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maistr dos ordres militaires de Notre-Dame du Mont-Carmcl et de Saint-Lazare , ou l'honneur que ce grand prince a fait à ces ordres en vous en établissant le chef...» Le discours du père prieur se termina par ces mots : a Les vœux, les souhaits, les plus élevez de ces deux ordres réunis pouvoient-ils aller plus loin qu'à vous, monseigneur, qui réunissez en vous toutes les vertus civiles et militaires, avec les vertus chrestiennes et morales; la droiture de nos pères avec la politesse du temps; l'élévation du génie avec la solidité; la vivacité des lumières, avec les attraits de la douceur; tant de grandeur avec tant de modestie?... »
Pendant que le nouveau grand maître s'habillait en une chambre du cloître, les chevaliers prenaient leurs places dans le chapitre, et le procureur général de l'ordre fit lecture des lettres de Sa Majesté qui donnaient à Dangeau la charge et dignité de grand maître, de la profession de foi faite par lui entre les mains du nonce, de la prestation de son serment faite entre les mains du roi, et, ces diverses lectures faites, deux chevaliers précédés du maître des cérémonies allèrent supplier le grand maître de venir prendre sa place.
Dangeau, étant arrivé en grand costume, s'assit dans le fauteuil qui lui était destiné, lit un petit discours sur sa réception, et déclara le choix qu'il avait fait de quelques personnes pour être reçues chevaliers dans l'ordre, et à la réception lesquelles on procéda.
Le musée de Versailles possède encore une autre peinture qui n'est guère moins curieuse que celle de Pezey. C'est un tout petit tableau, signé fort distinctement d'un nom bien inconnu : A. F. Bocquet in. et pinx. 11 représente le marquis de Dangeau présidant le chapitre de l'ordre du Mont-Carmel et de Saint-Lazare. Dangeau ne s'est point adressé là à un bien habile maître. Chez Pezey^ on reconnaissait encore, dans le dessin des anges du maître autel, les traditions de la vieille école des Bosse et des Vignon. Bocquet n'est plus, hélas! que lourd et maladroit; à peine peut-on louer en lui un certain petit goût de couleur. L'autel, cette fois, est à la gauche du tableau; le prêtre et les deux desservants tournent le dos à l'autel. Les chevaliers vêtus des couleurs amarantes du Mont-Carmel, sont assis sur des banquettes, des deux côtés de la nef; adroite, entre les deux rangs de chevaliers, et regardant vers l'autel, est assis Dangeau dans un| fauteuil à dossier vert, devant un prie-Dieu recouvert d'une draperie amarante bordée de vert et brodée des chiffres des ordres. A sa droite et à sa gauche sont assis deux religieux, et d'autres religieux sont assis derrière lui, trois de chaque côté. Les entre-deux des piliers de la nef sont tendus d'une garniture de superbes tapisseries qui ferment en-
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tièrement la nef; et entre cette tenture et les deux rangs des chevaliers se presse une foule de courtisans , de dames, et de moines de toutes les robes. Le moment choisi par le peintre est celui où un chevalier à genoux devant un officier de Tordre, coiffé de la toque, écoute et suit lui-même sur un livre une lecture que nous supposons celle des statuts de Tordre. Cinq chevaliers et un religieux tonsuré , couvert d'une chape aux couleurs des ordres , entourent ces deux-là. L'un de ces chevaliers tient une épée, un autre une masse, un autre un livre (1). Ce groupe occupe le premier plan à gauche du tableau. De l'autre côté de Tautel, au fond à gauche, adossé à la tapisserie est un dais magnifique soutenu par des colonnes et revêtu de tentures aux couleurs amarante et verte; sous ce dais se tiennent quelques personnages, hommes et femmes de qualité. Ce qu'il y ade mieux peint dans le tableau, ce sont les tapisseries, qui représentent des paysages : ce Bocquet était peut-être paysagiste (2).
Dangeau, comme on le voit, est assez bien représenté au musée de Versailles par les peintures de Rigaud, de Pezey et de Bocquet (3); nous n'y regrettons qu'un bon portrait de cette douce et charmante et sainte madame de Dangeau.
A propos de ces réceptions, Saint-Simon ne manque pas de décocher un nouveau trait de méchanceté contre Dangeau. « 11 se fit.
d) «Jamais les cérémonies de l'ordre ne s'étoient faites avec autant de pompe et de dignité que depuis le magistère de M. le marquis de Dangeau... Dans les récep tions, chaque oflicier avoit sa fonction particulière : le trésorier présentoit la croiv au grand maître ; le procureur général, le livre des statuts; l'ancien chevalier, l'épée; le prévôt maître des cérémonies, le manteau; enfin le greffier secrétaire lisoit à haute voix le serment que le récipiendaire, prètoit sur le livre des Evangiles, tenu devant le grand maître par le chancelier, qui l'a voit reçu des mains du prélre assistant. A l'égard des autres officiers , c'étoit le héraut d'armes qui leur portoit à chacun ce qu'ils dévoient présenter au grand maître. » ( Gautier de Sibert. )
(2) 11 est à remarquer que dans ce tableau la perruque de Dangeau est d'un blond clair, et cela tient sans doute au goût de l'artiste, car presque toutes les perruques du tableau sont blondes.
(3) On trouve au Catalogue général des coins anciens de la Monnaie de Paris, sous les numéros suivants, divers coins relatifs à Dangeau et à l'ordre du Mont- Carmel.
1627. La décoration de l'ordre militaire de Notre-Dame du Mont-Carmel et de
Saint-Lazare, de Jérusalem , 1700.
FG28. Le même sujet.
Pour revers, le suivant (n° 1629) ; a eu aussi pour revers les armes de Cour-
cillon suivantes (n° 1630).
1629. Un chevalier de l'ordre sur un cheval caparaçonné. Ordre militaire de Notre-Dame du Mont-Carmel.
1630. Armoiries. Philippe de Courcillon de Dangeau, grand maître.
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dit-il, le singe du roi, dans les promotions qu'il fit de cet ordre où toute lacouraccouroit pour rire avecseandale, tandis qu'il sVn croyoit admiré... » Et plus loin : « On a vu ici, ailleurs, avec quelle dignité il tâcha d'imiter le roi donnant l'ordre du Saint-Esprit (Toujours le crime, imiter Louis XIV!), en donnant celui de Saint- Lazare; combien le prie-Dieu étoitbien imité dans Saint-Germain des-Prés (1); comment ses prêtres de l'ordre, placés comme le sont les évèques et les abbés au prie-Dieu du roi , représentoient bien les cardinaux avec leurs soutanes et leurs camails rouges; avec quelle grâce et quel air de satisfaction et de bonté Dangeau faisoit la roue au milieu de cette pompe et de toute la cour, hommes et femmes, qui y alloient sur deséchafauds parés, et y rioient scandaleusement. Le roi après s'amusoit du récit qu'il lui en faisoit faire chez madame de Maintenon... »
Les longues descriptions du Mercure ne laissent rien soupçonner de tous ces ridicules ; les cérémonies des promotions sont graves, sérieuses et d'un grand caractère religieux (2). Peu importe, après tout, ce que la vanité méchante de Saint-Simon reproche à la vanité bienveillante de Dangeau. Le nouveau grand maître releva l'ordre, et Saint-Simon est obligé d'ajouter : « 11 est pourtant vrai qu'il faisoit un très-noble usage de sa commanderie magistrale, qui étoit bonne, et qu'il abandonna tout entière, pour y élever de pauvres gentilshommes qui y apprenoient gratuitement tout ce qui peut convenir à leur état, et y étoient fort honnêtement nourris et entretenus. » Saint-Simon passe brièvement sur ce point, et ne fait aucune réflexion sur cette généreuse conduite. Fontenelle, au contraire, entre à ce sujet dans quelques détails que nous croyons convenable de reproduire.
« Quand il (Dangeau) fut revêtu de la dignité (de grand maître du Mont-Carmel et de Saint-Lazare) , il songea aussitôt à relever un ordre extrêmement négligé depuis longtemps et presque oublié
(i)«Lesfréquentes promotions ayant multiplié le nombre des chevaliers, le grand maître demanda au cardinal de Furstemberg et aux religieux de l'abbaye de Saint- Germain-des-Près la permission de faire dans leur monastère les cérémonies de l'ordre, et dès 1698 les chevaliers y célébrèrent les l'êtes et y tinrent leurs chapitres, comme ils avoient déjà fait en 1585, et plusieurs autres fois depuis. » {Histoire des Ordres de Saint-Lazare, etc., par Gautier de Sibert, p. 492. )
(2) « L'ensemble des cérémonies de l'office et de la réception des chevaliers offrait un spectacle aussi édifiant que majestueux, qui excita la curiosité des princes et des personnes de la plus grande considération. Ou vit y assister en différents temps, M. et madame la duchesse d'Orléans , madame la duchesse de Lorraine , le duc de Saxe, le prince d'Anspach, le nonce du pape, les ambassadeurs d'Espagne, du Portugal, de Venise, de Hollande, et beaucoup d'autres ministres étrangers et résidant à la cour de France. » ( Gantier de Sibert. )
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dans le monde. 11 apporta plus d'attention au choix des chevaliers, il renouvela l'ancienne pompe de leur réception et de toutes les cérémonies, ce qui touche le public plus qu'il ne pense lui-même; il procura par ses soins la fondation de plus de vingt-cinq commanderies nouvelles; enfin il employoit les revenus et les droits de sa grande maîtrise à faire élever en commun, dans une grande maison destinée à cet usage, douze jeunes gentilshommes des meilleures noblesses du royaume. On les appeloit les élèves de Saint-Lazare, et ils dévoient illustrer l'ordre par leurs noms et par le mérite dont ils lui étoient en partie redevables (1). Cet établissement dura près de dix ans; mais il lui auroit fallu pour subsister des temps plus heureux et des secours de la part du roi, dont les guerres continuelles ûtèrent entièrement l'espérance (2). Ainsi M. de Dangeau eut le déplaisir de voir sa générosité arrêtée dans sa course, et ses revenus appliqués à ses seuls devoirs. Il a laissé l'ordre en état que M. le duc de Chartres ait daigné être son successeur. »
En même temps qu'il lui confiait la grande maîtrise des deux ordres réunis du Mont-Carmel et de Saint-Lazare, le roi honorait Dangeau d'un titre nouveau : il le faisait conseiller d'État d'épée. « Vous savez, » dit le Mercure annonçant cette nouvelle dans le tome de janvier 1090, « qu'il y a trois conseillers d'État d'église et trois d'épée , et qu'ils sont tous ordinaires. »
Il semble que le roi n'ait plus rien à ajouter aux grâces et aux titres dont il a comblé son fidèle courtisan; et cependant Louis XIV et madame de Maintcnon trouvent encore à utiliser dans une fonction intime et toute de confiance les services discrets et le bon esprit de Dangeau. Ce n'est point dans ses Mémoires ni dans aucune histoire contemporaine qu'il faut chercher la trace de cette grave mission. Il y avait là pourtant de quoi enfler une vanité vulgaire; mais on a fait appel à sa discrétion, et il aurait enseveli avec lui son secret, si les lettres de madame de Maintenon elle-même ne
(1) Sur la proposition de Dangeau, l'ordre reçut des chevaliers « d'honnêtes familles sans demander des preuves de noblesse, » et par suite l'Académie des élèves de Saint-Lazare admit des pensionnaires roturiers dont Duclos lit partie.
(2) « M. de Dangeau , si exact à convoquer les chapitres dans le commencement de son magistère , laissa écouler plusieurs années sans en assembler. Pour justifier cette interruption , il représenta, dans le chapitre qu'il tint au mois de janvier 1713, que des raisons particulières, jointes à la situation des affaires du royaume et à la difficulté de réunir un assez grand nombre de chevaliers dispersés dans les armées de Sa Majesté, l'avoient obligé de suspendre jusqu'au retour de la paix la convocation d'un chapitre général. » [Gautier de Sibert.)
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venaient nous en apporter la révélation bien imprévue. Nous avons •lit que Dangeau avait été chargé par le roi d'aller, en vertu des prérogatives de sa nouvelle charge, au-devant de la jeune princesse de Savoie jusqu'au pont de Beauvoisin. Elle avait à peine onze ans, et venait épouser le duc de Bourgogne, qui lui-même n'en avait que quatorze. C'étaient deux enfants dont les grâces allaient, à leur insu, rajeunir et régayer le vieux roi et sa cour. Ce n'était donc point petite faveur, ni charge peu délicate, que d'être attaché à la nouvelle Dauphine. Madame de Maintenon entrevit de loin l'importance que cette enfant allait prendre auprès de son auguste aïeul, et se préoccupa, avant même qu'elle n'arrivât à Versailles, des habitudes qu'elle y apporterait et des moyens d'éducation que l'on pourrait employer pour plier cette charmante nature aux meilleures façons de la cour. Dangeau fut en cette occasion l'homme de madame de Maintenon; aussi, quelques mois plus tard, quand elle se fut faite l'institutrice de la duchesse de Bourgogne, continua-t-elle à se faire aider par Dangeau dans les détails de cette noble éducation. Elle lui écrit au mois de mars 1697 :
« Il n'y a pas de sotises dont je ne sois capable, monsieur, quand je croirai qu'elles seront utiles à notre princesse; j'ai fait autrefois à Saint-Cyr de petites conversations pour instruire les demoiselles en les divertissant. Voyés si vous pourries lire celle-cy tantost(l) ; la princesse est sujette à un petit rire forcé qui est désagréable, et peut-estre ce qui est dans cet écrit lui sera bon, mais pour l'enveloper, il faut lire ce qui est sur la raillerie (2). Elle sait bien que tout cela est fait pour Saint-Cyr, ainsi il ne lui en faut pas faire de mystère (3). Je m'adresse à vous, monsieur, avec grande confiance, connoissant votre cœur en tout, et en particulier pour la princesse ; il n'est pas nécessaire de vous prier de ne montrer cet écrit qu'à celles qui seront auprès de la princesse , et de ne le laisser à personne. »
Puis cette autre lettre, plus curieuse encore que la précédente , et datée du 21 juin 1697 : « Il est bizarre de vouloir faire de vous un précepteur, mais vous estes capable de tout pour le bien , et vous en pouvés plus faire à la princesse que tous les maîtres du monde. Je crois qu'il faudroit lui faire tous les jours deux leçons , l'une de la fable, et l'autre de l'histoire romaine ; voussavés mieux que moi , monsieur, qu'il ne- faut point songer à la faire savante .
(1) Celte conversation a pour titre : Sur les agréments.
(2) Conversation Xf'I.
(3) On sait que la duchesse de Bourgogne venait très-souvent a Saint-Cyr, et y reçut en grande partie son éducation.
lxxxii VIE DE DANGEAU.
on n'y réussirait pas; il faut se borner à lui aprendre certaines choses qui entrent continuellement dans le commerce des plaisirs et de la conversation; nous avons déjà traité ce chapitre. Je voudrais que mademoiselle d'Aubigné aprit les mesmes leçons pour lui en pouvoir parler le reste du jour. Les dames le peuvent faire aussi, et si vous pouvés nous donner une heure par jour, je crois qu'elle saura bien des choses qui lui seront utiles et agréables. J'ai cherché Coeffeteau (1), parce que les chapitres sont courts, et notre princesse n'aime pas ce qui est long ; il faut achever Théodose (2); si vous voulés faire un petit projet, je le ferai suivre et aprendrai moi-mesme pour la faire répetter; s'il n'y a rien de dangereux ni de trop libre dans les métamorphoses et les fables, je vous suplie d'en faire acheter les livres; mais si on ne doit pas les laisser dans lesmainsdela princesse etde ma nièce, il vaut mieux nous en tenir à ce que vous nous en dires; quand vous trouvères l'ocasion de Lui faire un portrait de quelque princesse bien polie, modeste, précieuse, délicate, s'attirant le respect, ne le manques pas, s'il vous plaît; je crains qu'on ne se conforme à la grossièreté de notre siècle; tout ceci demeurer;! entre nous. Je suis obligée de finir (3). »
L'intimité familière et persistante du marquis et de la marquise de Dangeau auprès de la jeune duchesse et du duc de Bourgogne, est attestée pai quelques-uns de ces détails qui avaient trop d'importance dans les habitudes de la cour d'alors, pour que nous ne les signalions point : « 2.'i novembre Ki96. Depuis quelques jours, madame de Dangeau couche dans la chambre de madame la duchesse de Bourgogne. » — « 28 janvier 1700. Monseigneur le duc de Bourgogne dina hier chez madame de Dangeau avec des dames, et y demeura jusqu'à sept heures du soir. »
On voit comment la faveur de Dangeau et celle de-sa femme vont toujours s'enracinant plus profondes auprès du roi et de madame de Maintenon. <■ .Madame de Maintenon, dit Saint-Simon, aimoit extrêmement madame de Dangeau, et plût à Dieu qu'elle n'eût approché d'elle que des femmes de ce caractère. » Il répète partout où il le peut que madame de Dangeau est le bon ange de madame de Maintenons rt '' rst ;l ('"ull sûr le plus beau triomphe de cette sainte femme d'avoir désarmé la malignité même. Veut-on savoir en quels
U) Dominicain qui a écrit une Histoire de l'Empire romain, depuis Auguste jusqu'à Constanlin.
(2) Vie de Théodose, parFléchier.
(3) Nous extrayons ces deux pièces des Lettres sur Vcduca/ion des filles par madame de Maintenon, publiées par M. Théophile Lavallée ; Paris, Charpentier , 1854, in 12.
VIE DE DANGEAU. lxxxiïi
termes charmants lui écrivait madame de Maintenon? Voici des fragments que l'obligeance de M. Lavallée nous a permis d'emprunter à la Correspondance encore inédite de la fondatrice deSaint- Cyr : Le II juin 1704, madame de Maintenon fait écrire sous sa dictée parla main de madame la duchesse de Bourgogne une lettre fort jolie et fort curieuse à madame de Dangeau, et termine ainsi : « Mon Dieu, que cette main m'est chère; ce n'est pas que ce soit son bel endroit, non plus que le vôtre, mais vous possédez tant do vertus d'ailleurs, que l'on compte pour rien sa maigreur et ses veines. » — Ces dames dînent souvent ensemble; en 1705, madame de Maintenon écrit à madame de Dangeau : « Nous devrions diner ensemble, mais il faudroit que ce fût chez vous, pour estiv en repos; Voulefc-vôU9 qu'on J porte mon dîner, voulez-vous nous en donner, voulez-vous faire un composé de l'un et de l'autre? Voilà De Lisle qui recevra vos ordres. » — Elle écrit une autre fois :
a Mesdames les marquises de Dangeau, d'Heudicourt et de Ifontgon veulent-elles manger demain ensemble dans le lieu qu'il leur plaira, en partir aune heure pour Saint-Cyr, se rendre à la classe bleue, y voir jouer Esther, ne s'y point moquer de plusieurs vilains visages qui jouent et qui chantent, aller ensuite prier Dieu, et de là àMarly. Mon carrosse, dont je n'ai que faire, attendra leur ordre; elles le renverront de Saint-Cyr; elles m'apporteront si\ bouteilles d'hipoeras pour nos actrices, que M. Léger mettra entre leurs mains. Si tout cela ne leur convient pas, nous le remettrons à un autre jour. Adieu, mes enfants, la teste me fend. »
truand retentit, en 1707, le nouvel appel patriotique du Liraud roi Louis XIV, qui invite la noblesse de France à fondre ses meubles et ses vases d'or et d'argent pour aider auv Subsistances de nos armées épuisées, Dangeau, quoiqu'il «tint chez lui une grande et bonne table et vécût avec le plus distingué et le plus choisi , » fut l'un des premiers à offrir sa vaisselle au roi; et nous ne pouvons nous défendre de simialer'ici encore la différence de sa conduite avec celle de Saint-Simon, qui, il l'avoue lui-même, « fit l'arrière-* garde et n'en envoya à laMonnoie que pour un millier de pistoles, encore ne fût-ce que quand il se vit presque le seul de sa sorte mangeant dans de l'argent. »
Enfin le roi se meurt ; il ne peut plus sortir de sa chambre; et madame de Dangeau est des quatre dames avec mesdames de Lév\ . de C&ylus et d'O, qui, familières du jeu et des musiques chez madame de Maintenon, viennent seules, dans les derniers jours de sa maladie, chez ce «Jupiter mourant (1). »
(l) Saint-Simon.
lxxxiv VIE DE D ANGE AU.
Nos lecteurs ont vu dans l'avertissement, que le jour de la mort de Louis XIV avait fermé l'un des volumes du Journal de Dangeau, et que le premier jour du règne de Louis XV en avait ouvert un autre. Nous sommes touchés de ce détail, qui nous montre le respect profond et délicat du courtisan pour la mémoire de son maître. Saint-Simon, devant lequel cette fidélité même ne trouve pas grâce, fait sans le vouloir l'éloge de Dangeau, en opposant ses regrets à la satisfaction de quelques-uns et à l'indifférence du plus grand nombre.
«. Louis XIV, dit-il, ne fut regretté que de ses valets intérieurs, de peu d'autres gens, et des chefs de l'affaire de la constitution... Mais quelques vieux et plats courtisans comme Dangeau, Cavoie et un très-petit nombre d'autres, qui se voyoient hors de toute mesure, quoique tombés d'une fort commune situation, regrettèrent de n'avoir plus à se cuider parmi les sots, les ignorants, les étrangers, dans les raisonnements et l'amusement journalier d'une cour qui s'éteignoit avec le roi (1). » Il y avait en effet entre le 1er septembre 1715 et son lendemain tout un abîme pour le vieil ami du vieux roi, autant que pour la France. Du moment où le testament de Louis XIV fut déchiré par le parlement, Dangeau, qui était demeuré fidèle à ce testament, au duc du Maine et à madame de Maintenon, n'était plus rien, ne pouvait rien être.' Adieu la vie magnifique, les augustes ennuis et l'intimité de la cour; — qu'aurait fait d'ailleurs cet homme des anciennes mœurs dans une cour nouvelle vouée à l'avance à de telles corruptions et à de telles débauches, qu'elles ont livré son nom au dégoût de tous les siècles? Saint-Simon, qui, ayant attendu
(I) Cependant, par égard, soit pour sa respectable fidélité, soit pour les grandes charges que ce vieillard avoit exercées sous l'autre règne, le duc d'Orléans avoit, en I7IG, accordé à Dangeau les honneurs du Louvre. Le rancuneux Saint-Simon enrage de cette bien insignifiante déférence au vieux courtisan qu'il poursuit jusque dans ses « épluchures » , et sa mauvaise humeur éclabousse le régent. « Ce prince, dont la facilité se pouvoit appeler un dévoiement, accorda les honneurs du Louvre, leur vie durant à Dangeau et à la comtesse de Mailly, qu'ils avoient perdus avec leur charge de chevalier d'honneur et de dame d'atours par la mort «le la dernière Dauphine.... Ces honneurs du Louvre ne sont rien autre chose que le privilège d'entrer dans son carrosse ou en chaise avec des porteurs de sa livrée, dans la cour réservée ou il n'entre que les carrosses et les porteurs en livrée des gens titrés... C'éloitune grâce de peu d'usage pour ces deux personnes. Dangeau étoit dans une grande vieillesse et hors de gamme par le total changement de la cour, ne sortant presque plus de chez lui , ni sa femme non plus , très-pieuse et très-retitinée. .. .. Saint-Simon , XXVII, p. 34 à 3fi.
VIE DE DANGEAU. lxxxv
vingt ans son heure, avait enfin trouvé dans Le régent un maître qui voulût bien de ses services, n'épargne pas ce bon homme resté fidèle aux habitudes d'un autre règne. « Tant que le roi vécut, Dangeau, qui ne bougeoit de la cour, qui étoit son unique élément, v tenoit une maison honorable, et vivoit là et ailleurs avec la bonne compagnie et avec les gens les plus à la mode. 11 avoit grand soin d'être bien informé des choses publiques; car d'ailleurs il ne fut jamais de rien (1). Depuis la mort du roi, ses informations n'étoient plus Les mêmes; l'ancienne course trouvoit éparpillée, et ne savoit plus rien ; lui-même, retiré chez lui, touchant à quatre-vingts
ans, ne voyoit plus que des restes d'épluchures Dangeau, dans
ses Mémoires, est toujours en adoration du roi, même depuis sa mort, de ses bâtards, de madame de Maintenon, et très-opposé à M. le duc d'Orléans, au gouvernement nouveau (dont, à son tour,
il faisait partie, Saint-Simon ), et singulièrement aux ducs
(Aux ducs! De quoi s'avisait Dangeau, d'être opposé aux ducs!) (2) On a vu en son temps qu'il avoit marié son fils à la fille unique de Pompadour. Pompadour étoit des plus avant dans les secrets du parti de M. et de madame du Maine, et dès lors, par là, des plus avant avec cette prétendue noblesse. Madame de Pompadour étoit sœur de la duchesse douairière d'Elbcuf, mère de la feue duchesse de Mantouc. Il vivoit intimement avec eux... Ces deux sœurs, filles de feu madame de Navailles, étoient sous la protection déclarée de madame de Maintenon. » — On entrevoit là toute la vie politique de Dangeau après la mort kde Louis XIV. N'ayant plus rien de commun, Dieu merci, avec la génération nouvelle, si ce n'est peut-être quelque bon souvenir du cardinal de Fleury, dont il a commencé la fortune et qui va se montrer, quelques jours en-
(1) Cette biographie a suffisamment montré, bien au contraire, que Dangeau a été de tout et de mille autres choses encore. Si Saint-Simon veut dire que Dangeau n'a été d'aucune coterie de la cour , à la bonne heure. Saint-Simon est resté l'homme de ces coteries et de leurs rancunes. Dangeau n'a été de rien, a tout vu, et est impartial.
(2) « En France et en Angleterre, les ducs et les lords ont un orgueil tellement excessif qu'ils croient être au-dessus de tout. Si on les laissoit faire , ils se regarderaient comme supérieurs aux princes du sang, et la plupart d'entre eux ne sont pas même véritablement nobles. J'ai une fois joliment repris un de nos ducs. Comme il se mettoit à la table du roi , devant le prince de Deux-Ponts , je dis tout haut : « D'où vient que M. le duc de Saint-Simon presse tant le prince de Deux-Ponts ! At-il envie de le prier de prendre un de ses fils pour page? » Tout le monde se mit si fort à rire, qu'il fallut qu'il s'en allât. » (Nouvelles lettres de la princesse palatine, publiées par M. Gust. Brunet, p. 115 et 116). Cela ressemble fort a ce fou rire qui prend un jour Saint-Simon à la table de Dangeau, sur la prétendue vanité de celui-ci comme gouverneur de province. Décidément Saint-Simon ne voyait point la poutre de son œil.
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corc, dans ces temps dégradés, le dernier représentant de la politique intelligente et honnête du siècle précédent — Dangeau s'est retiré dans l'hôtel qu'il a fait construire à Paris,rue de Bourbon , faubourg Saint-Germain. On lit dans Piganiol de la Force, Description de l;i ville de Taris, tome VIII, page 182, édition de 1765, que cette rue de Bourbon (aujourd'hui rue de Lille) était formée par plusieurs belles et grandes maisons, où logeaient plusieurs personnes distinguées par leur naissance ou par leurs grands emplois; et que vis-à-vis l'hôtel de Belle-Islc (encore existant, proche de la rue du Bac) setrouvoit l'hôtel de Dangeau (1), lequel avait pris son nom de Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau. Piganiol ajoute que ici hôtel est encore occupé par la belle-fille de Dangeau, la marquise de Courcillon, la fille de Pompadour. — Cette maison de Dangeau était toute d'opposition au régent, et toute de dévouement au duc du Maine. Saint-Simon va, dans une page de ses Mémoires, jusqu'à soupçonner Dangeau d'avoir prête au duc du Maine le témoignage de son Journal pour induire la postérité en erreur sur certaines protestations au parlement, supposant, d'une façon bien llatteuse d'ailleurs pour Dangeau, que son Journal «seroit un jour, comme les gazettes, entre les mains de tout le monde. » — Dangeau ne tarde pas à voir la persécution s'appesantir sur les siens; ses amis et parents sont emprisonnés. M. de Pompadour, accusé de complicité dans la conjuration de Cellamare, est mis à la Bastille au nom du jeune roi, qui bientôt avilira le nom de cette noble famille en le donnant à l'agréable intrigante qui sera sa maîtresse. La vieille France de Louis XIV est toute en désarroi; et le 12 mars 1748, madame de Maintenon, appuyant du doigt sur l'indulgence autrefois si patiente du courtisan , écrit à madame de Dangeau cette phrase amère (2) : « Comment M. de Dangeau se tire-t-il de l'estat présent du monde, lui qui ne veut rien blasmer? »
Le commerce de lettres pleines d'une douce amitié ne s'était point interrompu par cette révolution profonde qui avait rejeté madame de Maintenon à Saint-Cyr, et la famille de Dangeau à Paris, L'obligeance de M. Lavallée nous permet de puiser encore dans la correspondance inédite de madame de Maintenon quel-
(1) Le plan du faubourg Saint-Germain et de ses environs , par P. Starckmann , placé en tète de l'histoire de l'abbaye de Saint-Germain des Près, par J. Bouillard, indique l'hôtel de Dangeau comme occupant l'angle de la rue de Bourbon et de la rue des Poitiers ; l'hôtel Dangeau n'était donc point tout à fait vis-à-\is de l'hôtel de Belle-lsle , mais un peu plus loin , à gauche, au delà de celte rue « de Potier. » — A Versailles, l'hôtel qu'avait habité Dangeau était silué rue de la Chancellerie, sur le terrain du n° 8 acluel.
(2) Lettre inédite communiquée par M. Th. Lavallée.
VIK DE DANGEAU. lxx.wii
ques passages de ses lettres à madame de Dangeau : « t:t février I7l(i ...J'ai été dès-aise de recevoir un signe de vie deiM.de Dangeau 3 car je l'aime par bien des endroits; Dieu veuille vous le conserver ancore longtemps... — ÏÛ février 17 16 ...M. de Dangeau a raison de vous gronder, .Madame , de ne me. parler jamais d< lui; j'en étois tout de bon blessée... — 9 mars 1716 .. Si M. de Dangeau ne souffre pas beaucoup, je ne le plains guères d'estre réduit à garder la chambre ,... surtout, Madame, vous ayant auprès de lui.... — 14 janvier 1717... Adieu la plus aimable, la plus estimable et la plus respectable femme qui soit dans le monde ; la manière de le dire n'est pas spirituelle, mais c'est le fond de mon cœur.. »
Madame de Dangeau avait toujours vécu dans l'exercice d'une piété aussi solide que sincère. On nous pardonnera, pour preuve de la sincérité de religion d'une femme si accomplie, de citer une charmante historiette de Saint-Simon, qui est, comme il le dit lui-même, «un petit crayon de la cour. 11 y avoit une prière publique tous les soirs dans la chapelle de Versailles, à la fin de la journée, qui étoit suivie d'un salut avec la bénédiction du Saint- Sacrement tous les dimanches et les jeudis ; l'hiver, le salut étoit à six heures, l'été à cinq, pour pouvoir s'aller promener après. Le roi n'y manquoit point les dimanches, et très-rarement les jeudis en hiver. A la fin de la prière, un garçon bleu, en attente dans la tribune, couroit avertir le roi, qui arrivoit toujours un moment avant le salut; mais, qu'il dût venir ou non, jamais le salut ne l'attendoit. Les officiers des gardes du corps postoient les gardes d'avance dans la tribune d'où le roi l'entendoit toujours : les dames étoient soigneuses d'y garnir les travées des tribunes, et, l'hiver, de s'y faire remarquer par de petites bougies qu'elles avoient pour lire dans leurs livres, et qui donnoient à plein sur leurs visages. La régularité étoit un mérite, et chacune vieille et souvent jeune tâchait de l'acquérir auprès du roi et de madame deMaintenon. Brissac, major des gardes du corps, fatigué d'y voir des femmes qui n'avoient pas le bruit de se soucier beaucoup d'entendre le salut, donna le mot un jour aux officiers qui postoient, et, pendant la prière, il arrive dans la travée du roi, frappe dessus de son bâton, et se met à crier d'un ton d'autorité : Gardes du corps, retirez-vous, le roi ne vient point au salut! A cet ordre tout obéit, les gardes s'en vont, et Brissac se colle derrière un pilier. Grand murmure dans les travées qui étoient pleines, et, un moment après, chaque femme souffle sa bougie et s'en va, et si bien qu'il n'y demeure en tout «jue madame de Dangeau et deux autres assezdu commun. G'étoit dans l'ancienne chapelle. Les officiers, qui étoient avertis.
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avoient arrêté les gardes dans l'escalier de Blouin et dans les paliers, où ils étoient bien cachés, et quand Brissac eut donné tout loisir aux dames de s'éloigner, et de ne pouvoir entendre le retour des gardes, il les fit reposter. Tout cela fut ménagé si juste. que le roi arriva un moment après, et que le salut commença. Le roi, quifaisoit toujours des yeux le tour des tribunes, et qui les trouvoit toujours pleines et pressées, fut dans la plus grande surprise du monde de n'y trouver en tout et pour tout que madame de Dangeau et ces deux autres femmes ; il en parla dès en sortant de sa travée avec un grand étonnement; Brissac, qui marchoit toujours près de lui, se mita rire, et lui conta le tour qu'il avoit fait à ces bonnes dévotes de cour, dont il s'étoit lassé de voir le roi la dupe. Le roi en rit beaucoup, et encore plus le courtisan. On sut à peu près qui étoient celles qui avoient soufflé leurs bougies et pris leur parti sur ce que le roi ne viendrait point, et il y en eut de furieuses, qui vouloient dévisager Brissac , qui ne le méritoit pas mal par tous les propos qu'il tint sur elles. »
Madame de Dangeau , voyant son mari arrivé aune vieillesse déjà bien extraordinaire, il avait plus de quatre-vingts ans, voulait l'amener aux austérités de sa piété. Madame de Maintenon, dans laquelle on ne peut trop admirer les profondeurs du bon sens, écrivait, en 1718, à madame de Dangeau : « Vous n'en ferez jamais un solitaire; n'ètes-vous pas trop heureuse de le voir un bon chrétien?.. » Et ailleurs : « Je crains que vous ne rebutiez M. de Dangeau; vous êtes austère, et vous ne comprenez point assez la force de l'habitude. »'La force de l'habitude; ce mot est plein d'éclairs, prononcé par madame de Maintenon.
On peut dire qu'à dater de sa retraite de la cour, Dangeau ne chercha plus que dans les lettres et dans les soins académiques le charme et le passe-temps de ses dernières années. Nous avons raconté plus haut l'entrée de Dangeau à l'Académie française, en 1668. Il y prit le rôle qui convenait à merveille à sa bienveillance et à la courtoisie de son caractère. Il se fit l'intermédiaire officieux entre ses nouveaux confrères et les bontés du roi. Les registres de l'Académie française, conservés à l'Institut, sont pleins du nom et des services de Dangeau et de la reconnaissance de l'Académie.
k24 mars 1684. L'abbé Régnier a rapporté à la compagnie qu'il étoit allé à Versailles, le jeudi 22, dans le carrosse de M. le marquis de Dangeau, et que, le vendredi 23, il avoit été présenté au roi par M. de Saint-Aignan, comme S. M. alloit à la messe, et lui avoit dit ces propres paroles, en lui présentant le mémoire : Sire, l'Académie