconnues. Le seul gouverneur du roi les eut aussi et aussitôt après M. de Fréjus, comme précepteur. M. le comte de Toulouse , qui avoit conservé l'extérieur de prince du sang dans la disgrâce de son frère , les eut par cette raison ; et de la M. du Maine et ses enfants les ont eues aussi à leur tour, outre les entrées de premier gentilhomme de la chambre , qu'on nomme les Crandes, parce qu'il n'y eu avoit pas de plus grandes jusqu'à l'inven-

babits) un passe-poil d'un petit galon léger en double, ou bien un galon tout plat l'oit léger, qui est fait (l'un cordonnet d'argent avec deux lames au bord. Ou l'a nommé d'abord galon de paille et ensuite galon du loiqy , à cause qu'on en voyoit sur les babits de tous ceux qui aboient à cette sorte de cbasse a\i( monseigneur le Daupbin. 11 est devenu si commun qu'il a été ordonné à tous ceux qui ont l'bonneur de l'accompagner, quand il va prendre ce divertissement, de mettre ce galon sur un drap de Hollande vert, de sorte que ce prince y a déjà été plusieurs fois à la tête de trente personnes vêtues de ces justaucorps. (Mercure de java 1686, p. 325.)

tion du cardinal Dubois. Il y avoit quelqu'entretcmps coupés dans le cabinet du feu roi, eu, privativement à quiconque, MM. du Maine el de Toulouse étoient admis; et le soir, entre le souper el lecoucber du roi, il n'entroit avec lui dans son cabinet que Monseigneur, Monsieur, M. et madame de Cbartres, M. et madame de Bourbon, depuis duc et dUeheSSe : M . el madame du Maine; M. le comte de Toulouse et madame de Thianges, sœur de madame de Montespan, même après la disgrâce de sa sœur, et tant que madame de Thianges a vécu ; dans la suite, M . ci madame la ducbesse de Bourgogne, M. et madame la ducbesse de Berrv. et a la fin, Madame, à la mort de madame la Daupbine-Savoie, toutes les femmes sur les tabourets, Monseigneur et tous les hommes debout, hors Monsieur, qui, dans ce particulier, se mettoit dans un fauteuil. Ainsi, c'étoit une partie de la famille royale, et les bâtards et bâtardes du roi , leurs maris et leurs femmes. Les dames d'honneur se tenoient dans un autre cabinet , et d'Antin et M. d*01onne y entroient par derrière ; mais d'Antin seulement lorsqu'il eut les bâtiments, d'( Momie, gouverneur du comte de Toulouse ci-devant, et privativement a M. de Beauvilliers, premier gentilbomme de la ebambre du roi, ministre et gouverneur des enfants de France, à plus forte raison de tous autres. A Fontainebleau , les dames d'boimeur étoient dans le même cabinet que le roi , et alors les dames d'honneur, duebesses, la duchesse duLude, dame d'honneur de madame la Dauphine , la ducbesse de Saint-Simon, dame d'honneur de madame la duchesse de Berrv, et ensuite, quand Madame y entra , la duchesse de Brancas, sa dame d'honneur, fermoient le cercle de chaque côté, joignant de front les dernières princesses du sang , et les autres dames d'honneur et la maréchale de Rochefort comme les autres, debout ou parterre, sans carreaux hors de rang, et les princes pirouettant derrière les tabourets des princesses.

Dimanche 16, à Versailles. — Le roi alla entendre le salut à Noisy, et puis il l'ut souper à Marly avec mesdames deMaintenon, de Chevreuse, princesse d'Harcourt, de Montehevreuil et de Dangeau. — Monseigneur se promena en bateau avec madame la Dauphine, et allèrent faire collation à la ménagerie. — Le bruit courut que te ducbesse de Choiseul se retirait de la cour, par le conseil de sa famille; quelques gens même croyoient que o'étoii par ordre du roi 5 mais, pour feire cesser ce bruit-là, elle demeurera encore quelques jours ici devant que de s'en aller à la campagne. — Mademoiselle Bezzola descendit

chez madame la Dauphine pour la première l'ois depuis sa maladie.

Lundi 17, à Versailles. — Le roi et Monseigneur prirent médecine tous deux, malgré la grande chaleur; le roi ne sortit point de tout le jour ; Monseigneur joua l'après-dinée, et, après soleil couché, il s'alla promener avec madame la princesse de Conty. — Le roi apprit la mort de Beaupré ; il étoit de la maison de Ghoiseul ; il commandoit dans Dinan et étoit maréchal de camp, homme de beaucoup de mérite et fort estimé , mais fort pauvre, et il laisse beaucoup d'enfants. Sa charge de lieutenant de roi de Champagne a été donnée à son fils, il y a quelques jours. — Monsieur et Madame allèrent à Saint-Cloud pour trois semaines.

Mardi 18, à Versailles, — Le roi alla tirer dans son parc après le salut, où il a assisté pendant toute l'Octave. — Monseigneur alla à Saint-Cloud en sortant du salut; il avoit dans son carrosse madame la princesse de Conty, madame de Choiseul, madame de Seignelay, madame de Polignac et madame de Dangeau. — A une heure après minuit, Monseigneur revint ici et changea d'habit, puis remonta en carrosse pour aller courre le loup à Villeneuve-Saint-Georges, avec les habits verts qu'ont fait faire tous ceux qui ont l'honneur de le suivre. — L'abbé de Grammont, neveu de l'archevêque de Besançon, a été sacré évêque in partibus, pour pouvoir faire les fonctions épiscopales dans le diocèse de son oncle.

Mercredi 19, à Versailles. — Au sortir du salut, le roi se promena à pied dans ses jardins, puis il s'embarqua avec madame la Dauphine sur le canal; toute la musique suivoit dans des bateaux. Monseigneur revint sur les huit heures, s'embarqua dans une gondole, rejoignit le roi et monta dans sa berge. — Les grandes chaleurs ont obligé Monseigneur à renvoyer son équipage pour le loup , et demain il commencera à se baigner.

Jeudi 20, à Versailles, jour de la petite Fête-Dieu. —

Le roi fut toujours à pied à la procession, malgré L'excessive chaleur. Le soir, il alla souper à Marly et y mena madame la princesse de Conty, qui avoit été quelques jours sans être de ces petits voyages-là. — Monseigneur se baigna au port de Marly, puis il alla joindre le roi à Ma ri \ où il soupa. — Madame la Dauphine se promena ici sur le canal. — Ce jour-là , le feu prit en trois endroits à Versailles, et toutes les hardes furent brûlées dans nota • appartement par le feu de la cuisine de M. de Vivonne.

Vendredi 21, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc; Monseigneur se baigna, et, au retour de son bain, il vint dans une gondole joindre madame la Dauphine qui se promenoitsur le canal. — Le roi donna 15,000 francs de gratification à M. de Bonrepos, qu'il avoit envoyé en Angleterre et en Hollande. — Le roi accorda à Duquesne la permission de se retirer en Suisse avec sa famille; il y a acheté une terre qui s'appelle Eaubonne; c'est M. de la Feuillade qui a demandé au roi cette gràce-là pour Duquesne.

Samedi 22, à Versailles. — Le roi se promena en calèche, puis s'embarqua .sur le canal avec mesdames de Maintenon, de Chevreuse, de Montchevreuil , de Mornay et de Quélus. Monseigneur continua de se baigner. — Madame la Dauphine se promena sur le canal. — Le roi prêta à M. de Richelieu l'appartement de M. de Bouillon, afin que madame de Richelieu y pût faire ses couches ; jusques ici cet appartement-là n'avoit point été prêté. — On a nouvelles que les Polonois ont fait la paix avec les Moscovites; les principaux articles du traité sont que le roi et la république de Pologne cèdent à perpétuité aux grands-ducs les villes et les palatinats de Smolansko et de Kiovie. Les Moscovites, de leur côté, doivent payer aux Polonois 500,000 écus, attaquer les Tartares cette année et déclarer la guerre aux Turcs l'année qui vient ; si cela est vrai, le roi de Pologne n'aura pas de peine à s'emparer de la Moldavie et du Budgiack.

Dimanche 23, à Versailles. — Le roi alla tirer au sortir du salut, puis il alla s'embarquer à l'autre bout du canal avec mesdames de Maintenon, princesse d'Harcourt, comtesse deGrammont, deDangeau et d'Urfé. — Monseigneur continua ses bains, puis vint joindre madame laDauphine qui se promenoit sur le canal ; ils soupèrent dans leur barque au bout de la ménagerie ; le roi soupa aussi sur le canal, en marchant toujours, et la musique le suivoit. — Il y eut une grande batterie entre les officiers du régiment du roi et les soldats des gardes ; il y eut quinze soldats tués ou blessés.

Lundi 24, à Versailles. — Le roi alla se promener et tirer dans son parc. Monseigneur continua ses bains et revint joindre madame la Dauphine qui étoit sur le canal. — Le chevalier de Chaumont revint deSiam; il étoit parti de Brest au mois de mars de l'année passée , et est arrivé à Brest le 18 de ce mois; il a ramené trois ambassadeurs du roi de Siam. S. M. a nommé Torf, gentilhomme ordinaire, pour les recevoir et les défrayer dans tout leur voyage. — Le roi de Siam envoie de beaux présents au roi, à Monseigneur, à madame la Dauphine, à messeigneursles ducs de Bourgogne et d'Anjou; il y a des présents aussi pour M. deSeignelay et pourM. de Croissy, l'un comme secrétaire d'État de la marine, et l'autre comme secrétaire d'État des étrangers. — M. l'abbé de Choisy est aussi arrivé à Brest; il étoit allé à Siam pour y être ambassadeur, en cas que le chevalier de Chaumont vint à mourir, et pour y demeurer trois ans, en cas que le roi de Siam songeât à se faire instruire dans la religion chrétienne.

Mardis, à Versailles. — Le roi alla se promener et souper àMarly; Monseigneur, après le bain, alla l'y joindre ; Madame la Dauphine se promena sur le canal. — On s«t que les différends qu'on avoit eus avec les Espagnols ont été accordés après plusieurs contestations sur l'affaire des 500,000 écus; on a conclu suivant les propositions que

M. de Feuquières avoit faites de la part du roi. Nos vais- Beaux vont se retirer de devant Cadix; notre tlotte ;i\<.it fort intimidé toute l'Espagne.

Mercredi 26, à Versailles. — Le roi alla, se promener en calèche et tirer dans son parc. Monseigneur se promena sur le canal avec madame la Dauphine, et ils allèrent faire collation à Trianon. — Mademoiselle de Montmorency prit la place de fille d'honneur qu'avoit madame de Polig'nac. C'est M. le Duc qui a demandé la place pour elle, et qui Ta présentée ; elle est des Montmorency d'Artois, et son père s'est appelé long-temps la Neufville. 11 se l'ait appeler présentement le prince de Montmorency.

Jeudi 27, à Versailles. — Le roi alla tirer après le salut : Monseigneur courut le loup ; la pluie a interrompu ses bains. — Madame la Dauphine se promena en carrosse. — Le roi a donné au comte de Crécy, plénipotentiaire à Ratisbonne , une gratification de 9,000 francs. — Le roi a donné à Villevieille, lieutenant -colonel du régiment de Limousin, une pension de 500 écus; il avoit été blessé à l'affaire des Vaudois.

Vendredi 28. à Versailles. — Le roi s'alla promener à Trianon avec mesdames de Maintenon, de Chevreuse et de Montchevreuil. — Monseigneur courut le cerf avec Madame, qui vint de Saint-Cloud pour cela ; après la chasse, Monseigneur alla joindre le roi, qui, après s'être longtemps promené à Trianon, se revint encore promener ici dans ses jardins. — Madame la Dauphine lit le tour du canal en carrosse. — Le roi donna à Bulonde le gouvernement de Dinan , qu'avoit le marquis de Beaupré. — Je passai à An et ces deux derniers jours-là.

Samedi 2.9, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc. Monseigneur alla à Saint-Cloud avec madame la princesse de Conty, mesdemoiselles de Lislebon ne, madame de Foix et mademoiselle de Montmorency. — Madame la Dauphine fit le tour du canal en carrosse. — M. le comte de Lobkovits, envoyé de l'Empereur, vint ici dire que les

troupes impériales étoient arrivées devant Bude, dont M. de Bavière et M. de Lorraine vont former le siège. — Le roi a donné à Saint-Hermine, capitaine de vaisseau, parent de madame de Maintenon et nouveau converti , une pension de 1,000 francs sur la marine et une de 500 écus sur le trésor royal.

Dimanche 30, à Versailles. — Au sortir du salut, le roi s'alla promener à Trianon, et puis fit le tour du canal seul dans sa calèche. — Monseigneur alla se promener sur le canal avec madame la Dauphine, et ils firent collation à la ménagerie. — Le roi a différé de quelques jours le voyage qu'il veut faire à Maintenon, parce que les pluies ont fort gâté les ouvrages qu'il veut voir. — Le roi a donné à Roullier du Coudray , parent de M. de Pomponne, la charge de procureur général de la chambre des comptes; il y a déjà quelque temps qu'il en faisoii la fonction par commission; mais M. Girard, qui avoit la charge, n'a donné sa démission que depuis peu.

Lundi 1er juillet, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son petit parc; Monseigneur courut le loup. Madame la Dauphine se promena en carrosse autour du canal. — ( )n sut que les Vénitiens avoient assiégé Navarin dans la Morée. — Le roi a choisi M. de Fieubet, conseiller d'État, [jour avoir soin des affaires de M. le duc du Maine.

Mardi 2, à Versailles. — Le roi alla souper à Marly ; Monseigneur alla joindre le roi, et mena avec lui madame la princesse de Conty, mesdames de Seignelay, de Mortemart, de Choiseul, d'Urfé, et mesdemoiselles de Grammont et de Montmorency, et deux filles de madame la princesse de Conty. — Madame deLeuville eut ordre de sortir de Paris et de se retirer à Montbrison en Forez. On prétend que c'est pour avoir aidé à l'évasion d'un huguenot, son parent.

Mercredi 3, à Versailles. — Le roi se promena à pied dans ses jardins. — Monseigneur courut le loup dans la forêt de Montmorency ; madame la Dauphine se promena en carrosse autour du canal . — Le roi donna 100,000 francs

JUILLET i«au. 357

à M. Deville, qui a fait la machine qui élève la rivière de Seine, el, outre cela , S. M. lui a augmenté sa pension de •2,000 francs'; si bien qu'il a 8,000 francs de pension, car il y a déjà quatre ou cinq ans qu'il a 2,000 écus.

Jeudi k, à Versailles. — Le roi, après le salut, alla tirer dans son parc; Monseigneur alla tirer de son côté. — J'appris la mort de M. du Montai le fils; il étoit colonel de cavalerie. — J'appris aussi qu'il y avoit eu quelques démêlés entre MM. de Seignelay et de Croissy, sur un courrier d'Espagne; M. de Beauvilliers et M. Pussort ont raccommodé l'oncle et le neveu.

Vendredis, à Versailles. — Le roi se promena dans ses jardins; Monseigneur alla à Saint-Cloud voir Monsieur, et y soupa. — J'appris que M. de la Briffe, gendre de M. le premier président, étoit nommé à l'intendance de Rouen. M. de Marillac revient ici exercer sa charge déconseiller d'Etat. — M. de la Briffe a perdu depuis un mois sa mère, sa femme et sa fille.

Samedis, à Versailles. — M. de Seignelay vintde Sceaux au lever du roi, pour lui apprendre que Foran, chef d'escadre, avec deux vaisseaux du roi, avoit fait attaquer deux galions que les Espagnols avoient fait partir de Santander pour joindre les galions qui viennent des Indes. Après un long combat, Salampar et Amblimont, qui commandoient les deux vaisseaux françois, ont pris les galions; il y a eu 350 Espagnols tués, et ils ont envoyé demander quartier par un prêtre qui est venu dans une chaloupe, un crucifix à la main. — Le comte de Stirum, qui commande la flotte hollandoise , fut témoin du combat : il avoit dix vaisseaux de guerre ; les galions s'étoient réfugiés dans sa flotte, espérant du secours. Foran lui envoya dire qu'il l'attaqueroit s'il prenoit le parti des Espagnols; le comte de Stirum salua les vaisseaux du roi, et ne se mêla point du combat. Les galions ont été amenés à la Rochelle. — Le roi est allé souper à Mari y ; Monseigneur y a mené beaucoup de dames. — On croit

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que le prince d'Orange ne sera pas content du comte de Stiruni, parce qu'il paroit que ce prince seroit bien aise que les affaires se brouillassent dans l'Europe.

Dimanche 7, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc; Monseigneur se promena dans les jardins. — Le roi donna ordre à la Rochelle qu'on renvoyât les deux galions qu'on a pris aux Espagnols. On a su, par celui qui les commande, qu'un des galions qui revenoit du Pérou, chargé de 8,000,000, avoit péri auprès des Açores. — Le roi a donné ordre aussi à M. d'Avaux, son ambassadeur en Hollande, de remercier MM. les États de la conduite qu'a eue le comte de Stirum dans le combat de nos vaisseaux contre les galions, au cap de Finistère. — On écrit de Londres que le roi d'Angleterre a mis dans son conseil privé plusieurs seigneurs catholiques : le comte de Powis, mi lord Arondel de Vardour, milord Bellassis et milord Douvres. Les trois premiers avoient été longtemps prisonniers à la Tour, pendant la vie du feu roi, sur les mêmes accusations dont le parlement s'étoit servi pour faire couper le cou à milord Strafford. Les rois d'Angleterre ont deux conseils : le conseil privé et le conseil du cabinet. C'est dans le premier que se publient toutes les proclamations que le roi fait, tant durant la tenue du parlement, «pie Lorsqu'il ne tient pas; et comme ce conseil tient en quelque façon lieu d'un parlement perpétuel, les rois, pour contenter le peuple, y mettent ordinairement des membres de la chambre basse ; le conseil du cabinet n'est composé que des gens en qui le roi a plus particulière confiance.

Lundis, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc; Monseigneur courut le cerf dans Montfort, et Madame vint de Saint-Cloud pour courre avec lui. — Le roi a donné à mademoiselle de la Force, qui se convertit, une place de fille d'honneur de madame la Dauphine, quoiqu'il n'y en eût point de vacante ; ainsi elles seront sept présentement. Le roi lui donne une pension de 1,000 écus, et

2,000 écus présentement pour lui aider à avoir des babils. — Madame de Court aumer, sa sœur aînée . qui est convertie il y a six mois, a eu 1,000 écus de pension aussi, et le roi prend soin de tous les garçons et des petites filles*. — On eut nouvelles de Hongrie que les Turcs avoient abandonné Pesth; que M. de Lorraine et M. de Bavière s'étoient joints devant Bude. M. de Lorraine a pris pour aide de camp M. de Souvré, fils de M de. Louvois.

* C'est le premier exemple d'une fille de duc en pareil emploi. M. de la Force étoit un très-pauvre homme , fort ruiné et fort vexé p our sa religion.

Mardi 9, à Versailles. — Le roi a donné 100,000 francs de gratification à M. Girard, qui étoit exilé, et qui n'avoit pas voulu donner la démission de sa charge de procureur général de la chambre des comptes ; il la donne à cette heure, et touche 350,000 francs d'argent : 250,000 à quoi la charge a été taxée, et les 100,000 francs de gratification du roi. — Le roi dîna et soupaà Marly ; après dîner, les dames allèrent chacune dans les appartements qu'on leur avoit préparés , où elles trouvèrent tout ce qui est nécessaire pour l'habillement des dames. En revenant, le roi ramena dans son carrosse madame la duchesse de Bourbon, madame de Moreuil et madame de Mornay, madame d'Urfé et mademoiselle de Doré.

Mercredi 10, à Versailles. — Le roi alla à la plaine d'Achères voir arriver toute la gendarmerie qu'il avoit fait camper; c'est M. de Noailles qui commande le camp. — Monseigneur courut le loup à Montmorency. — On apprit la mort de madame de Chalancey , belle-fille de madame de Thianges ; elle étoit Rochegiffart et héritière de tout le bien de Vieillevigne ; elle est morte en couche en Bretagne. — Le roi a donné au comte de Blet le fils, nouveau converti, une pension de 500 écus.

Jeudi 11, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc; Monseigneur fit collation à la ménagerie avec madame la

oUO JOURNAL DE DANGhAU.

Dâuphine. — Le roi d'Espagne a donné au duc de Bournonville, vice-roi de Catalogne, la vice-royauté de Navarre, vacante par la mort du prince de Chimay, qui étoit gouverneur du Luxembourg, quand nous le primes, il y a deux ans. — Le marquis de Gesvres, au lever du roi, lui demanda la permission de le suivre à Maintenon, où le roi veut être fort seul; le roi le refusa, et le soir il lui dit : « Marquis de Gesvres, je vous ai vu ce matin si fâché de ce que je vous refusois de me suivre , que je vous le permets. »

Vendredi 12, à Maintenon. — Le roi dina avant la messe , et, en sortant de la chapelle, il monta en carrosse et partit pour aller coucher à Maintenon , d'où il ne reviendra que lundi. S. M. doit, en chemin, visiter les travaux qu'on fait pour faire venir ici la rivière d'Eure. — Monseigneur est parti sur les quatre heures, et est allé à Saint-Cloud avec madame la princesse de Conty, madame et mesdemoiselles de Lislebonne et la duchesse de Choiseul. Monseigneur est reparti après souper et est revenu ici. — Il n'y a de dames au petit voyage du roi que mesdames de Maintenon et de Montchevreuil, qui sont parties ce mutin avec M. du Maine et M. de Montchevreuil.

Samedi 13, à Maintenon. — Monseigneur envoya Florensac à Maintenon pour savoir des nouvelles du roi, et madame la Dâuphine y envoya Bonneuil, son écuyer ordinaire. — Monseigneur a couru le loup, et est revenu à huit heures joindre madame la Dâuphine qui se promenoit sur le canal; ils ont soupe dans la berge, et la musique les suivit dans la Dunkerquoise. Florensac est revenu, et a assuré Monseigneur de la bonne santé du roi, qu'il a trouvé fort gai; il a fort visité les travaux; aujourd'hui et demain, il fera la revue de toute l'infanterie qui travailloit à la rivière.

Dimanche 14, à Maintenon. — Le roi fit à Maintenon la revue de vingt-deux bataillons qu'il vit sur une ligne, et dont il fut très-content. — Monseigneur alla à Choisy

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voir Mademoiselle. Monsieur y vint aussi de Saint-Cloud; od y dîna et soupa; Monseigneur trouva au retour madame la Dauphine à table. — Nous avons appris de Londres une chose qui autorisera fort le roi d'Angleterre dans le dessein qu'il a de procurer aux catholiques la liberté de conscience. Il avoit commencé, dès le mois de janvier, à donner des dispenses de prêter les serments de suprématie et du test; mais au mois d'avril, ayant donné le gouvernement de Douvres au chevalier Edouard Hal, catholique, un particulier lui intenta un procès devant le banc du roi, et prétendit lui faire payer cinq cents livres sterling d'amende pour avoir exercé la charge de colonel d'infanterie et ensuite accepté le gouvernement de Douvres sans avoir prêté les serments. Le chevalier a produit des lettres patentes sous le grand sceau du royaume , par lesquelles le roi lui remet les peines qu'il peut avoir encourues, et le dispense de prêter les serments. L'affaire vient d'être jugée, et tous les juges, à l'exception d'un seul, ont été d'avis que le roi, en vertu de ses prérogatives royales, avoit pu donner une pareille dispense. Milord, chef de justice de ce tribunal, a déchargé le chevalier de l'action intentée contre lui , et a dit hautement que les lois étoient les lois du roi, puisqu'elles ne pouvoient être établies, ni abrogées qu'en son nom et par son autorité , et par conséquent que le pouvoir de dispenser des lois étoit attaché à la qualité de roi.

Lundi 15, à Versailles, — Le roi revint ici de Maintenon; il arriva avant quatre heures. S. M. est fort contente de tout ce qu'il a [sic] vu dans son voyage ; les ouvrages s'avancent fort, et on est assuré du succès. — Le roi retournera quelquefois visiter les travaux, et il fait accommoder la maison et les jardins de Maintenon. — Monseigneur et Madame coururent le cerf à Montfort. — Le roi, une demiheure après être arrivé, vint voir madame la Dauphine dans son cabinet, et, après avoir tenu conseil, il s'alla promener à pied dans les jardins. — Le maréchal d'Estrées

mande au roi qu'il a quitte la rade de Cadix, avec la Hotte qu'il commande, parce que les Espagnols ont promis de rendre les 500,000 écus qu'ils ont exigés des marchands françois, sous prétexte qu'ils avoient, contre les défenses, porté des marchandises dans le Mexique. Le duc de Mortemart est demeuré avec cinq vaisseaux pour recevoir les 500,000 écus; il y avoit un an que l'affaire duroit; il n'a pas tenu au prince d'Orange que les Hollandois ne s'en soient mêlés.

Mardi 16, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son 1 tii pc : Monseigneur alla courre le loup à Montfort ; madame la Dauphine se promena sur le canal. — Il y eut un arrêt rendu au conseil d'en haut par lequel Béchamel fut condamné à rendre au roi 500,000 francs et les intérêts depuis un assez long temps.

Mercredi 17, à Versailles. — Le roi alla souper à Marly après avoir été au camp d'Achères voir les troupes de sa maison. — Monseigneur suivit le roi et au camp et à Marly. — Mademoiselle de la Force prit sa place dans la chambre des filles de madame la Dauphine.

Jeudi 18, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc; Monseigneur alla dans la plaine Saint-Denis tirer, et revint d'assez bonne heure pour se promener sur le canal avec madame la Dauphine.

Vendredi 19, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc; Monseigneur courut le loup. — On brûla à Paris Ambleville, fameux bohémien, pour avoir dit des impiétés abominables; le roi lui avoit donné grâce pour plusieurs crimes , mais il n'a pas voulu lui en pardonner un si atroce. Léance {sic), sa sœur, a été enfermée dans l'hôpital général.

Samedi 20, à Versailles. — L'ambassadeur de Venise vint au lever du roi lui donner part de la prise des deux Navarin dans la Morée; cette conquête-là est considérable, et c'est un des beaux ports de la Méditerranée; M. de Turenne étoit à ce siége-là. — Le roi s'alla prome-

ner à Marly et revint souper iei. — Monseigneur tit collation sur le canal avec madame la Dauphine.

Dimanche 21, à Versailles. — Après le salut, le roi alla tirer dans son parc. Monseigneur fit collation sur le canal avec madame la Dauphine; nous allâmes à Meudon voir M. de Louvois, qui y rétablit sa santé; il n'a plus du tout de fièvre. — J'appris que M. d'Atry avoit acheté lalieutenance de roi de Champagne au département de Reims et Kéthel; c'est la charge que le roi avoit donnée à madame de Roquelaure en mariage ; elle étoit vacante en ce tempslà par la mort de M. de Vartigny. M. d'Atry l'a achetée 20,000 écus; on ne F avoit donnée à M. de Roquelaure que sur le pied de 40,000 francs; il en avoit prêté le serment le 12.

Lundi 22, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc ; Monseigneur alla tirer aussi de son côté, puis revint faire collation à la ménagerie avec madame la Dauphine. — Le roi a donné une pension de 4,000 francs à Saint- Amand, capitaine de vaisseau, protégé particulièrement par M. de Seignelay.

Mardi 23, à Versailles. — Le roi s'alla promener à Marly, et revint souper ici. Monseigneur alla courre le cerf à Saint-Léger avec Madame, qui revint ici, et Monseigneur coucha à Saint-Léger pour y recourre le loup le lendemain.

Mercredi ï\, à Versailles. — Monseigneur revint de Saint-Léger après avoir pris son loup; il arriva pendant que le roi étoit à la messe. — Après diner, S. M. sortit pour aller tirer. Monseigneur le suivit à la chasse ; madame la Dauphine se trouva un peu incommodée et garda le lit tout le jour.

Jeudi 25, à Versailles. — Le roi alla se promener à Marly, et revint souper ici; Monseigneur tit collation avec madame la Dauphine au bas de la ménagerie. — 31. de Juvigny, gentilhomme ordinaire du roi , est allé envoyé de S. M. auprès de M. de Wurtemberg1 et des États de

Souabe ; il y a déjà longtemps qu'il étoit nommé pour cet emploi-là.

Vendredi 26, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc; Monseigneur courut le loup. — Les ambassadeurs du roi de Siam ont passé à Vincennes, où on vouloit les mettre en attendant qu'on leur donnât audience; mais, comme la maison est démeublée, on les a menés à Berny ; ils ont été traités magnifiquement sur la route et sont défrayés.

Samedi 27, à Versailles. — Le roi se promena dans ses jardins; Monseigneur courut le cerf. — Le roi a donné une déclaration qui sera enregistrée lundi à la cour des monnoies, par laquelle S. M. augmente les louis et les pistoles d'or de dix sols, et les écus d'or à proportion; cela ne commencera que le quinzième d'août.

Dimanche 28, à Versailles. — Après le salut, le roi est allé tirer dans son parc. Monseigneur fit collation avec madame la Dauphine au bas de la ménagerie. — Dans un assaut que les Allemands ont donné à Bude, ils ont eu beaucoup de gens tués, entre autres le prince de Veldens, Picolomini,le duc de Béjar, grand d'Espagne, et beaucoup de blessés, entre autres milord Fitzjames, le prince de Commercy, et Blanchefort, fils du maréchal de Créqui.

Lundi 29, à Versailles. — Le roi alla se promener à Marly; Monseigneur courut le loup. — Les demoiselles qui sont à Noisy commencèrent à en partir pour venir à Saint-Cyr, à la maison que le roi y a fait bâtir ; elles seront trois ou quatre jours à déménager. — Le roi a donné au comte de Boye 9,000 francs de gratification et 4,000 au comte de Bebenac.

Mardi 30, à Versailles. — Le roi se promena dans ses jardins. Monseigneur alla faire collation au bout de la ménagerie avec madame la Dauphine, qui est entrée dans son neuf. — Madame la duchesse de Choiseul alla à Paris. Les courtisans croyent qu'elle n'en reviendra pas sitôt , qu'elle s'en ira delà chez elle à la campagne, où elle a

ordre de se retirer; ce bruit-là avoit déjà couru il y a un mois.

Mercredi. 31, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc; Monseigneur alla courre le loup à Saint-Léger; il y coucha; Madame, qui y étoit allée avec lui, en revint. — Le petit Mailly prit congé de la cour pour s'en aller à son régiment; ses amis lui ont conseillé de prendre ce partilà. — Nous apprenons d'Allemagne que, le 9 de ce mois, l'on signa à Augsbourg une ligue qui paroit faite uniquement contre la France. Ceux qui la composent sont l'Empereur, les rois d'Espagne et de Suède, pour les États qu'ils ont dans l'Empire ; l'électeur de Bavière , les princes de la maison de Saxe, les cercles de Bavière, de Franconie et du Haut-Rhin. Ils disent dans le traité qu'il n'est fait que pour la conservation de l'Allemagne et l'exécution des traités de Westphalie , de Nimègue, et de la trêve de 1684 ; mais ils y ont inséré des clauses par lesquelles l'Empereur prétendra, quand il voudra, les obliger à déclarer la guerre à la France; ils s'engagent à entretenir une armée de soixante mille hommes, dont l'Empereur doit fournir seize mille, le roi d'Espagne six mille, l'électeur de Bavière huit mille, le cercle de Bavière deux mille, celui de Franconie et celui du Haut-Rhin, chacun quatre mille; on ne sait pas encore combien la Suède et la maison de Saxe fourniront. Ils ont choisi pour général le prince de Valdeck ; le marquis de Bareith sera général de la cavalerie, et le comte de Tinghen général-major de l'infanterie; il est aisé de voir que ces princes craignent la puissance du roi et sont jaloux de sa gloire.

Jeudi 1er août, à Versailles. • — Le roi aUaà Marly souper; il ramena dans son carrosse madame la duchesse de Bourbon , madame la comtesse de Grammont , mesdemoiselles de Seméac, Montmorency et Rocheschenart. Monseigneur y alla aussi au retour de la chasse, où il avoit été avec Madame ; il trouva madame la princesse de Conty en

chemin et monta en carrosse avec elle. — Madame la Dauphine fit ses dévotions. — Le roi donna à Villacerf une charge à laquelle il n'y a point encore de nom; c'est à peu près d'être contrôleur général des bâtiments sous M. de Louvois, qui par là sera soulagé de beaucoup de détails pénibles qui l'accabloient. S. M. amis 16,000 francs d'appointements à cet emploi-là. Il y avoit déjà trois contrôleurs ordinaires : Chanlay, Mansart et la Motte.

Vendredi 2, àVersailles. — Le roi se promena en calèche avec mesdames de Beauvilliers, de Maintenon et de Montchevreuil, et puis il se promena à pied dans ses jardins.

— Monseigneur alla tirer dans la plaine de Saint-Denis.

— Madame la Dauphine se promena autour du canal en carrosse. — On sut que les Turcs avoient fait une grande sortie à Bude, où il y avoit eu beaucoup de gens de condition tués ou blessés. Blanchefort, fils du maréchal de Gréqui, a eu un coup de mousquet au bras. — Le mariage de M. d'Antin avec mademoiselle d'Uzès fut arrêté; madame de Montespan donne à M. d'Antin, son fils, 2,000 écus de pension, outre les 12,000 livres de rente qu'elle lui avoit donnés par l'acte de séparation qu'elle fit d'avec M. de Montespan; il a outre cela 2,000 écus du méninage. Son père ne lui donne rien, mais il a fort souhaité le mariage. M. de Montauzier donne à sa petite-fille les 25,000 écus qu'il avoit eu&du gouvernement de Dieppe, qu'il avoit vendu à M. deManneville, et la lieutenance de roi d'Alsace, qui vaut 8,000 livres de rente ; et M. et madame d'Uzès assurent à leur fille, après leur mort, chacun 25,000 écus.

Samedi 3, à Versailles. — Le roi alla tirer dans son parc; Monseigneur accompagna le roi à la chasse. — Madame la Dauphine se trouva incommodée d'une fluxion sur la joue, et n'alla point à la promenade. — On apprit la mort de Lambert , gouverneur de Luxembourg et lieutenant de roi de la province ; il étoit aussi lieutenant général des armées du roi, fort estimé et fort aimé dans les troupes. — On mande de Rome qu'où y a arrêté depuis

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