AOUT IC
gneur alla dîner à Meudon et revint le soir — Le maréchal de Villeroy s'est approché de l'Escaut, après avoir passé la Dender ; il a campé ces jours ici à deux lieues d'Oudenarde. M. l'électeur de Bavière a fait partir ses gros bagages et son artillerie, et le jour d'après il les a suivis et a quitté le camp de Rousselaer, qui étoitle mouvement que nous voulions l'obliger de faire par la marche du maréchal de Villeroy, qui se seroit joint au maréchal de Catinat. M. l'électeur est présentement campé sur la bruyère de Bruges. — On a des lettres de Dantzick du 1%, qui portent que les Polonois ne paroissent contents ni du procédé ni de la personne de l'électeur de Saxe ; mais il est à Cracovie avec des troupes, et le jour pour son couronnement est pris au 15 septembre.
Mercredi 28, à Mari y. — Le roi tint le conseil le matin et l'après-dlnée, et puis donna congé à ses ministres jusqu'à son retour à Versailles. La princesse vint ici sur les cinq heures ; elle se promena longtemps avec le roi, et elle soupa chez madame de Maintenon avant que de retourner à Versailles. — Le comte d'Estrées arriva le 18 à Toulon, avec les vaisseaux qui ont servi au siège de Barcelone, et M. de Forville est arrivé a Marseille, avec quinze galères qui avoient aussi servi à ce siège; les autres quinze galères sont entrées dans le port de Barcelone, aux ordres du bailli de Noailles; on a trouvé da*hs Barcelone deux cents pièces de canon , outre les trente que M. de Vendôme avoit laissées aux assiégés par la capitulation.
Jexuii 29, à Marhj, — Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici sur les cinq heures. Le roi les mena d'abord promener, et puis ils furent renfermés assez longtemps ensemble. A huit heures, la reine se mit au jeu ; ils soupèrent ici, et ensuite s'en retournèrent à Saint-Germain. — Nos plénipotentiaires à Ryswyck ont ordre de signer la paix aux conditions que le roi a proposées, et de rendre Barcelone sans rien demander pour l'équivalent, en cas que t. vi. i?
les alliés signent la paix avant le dernier jour de ce mois ; mais, s'ils attendent dans le mois de septembre, nos plénipotentiaires feront de nouvelles propositions et ne donneront point de nouveaux délais. Ainsi cela est bien de l'intérêt des alliés de finir l'affaire durant ces deux jours ici , car ils n'en seront pas quittes à si bon marché. Us espéroienttoujours que S. M. leur donnerait quelque délai, mais jusques ici il ne nous parolt pas que ce soit son intention.
Vendredi 30, à Marly. — Le roi travailla le matin avec le P. de la Chaise. L'après-dinèe il alla à Saint-Germain prendre la reine d'Angleterre, et la mena dans la forêt voir courre le cerf par les chiens de M. du Maine. L'équipage étoit vêtu de neuf et fort magnifique. 11 y avait, dans la calèche avec le roi, la reine d'Angleterre , Madame et Mademoiselle ; le roi d'Angleterre et Monseigneur étoient à cheval. — 11 arriva un courrier de Pologne parti de Varsovie du U ; il apporte beaucoup de bonnes nouvelles pour M. le prince de Conty. Son parti prend le dessus, et il y a grande apparence que ce prince partira bientôt pour aller profiter de cette bonne disposition. Le roi lui donne tout l'argent que l'on demande en ce paysla et les vaisseaux dont il peut avoir besoin ; cela n'empêche pas qu'il n'y ait encore de grandes difficultés à surmonter, mais M. le prince de Conty croit qu'il doit aller soutenir -son parti. Le roi approuve sa résolution.
Samedi 31 , à Versailles. — Le roi revint ici le soir après avoir passé la journée à se promener dans ses jardins à Marly. La princesse alla le trouver chez madame de Maintenon à son ordinaire ; durant les voyages de Marly, elle ne le voit que tous les deux jours ; ici elle le voit tous les soirs. — Lappara, qui a conduit les travaux au siège de Barcelone, arriva ici; le roi, en arrivant, lui dit qu'il le faisoit maréchal de camp; il partit de Barcelone le 2'V. M. de Vendôme de voit être reçu vice-roi le 25 dans les cérémonies accoutumées. En pareille occasion .
ils donnent d'ordinaire 50,000 écus à leur nouveau viceroi. — Par tous les détails que nous apprenons des affaires de Pologne il y a tout sujet d'espérer que le parti de l'électeur de Saxe ne tiendra pas contre celui de M. le prince deConty; l'armée de la couronne parolt plus favorable à ce prince qu'à l'électeur de Saxe, quoique le grand et le petit général soient pour cet électeur.
Dimanche 1 er septembre , à Versailles. — M. le prince de Gonty eut une grande audience du roi dans son cabinet avant la messe; il en sortit les larmes aux yeux, et les courtisans ne doutèrent point que ce ne fût un adieu, et avec raison, car ce prince partit l'après-dlnée (1). Il eut la bonté, en sortant d'avec le roi, de me conter la conversation qu'il venoit d'avoir avec S. M. , qui a trouvé à propos qu'il partit incessamment pour s'aller mettre à la tète de son parti en Pologne ; il portera avec lui 2,400,000 livres, et outre cela le roi lui fait donner 100,000 francs pour son équipage. 11 partira mardi au soir de Paris pour arriver jeudi matin à Dunkerque, qui sera le temps de la marée. Le chevalier Jean Bart assure qu'il le mènera heureusement, malgré la flotte angloise qui est devant Dunkerque. Le roi laisse à M. le prince de Conty la disposition des cinq frégates qu'il mène avec lui ; il les gardera tant qu'il lui plaira. Elles le ramèneroient en France, s'il étoit obligé d'y revenir; il les gardera sur les côtes de Pologne, s'il croit en avoir besoin. 11 compte d'aborder
(1) La reine douairière de Pologne ne connut guère ses véritables intérêts «lafis cette grande affaire. Klli; étoit mère de trois princes ; il étoit naturel qu elle cliercliatà conserver la couronne à l'alné; mais son inclination pour le second, nommé Alexandre , lit qu'elle raliaissa le prince Jacques son aîné , et qu'elle fienlit par cette manoeuvre tous les (tartisans «lu feu roi. Ainsi elle ne put conserver la couronne dans sa maison, et elle n'eut plus de crédit à offrir au\ autres concurrents. M. le prince de Conty se vit à regret destiné à tant d'honneurs. On a prétendu qu'il étoit retenu ici (tardes liens plus forts, qu'il rompit pourtant, mais qu'il n'eut pas la force «le rompre assez tôt. ( A'o/e du duc de Luyne*.)
vers Dantzick, et trouvera à Oliva six mille hommes commandés par un palatin qui est toutà fait dans ses intérêts. Si les magistrats de Dantzick ne le vouloieni pas recevoir, il pourroit descendre àPutzig. Il emmène avec lui Forval, qui connoît fort ce pays-la. Le roi lui a parlé avec tant d'amitié, tant d'estime , tant de confiance , et lui donne tout ce qu'il souhaite si noblement, que ce prince part pénétré des bontés et de la générosité du roi, qui a eu dans tout le cours de cette affaire-là le procédé du monde le plus noble, le plus obligeant et le plus sage. M. le prince de Conty a prié S. M. de ne point traiter madame la princesse de Conty de reine jusqu'à ce qu'il eût nouvelles qu'il fût roi paisible, lui disant que, s'il étoit obligé de revenir en France , il ne souhaitoit point d'avoir eu un rang qui pût embarrasser S. M.; qu'il se trouvoit assez honoré d'être prince de son sang. M. le prince de Conty compte qu'il ne s'embarquera que cinquante personnes avec lui. Le roi lui a dit qu'il avoit toujours loué et approuvé l'amitié que Monseigneur avoit pour lui, et qu'il avoit vu avec plaisir le bon goût qu'avoit son fils. M. le prince de Conty lui voulut parler des temps malheureux où il avoit été mal avec lui , et le roi lui dit qu'il avoit eu depuis ce temps-là une si bonne conduite qu'elle lui avoit fait oublier entièrement ce qui avoit pu les brouiller, et qu'ainsi il n'y falloit jamais songer de part ni d'autre. Le roi dit à M. le prince de Conty qu'il ne désespéroit pas encore de le revoir, et qu'il comptoit si fort sur son amitié qu'il s'attendoit que, quand il seroitroi paisible, il voudroit bien traverser l'Allemagne pour le venir voir. Enfin le roi n'oublia rien de tout ce qu'il y a de plus tendre et de plus gracieux, et cela augmente encore, s'il se peut, l'attachement que ce prince avoit pour S. M. Il alla dîner chez Monseigneur pour prendre congé de lui, et Monseigneur lui témoigna encore plus d'amitié que jamais, lui disant : « J'avoue que je suis au désespoir que nous nous séparions, quoique je sois bien aise de penser
que voire mérite va être récompensé et que vous allez être un des plus grands rois du monde. »
Lundi 2, à Versailles. — M. de Lauzun demanda au roi, à son lever, permission pour le chevalier de Lauzun son frère , de suivre M. le prince de Conty en Pologne. — On eut nouvelle que Pointis étoit arrivé à Brest avec cinq vaisseaux chargés de tout l'argent qu'il a pris à Carthagène. Il trouva à la hauteur de Brest six vaisseaux anglois qui l'attendoient; il prit le parti de les aller attaquer, quoiqu'il fût le plus foible , et, après les avoir canonnés durant trois heures, il profita du vent qui lui étoit favorable, fit force de voile et entra dans le port de Brest, son dessein n'étant pas de combattre les ennemis, mais de mettre sa prise en sûreté. En arrivant à Brest, il lit partir Sorel, qui servoit avec lui d'inspecteur d'infanterie, qui étoit sur cet armement, et c'est lui à qui on se rapportera des démêlés qu'a eus M. de Pointis avec Ducasse sur le partage que dévoient avoir les flibustiers dans l'argent prisàCarthagène. Un habitant de cette ville-là donna une émeraude grosse comme le poing, à condition qu'on la donneroit de sa part au roi.
Mardi 3 , à Versailles. — Il fut résolu que le conseil ne viendroit point cette année à Fontainebleau; ce qui donnera beaucoup "de logements, dont oh a grand besoin. — M. le chancelier présenta à S. M. madame de Harlay, sa fille , qui s'en va à Delft trouver son mari. — Sur les sept heures il arriva ici un Polonois, frère d'un palatin, qui apporte des lettres au roi du cardinal primat qui prie S. M., si le roi leur maître n'est point parti, de le presser de partir incessamment. Le roi envoya M. de Torcy à M. le prince de Conty, tant pour lui donner ses derniers ordres que pour lui porter les lettres de Pologne, et ce prince à onze heures du soir monta en chaise à Paris. Je passai une partie de Vaprès-dlnée avec lui et revins ici au coucher du roi, qui nous parla fort des bonnes nouvelles qu'il venoit d'avoir de Pologne. Le
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primat assure que M. le prince de Conty, qu'ils n'appellent plus que leur roi, sera bien reçu, et à Dantzick même, les magistrats de cette ville le prient seulement de n'y entrerqu'avec quatre cents hommes. Le parti de l'électeur de Saxe diminue tous les jours. Le prince Jacques même l'abandonne; beaucoup de noblesse se confédéré pour M. le prince de Conty, et si ce prince peut arriver bientôt, comme on l'espère , on ne doute point du succès de cette affaire. Bart, à qui le roi avoit donné neuf vaisseaux, en a fait désarmer quatre des plus pesants, et compte que la flotte angloise ne sauroit l'empêcher de passer avec les cinq autres, qui sont des vaisseaux légers et bons voiliers. Il auroit souhaité que M. le prince de Conty pût arriver à Dunkerque le mercredi au soir, parce que c'est le fort de la marée; mais iln'y pourra être que jeudi matin. Les quatre vaisseaux que Bart a fait désarmer à Dunkerque ont fait courir le bruit qu'il désarmoit tout à fait , et que M. le prince de Conty ne songeoit pas a s'embarquer A Dunkerque. On espère même que la flotte angloise, surce bruit-là, sera peut-être moins sur ses gardes; en tous cas, Bart répond toujours sur sa tète qu'il passera.
Mercredi U, à Mention. — Le roi vint ici l'après-dlné<en chassant. Monseigneur y étoit venu dès le mardi pour l'y attendre et l'y recevoir. La princesse vit le roi avant qu'il allât à la messe, et puis elle alla à Saint-Cyr, d'où elle reconduisit madame de Maintenon jusqu'à Chaville. — M. de Pontchartrain avoit envoyé quérir, il y a quelques jours, Samuel Bernard pour lui ordonnerde trouver dans vingt-quatre heures 700,000 francs en or dont on avoit besoin pour faire partir M. le prince de Conty. Samuel Bernard revint au lx>ut des vingtrquatre heures et trouva un million en or et dix millions en argent. Jamais le crédit n'a été si grand ; la confiance qu'on a dans le roi et dans son ministre est à tel point qu'après neuf ans de la plus grande guerre du monde, le roi trouve tant d'argent qu'on veut à six pour cent ; et au commencement
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de la guerre on n'en trouvoit qu'à douze pour cent.
Jeudi 5 , à Mewlon. — La princesse vint ici sur les cinq heures, mais le temps fut si vilain qu'on ne put se promener ; elle demeura toujours chez madame de Maintenon avec le roi; elle y soupa et ne retourna qu'à neuf heures à Versailles. — On avoit dit que M. le prince de Conty, dans son chemin, avoit perdu k ou 5,000 pistoles de l'argent qu'il porte qui étoit tombé dans les chemins , et on asu que cela n'ai loit qu'à deux ou trois cents au plus, dont même les paysans ont rapporté une partie à l'hôtel de Conty, à Paris. — On eut encore des nouvelles de Pologne qui confirment toujours que le parti de M. le prince de Conty, est fort supérieur à celui de l'électeur de Saxe. Le gentilhomme polonois qui arriva mardi nous a conté beaucoup de choses fort à l'avantage de l'abbé de Polignac. — La duchesse de la Feuillade mourut à Paris, après une maladie de deux mois.
Vendredi 6, à Meudon. — M. le prince de Conty arriva à Dunkerque jeudi après dîner; il vouloit s'embarquer le soir, mais le vent le refusa ; tout l'argent qu'il doit emporter avec lui est arrivé , ainsi rien ne le retardera. — Le roi a envoyé ordre au comte de Château-Renaud, qui étoit à Brest avec douze vaisseaux, de désarmer; on ne les laissoitrlà que pour porter M. le prince de Conty en Pologne , en cas qu'on jugeât nécessaire de le faire passer par le nord de l'Écosse. — Le courrier polonois qui arriva mardi dit que l'abbé de Polignac a été quarante-cinq jours à Varsovie sans recevoir des nouvelles de France. La reine de Pologne, qui est à Dantzick, et même logée chez le maître de la poste, interceptoit toutes ses lettres, et, pour avoir le plaisir de braver l'abbé de Polignac, elle lui en voyoit l'enveloppe des paquets. L'abbé de Polignac en a profité, faisant voir par-là aux Polonois qui se plaignoient de n'avoir point de nouvelles de M. le prince de Conty, que ce n'étoit point la faute de ce prince, et que même il étoit sûr que les réponses étoient
telles qu'ils le pouvoient désirer, puisque la reine ne les montroit pas.
Samedi 7 , à Versailles. — La princesse alla à Meudon sur les cinq heures; le roi l'y attendoil. Elle se promena avec lui dans les jardins bas jusqu'à la nuit, et puis ils revinrent ici ensemble. Monseigneur demeura à Meudon, et y sera jusqu'à mardi, que le roi ira à Marly. — On n'a point encore de nouvelles que M. le prince de Conty soit embarqué. M. de Pontchartrain , M. de Torcy et M. de Barbezieux ont des courriers à Dunkerque, qui apporteront des nouvelles. — Pendant que le roi a été à Meudon, le prévôt des marchands lui a apporté une médaille que la ville de Paris fait frapper tous les cinq ans pour le jour de sa naissance (1), et le roi fut fort content du compliment qu'il lui fit. — M. le duc d'Elbeuf est revenu de l'armée du maréchal de Bouf fiers, où il servoit de lieutenant général , et M. de Vaudemont, son beaufrère , lui avoit mandé de Bruxelles qu'il le prioil de différer son départ de quelques jours , parce qu'il espéroit que dans ce temps-là la paix seroit signée et déclarée, et qu'il le pourroit venir voir en toute sûreté.
Dimanche 8, à Versailles. — Le courrier de M. de Torcy arriva ici de Dunkerque, qui vit M. le prince de Conty s'embarquer vendredi à huit heures du soir, et à minuit il mit à la voile avec un vent très-favorable. Le samedi matin on ne voyoit plus les cinq frégates de M. le prince de Conty, et l'on voyoit toujours les vaisseaux anglois qui n'avoient fait aucun mouvement ; ainsi on croit que le voilà hors de ce danger-là. — M. le comte de Toulouse arriva ici le matin; le roi lui avoit envoyé son congé jeudi. — Le roi alla à vêpres et au salut, et travailla après vêpres et après le salut, et ne sortit point de tout
(l) Ce*! la médaille que le maréchal de la Feuillade a fondée quanti il ut la statue de la place de» Victoire*. (Aofc de Dangeau. )
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le jour. — M. le cardinal de Janson arriva, revenant de Rome ; le roi le fit venir chez madame de Ma intenon et le reçut fort bien. L'abbé Barrière, camérier secret du pape, arriva avec M. le cardinal de Janson. 11 apporte la barrette à M. le cardinal de Goislin. — M. le cardinal de Bouillon a obtenu à Rome des bulles de coadjuteur de Cluny pour l'abbé d'Auvergne, son neveu. Tous les ecclésiastiques croyoient ici que cette affaire-là reccvroit de grandes difficultés à Rome ; elle s'est faite pourtant fort aisément. .
fMndi 9 , à Versailles. — Le roi, le matin, à sa messe, donna la barrette à M. le cardinal de Goislin, avec les cérémonies accoutumées (1). — Le courrier de M. de Ponchartrain, qui étoità Dunkerque, arriva ici ; il avoit suivi M. le prince de Conty dans une barque longue jusqu'à quinze ou vingt lieues de Dunkerque, et l'avoit laissé avec vent arrière et faisant environ trois lieues par heure ; si ce vent continue, on espère qu'il arrivera bientôt au Sund. — Nos plénipotentiaires à Ryswyck ont accordé un terme de vingt jours aux alliés, et voici seulement ce qu'ils ont changé aux propositions de la paix': c'est que le roi laissoit à l'empereur l'alternative de Strasbourg ou de ce que le roi offroit pour l'équivalent, et que S. M. présentement veut garder Strasbourg en laissant à l'empereur l'équivalent qu'il avoit offert , et consent de plus de rendre Barcelone aux Espagnols, pour mieux faire voir qu'il a envie de donner la paix à l'Europe. — Mon-
(1) « Le sieur de Sainctot alla prendre le cardinal de Coislin dans son hAtel, et le conduisit à la chapelle du château dans les carrosses du roi. A la fin de la messe, l'abbé de Barrière présenta au roi un bassin de vermeil doré, dans lequel étoit le bonnet, a Sa Majesté le mit sur la téte du cardinal , qui lui lit une profonde inclination. Il alla ensuite en soutane roiu^e , camail et rochet , remercier le roi dans son appartement, et chez, les trois princes, enfants de France , à qui il présenta l'abbé île liarrière , qui lui rtinit trois brefs que le pape avoit écrits à ces princes. » (Gazelle du 14 septembre I6i»7.)
seigneur courut le loup dans la forôt deSénart, et revint coucher à Meudon.
Mardi 10, à Marly. — Le matin, au lever du roi , à Versailles, le cardinal de Bonzi prit congé de lui pour s'en aller tenir les états de Languedoc; S. M. a consenti qu'il cédât son abbaye de Valmagne à l'abbé de Castries, son neveu; il la lui donne retentis fructibus, privilège qu'ont MM. les cardinaux. — Le roi vint ici après son dîner; il a donné un logement à madame la duchesse de Foix, qui n'y étoit jamais venue. — Monseigneur alla de Meudon à l'opéra , à Paris , où madame la princesse de Gonty le vint joindre de Versailles, et ils revinrent ensemble ici. Monsieur, Madame et Mademoiselle ne sont point de ce voyage; ils seront jusqu'au voyage de Fontainebleau [sic]. Le roi partira le 19, qui sera un jeudi, et le mardi d'après le roi et la reine d'Angleterre y viendront.
Mercredi 11 , a Marly.. — Le roi tint conseil l'apresdinée, outre le conseil qu'il avoit tenu le matin, et donna congé à ses ministres pour le reste de la semaine. La princesse vint ici sur les cinq heures et se promena avec le roi jusqu'à la nuit, etsoupa ici chez madame de Maintenon avec toutes ses dames. — M. le prince Louis de Bade, qui passa le Rhin à Mayence il y a quelques jours, est campé vers Kreutznach ; on faisoit courre le bruit dans son armée qu'il passoit le Rhin pour attaquer Kirn et Ebershourg; il n'y a pas d'apparence, dans un temps où l'on croit la paix faite, qu'il veuille rien entreprendre ; outre que M. le maréchal de Choiseul est beaucoup plus fort que lui. Ce maréchal, n'ayant pu passer le Rhin au Fort-Louis à cause du débordement des eaux, l'a passé sur le pont de Strasbourg, et est présentement campé à Lampsheim.
Jeudi 12, à Marly. — Le roi se promena tout le matin, et alla lirer l'après-dlnée. — Le maréchal de Catinat, ayant été renforcé par beaucoup de troupes, traversa la
Lys le 2 de ce mois, et alla camper à Besselar. M. l'électeur de Bavière, qui étoit campé à Torhout, sur l'avis de la marche du maréchal de Catinat, fit conduire sa grosse artillerie à Bruges le 3, et, ayant ensuite appris que le maréchal de Catinat avançoit, il décampa le 6 avec beaucoup de précipitation, et, ayant marché toute la nuit, il passa le canal de Bruges. Le 7, le maréchal de Catinat alla camper à Rousselaer. — Au coucher du roi, le cardinal de Janson ayant le bougeoir (1), M. le Prince lui demanda combien il avoit demeuré de temps à Rome. Le roi prit la parole et dit : « 11 y a demeuré plus de sept ans sans aucune inquiétude, et a été ravi quand je l'ai rappelé : voilà comme il faudroit toujours qu'on fit dans les emplois éloignés. »
Vendredi 13, à Marly. — Le matin, le roi fut longtemps enfermé chez madame de M ain tenon avec M. de Pontchartrain et M. de Torcy. L'après-dlnée, la princesse vint ici sur les cinq heures, et se promena avec le roi jusqu'à la nuit; elle soupa chez madame de Maintenon avec toutes ses dames. — Il y a des nouvelles de Venise qui disent que, le 6 du mois passé, il y eut un grand combat
(I) « Il n'y a que le roi seul, dit YKtat de. la France, qui ait un bougeoir à deuv bobèche*, et pai conséquent à deux bougies. » Au grand coucher du roi , l'aumônier de jour tenait le bougeoir pendant que le roi faisait ses prières à la ruelle de son lit , agenouillé sur deux coussins préparés à terre devant un fauteuil. Apres la prière du roi , le premier valet de chambre prenait le bougeoir des mains de l'aumônier, et, lorsque le roi était arrivé devant le fauteuil ou il se déshabillait, le grand chambellan ou le premier gentilhomme de la chambre lui demandait a qui il voulait donner le bougeoir. « Sa Majesté, ayanl iwrcouru des yeux l'assemblée, nomme celui à qui il veut faire cet honneur. Le roi le fait donner plus ordinairement aux prince* et seigneurs étrangers, quand il s'en rencontre. »
Le roi déshabillé, et ayant pris sa chemise de nuit, « fait une révérence pour donner le bonsoir aux courtisans. Le premier valet de cliambre reprend le bougeoir au seigneur qui le tenoit. Les huissiers de chambre crient tout haut : Allons, Messieurs , passez. Toute la cour se retire, » et il ne reste dans la i-hambre que ceux qui ont le droit d'assister au petit coucher du roi. ( L'Elut de lu France [ par Besongne ], 1694 , pages 312 à 316, passim. )
naval entre les Turcs et les Vénitiens, entre Lemnos et Ténédos ; il ne parolt pas qu'il y ait eu un avantage considérable de part et d'autre. — Dans l'assemblée du V de ce mois à Ryswyck, nos plénipotentiaires déclarèrent que quand l'empereur et l'empire auraient consenti à la cession de Strasbourg, le roi rendroit Barcelone à l'Espagne, et que S. M. espère que le roi catholiqûe voudra bien lui céder quelques villages de la dépendance d'Ath qui sont entre Tournay et Gondé. — On a des lettres du 31 de Dantzick, qui portent que, le 26, la diète s'étoit ouverte très-paisiblement à Varsovie, et qu'un nonce du parti saxon, ayant voulu troubler les délibérations, avoit été chassé du Colo et ensuite tué. La confédération de la noblesse de la grande Pologne, qui est pour M. le prince de Conty, continue et augmente tous les jours. Dans la plupart des petites diètes, les lettres circulaires de l'évèque de Cujavie ont été fort méprisées ; il y en a même eu où elles ont été déchirées par la main du bourreau.
Samedi \ V , à Versailles. — Le roi partit de Mari y à cinq heures. Il alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre, et puis revint ici. Monseigneur alla de Marly dîner à Meudon, et revint ici le soir. — 11 arriva un courrier du maréchal de Boufflers, qui rend compte au roi d'une nouvelle conférence qu'il a eue avec milord Portland, et qui a été fort longue. Ce maréchal est campé à Soignies, et a détaché le comte de Tallard avec dixhuit bataillons et autant d'escadrons, qui a relevé le comte de Montrevel, qui ocupe le poste deGramontet qui est allé rejoindre le maréchal de Catinat. — J'appris que le chevalier de Sillery, premier écuyer de M. le prince de Conty, avant que de partir pour la Pologne avec ce prince, avoit épousé mademoiselle Bigot, fille fort riche, avec qui il vivoit en grand commerce depuis longtemps.
Dimanche 15, à Versailles. — Saint-Louis, que M. le prince de Conty avoit envoyé en Pologne au commencement du mois passé, est revenu; il partit de Varsovie
le l"de ce mois. Toute la noblesse qui y étoit assemblée a déclaré l'élection faite en faveur de M. le prince de Conty légitime et selon toutes les lois du royaume. Avant que de se séparer, ils ont nommé des députés pour aller trouver l'électeur de Saxe et le prier de sortir de Cracovie et du royaume, à moins de quoi, bien loin de le regarder comme un prince prétendant à la couronne, ils ne le regarderoient que comme l'ennemi de l'État. Ils ont établi ' une garde auprès du corps du feu roi dans Varsovie, afin qu'on ne puisse l'enlever, et qu'ainsi l'électeur de Saxe ne puisse se faire couronner roi à Cracovie, dont il est le maître, parce qu'il faut toujours y faire les obsèques du roi défunt avant que le nouveau roi y soit couronné. La noblesse de la grande Pologne s'est presque toute déclarée aussi pour M. le prince de Conty, et l'affaire va encore mieux qu'on n'avoit osé espérer.
Lundi 16, à Versailles. — Le roi se promena le soir à pied dans ses jardins. La princesse, qui étoit allée a la pèche, le vint trouver à son retour, comme elle a accoutumé de faire. — Le roi nous dit à son coucher que l'abbé de Polignac lui mandoit par le courrier qui arriva hier que si M. le prince de Conty n 'étoit point parti, il pouvoit se mettre en chemin avec pleine confiance de trouver les affaires en Pologne dans l'état qu'il le pouvoit désirer. Ceux qui balancent encore en ce pays-là n'attendent que son arrivée pour se déclarer ouvertement. L'assemblée de la noblesse à Varsovie s'est séparée après y avoir pris les résolutions qui lui étoient lesplus favorables. Un palatin de la grandePologneécritau roi, et lui mande qu'il a eu l'honneur d'être nourri dans ses mousquetaires, qu'il s'est trouvé bien heureux dans cette occasion ici de pouvoir marquer son respect pour sa personne sacrée et son attachement pour la France, et qu'il assure S. M. qu'il inspirera ses sentiments à tous les gens qui sont de sa dépendance, et ce palatin est un de ceux qui s'est le plus distingué en faveur de M. le prince de
Conty. Le roî nous dit qu'il lui teroit l'honneur de lui écrire une lettre de remerciements et très-obli géante.
Mardi 17, à Versailles. — Le roi tint conseil l'aprèsdinée, outre le conseil qu'il avoit tenu le matin. Monseigneur alla dîner à Meudon et y coucha. — Une corvette qui avoit suivi M. le prince de Conty est arrivée à Dunkerque; elle laissa ce prince à la hauteur de Flécher, en Norwége, le 10 de ce mois, d'où il voit la pointe du Jutland. Il a toujours eu un vent fort favorable jusque-là. Il trouva le 8 de ce mois, à l'embouchure de la Meuse , neuf gros vaisseaux ennemis qui apparemment attendoient son passage , mais le vent étoit si forcé que quelques efforts qu'ils lissent ils ne purent lever leurs ancres; ainsi il passa heureusement. M. le prince de Conty écrit du 10 au matin qu'il est présentement dans un si grand calme qu'il ne peut presque avancer; mais l'officier qui est venu par la corvette dit que le vent est bientôt revenu, et qu'il croit que ce prince aura pu passer le Sund le 12. Bart écrit aussi au roi que la navigation ne pouvoit pas être plus heureuse jusque-là. On compte que M. le prince de Conty doit être arrivé présentement à Dantzick , où sa présence achèvera de dissiper le parti qui lui est contraire en Pologne.
Mercredi 18, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée à Marly pour ordonner tout ce qu'il veut qu'on y fasse durant le voyage de Fontainebleau. — Monseigneur alla de Meudon coucher à Frémont chez M. le chevalier de Lorraine. Messeigneurs ses enfants allèrent coucher au Plessis chez Frudhomme. — La princesse alla à Saint- Cyr l'après-dlnée, et revint le soir à son ordinaire chez madame de MainUmon. — On apprit le matin la mort du duc de Duras, fils aîné du maréchal de ce nom ; il laisse deux filles qui emporteront la plus grande partie du bien de cette maison. 11 ne reste au maréchal qu'un fils qui a treize ans, à qui le roi vient de donner le régiment de cavalerie qu'avoit le duc son frère. — M. Pelletier * le
ministre obtint du roi la permission de se retirer (1), et quitte tous ses emplois et vouloit ne se réserver aucune pension ; mais S. M. l'a forcé de prendre une pension de 20,000 francs. Ucomptoit qu'il pourroit vivre doucement avec 12,000 francs de rente qu'il a. 11 touchoit du roi plus de 80,000 francs; il n'étoit chargé quasi de rien. Le roi avoit beaucoup de confiance en lui et l'aimoit. C'est la seule dévotion qui lui a fait prendre ce parti-là; il l'avoit confié au roi il y a déjà quelques jours, et le roi l'avoit prié de prendre du temps pour y songer. Il n'en avoit parlé à personne de sa famille , comprenant bien qu'ils s'opposeroient tous à cette résolution. 11 parla au roi, en se séparant, d'une manière si touchante que S. M. en fut fort attendrie , et en sortant du conseil monta en carrosse pour aller à Villeneuve-SaintrGeorges chez lui et ne voulut voir personne. Le roi en parla plusieurs fois dans la journée et toujours avec de grandes louanges et le regrettant fort. La seule grâce qu'il demanda au roi, c'est que S. M. voulût bien donner à son fils, le président à mortier, une pension de 2,000 écus que lui M. Pelletier avoit il y a trente ans, et le roi la lui accorda.
*M. Pelletier étoit un homme de sens, mais d'esprit médiocre, timide et peu travailleur, d'une grande justice , d'un grand désintéressement et qui avoit des amis. M. le Tellier et M. de Louvois avoient
(I) Il aimott les savant* et le» lettres, et avoit été élevé parmi eux. Le grand Jérôme Bignon et Mathieu Molé aiinoient qu'il leur rendit compte de ses études. 11 dut sa fortune à sa bonne réputation : il étoit arrière-petit-tils par sa mère du fameux Pierre Pisson, celui qui a rédigé par articles les tibertés de l'Église gallicane. On dit aussi qu'il étoit parent de M. le Tellier. Il avoit épousé Marguerite Heuriau ,et c'est ce qui lit dans la suite la fortune de M. d'ArmenonvïHe son beau-frère. On lui est redevable de la cliaire pour le droit françois, dont il procura rétablissement. On a de lui quelques petits ouvrages latins imprimés, qui marquent plus la pureté de ses rouws et la sagesse de son esprit qu'ils ne font voir d'étendue, d'élévation. M. de Louvois disoit «le hii, quand il se plaignoit de la difficulté «le sa place : On nous a .lonné un contrôleur général qui trouve le monde bien grand. ( JV«V dit dite de Lvfnet.)
JOURNAL DE DÀNGEAU.
une telle confiance en lui qu'il étoit l'arbitre de leurs affaires domestiques et des contrariétés qui arrivoient quelquefois entre eux , mais qui ne paroissoient jamais au monde, et ce furent eux qui le firent contrôleur général après M. Colbcrt. Le contraste étoit un peu fort; mais les temps de prospérité et d'abondance souffrent tout. Dès que la guerre de 1688 fut résolue, il se fit justice sur l'incapacité d'en soutenir le poids , et il eut scrupule de la manière de le faire. Le roi eut peine à lui laisser quitter les finances, et lui proposa son frère Pelletier de Souzy pour le remplacer, qui étoit conseiller d'État et intendant des finances, qui eut depuis les fortifications à la mort de Louvois, et dont le fils, M. Desforts, a été contrôleur général en son temps. Pelletier, en honnête homme , et qui croyoit ne devoir pas exposer son frère aux tentations, en détourna le roi, qui admira sa vertu et qui, sur sa parole, donna les finances àPontchartrain. M. Pelletier, simple ministre, conserva toujours la confiance du roi, qui, voyant vieillir et tomber le chancelier, lui témoigna qu'il lui destinoit cette grande place. Pelletier, de plus en plus dans la solide piété et qui projetoit une retraite , craignit si fort de nouveaux liens qu'il la hâta et en obtint la liberté avec peine. Il la soutint admirablement en tout ; il voyoit le roi deux fois l'an, et eut plus de crédit pour sa famille et le marqua plus par ce qu'il obtint pour elle, depuis sa retraite, qu'il u'avoit fait pendant son ministère.
Jeudi 19, voyage de Fontainebleau. — Le roi partit de Versailles à dix heures, et vint tète à tête avec madame la princesse de Conty jusqu'à Frémont, où Monsieur, Madame, Mademoiselle et madame de Ventadour montèrent dans son carrosse. 11 arriva ici sur les cinq heures et ne s'arrêta point en chemin ; il avoit mangé avant que de partir de Versailles. Monseigneur partit de Frémont de bon matin et vint ici, à l'entrée de la forêt, courre le loup. Les princes qui avoient couché au Plessis arrivèrent de bonne heure. La princesse partit de Versailles avant le roi, avec toutes ses dames, et arriva un peu après le roi. Elle ne s'arrêta point en chemin; elle avoit mangé à Versailles. — J'apprisque le roi avoit donné à M. de Pomponne le soin des postes, dont M. Pelletier étoit chargé.
Vendredi 20, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf, et au retour il vint dans l'appartement de la reine-mère,
où se promenoit la princesse, et s'amusa quelque temps sur le balcon a la voir pécher. Monseigneur courut le cerf avec le roi. Messeigneurs ses enfants y étoient tous trois, et furent à la mort du cerf, quoique la chasse fût fort longue. — On mande de Hongrie que les Turcs ont passé le Danube pour entrer en Transylvanie ou dans la haute Hongrie, et qu'on assure que la révolte a recommencé depuis que les troupes de l'empereur s'en sont éloignées. — L'électeur de Saxe, qui est toujours a Cracovie , a envoyé un de ses principaux officiers en Saxe pour en faire venir des troupes et de l'artillerie.
Samedi 21, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur se promena àTentour du canal avec madame la princesse de Conty. La princesse alla à Moret * , dans un couvent où madame de Maintenon étoit allée dès le matin. Le soir il y eut comédie. — M. le maréchal de Villeroy a ordre, en cas que la paix ne soit point signée, de s'approcher d'Oudenarde , et, par le mouvement de nos troupes , les ennemis auront sujet de croire que nous en voulons faire le siège. — M. de Vendôme a quitté Barcelone, et s'avance dans le pays pour se rendre maître de quelques châteaux qui l'auroient incommodé quand il séparera ses troupes. — On faisoit courir le bruit que le prince de Bade vouloit faire le siège d'Ébersbourg. Il a reçu un renfort considérable des troupes de Brandebourg et de Munster, mais avec cela il est encore plus foible que le maréchal de Choiseul, et de plus on croit que la paix est faite; elle doit avoir été signée vendredi.
* Ce couvent de Moret est une énigme qui n'est pas encore mise au net. C'est un petit couvent borgne , où étoit professe une Moresse inconnue à tout le monde, hors à Bontemps , premier valet de chambre du roi et gouverneur de Versailles, par qui leschosesde secret domestique passoient de tout temps. Il avoit payé une dot qui ne se disoit point, payoit exactement une grosse pension, avoit soiu de plus que rien de nécessaire ne manquAt à cette Moresse, ni rien mftne de ce que l'abon- T. vi. 13
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dauce d une religieuse peut désirer Madame de Maintenon y alloit très -souvent de Fontainebleau et prenoitsoiu du bien-être du couvent, où la feue reine alloit souvent, et donnoit ou procuroit beaucoup. Ni elle , ni madame de Maintenon après elle, ne montraient pas un soin direct de la Mo r esse et ne la voyoicnt pas exactement toutes les fois qu'ils alloient à ce couvent ; mais ils l'y voyoient souvent, avoient une attention fort grande à sa conduite et à celle que les supérieures avoient avec elle, et la Moresse étoit là avec plus de considération et desoins que la personne la plus connue et la plus distinguée. Monseigneur y a été une fois ou deux , et les princes ses enfants , et l'ont demandée, et elle-même se prévaloit fort du mystère de ce qu'elle étoit, joint aux soins qu'où prenoit d'elle. Beaucoup de gens ont cru qu'elle étoit tille du roi et de la reine , que sa couleur avoit fait cacher et passer sa couche pour une fausse couche , et quoiqu'elle vécut là régulièrement , ou s'apercevoit bien en elle d'une vocation aidée.
Dimanche 22, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l*après-dinée. La princesse alla l'après-dlnée aux filles Sainte-Marie, à Melun, où madame de Maintenon étoit allée dès le matin. — On mande de Vienne du h de ce mois que les Turcs se sont rendus maîtres de Titoul, qu'ils y ont battu le général Nehem et qu'ensuite ils ont marché vers Peterwaradin. — Il arriva le soir à onze heures un aide de camp de M. le maréchal de Boufflers; on ne doute pas qu'il n'apporte la nouvelle que la paix a été signée dès vendredi à Ryswyck , parce que M. de Bavière l'a mandé lui-môme. On attend ici M. de Cely, fils de M. de Harlay, notre premier plénipotentiaire , qui est celui qui doit apporter la nouvelle de la signature; mais on ne croit pas qu'il fasse diligence parce que c'est un jeune homme qui n'est pas accoutumé ;Y courre la poste. — Les lettres d'Allemagne disent que l'électeur de Saxe fait passer beaucoup d'argent en Pologne ; mais on ne croit pas qu'il en puisse tant faire venir que M. le prince de Conty en porte.
Lundi 23, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf avec les chiens de M. du Maine. La princesse étoit avec lui dans sa calèche; madame de Maintenon et madame la duchesse du Lude au derrière; ils furent à la morl
du cerf. Monseigneur et Messeigneurs ses enfants éloient à cheval. Le soir il y eut comédie. — Il arriva encore le matin un courrier de M. de Boufflers qui accompagne un courrier que M. de Bavière envoie en Espagne pour porter nouvelle de la signature de la paix. Il passa, quatre heures après, un autre courrier du comte de Quiros, premier plénipotentiaire d'Espagne; et M. de Bavière a fait écrire ici pour prier qu'on amusât ici quelques heures ce dernier courrier afin que le sien arrive le premier. Le roi nous conta que ce courrier n'avoit point d'argent pour faire son voyage et qu'il lui en avoit fait donner. Ce courrier dit que la paix fut achevée de signersamedi 21, à six heures du matin, les plénipotentiaires y avant travaillé toute la nuit.
Mardi 2V, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée, mais la pluie le fit revenir de bonne heure. Monseigneur courut le loup et s'amusa ensuite à jouer chez madame la princesse de Gonty. La princesse dîna chez la duchesse du Lude et ne fut qu'un moment dehors ; la pluie lui fit quitter la pèche. Les princesses vinrent chez elle à six heures; elles dansèrent ensemble , et cela se passa plus gaiement qu'à l'ordinaire. Le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent le soir; le roi les alla recevoir dans le salon devant la chapelle, et fut ensuite assez longtemps enfermé avec eux. — On eut des lettres de Dantzick du 11 qui portent que le parti de M. le prince de Conty se fortifie tous les jours. On mande que, pourvu qu'il arrive avant l'hiver, on espère qu'il surmontera aisément les difficultés; ils n'ont encore aucun avis de son départ d'ici. On a des lettres d'Elseneur du IV, qui disent qu'il passa le Sund ce jour-là; ainsi on croit qu'il sera arrivé à Dantzick le 17 qu le 18. — Par l'ordinaire de Hollande on eut des lettres de nos plénipotentiaires, du 20, qui mandent au roi qu'ils doivent signer la paix à minuit aux dernières conditions que S. M. a proposées, c'estrà-dire gardant Strasbourg ; et les Espagnols nous
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cèdent les dix-sept villages de la dépendance d'Ath que nous avons demandés. On ne sait point encore si les plénipotentiaires de l'empereur auront signé, mais ceux d'Espagne , d'Angleterre et de Hollande signent et s'obligent dans six semaines de faire signer l'empereur. On attend incessamment M. de Cely, qui apportera la nouvelle de la signature, et le roi ordonna à M. deTorcy, s'il arrivoit pendant que S. M. seroit avec Leurs Majestés Britanniques, de ne l'en point venir avertir, le roi songeant à leur épargner tous les petits dégoûts que cela pourroit leur donner.
Mercredi 23, à Fontainebleau. — Pendant que Leurs Majestés Britanniques sont ici, le roi ne va à la messe qu'après le conseil , et ensuite il va prendre la reine dans son appartement et la conduit en bas dans la chapelle , la reine à genoux entre les deux rois pendant la messe, et le roi donne toujours la droite au roi d'Angleterre. — 11 arriva le matin un courrier du maréchal de Boufflers, qui mande au roi que M. l'électeur de Bavière lui avoit envoyé le baron de Simeoni , gentilhomme de sa chambre, pour savoir s'il n'avoit point des ordres du roi de faire cesser les actes d'hostilités, afin qu'il les fit cesser de son côté , la paix étant signée avec l'Espagne. Le baron de Simeoni dit au maréchal que M. l'électeur avoit vu le traité en original que le comte de Quiros envoie au roi d'Espagne. Ce courrier du comte de Quiros arriva ici le soir, et l'on est étonné que M. de Cely ne soit pas encore arrivé. M. de Bavière mande au maréchal de Boufilers que dans deux jours il fera faire des réjouissances dans son armée de la bataille que le prince Eugène a gagnée en Hongrie contre les Turcs, dans laquelle il leur a tué dix ou douze mille hommes et pris quatre-vingts pièces de canon. Nous n'avons point eu ces avis-là par d'autres endroits. — Le roi et la reine d'Angleterre allèrent voir Monseigneur, la princesse, Monsieur et Madame, ot ensuite à sept heures le roi les mena àl'ap-
partement , où il demeura pendant la musique , et puis, après avoir vu mettre la reine au jeu, il alla chez madame de Mai n tenon , à son ordinaire ; il commanda qu'à la musique on ne chantât rien qui eût rapport à la paix.
Jeudi 26, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf après dîner; il avoit dans sa calèche la reine d'Angleterre, Madame et Mademoiselle ; le roi d'Angleterre et Monseigneur étoient à cheval. La princesse se promena dans la forêt avec madame de Maintenon. Le soir il y eut comédie. — M. de Cely arriva à cinq heures du matin; il vit le roi dans son cabinet après le lever. Nous n'avons rien appris par lui que ce que nous savions de la signature de la paix avec l'Espagne, l'Angleterre et la Hollande, qui promettent de faire signer l'empereur dans six semaines. Ils avoient proposé, dans les commencements de la négociation , que le roi permit aux huguenots de revenir en France ; mais le roi n'a jamais rien voulu entendre la-dessus. Ils avoient proposé aussi que le roi obligeât le roi et la reine d'Angleterre de sortir de France, et ensuite s'étoient réduits à demander qu'au moins ils ne demeurassent pas à Saint-Germain si près du roi , qui est d'ordinaire à Versailles; S. M. n'a voulu non plus écouter aucunes propositions là-dessus , disant toujours que c'étoient des gens malheureux à qui il avoit donné asile, et des gens véritablement ses amis, et qu'il ne vouloit point les éloigner de lui, qu'ils étoient assez à plaindre sans augmenter encore leurs malheurs. Ainsi Leurs Majestés Britanniques demeureront à Saint-Germain. Le roi donne la paix à l'Europe aux conditions qu'il a voulu leur imposer ; il étoit le maître , et tous les ennemis en conviennent et ne sauroient s'empêcher de louer et d'admirer sa modération. — Le roi eut encore l'attention de faire dire au inaltre de musique, à la messe, de ne rien faire chanter qui eût rapport à la paix. — M. de Bonrepaux mande du \h que le roi de Danemark lui avoit permis de prendre un de ses vaisseaux pour aller au de-
vaut de M. le prince de Conty , qui paroissoit à l'entrée du Sund. S. M. Danoise, malgré les sollicitations pressantes de l'électeur de Saxe, son neveu, n'a point voulu s'opposer au passage de M. le prince de Conty.
Vendredi 27, à Fontainebleau. — Le roi alla aux toiles, où l'on avoit enfermé d'assez gros sangliers; il avoit dans son carrosse le roi d'Angleterre, à côté de lui dans le fond, la reine d'Angleterre, Madame et Mademoiselle au-devant , les duchesses de Ventadour et de Tyrconnel aux portières. Monseigneur courut le cerf avec les chiens de M. du Maine ; son cheval tomba sous lui , étant arrêté , et le blessa très-légèrement. La princesse étoit à lâchasse du sanglier, avec madame de Maintenon et toutes ses dames. — M. de Pointis arriva et salua le roi allant à la messe; il présenta à S. M. la grosse émeraude qu'il a rapportée de Carthagène. 11 se justifie fort sur l'affaire qu'il a eue avec les flibustiers, et a été très-bien reçu ici comme son action le méritoit. — Le roi eut des nouvelles de Danemark ; M. le prince de Conty passa le 15 devant le château de Cronenbourg ; le roi et la reine de Danemark , avec toute leur cour , étoient aux fenêtres du château. Bart hésita d'alwrd s'il feroit saluer la forteresse, parce qu'elle n'a pas accoutumé de rendre le salut; il prit le parti de la saluer de tout son canon, et le roi de Danemark lui fit répondre par tout celui de la forteresse. Ensuite quelques petits vaisseaux, étant venus pourvoir passer M. le prince de Conty, lui apprirent que c'étaient le roi et la reine de Danemark qui étoient à la fenêtre. Ce prince les Ht saluer une seconde fois do tout le canon de nos vaisseaux; le roi de Danemark fit faire une seconde décharge de son artillerie. Le 17, ce prince étoit devant Copenhague, où M. de Guldenlew, que nous avons vu en France , et plusieurs seigneurs , allèrent le voir. — Samuel Bernard reçut jeudi au soir, â Paris, des nouvelles deDantzick du2V; son courrier, qui étoit parti le 2, y avoit apporté la nouvelle du départ de M. le
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prince de Conty, et porté l'ordre de distribuer k ou 500,000 francs avant l'arrivée du prince de Conty, qui, selon toutes les apparences, sera bien reçu. Son parti grossit tous les jours; celui de l'électeur de Saxe diminue; ses troupes mômes désertent, et il a différé son couronnement au 29; il devoit se faire le 15.
Samedi 28, à Fontainebleau. — 11 y eut appartement ; mais le roi n'y alla pas; le roi et la reine d'Angleterre n'y allèrent point non plus. Monseigneur courut le loup; le roi d'Angleterre étoit de la chasse. — M. do Mcyercroon eut des lettres de Copenhague du 17, qui confirment tout ce qu'on avoit mandé au roi, et l'on sait de plus que le calme qui avoit retenu M. le prince de Conty devant Copenhague étoit cessé , qu'il s'étoit levé un vent très-favorable, et qu'il avoit remis à la voile le 17 au soir, et qu'apparemment il sera avant le 20 à Dantzick. — M. Rose montra au roi la lettre d'un officier qui lui écrit le 17 sur le bord de M. le prince de Conty ; il lui mande qu'ils ont des lettres de Pologne qui assurent que les seigneurs du parti de M. le prince de Conty , non contents de le vouloir servir de leurs personnes, s'étoient cotisés et avoient fait un fonds assez considérable pour engager l'armée de la couronne dans le parti de ce prince , et qu'il pou voit compter en arrivant de trouver les deux armées de Pologne et de Lithuanie dans ses intérêts. — On commence à parler fort ici du mariage de Mademoiselle avec M. le duc de Lorraine.
Dimanche 29, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer. Le roi et la reine d'Angleterre firent leurs dévotions. Monseigneur joua chez madame la princesse de Conty, et puis alla à la comédie. — On apprit que le prince de Bade avoit attaqué Ébersbourg; il a déjà brûlé la basse ville etcanonné lechàteau. Comme nousavonsune trêve signée avec les ministres de l'empereur, nous ne nous attendions pas à ce siège. Apparemment il n'a pas encore etl la nouvelle qu'il y ait une trêve signée ; elle l'est jusqu'au
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1 er novembre , et dans ce temps-là la ratification de l'Espagne pour la paix doit arriver. Les Anglois et les Hollandois n'ont demandé que trois semaines pour ratifier. Dans les lettres que les ministres du roi écrivent présentement aux plénipotentiaires, ils traitent le prince d'Orange de roi. — Par les lettres qui arrivèrent deDantzick, il y a deux jours , on apprit que la reine de Pologne en éloit sortie, sentant bien qu'elle ne pourroit empêcher les magistrats ni le peuple d'y bien recevoir M. le prince de Conty. Le prince est parti, dans l'intention de la ramener par la douceur, s'il est possible, mais jusqu'ici elle paroit fort animée contre son élection.
* Lundi 30, à Fontainebleau. — Le roi a couru le cerf; il avoit dans sa calèche la reine d'Angleterre, Madame et Mademoiselle; le roi d'Angleterre, Monseigneur et les princes ses enfants étoient à cheval. La princesse sortit avec madame de Maintenon, et fit un tour en bateau sur le canal. — Samedi, au conseil de finances, le roi arrêta tous les comptes de l'armée , et dit : « Il faut présentement chercher autant de moyens pour supprimer les édits que nous en cherchions pendant la guerre pour les établir. » S. M. a déjà cassé tous les régiments de milice, et pour soulager le peuple a déclaré qu'il ôtoit l'ustensile (1), qui monte environ à douze millions. La dépense depuis un an a passé cent quatre-vingts millions. — Nos troupes en Flandre sont revenues sous nos places, et nous mangeons nos fourrages que nous avions dans nos magasins. On avoit envoyé le congé au maréchal de Villeroy, mais il a mandé qu'il croyoit qu'il étoit à propos qu'il demeurât là encore quelque temps. — Le
(I) Utensile ou Ulencille. UtenciHes se dit , en termes de guerre , pour signifier les meubles que le* hôte» sont obliges de fournir aux soldats qu'ils logent, qui sont un lit avec des draps, un put , un verre, une écuelle. Il faut donner au- i une .place au feu et à la chandelle de l'hôte. L'utencilc w fournit quelquefois en argent , quelquefois en espèce. ( Dict. de Trévous.)
OCTOBRK 1697. 20 1
roi donna une place de femme de chambre chez la princesse à la fille de madame Quentin , sa première femme de chambre.
lUardi 1 er octobre, à Fontainebleau. — Le roi dîna de bonne heure et courut le loup. 11 partit du château avec le roi d'Angleterre , qui étoit dans le fond du carrosse avec lui ; la reine d'Angleterre et Madame au-devant et Mademoiselle à la portière. Quand ils furent arrivés au laissez-courre , le roi d'Angleterre monta à cheval et le roi monta dans une petite calèche avec les dames. Monseigneur étoit parti devant. La princesse alla se promener dans la forêt, et le hasardl ui fit rencontrer la chasse ; elle fut à la mort du loup. — On eut des nouvelles de Varsovie du 18; on n'y savoit point encore le départ de M. le prince de Conty , et il paroissoit que quelques gens de son parti se lassoient d'attendre et entroient en négociation avec l'électeur de Saxe ; mais ils auront bientôt appris depuis qu'il est parti, car on en eut la nouvelle le U à Dantzick ; et comme il doit être arrivé dès le 20 de ce mois, on ne doute pas qu'il ne ramène ceux qui commençaient à balancer, et on ne sait point si M. l'électeur de Saxe s'est fait couronner. Madame en avoit eu la nouvelle par l'Allemagne; mais cela ne se confirme point.
Mercredi 2, à Fontainebleau. — Le roi, Monseigneur ni la princesse ne sortirent point; le vilain temps les en empêcha. Le roi et Monseigneur virent jouer les bons joueurs à la paume, et la princesse joua avec ses daines dans sa chambre. —M. de Vendôme alla le 27 du mois passé pour attaquer le comte de Corsana , nouveau vice-roi de Catalogne , qui commandoit dans Barcelone quand nous l'avons pris; il fut averti un peu tard delà marche de M. de Vendôme et se retira avec beaucoup de précipitation, laissant une partie de son équipage , que l'on prit et que M. de Vendôme lui a renvoyée. Il aura apparemment reçu à cette heure la nouvelle de la paix faite; ainsi il n'attaquera point le château de Cardognc. Bercourt, un
de nos brigadier dans cette armée , allant do Barcelone à Perpignan* a été tué en chemin parles miquelets. — On envoie beaucoup de cavalerie que nous avions en Flandre au marquis d'Harcourt, afin qu'il tache à la faire subsister dans les pays dépendants de l'Empire.
Jeudi 3, à Fontainebleau. — - Le roi alla tirer; Monseigneur courut le cerf. Monseigneur le duc de Bourgogne est assez incommodé depuis quelques jours et garde le lit. La princesse alla avec toutes ses dames se promener à l'ermitage de Franchard. — Le roi eut lo matin nouvelle que le prince LouisdeBade s'étoit rendu maître d'Él>crsbourg , qui s'est assez bien défendu. — Le roi fait revenir toutes les troupes de sa maison à Paris ou aux environs ; il réforme dix hommes par brigade dans ses gardes du corps , et vingt hommes par compagnie dans son régiment des gardes. — On commence à nommer quelques ofiieiers de la princesse; elle a souhaité que ceux qui la servent à la chambre depuis qu'elle est en France demeurassent auprès d'elle, et le roi l'a bien voulu. — Madame de Mauny *, mère du marquis d'Estampes, mourut ces jours passés à Paris ; c'étoit une femme qui avoit beaucoup d'esprit, qui avoit été fort dans le monde et qui étoit retirée depuis longtemps.
* Cette madame de Mauny étoit Bruslard , fille de Puisieux , secrétaire d'État. Son mari étoit fils du maréchal d'Estampes.
Vendredi k, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf avec les chiens de M. du Maine. La reine d'Angleterre, Madame et Mademoiselle étoient avec lui. Le roi d'Angleterre et Monseigneur étoient à cheval. La princesse alla se promener dans la forêt du côté où l'on chassoit ; elle alla le soir chez la reine d'Angleterre avant l'appartement. Le roi alla à l'appartement , y entendit la musique, et puis , après avoir vu mettre la reine au jeu, il alla chez madame de Maint<-non,à son ordinaire. — M. Quentin acheta la charge du premier valet de garde robe qu'a-
voit M. Félix; il en donne 115,000 franc» dont il paye (>5,000 francs argent comptant et le reste dans un an. Le roi lui donne la survivance de cette charge pour un de ses enfants qui n'a que treize ans. — On a eu la confirmation de la bataille gagnée par le prince Eugène contre les Turcs, et on assure que le grand vizir et Taga des janissaires y ont été tués.
Samedi 5, à Fontainebleau. — On eut des lettres de Dantzick du 21 par lesquelles on apprit que M. le prince de Conty n'étoit point encore arrivé ; on l'attendoit, mais le vent étoit contraire. M. l'électeur de Saxe, au mépris de toutes les lois de la Pologne, a fait briser les portos du trésor de Cracovie , où étoient enfermés tous les ornements royaux et la couronne, et s'est fait couronner roi. N'ayant point le corps du feu roi en sa puissance , il a fait mettre une représentation dans l'église , et a fait faire son service; cela a fort déplu à beaucoup de Polonois de son parti même. Il veut soutenir ses droits par toutes sortes de violences. — Par les lettres qu'on a eues de Copenhague le 2i, on apprit que M. le prince de Conty étoit le 24- auprès de l'Ile de Bornholm; mais le vent se fit bon ce jour-là, si bien qu'on croit qu'il sera arrivé A Dantzick ie 25; il avoit été si contraire et si violent jusque-là qu'un vaisseau de Dantzick étoit venu en vingtquatre heures à Copenhague.
Dimanche 6, à Fontainebleau. — Le roi renvoie M. de Cely en Hollande; il porte à MM. les plénipotentiaires la ratification duroi pour la paix ; celle d'Angleterre doit déjà être arrivée. Le roi a fait un présent à M. de Cely de 12,000 francs, qu'il a mieux aimé prendre en diamants qu'en argent. — Le roi alla hier voir M. le duc de Bourgogne, qui continue à se trouver mal ; et aujourd'hui, au sortir du salut, il est allé chez le roi et la reine d'Angleterre, avec qui il a été longtemps enfermé; ensuite LL. MM. BB. sont venus dire adieu à Monseigneur, à la princesse, à Monsieur et à Madame. La princesse avoit été
jusqu'à l'heure du salut chez madame la princesse de Conty , où elle a joué avec Monseigneur. — M. de Savoie est à Chambéry , et demeurera six semaines en ce pays-là à visiter toute la Savoie. — Le roi envoya ordre , ces jours passés , à MM. les maréchaux qui commandent ses armées en Flandre , de donner congé aux officiers généraux qui n'auroient plus rien à faire, et il y en a déjà d'arrivés ici.
Lundi 7, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf avec les chiens de M. du Maine; il avoit dans sa calèche la reine d'Angleterre , Madame et Mademoiselle ; le roi d'Angleterre et Monseigneur étoient à cheval. La princesse alla avec madame de Maintenon et toutes ses daines voir monseigneur le duc de Bourgogne , qui est encore assez incommodé; ensuite elle alla dire adieu à la reine d'Angleterre. Le roi alla à l'appartement avec LL. MM. BB.; on y chanta un petit opéra dont un mousquetaire a fait la musique (1); le roi et les courtisans conviennent qu'elle est aussi bonne que celle de Lully et qu'elle n'est point volée. — On sut que M. le prince de Conty étoit le 25 à la vue de Dantzick , et on mande que M. l'abbé de Chàteauneuf, qui l'y attendoit depuis longtemps, voyant paraître ses vaisseaux, avoit monté sur un petit bâtiment pour aller au-devant de lui. Dans la lettre qu'on a reçue il n'y a aucun détail des affaires de ce royaume-là ; on voit seulement que les deux partis se soutiennent.
Mardi 8, à Fontainebleau. — Le roi et la reine d'Angleterre partirent d'ici le matin pour retourner à Saint- Germain. Le roi alla les voir dans leur appartement avant qu'ils partissent , et a repris le train d'aller à la messe avant le conseil. L'après-dinée il alla tirer, et la pluie le fit revenir de la chasse de fort bonne heure.
( I ) C rtod l'opéra d /wc, comiK»*' par Destouche*. ( Vo/e du duc de Luynes )
Monseigneur courut le loup, et le soir alla A la comédie. La princesse dîna chez la duchesse du Lude et y passa l'après-dlnée ; le soir elle alla voir le roi chez madame de Maintenon , à son ordinaire. — Les Hollandois ont nommé pour ambassadeurs en France MM. Dikwelt et van Haren. — J'appris que M. le prince de Carignan s'est accommodé avec madame la comtesse de Soissons la mère, et ses enfants, de tous les biens qu'ils avoient en France. Il donne à madame la comtesse de Soissons 10,000 écus d'argent comptant pour payer ses dettes et 40,000 francs de pension; il donne à mademoiselle de Carignan et à mademoiselle de Soissons chacune 10,000 écus d'argent comptant et 20,000 francs de pension ; a M. le comte de Soissons et a M. le prince Eugène, son frère, 5,000 francs de pension chacun ; ils ont beaucoup moins que leurs sœurs, parce que madame la princesse de Carignan, leur grande mère, les avoient déshérités.
Mercredi 9, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer. Monseigneur courut le loup*. La princesse se promena dans la forêt . — On eut des lettres de M. le prince de Conty 28; du il étoit encore à la rade de Dantzick; plusieurs Polonois le sont venus trouver sur son vaisseau ; mais, comme il n'en nomme point, on ne croit pas que ce soit des gens fort considérables. Les magistrats de Dantzick ne lui ont rien fait dire, et on s'attendoit ici qu'il trouveroit plus de gens A le recevoir. 11 mande qu'il attend l'abbé de Polignac, qui le doit venir trouver sur son vaisseau. Sa lettre est fort courte , parce , dit-il , qu'il en a écrit une fort ample le jour d'auparavant , où il mande beaucoup de détails; mais le courrier de l'abbé de Polignac , qui porte cette dépèche du 27, n'est point encore arrivé. Cependant on apprend par ailleurs que le parti de l'électeur de Saxe se fortifie , et qu'il marche avec ses troupes vers Varsovie. Les violences qu'il a faites pour son couronnement n'ont pas produit jusqu'ici un aussi mauvais effet pour lui^ qu'on le devoit croire.
200 JOURNAL DK DANGEAU.
Jeudi 10, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf dans sa calèche , à son ordinaire; ila voit auprès de lui la princesse , et au derrière la duchesse du Lude et madame de Mai 11 y. Le roi vit prendre deux cerfs. Monseigneur étoit à la chasse, et au retour il alla à l'appartement, où il entendit la musique de ce mousquetaire, à qui on donna de grands applaudissements. Monseigneur le duc de Bourgogne est un peu mieux , mais il ne sort point encore. Messeigneurs ses deux frères étoient à la chasse à cheval et furent à la mort des deux cerfs. — Ce courrier de M. l'abbé de Polignac qui porte les lettres de M. le prince de Conty du 27 n'est point arrivé. — Madame la Duchesse partit d'ici ; elle s'en va en relais de carrosse tout en un jour, quoiqu'elle soit prête d'accoucher. — J'appris que le marquis de Léganès, gouverneur de Milan, qui souhaitoit de venir ici ambassadeur extraordinaire, a été fort touché de l'honnêteté que le roi a eue pour lui. Voici le fait : il envoyoit, il y a quelques mois, un présent à la reine d'Espagne de ce qu'il y avoit de bijoux plus curieux en Italie. Le vaisseau qui portoit le présent fut pris par un de nos armateurs; il demanda a racheter le présent, et le roi ordonna qu'on le rendit dans son entier, sans lui rien faire payer.
Vendredi 11, à Fontainebleau. — Le roi fut à la chasse du sanglier dans les toiles, et fit entrer tous les carrosses dans la cour. 11 y avoit dans le sien la princesse, mesdames de Maintenon, du Lude, de Mail 1 y et de Dangeau. Monseigneur étoit dans le sien avec madame la princesse de Conty et plusieurs dames. Madame et madame la duchesse de Chartres y étoient aussi dans leur carrosse. Le soir il y eut comédie. — Il est arrivé à Paris un lils du gouverneur de Lima , qui se trouva par hasard a Carthagènedans le temps que Pointis la prit; il raconte une histoire qui a assez plu ici , d'un portrait de madame la princesse de Conty, dont les Indiens les plus voisins de
Carthagène ont fait leur principale divinité ; il a apporté a Paris des lettres de change pour beaucoup d'argent, et y fait une fort grande dépense, et se prépare à venir ici avec un fort bel équipage. — M. l'archevêque de Rheims a fait imprimer un mandement pour son diocèse, où l'on prétend qu'il n'a pas ménagé les jésuites. M. de Meaux a apporté ce livre-là ici, et l'a donné au roi de la part de l'archevêque de Rheims.
Samedi 12, à Fontainebleau. — Le roi courut le loup ; il avoit à côté de lui dans sa calèche la princesse , et au derrière madame de Mai n tenon et la duchesse du Lude. Madame la princesse de Conty étoit dans une autre calèche avec des dames , et il y avoit des relais pour son carrosse comme pour celui du roi. Le roi la chargea de la direction d'un petit opéra pour le mariage de la princesse , où la princesse, qui danse parfaitement bien présentement, dansera; et il y aura des entrées où madame la princesse de Conty dansera aussi. Je crois que Mademoiselle en sera, et qu'il y aura des dames et des courtisans qui danseront à ces entrées-là. — On eut des lettres de Dantzick du 29 ; M. le prince de Conty est toujours à la rade sur ses vaisseaux, où il attendra les ambassadeurs que la république lui envoie, dont le prince Lubomirski est le chef; d'un autre côté , le prince Sapieha le doit venir joindre, et on assure que l'armée de la couronne et celle de Lithuanie se déclarent pour lui. La ville de Dantzick a reconnu l'électeur de Saxe pour roi , et on croit que le prince de Conty ira droit à Marie n bourg.
Dimanche 13, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur ne sortit point, et alla le soir à l'appartement. — L'échange des ratifications x>our la paix de la France avec l'Angleterre et la Hollande se devoit faire hier à Ryswyck. — Madame de Portsmouth , qui prétend qu'il lui est dû beaucoup d'argent en Angleterre, a demandé permission au roi de s'y en aller; le roi lui a permis , et lui a même parlé fort honnête-
ment sur cela, souhaitant qu'elle revint en France dès que ses affaires le lui permettraient. — L'abbé Ancelin, fils de la nourrice du roi , est mort ; il laisse une belle abbaye vacante à Metz.
Lundi ih t à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf; il avoit dans sa calèche Madame, Mademoiselle et madame de Ventadour. Monseigneur étoit à cheval. Le soir il v eut comédie. — Monsieur partit d'ici le matin pour aller à Montargis, où il demeurera quelques jours. — Le courrier que M. le prince de Conty avait envoyé du 27 est arrivé ; ce qui Ta retenu si longtemps en chemin, c'est qu'on l'a fait passer par la Suède, afin qu'il vint plus sûrement. Il apporte ici les noms de tous ceux qui sont dans le parti de M. le prince de Conty, dont il y en a même plusieurs qui n'ont point voulu jusqu'ici se déclarer publiquement. M. le prince de Conty a envoyé à la reine de Pologne le chevalier d'Angouléme , qui lui porte une lettre du roi ; elle paroi t toujours fort opposée a l'élection de ce prince. Sapieha promet que l'armée de Lithuanie reconnoltra M. le prince de Conty, pourvu qu'on lui paye deux montres qui lui sont dues ; ce qui se monte à près de 500,000 francs. — M. le comte d'Egmont gagna son procès, qui fut jugé au conseil de dépèches; toutes les voix furent pour lui. L'archevêque d'Aix, dont il a épousé la nièce, l'a très-bien servi dans cette affaire-là, et on avoit représenté ses raisons au roi avec lieaucoup de force.
Mardi 15, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer. Monseigneur courut le loup. La princesse alla avec madame de Maintenon aux Loges. M. l'archevêque de Sens officia au salut. — On eut nouvelles de Dantzick du 2 de ce mois qui marquent que les affaires de M. le prince de Conty vont tous les jours de mieux en mieux. Bielinski et Czartoriski sont allés le saluer sur son vaisseau ; il attend les ambassadeurs que la république lui envoie. La noblesse vient en foule le voir, et s'en retourne charmée de ses
manières. Le primat est à Lowitz , où il assemble des troupes et où il fait conduire l'artillerie qui étoil a Varsovie. On mande que l'électeur de Saxe a changé le dessein qu'il avoit de marcher à Varsovie ; on assure que l'argent commence à lui manquer et que plusieurs gens qui étoient dans son parti le quittent et ont protesté contre son couronnement. Ces nouvelles ici ne sont venues que par des banquiers. — Madame et Mademoiselle partirent d'ici pour aller trouver Monsieur à Montargis, d'où elles reviendront avec lui.
Mercredi 16, à Fontainebleau. — Le roi prit médecine et tint son conseil l'après-dlnée. La princesse fut assez longtemps chez lui le matin. Il n'y a point de comédie ici ni d'appartement pendant que Monsieur est à Montargis. — On eut des lettres de M. le prince de Conty du 2; on devoit les avoir aussitôt que celles des banquiers qu'on reçut hier, car elles sont arrivées par le même ordinaire. M. le prince de Conty confirme tout ce que les banquiers mandoient, mais il se gouvernera sagement et ne mettra pied à terre que quand il verra des troupes prêtes à le recevoir; il mande qu'on l'assure qu'il verra dans peu de jours l'accomplissement des promesses qu'on lui a faites; mais on s'étoit trompé dans les commencements qu'il seroit fort bien reçu àDantzick [tic], car non-seulement ils ne lui ont fait nulle honnêteté, mais même ils refusent des vivres aux vaisseaux du roi , et ne veulent pas laisser aborder les chaloupes. Le roi est fort piqué de leur procédé, et a donné ordre qu'on arrêtât dans tous nos ports tous les vaisseaux de Dantzick qui s'y trouveroient. — M. d' A vaux, notre ambassadeur en Suède , craint de perdre la vue en ce pays-là ; il y est fort incommodé. Il a demandé son congé, et le roi lui permet de revenir. On n'a point encore nommé celui qu'on enverra en sa place. — Le fils du gouverneur de Lima étoit venu de Paris ici, mais le roi lui a fait dire de s'y en retourner, et ne l'a point vu. On t. VI. M
croit pourtant qu'il le voudra bien voir a Versailles.
Jeudi 17, à Fontainebleau. — Le roi, après son dîner, donna audience au maréchal de Catinat , qui arrivoit de Flandre ; ensuite S. M. entra chez la princesse et Temmena avec lui. Ils descendirent dans la galerie des Cerfs, où nous trouvâmes Monseigneur et madame la princesse de Conty, et puis allèrent tous ensemble rendre une petite visite à monseigneur le duc de Bourgogne, dont la santé devient beaucoup meilleure ; de là ils allèrent au jeu de paume voir jouer les bons joueurs , qui se surpassèrent. — Le prince Louis de Bide a mandé au maréchal d* Choiseul que l'empereur avoit accepté la trêve, et qu'il ne doutoit pas qu'il n'acceptât bientôt la paix ; il lui mande en même temps qu'il a eu nouvelle de Hongrie que le prince Eugène assiégeoit Temeswar. Par toutes les lettres qu'on reçoit de ce pays-là on apprend que les Turcs ont fait une perte encore plus considérable qu'on ne l'avoit dit dans les commencements , et que leur armée est en grand désordre. Le prince Eugène songe fort à en profiter, et a tous les jours quelque nouvel avantage sur eux. — Au sortir du jeu de paume le roi monta en carrosse avec la princesse et ses dames , et Monseigneur avec madame la princesse de Conty, et ils allèrent voir faire la curée d'un cerf que Monseigneur avoit couru le matin. La princesse entra après la curée dans le chenil. — Madame la princesse est accouchée à Paris d'une fille; les douleurs la prirent comme elle vouloit aller à Versailles, où elle avoit intention de faire ses couches.
Vendredi i 8 , à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf tout seul dans sa calèche avec les chiens de M. du Maine. Monseigneur courut le loup. La princesse se trouva dans la forêt. Monsieur et Madame revinrentde Montargisetsont très-contents de cette maison. Le soir il y eut comédie. — M. de Vendôme a bien négocié avec le comte de la Corsana , vice-roi de Catalogne , qui a consenti que les
troupes du roi demeurassent en ce pays-là jusqu'à l'échange des ratifications de France et d'Espagne. Les Espagnols demeureront au delà du Llobrégat, etles troupes françoises demeureront en deçà. Cela épargne au roi plus de 400,000 écus , et lui sauve des troupes que nous n'aurions pu faire subsister en ce pays-là , tous nos magasins y ayant été épuises par le siège de Barcelone. Le comte de la Corsa n i n'a fait aucune difficulté là-dessus , et a dit à M. de Vendôme qu'il avoit ordre du roi son maître de répondre à toutes les honnêtetés qu'il recevoit de lui et d'apporter toutes les facilités nécessaires à l'affermissement de la paix. Le roi a été d'autant plus content de ce qu'a fait M. de Vendôme que , par le traité de nos plénipotentiaires en Hollande, nous étions obligés, du jour de la signature de la paix, de sortir de tous les pays que nous étions convenus de rendre.
Samedi 19 , à Fontainebleau. — Le roi alla tirer. Monseigneur entendit la musique nouvelle de ce mousquetaire, qu'on répéta sur le théâtre. La princesse alla avec madame de Main tenon entendre le salut aux Loges. Le soir il y eut appartement. — On eut nouvelles que les ratifications de paix avec la Hollande étoient échangées, et le courrier de Madrid passa ici, qui porte la ratification d'Espagne. On devoit échanger les ratifications d'Angleterre deux jours après celles de Hollande. — On eut des lettres de Dantzick du 7 de ce mois, et par le même ordinaire il y avoit des lettres de M. le prince de Conty du 4. Il mande que son vaisseau ne désemplit point de Polonois qui viennent en foule le reconnottre ; il croit que quand ses affaires seront en état , qu'il pourra mettre pied à terre le 10. Le 6, les ambassadeurs de la république l'allèrent trouver sur son vaisseau; l'évêque de Plotsko étoit à la tête ; la plus grande partie de l'armée de la couronne s'est déjà déclarée pour lui , et le prince Lubomirski est avec eux. Le traité avec le prince Sapieha et l'armée de Lilhuanie est couclu ; on leur va donner de l'argent , et
ils vont marcher à M. le prince de Conty. Le primat est a Lowitz, avec quelques troupes et six-vingts pièces de canon. Le cresky de la couronne, qui est un de ceux qui > se distingue le plus pour M. le prince de Conty, a cinq ou six mille hommes avec lui. Ce cresky est celui qui écrivit au roi il y a quelques jours, et qui a servi dans ses mousquetaires assez longtemps ; il s'appelle Premiski, et sa charge de cresky est comme celle des grands échansons autrefois en France. M. l'électeur de Saxe voit tous les jours son parti s'affoiblir , et commence à s'apercevoir que les violences qu'il a faites à son couronnement lui ont beaucoup nui, loin de le servir. La noblesse de Lithuanie s'assembla le 10 à Grodno, et est toute dans le parti de M. le prince de Conty, si bien que de tous cotés l'affaire parolt prendre un bon train.
Dimanche 20, à Fontainebleau. — Le roi alla tirer. Monseigneur passa la journée chez madame la princesse de Conty, où la princesse alla jouer avec lui ; elle n'en sortit que pour le salut, qu'elle entendit à l'ordinaire dans la tribune. Sur les sept heures, Monseigneur entendit chez madame la princesse de Conty la musique du nouveau musicien, dont il fut encore plus content que les autres fois. — On reçut des lettres de Copenhague du 9 , par lesquelles Bonrepaux mande que le roi de Danemark a reçu des lettres de l'électeur de Saxe, qui commence à trouver des obstacles dans son entreprise; il convient que le parti de M. le prince de Conty grossit et que le sien diminue. — On mande de Hollande que milord Portland a été nommé par le roi son maître pour ambassadeur extraordinaire en France. — L'évèque de Saint- Pons* est mort. Cet évêché vaut 10,000 écus de rente, et est un des vingt-trois du Languedoc. Cet évèque étoit Breton et s'appeloit Montgaillard ; il n'y a que cet évèchélà vacant présentement (1) .
(I) C'était une fausse nouvelle. Cet évéque u> Saint-Pons étoit encore en
Cet évéque de Saint-Pons étoit un de ceux qui avoient le plus fermement résisté à la régale ; ce qui , joint à la disgrâee qu'il avoit encourue des jésuites, le tint toute sa vie dans celle du roi. Il la soutint sans s'abattre et sans se méconnoître, avec un respect attentif et profond, mais tranquille. Cet oit un des plus saints et des plus grands évéques de France. M. de la Rochefoucauld, à une promenade du roi à un voyage de Marly, prit la parole sur ce qu'on partoit de sa maladie, et raconta que, visitant son diocèse , et ayant pris un sentier peu marqué en rêvant sur sa mule, il se trouva au bout entre deux précipices, au bas de l'un desquels étoit le véritable chemin que ses gens avoient pris- JLe sentier y aboutissoit, mais coupé à pied droit de plus d'une pique, et si étroit qu'il étoit impossible de tourner ni mettre le pied à terre; le prélat leva les yeux et les mains, mit la bride sur le col à sa mule qui, un moment après se dressa doucement sur ses pieds de derrière, fit la pirouette ainsi demi en Pair, puis se remit sur ses pieds et retourna par où elle étoit venue sans que le prélat eût aucun mal. 11 accompagna ce récit d'admirations et de louanges de sa vie et de sa vertu , ajoutant qu'il n'avoit nulle liaison avec lui , qui m'étonnèrent d'autant plus, car je l'entendis d'un bouta l'autre et regardant fort le roi. 11 commença son récit sur quelques propos aigres du roi sur cet évéque; le roi l'écouta sans jamais ni l'interrompre, ni répondre après un mot. Ce trait sentoit le Liancourt d'autrefois. J'en fus fort étonné.
Lundi 21, à Fontainebleau. — Le roi courut le cerf tout seul dans sa calèche ; Monseigneur fut à la chasse. Le soir il y eut comédie. Monseigneur le duc de Bourgogne sortit pour la première fois depuis sa maladie, et alla chez le roi et ensuite se promena en carrosse. La princesse se promena dans la forêt, mit pied à terre et grimpa sur les plus hauts rochers. — On a des lettres de Bruxelles du 18 , qui portent que l'ordinaire de Pologne venoit d'y arriver, et qu'on mande de Varsovie que les affaires de M. le prince de Conty vont fort bien, qu'on n'y entend quasi point parler de l'électeur de
vie en 1708. Il y ait même un décret ou bref de Clément Xlj «lu 18 janvier 1708 cufifreun «le se* mandements , ce qui donna lieu à un arrêt du parlement de Paris, du avril suivant, sur ce que le pape avoit entrepris \>m ce bref sur les libertés de l'Eglise gallicane en condamnant la doctrine d'un évèque de France ( Soie de Saint-Simon). — Dangeau dément en effet cette nouvelle le V novembre suivant.
214 JOURNAL DE DAJXGKAl).
Saxe , et on «joute même que la reine abandonnera son parti et reconnoltra M. le prince de Conty pour roi. — L'échange des ratifications de la paix avec l'Angleterre est fait, et l'on va incessamment publier la paix dans tout le royaume. On a envoyé dans tous nos ports défendre à nos armateurs d'en sortir et de songera troubler le commerce. Les paquebots pour passer en Angleterre sont rétablis, et on croit qu'avant la fin du mois les plénipotentiaires de l'empereur signeront la paix ; ils ont accordé a M. le cardinal de Furstemberg la plupart des choses qu'il demandoit. Les chanoines de Cologne qui ont suivi son parti seront rétablis dans leurs canonicats et dans les dignités qu'ils avoient dans le chapitre.
Mardi 22 , à Fontainebleau. — Le roi alla tirer dans la plaine de Chaillyau bout de la forêt. Monseigneur courut le loup. La princesse alla avec madame de Maintenon entendre le salut aux Loges. Sur les six heures monseigneur le duc de Bourgogne vint chez elle et la vit jouer pendant une heure. Le soir il y eut appartement. — Les lottres de Dantzick du 9 apprennent taaucoup de circonstances agréables de l'état des affaires de M. le prince de Conty. Il couche sur ses vaisseaux; mais il met souvent pied a terre pour tenir conseil avec les grands seigneurs du royaume. L'evêque de Plotsko lui a donné un magnifique diner auprès de l'abbaye d'Oliva; tous les Polonois qui étoient à table burent a la santé de leur roi , mais lui , qui refuse encore ce titre , but à la liberté de la république. Les troupes qu'avoitle primat à Lowitz montent présentement à plus de douze mille hommes. Les nobles viennent en foule rendre hommage a leur roi et sont charmés de toutes ses manières; il y a apparence qu'il sera bientôt en état de mettre pied à terre et de marcher à leur tète.
Mercredi 23, à Fontainebleau. — 1a; roi alla se promener à l'entour du canal avec la princesse ; au bout du
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canal, il monta dans une petite calèche avec elle, mesdemoiselles de Chevreuse, d'Ayen et d'Aubigny. Après avoir fait beaucoup de tours, la princesse s'embarqua sur le canal , et puis monta duns le carrosse du roi et s'en retourna comme elle étoit venue. Monseigneur étoit a la promenade , et avoit dans son carrosse madame la princesse de Conty et beaucoup de dames. Monsieur, Madame, madame la duchesse de Chartres, étoient aussi dans leurs carrosses avec des dames. — La paix fut publiée à Paris avec l'Angleterre et la Hollande , afin de rétablir le* commerce promptement; elle le sera dans huit jours aussi avec l'Espagne. — Le roi donna à M. de Saint-Hérem, capitaine de Fontainebleau, une pension de 2,000 écus, dont on lui fait payer une année sur-lechamp. M. de la Rochefoucauld a fort contribué à lui faire obtenir cette grâce. — Le maréchal de Villeroy, depuis son retour, a eu une longue audience du roi chez madame de Main tenon , dont il est sorti fort content. Dans toutes les conférences du maréchal de Bouftlers avec milord Portland, le maréchal de Villeroy étoit informé par lui du détail de tout ce qui su traitoit , et il avoit ordre de la cour d'en user ainsi.
Jeudi 24, à Fontainebleau. — Le roi alla courre le cerf; ilavoitdans son carrosse Monseigneur, la princesse et mesdemoiselles d'Aubigny, de Chevreuse et d'Ayen. Il n'y avoit aucune des dames de la princesse, pas même la dame d'honneur. Quand on fut au rendez-vous, Monseigneur monta à cheval , et le roi se mit dans une petite calèche avec la princesse et les demoiselles. Le soir il y eut comédie. — M. de Bonrepaux , notre ambassadeur en Danemark, a demandé son congé ; le roi le lui a accordé ; il attendra pour revenir que son successeur soit arrivé en ce pays-là; il n'est pas encore nommé. — Le roi a donné une partie du logement que M. Pelletier le ministre avoit à Versailles au comte de Tessé, et il augmente aussi de quelque chose celui qu'a M. Pelletier,
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intendant des finances. — On n'a point encore déclaré la manière dont on feroit la réforme; tout ce qu'on sait, c'est que le roi conserve quatorze mille cinq cents officiers, et qu'il n'y aura ni capitaine ni lieutenant cassé.
Vendredi 25, à Versailles. Le roi partit de Fontainebleau à dix heures , et mangea auparavant que de partir, alin de ne point arrêter en chemin. La princesse en usa de même, et partit une demi- heure avant le roi. Monseigneur alla dîner à Meudon et y demeurera deux jours. Monsieur, Madame et Mademoiselle allèrent à Paris, où ils feront quelque séjour. — On eut des lettres de Dantzick du 12, et des lettres de M. le prince de Conty du 1 1 . Son traité est fait avec l'armée de Lithuanie; il vient toujours beaucoup de seigneurs polonois le trouver; il mande qu'il espère être bientôt à la tête d'une belle armée. L'électeur de Saxe est encore à Cracovie ; il a envoyé à l'empereur pour lui redemander les troupes qu'il avoit en Hongrie. On a ici des médailles de son couronnement. M. le prince de Conty parle de l'état où sont ses affaires avec beaucoup de retenue, et les lettres qu'écrivent les particuliers qui sont auprès de lui ou celles qu'on a de Pologne par les banquiers sont plus pleines de confiance.
Samedi 26, à Versailles. — Le roi alla l'après^dlnée se promener à Marly. La princesse alla à Saint-Cyr. Monseigneur se promena tout le jour dans ses jardins à Meudon. — M. le comte de Toulouse a donné une pension de 1,000 écus à M. l'abbé Girard, qui a été autrefois son précepteur; c'est madame de Montespan, que M. le comte de Toulouse a été voir à Bellegarde , qui a obtenu cette grace-là de lui pour l'abbé Girard. — On mande d'Espagne que la cabale de la reine devient la plus forte; elle a fait chasser le duc de Montalte, qui éloit une espèce de favori du roi , et on croit qu'elle aura le crédit de faire donner le gouvernement de Milan à M. de Vaudemont, quoique tous les grands s'y opposent fort. Les Maures continuent le siège de Geuta , mais si foiblement
qu'il recule plutôt que d'avancer. La reine est entièrement gouvernée par son confesseur, qui est, s'il se peut, encore plus attaché à l'empereur qu'elle.
Dimanche 27, à Versailles. — Le roi et la reine d'Angleterre vinrent ici voir le roi. Quelques Anglois, des principaux même de ceux qui sont attachés à eux , ont demandé des passe-ports pour retourner en Angleterre. — Monseigneur vint ici le matin au conseil ; il retourna diner à fil eudon , ensuite alla à Paris au nouvel opéra de l'Europe galante (1), où madame la princesse de Conty le vint trouver, et ils revinrent ici le soir ensemble. La princesse passa toute la journée à Saint-Cyr. — L'affaire qu'avoit M. de Pointis avec Galifet, qui soutenoit l'intérêt des flibustiers, a été accommodée. On leur donne, pour leur part dans l'argent que Pointis a rapporté de Carthagène, 1,400,000 francs. — Tous les colonels et mestresde camp ont permission de revenir, non-seulement des troupes de Flandre qui sont au quartier , mais des troupes que commandent le marquis d'Harcourt et le maréchal de Choiseul , qui subsistent encore sur les terres de l'Empire.
Lundi 28 , ô Versailles. — Le roi alla tirer. Monseigneur alla se promener à Chaville. La princesse se promena dans les jardins. Le soir M. le prince de Galles vint ici , qui alla chez le roi , chez Monseigneur, chez messe igneurs les princes ses enfants et chez la princesse. — On eut des lettres de M. le prince de Conty du 15 ; il ne parolt pas que ses affaires avancent autant qu'on l'avoit espéré; il ne peut pas encore quitter ses vaisseaux ni mettre pied à terre. Les armées qu'on dit qui seront pour lui ne s'approchent pas beaucoup ; les grands sei-
(1) « C'est un ballet composé de cinq entrées, dont la première entre Vénus H la Discorde sert de prologue. La Motte est l'auteur «les paroles, et Campra •relui de la musique. C'est le premier opéra de ce dernier, et le premier qui eût l«ru depuis Lully.» ( Dictionnaire des Théâtres , |«r de Léris. )
gneurs qui le sont venus trouver prétendent que l'abbé de Polignac leur a promis des sommes considérables. M. le prince de Conty mande que dix millions ne sûffiroient pas pour les contenter. Les villes de Danteiok , de Thorn et d'Elbing, qui sont toutes luthériennes, se sont déclarées pour l'électeur de Saxe. Marienbourg, dont le parti de M. le prince de Conty s'est rendu maître, est un petit lieu où il n'y a qu'un assez mauvais château. Tout cela fait craindre que cette affaire ne souffre de grandes difficultés, d'autant plus que l'électeur fait revenir toutes les troupes qu'il a voit au service de l'empereur en Hongrie.
Mardi 29, à Versailles. — Le matin il passa un cour* rier d'Espagne qui portoit à Madrid la nouvelle de l'échange des ratifications ; et le soir un courrier de nos plénipotentiaires nous en apporta la nouvelle. Les Espagnols n'ont pas voulu attendre la fin du terme qu'on leur avoit accordé. On ne doute pas que l'empereur et l'Empire ne signent la paix; mais on croit qu'ils attendront à signer jusqu'au dernier jour du mois. — Le roi a réglé les charges de la maison de madame la duchesse de Bourgogne; on n'en sait pas encore le détail; on croit seulement qu'il en vendra pour deux millions, et qu'il a déjà disposé de deux cent cinquante charges, qui sont presque toutes pour ses domestiques; il y a peu d'officiers de la maison de la reine et de la maison de madame la Dauphine qui soient remplacés. Il y avoit une difficulté que le roi régla sur les grands officiers de madame la duchesse de Bourgogne ; il n'étoit pas décidé s'ils prèteroient serment en cette occasion ici entre les mains du roi ou entre les mains de la princesse quand elle sera duchesse de Bourgogne; le roi a réglé que, quoique ce fût lui qui ait donné les charges, nous prêterions serment entre les mains de la princesse après son mariage.
Mercredis, à Versailles- — Le roi, Monseigneur et la
princesse allèrent dîner à Marly, et virent aller la rivière, dont Us furent très-contents ; le roi et la princesse se promenèrent longtemps. Après-dlner Monseigneur alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. On revint ici à six heures. — Le roi a donné à M. de Meaux la charge de premier aumônier de madame la duchesse de Bourgogne. Les charges d'aumôniers ordinaires et d'aumôniers par quartiers sont données, mais on ne dit point encore a qui. La charge de premier maître d'hôtel que demandoient M. de Villacerf, qui avoit été premier maître d'hôtel delà reine, et M. deChamarande , qui avoit été premier maître d'hôtel de madame la Dauphine, sera vendue; on compte d'en avoir 100,000 éeus. On vendra les charges de secrétaire des commandements, de surintendant, d'intendant, de trésorier et celle de maître d'hôtel ordinaire, et quelques autres encore moins considérables. Du Saulsoy, écuyerdu roi, a eu la charge d'écuyer ordinaire. On a donné quatre femmes de chambre nouvelles à la princesse; mesdemoiselles de la Bussière et de Monsoury, madame de Tourole et une que la duchesse du Lude a nommée.
Jeudi 31, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée à vêpres , et fut ensuite longtemps avec son confesseur. 11 n'y eut point de conseil le matin. — Villacerf eut une audience du roi qui lui donna l'agrément pour la charge de premier maître d'hôtel pour son fils en payant 100,000 éeus. Il y a déjà beaucoup de gens qui se présentent pour acheter les charges qui sont à vendre. On vendra celle de maître de la garde-robe et de valet de chambre ordinaire. Le roi a donné au comte de Tessé la disposition de celle d'écuyer cavalcadour, et il y attache l'honneurde pouvoir mener la princesse en l'absence des écuyers. Le roi a écrit de sa main toutes les charges qu'il adonnées, qui sont presque toutes pour les domestiques qui l'approchent de plus près. Sourcy, de la vénerie, a une charge d'écuyer; Benoit, de la bouche, etd'Épinay,
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écuyer du roi , ont des charges de maîtres d'hôtel. Madame la duchesse de Savoie avoit demandé une place d'écuyer et une autre petite charge pour deux hommes qui ont toujours été à elle , et le roi les lui a accordées.
Vendredi V novembre, à Versailles. — Le roi fit ses dévotions et toucha beaucoup de malades; l'après-dlnée il entendit le sermon du P. Bourdaloue et vêpres. Monseigneur, messeigneurs ses enfants et la princesse furent à toutes les dévotions de la journée. La princesse communia le matin aux Récollets. — L'abbé Bigorre mourut ces jours passés à Paris; il avoit deux abbayes, dont la meilleure, qui ne vaut que 1,200 écus et qui s'appelle l'abbaye de la Luzerne, a été donné a l'abbé de Barrière, camérier participant du pape , qui est celui qui a apporté la barrette à M. le cardinal de Coislin. Il n'y avoit point d'autres bénéfices vacants, et ce qu'on avoit dit à Fontainebleau de l'évèque de Saint-Pons et de l'abbé Ancelin ne s'est pas trouvé véritable. — 11 y a eu encore un combat naval entre les Vénitiens et les Turcs, où les Vénitiens ont eu tout l'avantage; mais on n'en sait pas encore bien tous les détails.
Samedi 2, à Marly. — Le roi dîna de bonne heure , et vint ici en chassant. — M. de Ccly arriva à Versailles avant qu'on en partit, qui apporta au roi la nouvelle que, jeudi à sept heures du matin, la paix avoit été signée des ministres de l'empereur; et presque tous les ministres des princes de l'Empire l'ont signée aussi. Il n'y a qu'une partie des princes protestants qui n'ont pas voulu signer, parce que le roi veut que la religion catholique soit conservée dans les pays qu'il rend et où il l'avoit rétablie. On leur a donné un délai jusqu'au jour que l'empereur ratifiera. Le landgrave de Hesse-Rheinfels a eu recours au roi pour rentrer dans ses biens et dans Rheinfels dont le landgrave de Hesse- Cassel s'étoit saisi, sous prétexte de se défendre contre la France; le roi le fait rétablir dans ses États, dont les
princes protestants ont été encore fâchés. 11 avoit toujours été contre le roi ; cependant S. M. a bien voulu lui accorder sa protection parce qu'il est catholique ; il a épousé la sœur aînée de madame de Dangeau.
Dimanche 3, à Marly. — Le roi courut le cerf dans la forêt de Marly; il ne court jamais ces fêtes, de peur qu'il n'y ait quelques valets qui perdent la messe ; cependant il a couru aujourd'hui , parce que le jour de la Saint-Hubert jamais chasseur ne manque d'entendre la messe. Le roi et la reine d'Angleterre étoient à la chasse ; la reine monta dans la petite calèche du roi avec madame la princesse de Conty et madame de Bauclay, dame de la reine en semaine. Monseigneur le duc de Bourgogne vint de Versailles à la chasse avec messe igneurs ses frères , et furent à la mort du cerf. — En atr tendant que les prétentions de Madame soient entièrement réglées, M. l'électeur palatin lui donnera 200,000 francs tous les ans. L'empereur et le roi sont les arbitres, et, s'ilsne peuvent pas s'accorder, le pape sera sur-arbitre. — M. le comte d'Auvergne prit hier congé du roi avant qu'il partit de Versailles pour s'en aller en Hollande se remettre en possession de Berg-op-Zoom ; le roi lui a donné 100,000 écus de brevet de retenue sur sa charge de colonel général de la cavalerie. Le roi lui avoit accordé cette grâce-là dès Fontainebleau, mais il lui avoit défendu de le dire.
Lundi 4, à Marly. — La princesse vint ici à trois heures; le roi étoit déjà à la promenade; elle l'y alla trouver ; elle soupa chez madame de Maintenon avec ses dames. — M. des Fors, fils de M. PeUetier l'intendant, arriva ici de Delft; il apporta le traité signé avec les plénipotentiaires de l'empereur et tous les princes catholiques de l'Empire. Chamlay conserve tous les bailliages qu'il a en deçà du Rhin. M. de Wurtemberg, qui y avoit le plus grand intérêt, y a consenti de fort bonne grâce , et pas un prince ne s'y est opposé ; ils ont tous
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dit que c'étoit un homme que le roi aimoit et qui méritait d'être aimé , et Bon affaire n'a reçu aucune difficulté. — Monsieur, Madame et Mademoiselle ne sont point de ce voyage; ils sont demeurés à Paris. — La duchesse d'Elbeuf a encore eu un logement ici, et la comtesse de la Motte y en a eu un pour la première fois.
Mardi 5 , à Marly. — Le roi se promena toute la journée dans ses jardins. Monseigneur courut le loup. Monseigneur le duc de Bourgogne et messeigneurs ses frères, qui demeurent toujours à Versailles, y allèrent voir la princesse , et y jouèrent avec elle au portique. — Le roi a pris le jour pour le mariage; ce ne devoit être que le 10 de décembre; le roi l'avance de trois jours; ce sera le samedi 7 de décembre. — Le roi a donné à M. de Villacerf 100,000 francs de diminution sur les 100,000 écus qu'il paye pour la charge de premier maître d'hôtel de madame la duchesse de Bourgogne , si bien qu'il ne lui en coûtera que 200,000 francs. — Les nouvelles de Pologne du 22 sont beaucoup meilleures que les dernières qu'on avoit reçues et dont nous étions alarmés; on mande que toute la noblesse, qui s'assemble en différents endroits du royaume et du grand-duché, a résolu , d'un consentement unanime , de soutenir l'élection de M. le prince de Conty. Le primat est revenu A Varsovie, y a fait abattre les arcs de triomphe qu'on préparait pour y recevoir l'électeur de Saxe , qui est encore à Cracovie ; ce primat a fait publier dans le camp où se fait l'élection la résolution de la noblesse. On envoie des députés nouveaux à M. le prince de Conty, et même ils ont résolu d'envoyer ici au roi des ambassadeurs pour le remercier d'avoir bien voulu leur donner un prince de son sang pour régner sur eux.
Mercredi 6, à Marly. — Outre le conseil que le roi tint le matin comme à son ordinaire , il tint encore conseil l'après-dlnée. La princesse vint ici sur les trois heures, mais il lit si vilain temps qu'elle ne sortit point.
— Le roi nomma, le matin, M. le comte de Tallard pour son ambassadeur en Angleterre ; cela avoit été résolu deux jours auparavant, mais cela n'étoit pas déclaré. On choisit en même temps un ambassadeur pour l'Espagne et un pour la Hollande , mais cela n'est pas encore public. — M. de Villacerf a la survivance de la charge de premier maître d'hôtel de madame la duchesse de Bourgogne , qu'achète son fils. — J'appris que M. le comte d'Auvergne assuroit à mademoiselle d'Auvergne, sa fille, les 100,000 écusde retenue que le roi lui donne sur sa charge de colonel général de la cavalerie. — Le roi a envoyé le congé à M. le marquis d'Harcourt , et c'est le marquis de Locmaria qui est chargé de faire l'évacua tion de Luxembourg; cela fait croire aux courtisans que le marquis d'Harcourt est destiné A quelque autre emploi .
Jeudi 7, à Marhf. — Le roi se promena toute l'aprèsdlnée dans ses jardins. Monseigneur courut le loup. La princesse passa son après-dinée a Versailles a pécher sur le canal , et envoya ici de fort belles carpes au roi. — On eut des lettres de M. le prince de Conty du 95 ; il ne parle pas de ses affaires avec beaucoup de confiance; les lettres qu'écrivent l'abbé de Polignac et l'abbé de Ghâteauneuf font tout espérer , et celles de M. le prince de Conty font beaucoup craindre. Ce n'est pas que les affaires de l'électeur de Saxe aillent mieux, mais il paraît que les Polonois veulent tirer de l'argent des deux côtés. L'armée de Lithuanie ne vient point joindre M. le prince de Conty, comme on l'avoit cru et comme l'avoit toujours fait espérer le prince Sapieha. M. le prince de Conty couche tous les soirs sur son vaisseau ; les gens de sa suite et l'équipage des vaisseaux souffrent beaucoup. Voici la saison qui approche que ces mers-là seront glacées; ainsi il faut que l'affaire soit bientôt décidée, car M. le prince de Conty ne peut pas attendre longtemps et se trouveroit pris dans les glaces.
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Vendredi 8, « Marly. — Lii princesse vint ici l'aprèsdlnée; elle soupa chez madame de Maintenon avec ses dames. Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. Monseigneur alla dîner seul à Meudon , et revint ici de bonne heure. — M. de Bonrepaux, qui est l'ambassadeur en Danemark, est nommé et déclaré ambassadeur en Hollande. — M. le duc d'Hanovre est à l'extrémité; il y a même des lettres d'Allemagne qui portent qu'il est mort. L'affaire de son électoral n'est pas encore réglée , et il y a apparence que ses enfants ne la termineront pas si heureusement qu'il auroit pu faire. — Nos plénipotentiaires à Ryswyck ont donné à madame de Lillieroot, ambassadrice de Suède, de la part du roi, un portrait de S. M. enrichi de diamants et magnifique. — La flotte de l'amiral Neville, Anglois, a été mal reçue dans les ports de l'Amérique appartenant aux Espagnols. On leur a refusé tous les rafraîchissements dont ils avoient besoin ; la maladie contagieuse s'y est mise ; l'amiral Neville en est mort avec vingt capitaines anglois et tous les capitaines hollandois.
Samedi 9, a Versailles. — Le roi et la reine d'Angleterre vinrent dîner avec le roi à Marly, et la reine v joua toute l'après-dlnée ; ensuite ils retournèrent à Saint-Germain, et le roi repartit pour revenir ici. — Le roi a donné quelques pensions à des officiers de la feue reine et de feu madame la Dauphine. Palières, qui étoit écuyer de la reine, a eu 500 écus de pension , et mademoiselle Agara, qui étoit femme de chambre de madame la Dauphine, a eu 1,000 francs. — Les nouvelles qu'on a de Pologne ne sont pas bonnes ; il est à craindre que M. le prince de Conty ne soit obligé de revenir ici n'ayant point de troupes qui viennent le trouver et ne pouvant pas descendre , en Prusse, où toutes les villes considérables se sont déclarées pour l'électeur de Saxe. Les principaux du parti de M. le prince de Conty sont fort lents, et demandent des sommes excessives pour en-
trer en action ; il y en a même quelques-uns de la fidélité desquels ou commence à douter.
Dimanche 10, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur alla à Paris avec madame la princesse deConty dîner chez Monsieur; ensuite il y eut grand jeu, et puis ils entendirent l'opéra de la loge de Monsieur et revinrent ici souper avec le roi. — L'archevêque de Bordeaux et l'archevêque d'Arles sont à l'extrémité; on craint au premier ordinaire d'apprendre leur mort. — On mande de Venise qu'il y a eu un troisième combat nav al entre leur Hotte et celle des Turcs , que ce combat avoit duré sept heures avec grandes pertes de port et d'autre, et que le capitaine général avoit détaché quelques galères pour suivre l'armée ottomane qui fuyoit, et recommencer le lendemain un quatrième combat. — Le roi n'attendra point que la ratitication de l'empereur soit arrivée pour faire chanter le Te Deum pour la paix, et le jour est pris à samedi. — La nouvelle que l'on avoit dit ces jours passés de la mort de M. d'Hanovre n'est pas vraie, et l'on mande à Madame qu'il se porte considérablement mieux.
Lundi li,o Versailles. — Le matin , au conseil de dépêches, M. de Barbezieux rapporta l'information faite contre le comte Auguste de la Marck, colonel du régiment d'infanterie de Furstemberg , sur une querelle qu'il a eue cette année, à l'armée du maréchal de Bouftlers. Les avis furent partagés, mais le roi se rangea du parti le plus sévère ; il ordonna qu'il seroit mis en prison et cassé. Le roi veut punir rigoureusement tout ce qui a apparence du moindre duel. — On eut des lettres de M. le prince de Couty du 30; il mande que l'armée de Lithuanie ne s'approche point de lui , qu'il ne trouve rien de tout ce qu'on lui avoit fait espérer, qu'il ne voit que des gens qui lui demandent le payement de ce que leur a promis M. l'abbé de Polignac, qui monte déjà . à sa connoissanee, a plus de dix millions, qu'il n'a ni t. vi. 16
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troupes, ni noblesse à la lete desquelles il se puisse mettre. Les affaires «Haut en cet état, on ne doute pas que M. le prince de Conty ne fasse bientAt mettre à la voile pour revenir en France.
Mardi 12, à Versailles. — Le roi alla l'après-dinée se promener a Marly. Monseigneur est à Meudon depuis hier et y demeurera dix jours; il y fait préparer sa maison pour y recevoir le roi demain. — Il arriva le soir un courrierdeM. le prince de Conty, qui n'a pas fait plus de diligence que l'ordinaire, car les lettres ne sont que du 30 ; on apprend par lui beaucoup de particularités qui ont otc avec raison à M. le prince de Conty toute espérance de réussir à l'affaire de Pologne. Notre am- Imssadeur a été trompé en tout ; les Polonois n'ont songé la plupart qu'a se faire donner beaucoup d'argent, et n'exécutent rien de tout ce qu'ils avoient fait espérer. M. le prince de Conty doit être reparti de ce pays-là présentement. Le roi est content au dernier point de toute la conduite qu'il va eue, et il sera reçu ici a merveille. — Le cardinal de Furstemberg eut une longue audience du roi, qui ne lui laissa aucune espérance sur le rétablissement du comte Auguste de laMarck, qui apparemment sortira du royaume pour éviter la prison.
Mercredi 13, à Meudon. — Le roi vint ici en chassant laprés-dlnée. Monseigneur alla le recevoir à l'entré»* du l»arc. On a amené ici mesdames d'FJbeuf, de Marsan, de Roquelaure, de la Vieil ville, d'Kpinoy, de Villequier, de (kmrtenvaux et mademoiselle de Melun. — M. de Bourlemont a reçu la nouvelle de la mort de M. l'archevêque de Bordeaux, sou frère. Il avoit prés de quatre-vingts ans et a voit été longtemps auditeur de rote à Rome , et avoit été plénipotentiaire en 6V pour le traité de Pise; il avoit l'abbaye de la Cràce, qui est d'un gros revenu. — Il est arrivé un courrier de M. le cardinal de Bouillon qui a conté de grands détails de la bataille de Zentha; il «lit cpie les Turcs y ont perdu vingt-huit mille hommes et
quatorze villes, et que le Grand-Se igneur , épouvanté , avoit fait trente lieues sans s'arrêter ; depuis cette victoire le prince Eugène est entré en Bosnie et qu'il veut se rendre maître de Saraï, qui en est la capitale, et assiéger Bagnaluca, qui est la plus forte place du pays. — La princesse vit le roi le matin chez lui, et il la pria de venir le lendemain le voir ici. — Le roi, à son souper, témoigna qu'il seroit bien aise qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes parés pour danser aux bals qu'il y aura après la noce de la princesse.
Jeudi ik,à Meudon . — Le roi se promena le matin et l'après-dlnée jusqu'à cinq heures, et s'amusa à faire planter. La princesse vint ici sur les quatre heures ; elle attendit le roi chez madame de Maintenon, où elle soupa avec les dames, et puis s'en retourna à Versailles. Monsieur, Madame et Mademoiselle ne sont point du voyage. Madame la Duchesse n'a pas pu partir de Paris depuis ses couches; ainsi, comme il y a moins de gens qu'a l'ordinaire, le roi a voulu qu'il n'y eût qu'une table. — Le roi apprit que madame la duchesse de Savoie étoit accouchée d'un garçon presque aussitôt mort que né ; on n'a eu que le temps de le baptiser. On mande que c'est la faute de la sage-femme. — Le roi parla à M. le Prince tout haut sur M. le prince de Conty, loua toute sa conduite; il s'étendit fort sur cette matière. Le roi a envoyé M. de Torcy a madame la princesse de Conty, sa femme, lui dire qu'il étoit fort fâché de ce qu'il n'étoit pas roi et de ce qu'il ne la traitoit pas en reine comme il l'avoit désiré , qu'il falloit qu'ils se consolassent l'un et l'autre par le plaisir qu'ils auroient de revoir bientôt M. le prince de Conty. On croit qu'il sera de retour avant la lin du mois.
Vendredi 15, o Meudon. — Le roi se promena tout le jour dans les jardins , surtout aux endroits où Monseigneur fait planter. — Nos plénipotentiaires en Hollande ont eu ordre de voir le roi d'Antreterre , qui leur a donné une
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audience favorable, comme il est aisé de se l'imaginer. — On mande de Madrid que la santé du roi d'Espagne va toujours de mieux en mieux, et qu'il est allé faire un petit voyage à Tolède. — On eut nouvelle de Montpellier que M. l'archevêque d'Arles y étoit mort; il étoit allé É Montpellier pour prendre un meilleur air. Il étoit le doyen des archevêques de France, et c'est présentement l'archevêque de Reims. — Le roi d'Angleterre, qui est à la Haye depuis quelques jours, se prépare à retourner à Londres, et on le croit présentement embarqué pour y repasser. — On a eu la confirmation du malheureux accouchement de madame la duchesse de Savoie; on n'a point encore voulu le dire à la princesse.
Samedi 16, à Versailles. — Madame de M i tenon vint ici le matin de Meudon chez la princesse, à qui elle apprit la nouvelle de l'accouchement de madame la Duchesse royale sa mère ; la princesse pleura fort. Le roi revint le soir de Meudon et vit la princesse chez elle. Messeigneurs les ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry, Monsieur et Madame y étoientdéjà venus. Monsieur et Madame sont revenus de Paris pour demeurer ici jusqu'à Noël. Monseigneur est demeuré a Meudon; il y sera jusqu'à mercredi; il y a retenu madame la princesse de Gonty et quelques dames. — Il y a des lettres de Dantzickdu 2, qui portent que M. le prince de Conty faisoit remarquer tout ce qui «voit mis pied à terre de dessus ses vaisseaux , et qu'on comptoit qu'il pourroit mettre à la voile deux ou trois jours après pour revenir.
Dimanche 17 , à Versailles. — Il y eut le matin toilette chez la princesse, parce qu'on voulut qu'elle reçut tous les compliments. L'après-dlnée elle alla à Saint-Cyr. Monseigneur alla avec madame la princesse de Conty à l'opéra à Paris, et puis retournèrent à Meudon d'où ils étoient partis. — Milord Milford, que le roi d'Angleterre avoit chassé de Saint-Germain et qu'il avoit relégué à Rouen , a permission de revenir demeurer à Paris, et même de
voir quelquefois le roi son maître à Saint-Germain , pourvu qu'il n'y demeure pas ; il lui rend les appointements de sa charge de gentilhomme de sa chambre. — Le roi a envoyé à l'abbé de Polignac et à l'abbé deChàteauneuf leur congé pour revenir ici ; il n'auroit pas été de lwnne grâce que des ministres du roi demeurassent en Pologne, l'affaire de M. le prince deConty ayant manqué. On ne sait pas même s'ils ne reviendront pas avec lui avant que d'avoir leur congé, parce qu'il a le pouvoir de leur ordonner tout ce qu'il jugera à propos.
Lundi 18 , à Versailles. — Le roi prit médecine et travailla tout le matin avec M. de Pontchartrain; l'aprèsdlnée il tint conseil avec ses ministres, et Monseigneur y vint de Meudon. Le soir la princesse alla le voir à son ordinaire chez madame de Maintenon; ellel'avoit déjà vu le matin dans son lit, en revenant de la messe. — J'appris que M. de Rosmadec, qui avoit déjà la charge de maître de la garde-robe chez Monsieur, avoit acheté de M. de Chàtillon, le chevalier de Tordre, la charge de premier gentilhomme de la chambre de Monsieur, dont il lui a donné 90,000 francs , si bien qu'il a présentement ces deux charges dans cette maison. — J'appris aussi que Montauzé , sous-lieutenant des chevau-légers d'Orléans , étoit mort ; le roi a dit à Monsieur qu'il souhaitoit qu'il put trouver un aussi honnête garçon pour remplir cette place; il étoit chevalier de Saint-Lazare.
Mardi 19, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly. Monseigneur courut le loup, et revint à sept heures souper avec les dames qui l'y attendoient. La princesse alla avec madame de Maintenon se promener l'après-dlnée à Trianon. — On n'a point de lettres par le dernier ordinaire de M. le prince de Conty, de L'abbé de Polignac ni de Tabbé de Chàteauneuf; mais il y a des nouvelles de Dantzick, du G au soir, qui portent que Bart, avec toute Min escadre, avoit mis le matin à la voile. — Le roi a fait un règlement en faveur des cavaliers, dra-
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gousousoldatsqui, étant réformés, retourneront dansleurs villages : c'est que, pourvu qu'ils s'y marient, ilsne payeront que pour cinq sols de taille durant cinq ans. C'est le moyen d'obliger beaucoup de ces gens-là à se marier, et le roi songe à repeupler son royaume.
Mercredi 20, à Versailles. — Le roi alla tirer l'aprèsdlnée. Monseigneur revint de Meudon. Madame la Duchesse revint de Paris dès samedi, et voit le roi les soirs après souper dans son cabinet , quoiqu'elle soit encore fort foible. — M. le Prince est allé à Chantilly pour y passer la semaine; il y a mené M. du Maine et M. le comte de Toulouse. — M. l'évèque de Careassonne vint apporter au roi la nouvelle de la mort de l'archevêque d'Arles, son frère. On avoit eu des lettres de M. de Baville, qui mandoit de Montpellier qu'un remède qu'on lui avoit donné l'avoit rappelé à la vie , mais il retomba bientôt après, et mourut le il de ce mois. C'étoit un homme de beaucoup de mérite. Cet archevêché ne vaut guère plus de 20,000 francs; il avoit une abbaye qui en vaut huit ou div.
Jeudi 21 , à Versailles. — \a: roi régla que les liais qu'il y aura au mariage de Monseigneur le duc de Bourgogne seroientdans la galerie. 11 vint l'après-dlnée chez la princesse, et lui lit voir l'endroit où l'on danseroit et la manière dont il le feroit orner ; ensuite le roi alla à quatre heures chez madame de Maintenon, et ne sortit point de tout le jour. Le soir il y eut comédie; il n'y en avoit. point eu depuis Fontainebleau, parce que Monsieur »'t Madame étoient demeurés à Paris, et que c'est pour eux principalement que le roi veut qu'il y ait des comédies. — On eut nouvelles quell. de Chazeron étoit mort à Ageu ; il étoit gouverneur de Brest, et son fils, qui est lieutenant des gardes du corps, eu a la survivance; il avoit la licutenance générale de Boussillon, et étoit chevalier de Tordre. 11 y a présentement \in,utet une places vacantes. Chazeron, quoiqu'il eut quatre-vingtsans, avoit servide
NOVEMBRE l«»7. m
lieutenant général sons M. de Vendôme toutou les dernières campagnes.
Vendredi 22, à Versailles. — Le roi alla dîner à Mark et y mena la princesse ; mais elle demeura toujours chez madame de Maintenon, et S. M. se promena toute l'aprèsdiuée dans ses jardins. — Le roi donna ces jours passés une audience de deux heures à M. le premier président. — Il y a des lettres de Danbtick du 9 qui portent que M. le prince de Conty n'avoit pu sortir de la rade que le 8 au soir ; elles ajoutent qu'un des généraux de Télecteur de Saxe étoit venu a l'abbaye d'Oliva avec deux ou trois mille chevaux qui avoient fait une inarche fort secrète et avec beaucoup de diligence. Ils espéroient que M.- le prince de Conty auroit mis pied à terre et qu'ils le pourroient prendre dans cette abbaye ; ils vouloient aussi prendre l'abbédc Polignac, qui s'est sauvé heureusement ; mais ils lui ont pris tout son équipage. Les magistral» de hantzick avoient écrit une lettre au roi, il y a quelque temps, pour tacher à justifier leur conduite; mais S. M. ;» refusé de lire leur lettre et a ordonné qu'on la leur renvoyât sans l'ouvrir.
Samedi 23, à Versailles. — Le roi alla l'aprcs-dlnée a Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. S. M. avoit donné le matin une longue audience au marquis d'Harcourt, qui n'étoit arrivé que le jour d'auparavant, et l'on sut le soir que le roi l'envoyoit ambassadeur en Espagne. — M. Amelot, notre ambassadeur en Suisse, a demandé de revenir, et le roi lui a accordé son congé. M. d' A vaux ne reviendra pas sitôt de Suède ; le roi a jugé à. propos qu'il y passât encore cet hiver. — M. le comte d'Aubigny*, frère de madame de Maintenon, se retire par dévotion dans une maison à Paris qui est gouvernée par M. Doyen ; il se défait presque de tout son équipage. Madame d'Aubigny, sa femme, se retire de. son côté chez une de ses parentes, et son mari lui donne 2,000 écus de pension. — Les appartements recom-
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mencèrent hier; il n'y en a point eu dans l'absence de Monsieur.
* M. d'Aubigny étoit chevalier de Tordre et gouverneur de Berrv , et n'avoit qu'une fille unique que madame de Maintenon élevoit ; son frère lui pesoit étrangement par les extravagances de sa conduite avec des filles et compagnie à l'avenant, à son âge, et par celles de ses propos. Il parloit volontiers des temps passés, disoit volontiers le beau-frère, parlant du roi devant tout le monde , et surtout faisoit à madame de [Maintenon des sorties épouvantables sur ce qu'il n 'étoit pas duc et pair, et au moins maréchal de France , bien qu'il n'eût jamais été que capitaine d'infanterie. Sa femme , fille d'un médecin , piètre en son nom et fort sotte aussi en son maintien, mais vertueuse et modeste, avoit fort à souffrir avec lui , et madame de Maintenon étoit toujours embarrassée de n'avoir jamais et encore plus d'avoir quelquefois sa bellesœur qui n'étoit d'aucune mise. Elle fit donc tant par Saint-Sulpice, à qui M. l'évêquede Chartres l'avoit livrée, que M. d'Aubigny fut conduit dans cette retraite , disant à tout le monde que sa sœur lui faisoit accroire malgré lui qu'il étoit dévot , et l'assiégeoit de prêtres qui le feroient mourir. Il n'y tint pas longtemps ; mais on le rattrapa encore, et on lui donna pour gardien un suivant du curé de Saint-Sulpice qui s'appeloit Madot , des plus crasseux de corps et d'esprit de la communauté de Saint-Sulpice , propre à rien , trop bon encore pour cet emploi , qui pourtant le fit évéque de Belley ; mais ce ne fut qu'après sa mort, après l'avoir longtemps gardé de feu et d'eau , et suivi partout comme sou ombre. Pour la femme , elle se serait aussi fort bien passée de se mettre en retraite, mais elle prit la chose plus doucement.
Dimanche 2fc, à Versailles. — Les états de Bretagne, qui ont accordé au roi, à leur ordinaire, tout ce qu'il leur a demandé, ont donné de leur mouvement 10,000 francs à M. le marquis d'O. Ils lui en avoient donné autant aux derniers élats; c'est M. de la Trémoille qui a présidé cette année et qui a été nommé député. Le prince de Talmond, son frère, qui leur a été recommandé par la cour et qui les a présidés durant deux jours, le duc son frère étant malade, a eu pour sa présidence 9,900 francs, ils ne donnent à leurs Imrons que 10,000 francs, et comme il n'est pas baron ils n'ont pu lui donner que cela. C'est le maréchal d'Estrées qui a tenu les états cette année , et il a eu 10.000 éeus, comme ils ont toujours accoutumé
de leur donner. — Le bruit avoit couru que le roi retranchoit aux officiers de ses troupes la moitié de la pension que plusieurs ont eue depuis cette guerre; mais cette nouvelle approfondie ne s'est pas trouvée véritable.
Lundi 25, à Versailles. — Le roi, après la messe, fut harangué sur la paix par le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides, la cour des monnoies et la ville. Après que le premier président eut parlé, M. de Lamoignon, avocat général, harangua aussi le roi; et les avocats généraux avoient accoutumé de ne faire qu'un compliment et assez bas, si bien que cela a été regardé comme une nouveauté. Les avocats généraux des autres cours ont suivi l'exemple de M. de Lamoignon. — Le roi a résolu d'ôter de dessus ses galères beaucoup de ceux qui y ont fait leur temps, quoique la coutume fût établie depuis longtemps d'y laisser également ceux qui y étoient condamnés pour toute leur vie et ceux qui étoient condamnés pour un certain nombre d'années ; on en tirera aussi tous les invalides, et on a résolu d'envoyer tous ces misérables-là dans nos lies de l'Amérique punies peupler. — Les princes vinrent l'après-dinée chez la princesse, où il y eut un petit bal ; ils y viendront présentement trois fois la semaine jusqu'au mariage.
Mardi 26, à Versailles. Le roi, après sa messe, fut harangué par le premier président et l'avocat général du grand conseil, et ensuite par l'université, le recteur portant la parole. L'après-dlnée le roi alla se promener à Trianon, où il fait planter. Le grand froid a empêché la princesse de se promener ; elle a été tous les soirs à son ordinaire voir le roi chez madame de Maintenon. Monseigneur alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. — M. l'abbé de Polignac revient sur les vaisseaux du roi avec M. le prince de Conly, mais on ne croit pas qu'on lui laisse la permission de revenir à la cour; on n'est point content de sa conduite. — Le courrier qui apporta ici la calotte à M. le cardinal de Coislin avoit
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assuré M. de Metz, son neveu, qu'on lui avoit accordé à Rome le gratis pour son évéché ; cependant cela u étoit point vrai en ce temps-là. On lui a fait môme de grandes difficultés à Rome sur ce que, dans le temps qu'il a été nommé évèque, il n'étoit point encore neveu de cardinal, et par conséquent n 'avoit point de gratis de droit; mais par le courrier qui arriva il y a huit jours on lui a accordé non-seulement le gratis , mais aussi la propine qui dépend du roi, qui lui épargnera 2,000 écus.
Mercredi 27, à Marly. — Le roi entendit le matin, à Versailles, l'abbé de Uangeau, qui le harangua à la tète de l'Académie. L'après-dlnée il vint ici de bonne heure. Monsieur, Madame et Mademoiselle sont du voyage. Avant que départir pour Marly, Monseigneur et madame la princesse de Conty vinrent chez la princesse, où les princes étoient déjà et où il y eut un petit bal, et ensuite Monseigneur y tint le portique, et à cinq heures il vint ici. Madame la duchesse de Saint-Simon a un logement ici ; c'est la première fois qu'elle y étoit venue. — H arriva un courrier de Rome, par lequel on apprit que le pape avoit donné la grande prévôté de Strasbourg à l'abbé d'Auvergne. Le pape a déclaré un des cardinaux qu'il avoit in petto, qui est M. Cenci, qui a été longtemps vice-légat d'Avignon et puis maître de chambre. Sa Sainteté lui donne le rang entre le cardinal Tanara et le cardinal Cavallerini. On apprit par le même courrier la mort du cardinal Corsi.
Jeudi 28, à Marly. — La princesse vint ici sur les trois heures, mais elle ne sortit point de chez madame de Maintenon. Le roi, malgré le vilain temps, se promena jusqu'à la nuit. — On mande d'Allemagne que tous les princes protestants qui a voient refusé de signer sont enfin résolus à le faire. — Le roi a réformé cinq hommes par compagnie, dans la cavalerie, dans les dragons et dans l'infanterie. La réformé sera plus grande quand la ratification de 1 empereur sera arrivée. Le roi a présentement cent
huit régiments de cavalerie ; on croit qu'il n'en gardera que cinquante et qu'il réformera le reste ; mais on incorporera les colonels et les capitaines et les lieutenants réformés dans les régiments qui resteront en pied. On réformera aussi beaucoup de régiments de dragons ; on n'en gardera que seize à cheval et sept ou huit à qui on otera les chevaux et qu'on entretiendra à pied, comme sont présentement les dragons de la reine d'Angleterre.
Vendredis, à Mur h/. — Il fit si vilain temps toute la joiu'née que le roi ne put pas sortir. — Monseigneur le due de Bourgogne et la princesse dansèrent ensemble dans le salon du roi à Versailles, et répétoient leur danse avec les mêmes cérémonies que si le roi eût été présent. On avoit arrangé les sièges dans l'ordre où ils seront au bal après le mariage. — M. le duc de Lorraine a envoyé sa ratification à la Haye ; il a choisi le comte Taf pour aller il Nancy en prendre possession, et il envoie en France le comte de Couvonges, qui est celui que mademoiselle de Guise avoit choisi pour son légataire universel. — M. de Harlay, notre premier plénipotentiaire à Kyswyek, a son congé pour revenir et on l'attend incessamment. — On avoit fait courir le bruit que milord Portland ne reviendroit point ici ambassadeur d'Angleterre. Ce bruit est faux; mais il attend pour partir que le roi d'Angleterre soit arrivé, et il doit être à Londres le 23.
Samedi 30, à Versailles. — 11 lit si vilain temps que le roi revint de fort bonne heure. — On a des lettres de II. le prince de Conty de Copenhague, du 19 de ce mois. Son vaisseau avoit touché le 15 sur un banc ; il ne se pressa point pour en sortir ; il se reposa sur 1rs soins que se donna Bart, et, quand tout fut tranquille dans le vaisseau, il se mit dans une' chaloupe et alla mettre pied à terre dans une maisoii de M. Guldenlew le jour même. Depuis cela il vit le roi de Danemark a Copenhague, sous le nom de comte d'Alais ; il en a été fort bien reçu. Il
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avoitcinq vaisseaux de D ntzick, que Bart a pris, et il les a laissés en dépôt au roi de Danemark. On lui avoit conseillé, la paix étant faite avec l'Allemagne, de revenir par terre; mais, Bart lui ayant fait espérer que dans six ou sept jours il le mènerait à Dunkerque , il se rembarqua le 19 par un bon vent.
Dimanche 1 er décembre, à Versailles. — Le roi vit le matin, dans la cour des secrétaires d'État, les gardes qui relèvent le guet et qui sont vêtus de neuf magnifiquement, et l'après-dlnée il ne sortit que pour aller au salut. Monseigneur alla coucher à Meudon pour y demeurer jusqu'à mercredi ; il n'y a point de dames avec lui. La princesse alla le soir, à son ordinaire, voir le roi chez madame de Maintenon, et S. M. lui donna une garniture de diamants brillants qu'on estime 5 ou 600,000 francs. Ce sont des diamants que le roi avoit achetés et qu'il n'avoit point donnés à la couronne ; car, s'ils avoient été donnésà la couronne, le roi n'en pourroit plus disposer qu'en les prêtant. — Par les lettres qu'on a de M. le prince de Conty du 19, on apprend que l'abbé de Polignac est à Stettin, et l'abbé de Chàteauneuf l'y va rejoindre; ils attendront là les ordres de la cour, n'ayant osé revenir sans les avoir reçus. L'abbé de Chàteauneuf avoit suivi M. le prince de Conty jusqu'à Copenhague.
Lundi 2 , à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour. Monseigneur le duc de Bourgogne vint chez la princesse aussitôt après diner, et ils allèrent danser dans le salon du roi, puis revinrent chez la princesse jouer au portique. — On mande de Madrid que le roi d'Espagne se porte de mieux en mieux; il afaitsixgrandsd'Espagne, parmi lesquels est le prince de Darmstadt*, qui s'est fort distingué au siège de Barcelone; il l'a fait grand delà première classe et lui a donné la Toison. U est parent proche de la reine. — roi d'Angleterre a fait mi lord Villers, un des plénipotentiaires à la paix, comte de Jersey; il l'a nommé pour son ambassadeur ordinaire en
France, quand milord Portland aura achevé son ambassade, qui ne doit être que de trois ou quatre mois.
• Le prince de Darmstadt était de la maison de Hesse, proche parent de la reine d'Espagne , bien fait , et on le disoit fort bien avec elle, et envoyé exprès pour cela de Vienne pour faire en sorte qu'elle etlt un enfant. H fut fait grand à vie , parce qu'en Espagne non-seulement les grands ne cèdent à personne sans exception , mais qui que ci* soit de maison souveraine n'y a rang ni distinction quelconque, et ce prince de Darmstadt scrvoit et avoit dessein de demeurer du temps en cette cour. Il fut tué depuis à Barcelone contre Philippe V.
Mardi 3, à Versailles. — Le vilain temps empêcha le roi d'aller à la chasse. Monseigneur alla de Meudon a l'opéra à Paris, où madame la princesse de Conty l'alla trouver d'ici, et ensuite il la mena souper à Meudon; elle ne revint ici qu'à une heure après minuit. — M. de la Vieu ville, le maître des requêtes, a acheté la charge de secrétaire des commandements de madame la duchesse de Bourgogne; il en paye 250,000 francs et le roi lui en donne la survivance pour son fils. M. le marquis de Puisieux, gouverneur de Huningue , a été déclaré ambassadeur en Suisse, en l'absence de M. Amelot dont le roi est fort content, et à qui le roi a permis de revenir. — Le roi a donné 500 écus de pension à Baron, comédien fumeux, qui a quitté la comédie depuis huit ans.
Mercredi 4, à Versailles. — Le roi alla se promener à Marly malgré le vilain temps, et où il lit planter jusqu'à la nuit. Monseigneur revint ici de Meudon dès le malin, et fut au conseil. — Par la paix il revient à hircine d'Angleterre 40,000 pièces par an, qui font 520,000 livres qu'on paye aux reines pour leur douaire; on croyoit même qu'elle devoit encore avoir 10,000 pièces de plus. Quoiqu'a l'avenir elle tire les 520,000 livres d'Angleterre ,• le roi ne diminue rien de la pension de 50,000 francs par mois qu'il leur donne. — Le roi régla que le jour du mariage, en allant et revenant de la chapelle, monseigneur le duc de Bourgogne donneroit seul la
main à la princesse. Personne ne lui portera la queue en cérémonie; ce sera, à son ordinaire, l'exempt des gardes qui la sert présentement. Le poêle sera porté par l'évoque de Metz, premier aumônier du roi en survivance, et par un des aumôniers du roi de quartier, et le cardinal de Coislin, premier aumônier, les mariera.
Jeudis, à Versailles. — Le roi ni Monseigneur ne sortirent point de tout le jour. Monseigneur le duc de Bourgogne vint chez la princesse danser et jouer. Madame de Maintenon envoya le matin à la princesse une jolie cassette pleine de bijoux, et au fond il y avoit dans une petite Iwtte le portrait de monseigneur le duc de Bourgogne. La princesse ordonna à l'homme qui lui apporta le présent de dire a madame de Maintenon qu'elle l'en remercieroit. dans deux jours. — Le roi consent que M. le cardinal de Furstemberg donne à M. le comte Louis de la Marck son régiment d'infanterie qui vaque, et en mAme temps S. M. permet à M. le cardinal de Furstemlierg de garder quelque temps son régiment de cavalerie sans y mettre de colonel. Le comte Louis l'étoit, nuis il a préféré le régiment «l'infanterie parce qu'il vaut plus de revenu.
Vendredi 6 , à Versailles. — On ne songe ici qu'aux préparatifs de la noce de demain , et jamais il n'y a eu tant de magnificences préparées. — On mande d'Angleterre que le nouveau roi a fait son entrée à Londres , qui étoit fort magnifique aussi; mais cela r 'approche pas de la dépense qu'on fait ici pour le mariage. Les marchands assurent qu'ils ont vendu pour plus de cinq millions. — M. le prince de Conty, qui a toujours eu le vent contraire dans sa navigation, étoit le 22 de ce mois à Elseneur, et l'on mande que ce jour-là le vent commençoit à redevenir bon et qu'il en alloit repartir. — La princesse lit mercredi une confession générale et communia par les mains de M. de Meaux, qui fit pour la première fois la fonction de sa charge. On croit que L'abbé de Castries, neveu du
cardinal de Bonzi, sera son aumônier ordinaire; on ne dit eneore rien des aumôniers de quartier.
Samedi 7 , jour du mariage de monseigneur le due de Bourgogne^), à Versailles. — Lematin, avant midi, Monseigneur le duc de Bourgogne vint cnez la princesse. Monseigneur, Monsieur et toutes les princesses y étoient déjà venus; ils allèrent ensuite trouver le roi, qui les attendent dans son salon , et marchèrent tous ensemble à la chapelle en bas, où d'abord on les fiança. Puis le cardinal de Coislin, qui officioit , dit quelques prières tout bas pour laisser du temps entre les fiançailles <t le mariage, et les prières finies le mariage fut célébré. Dans la marche pour aller à la chapelle et pour en revenir, monseigneur le duc de Bourgogne lui donnoit seul la main. Nous étions au côté de la princesse M. de Tcssé et moi, et lui aidions à porter ses habits qui étoient fort pesants. Durant la messe la duchesse du Lude, madame de Mailly et moi étions derrière elle quand elle alla à l'offrande , et quand elle se mit sous le poêle nous lui donnions la main Tessé et moi. A la fin de la messe on signa sur le livre du curé (2). Ceux qui signèrent furent le roi, Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne , madame la duchesse de Bourgogne , messeigneurs les ducs
(1) Nous donnons en appendice, à la lin de cette année, une relation du mariage du duc de Bourgogne , extraite du Mercure galant , et qui complète tous le» détails donnés par Dangeau jusqu'au 14 décembre.
(2) Ce lirre est le registre des baptêmes, mariages et décès de la paroisse de Notre-Dame de Versailles , dans lequel les actes concernant les membres de la famille ro> aie se trouvent confondus avec ceux du reste de la |M>pulation. Ain>i l'acte de mariage du duc de Bourgogne est suivi des actes de baptême d'Antoinette Niquaise , aile de George Niquaise , marchant en cette vUte , de Marie Jeanne Gabot, fille de Pierre Gabot , palefrenier, et de l'acte de décès de Jean-François , fils de Dominique Vernet , garçon d'office. Cet usage fut suivi jusqu'en I7H9 et l'on retrouve l'acte de mariage de Louis XVI, alors dauphin, et de Marie- Antoinette, entre celui de René Bourgeois , garçon perruquier, et de Louise-Michèle Faucheux, cuisinière, et celui de Nicolas- Antoine l'eignot, marchand en ligure* de plâtre, et de Marie-Calherine Levawenr, domestiqiie.
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d'Anjou et de Berry, Monsieur, Madame, M. de Chartres et M. le Prince. Après la messe il y eut un grand festin de la maison royale dans la salle de la duchesse de Bourgogne; la table était en fer à cheval; le roi au milieu dans son fauteuil; à sa droite Mouscigneur; à sa gauche monseigneur le duc de Bourgogne ; à droite madame la duchesse de Bourgogne; à gauche ie duc d'Anjou; à droite le duc de Berry ; à gauche Monsieur ; à droite Madame; à gauche M. de Chartres; à droite madame de Chartres; à gauche Mademoiselle; et ensuite, selon leur rang, adroite et agauche tous les princes et princesses du sang. Madame de Verneuil y est; mais madame la duchesse d'Angoulème (1) n'y est point; elle n'a point le rang de princesse du sang. Un peu avant sept heures , le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent; le roi les mena jouer au portique que le roi tint, et à huit heures on revint dans le salon au bout de la galerie, du côté de l'appartement de madame la duchesse de Bourgogne , d'où l'on vit un magnifique feu d'artiiice qui étoit au bout de la pièce des Suisses. Le temps étoit fort vilain, et cela n'empêcha pas que ce ne fût un fort beau spectacle. Après le feu on alla souper dans le même endroit du dîner et dans la même disposition du dîner, hormis qu'il y avoit le roi et la reine d'Angleterre de plus , la reine entre les deux rois. Après le souper, qui fut superbe, on entra dans la chambre de madame la duchesse de Bourgogne, et le roi, un moment après, en lit sortir tous les hommes. Monseigneur le duc de Bourgogne se déshabilla dans l'antichambre, et le roi d'Angleterre lui donna la chemise. La duchesse de Bourgogne se déshabilla devant toutes les dames qui étoient dans la chambre, et la reine
(1) Nous avons mentionne 1 dans la liste des princes et princesse du sang (tome r r , pageC\ I) cette Juches*: d'Angoulème, qui, en 1697, étoit àgee de soixante-seize ans, et étoit veuve depuis quarante-sept ans de Charles, due d'Angoulème , hàlard de Clwrles l\.
d'Angleterre lui donna la chemise. Dès que la duchesse de Bourgogne fut au lit, on vint avertir monseigneur le duc de Bourgogne, qui se mit dans le lit à la droite. Le roi et la reine d'Angleterre s'en allèrent. Le roi s'en alla se coucher. Monseigneur le duc de Bourgogne se releva au bout d'un quart d'heure, se rhabilla dans l'antichambre et s'en retourna chez lui par la salle des gardes. Monseigneur demeura seul de la maison royale dans la chambre de sa l>elle-iille. La duchesse du Lude et toutes les dames de madame la duchesse de Bourgogne demeurèrent a l'entour du lit , dont les rideaux étaient ouverts des deux cotés. Toutes les autres dames sortirent eu même temps que le roi. M. le duc de Beauvilliers , comme gouverneur de Monseigneur le duc de Bourgogne, demeura dans la ruelle du lit pendant le temps qu'il fut avec madame la duchesse de Bourgogne. Madame la duchesse de Bourgogne, pour être plus eu repos,avoit passé l'après-dlnée chez madame de Maintenon et s'y étoit déshabillée.
Dimanche 8, à Versailles. — 11 y eut grand cercle chez madame la duchesse de Bourgogne sur les six heures du soir, et a la tin du cercle le roi entra et tout le monde le suivit dans l'appartement. 11 alla d'abord mener les dames à une collation magnifique qui étoit dans le salon auprès de la chapelle; ensuite on alla à la musique, et puis le roi tint le portique. A neuf heures le roi reconduisit madame la duchesse de Bourgogne dans sachambre, et puis retourna chez madame de Maintenon à son ordinaire. Madame la duchesse de Bourgogne, qu'on appeloit la Princesse tout court depuis qu'elle est en France , mènera la même vie qu'elle faisoit avant son mariage. — Le roi nomma pour aumônier ordinaire de madame la duchesse de Bourgogne l'abbé de Castries, neveu du cardinal de Bonzi, et pour aumôniers de quartier l'abbé de la Boulidière, qui étoit à la reine, l'abbé de la Roche- Jacquelin qui étoit à madame la Dauphine, un frère de t. vi. ifi
l'abbé lk\salleurs (1 qui étoit A madame laDauphine, et l'abbé de Lévi.
Lundi 9, à Versailles. — Madame la duchesse de Bourgogne entendit pour la première fois la messe à côté de Monseigneur. L'après-dlnée elle entendit le sermon et vêpres en bas avec le roi et dans son rang ; madame la duchesse du Lude , madame de Mailly et moi derrière elle, comme nousserons toujours quand elle sera en place^ c'est-à-dire le chevalier d'honneur toujours le plus proche du roi et au-dessus de la dame c?' honneur. Monseigneur le duc de Bourgogne viendra tous les jours chez madame la duchesse de Bourgogne. Elle entendit le salut dans la tribune avec le roi et dans son rang. — M. le grand prieur revint de Catalogne et salua le roi. On attend incessamment M. de Vendôme. — M. de Harlay est de retour de son ambassade pour la paix ; il salua le roi en public, et S. M. lui dit qu'au premier jour il Tentretiendroit à loisir; il croit la ratification de l'empereur présentement arrivée à la Haye. — M. d'Avaux mande de Stockholm que le roi de Suède a été couronné roi , quoiqu'il n'eût pas encore dix-huit ans. Le corps de la noblesse Ta voulu , et y a fait consentir sans peine le corps des bourgeois et le corps des paysans ; le corps des ecclésiastiques y a fait un peu plus de difticultés, mais enfin il s'est rendu. Cela s'est fait en six heures de temps et sans avoir été prémédité.
Mardi 10 , à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promènera Marly. Monseigneur courut le loup. 11 y eut toilette chez madame la duchesse de Bourgogne, et il y •m aura toujours les mardis et les vendredis , comme avant son mariage. Monseigneur le duc de Bourgogne vint passer l 'après-dlnée chez elle, et le soir ils soupèrent tous deux chez madame de Maintenon. — Les états de Lan-
(I) i\e Hontnmrri.
guedoc ont accordé au roi dès leurs premières séances les trois millions qu'il leur demandoit. — On a fait un nouveau règlement pour les secrétaires du roi ; on assure que, si le roi veut, il tirera un gros argent de cette compagnie, laquelle donnera volontairement pour être conservée dans leur entier. — On mande de Vienne que le général Rabutin a pris Vipalanka après une assez vigoureuse résistance des Turcs; les Allemands ont passé la garnison au fil de l'épée, et puis brûlé la place. Le général Herberstein, qui marchoit à Panzowa, a trouvé la place abandonnée par les Turcs. — Le roi d'Espagne a fait seize nouveaux gentilshommes de sa chambre. On mande en même temps de Madrid que don Juan de Velasque avoit été si dangereusement blessé à la dernière course de taureaux qu'il est mort de ses blessures.
Mercredi M, à Versailles. — Sur les six heures le roi vint chez madame la duchesse de Bourgogne, où toutes les princesses étoient déjà. Le roi et la reine d'Angleterre y vinrent une demi-heure après ; sitôt qu'ils y furent, ils entrèrent tous dans la galerie où la place du bal étoit préparée avec beaucoup d'échafauds et des pyramides de ïxwgies qui éclairoient plus la galerie que tous les lustres et les girandoles. Le bal commença dès que LL. MM. furent placées , et nous ne nous souvenons point d'en avoir jamais vu un plus beau. Toutes des dames étoient d'une magnificence extraordinaire ; il y en avoit environ quarante qui dansoient; voici celles dont je me souviens: Madame la duchesse de Bourgogne; -madame de Chartres; Mademoiselle; madame la Duchesse; madame la princesse de Conty douairière ; mademoiselle de Condé ; mademoiselle d'Elbeuf; mademoiselle d'Armagnac; la princesse d'Epinoy ; la duchesse de Sully ; la duchesse de Luxemlxmrg ; la duchesse de Saint-Simon ; la duchesse de Villeroy ; la duchesse de Roquelaure; madame de la Vieuville ; madame de Mongon ; madame de Dangeau ; mademoiselle de Ftu , steml>erg ; mademoiselle de Melun ;
f fi.
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madame de la Porte ; madame de (îoesbriant ; madame de Châtillon ; madame de Yillequier ; la duchesse d' Albret ; mademoiselle de Solre ; trois filles de Madame ; madame de Tonnerre; madame de Barbezieux; mademoiselle d'Estrées; mademoiselle de Menetou; Mademoiselle de Lussan ; la duchesse de tauziui ; mademoiselle de Rebenac.
Je mets tout cela sans ordre, à mesure qu'elles me viennent dans l'esprit.
Sur les neuf heures on servit une collation superbe ; il y avoit onze ou douze tables d'une invention nouvelle, qu'on portoit devant les dames , et une infinité de corbeilles de confitures et de fruits; des glaces en profusion. 11 y avoit tant de tout cela qu'il ne parut pas tout devant le roi. Après la collation, on recommença à danser jusqu'à dix heures et demie, et ensuite on alla souper, la reine toujours entre les deux rois. Toute la maison royale y étoit, hormis les princes du sang, qui n'y soupèrent point, et madame de Verneuil, qui retourna a Parisaprès le mariage. On eut soin que tous les ambassadeurs et tous les étrangers fussent bien placés; tout ce qu'il y aurait eu à désirer, c'est qu'il y eût moins de foule. Le roi se donna même beaucoup de peine pour y remédier et pour mettre encore les dames plus à leur aise.
Jeudi 12, à Venailles. — On eut nouvelle le matin que M. le prince de Conty étoit débarqué à Nieuport avanthier, et qu'il devoit ce jour- la aller coucher à Lille. Le soir, comme le roi alloit souper, on lui vint dire que M. le prince de Conty étoit arrivé sur les huit heures à Paris, dont le roi témoigna beaucoup de joie. — Le roi ne sortit point de tout le jour; il donna une grande audience a M. de Harlay, qui revient de son ambassade pour la paix. — Madame la duchesse de Bourgogne va tous les soirs voir le roi chez madame de Maintenon, comme elle faisoit avant son mariage, et monseigneur le duc de Bourgogne la vient voir tous les jours. On les
laisse même causer ensemble ; mais il y a toujours des dames dans la chambre. — Il a vaqué depuis peu de jours une charge d'enseigne dans les mousquetaires par la mort de [Galibert]; le roi Ta donnée à l'Escussan, le plus ancien des maréchaux des logis de la compagnie (1 ) .
Vendredi 13, à Versailles. — M. le prince de Conty salua ici le roi le matin, et S. M. le reçut avec de grandes marques d'estime et d'amitié, et le soi* il donna la chemise au roi, comme font toujours les princes du sang. Il n'a jamais voulu prendre le titre de roi dans les temps où on l'en pressoit et où il y avoit apparence qu'il le seroit bientôt. Tout ce qu'il nous a conté de la Pologne et de ce. qui s'est passé dans cette affaire-là à son égard est si différent de tout ce qu'on avoit mandé ici qu'il ne faut plus regarder tout ce que nous en avons écrit que comme des contes en l'air. M. le prince de Conty, depuis le 22 du mois passé, a essuyé une perpétuelle tempête, et auroit péri le 25 s'il ne fût entré quasi par miracle dans le port de Gothembourg. Les vaisseaux de son escadre ne sont point encore arrivés , etil a péri plusieurs vaisseaux marchands qui s' étoient joints à son escadre ; il a péri aussi un vaisseau de guerre suédois de cinquante pièces de canon. Le primat de Pologne n'a point vu M. le prince de Conty, quoique M. le prince de Conty l'en eût fort pressé ; è'étoit pourtant celui qui paroissoit le plus attaché à son parti. Le Polonois dont il se loue le plus c'estde Premiski, qui, en le voyant, lui dit : « Monseigneur, on a eu grand tort de vous faire venir en ce pays ici, et si je l'avois su je serois parti en poste pour aller en France vous en empêcher ; je sais bien que je suis perdu en ce pays ici pour avoir soutenu vos intérêts avec trop de chaleur ; mais il ne faut pas qu'un aussi grand prince se perde avec nous. » Quand M. le prince de Conty
<l) Fraaçofe île Coulaid, marquis de PEseuwM, mourut en 173?, âgé de ten\ *i\ ans.
avoità tenir conseil avec quelques Polonois qui étoient en petit nombre, il falloit qu'il s'embarquât dans une chaloupe pour venir à terre; ils n'alloient point le trouver sur ses vaisseaux, disant qu'ils craignoient la mer. — Il y eut toilette chez madame la duchesse de Bourgogne. Le prévôt des marchands l'a haranguée ces jours- ici , et lui a fait une fort jplie harangue en lui présentant les présents de la ville ; elle se leva pour recevoir sa harangue et fut toujours debout pendant qu'il parla.
Samedi 14, à Verscnlles. — A sept heures, tous les princes et princesses, toutes les dames et les danseurs vinrent chez madame la duchesse de Bourgogne, et entrèrent dans la galerie où étoit le bal comme le mercredi. Le roi attendit longtemps chez madame la duchesse de Bourgogne le roi et la reine d'Angleterre; ils dévoient arriver avant huit heures et n'arrivèrent qu'à huit heures et demie, parce que le verglas empèchoit les chevaux de marcher. Dès qu ils furent venus, ils allèrent se mettre à leur place et le bal commença, qui tut encore plus l>eau que celui de mercredi parce qu'il y eut plus d'ordre. Les dames et les danseurs avoienl presque tous des habits différents de la première fois et aussi magnifiques du moins. A dix heures on servit une superbe collation toute en corbeilles galantes et fort riches ; on redansa ensuitejusqu à minuit, etpuis on lit luédianochedansl endroitoû le roi a accoutumé de souper* Us étoient dix-septà table : la reine, les deux rois, Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne , monseigneur le duc d'Anjou, monseigneur le duc de Berry , Monsieur , Madame , monseigneur le duc de Chartres, madame la duchesse de Chartres, Mademoiselle, madame la Princesse, madame la Duchesse, madame la princesse de Conty, tille du roi , et mademoiselle de Condé. Apres média noche le roi fut encore assez longtemps enfermé avec le roi et la reine d'Angleterre. — Monseigneur le prince de Conty étoit au bal; mais il
n'y voulut point danser. — M. de Vendôme* arriva ici le matin ; il est si bien remis de sa maladie qu'il n'y parolt plus ; le roi l'a très-bien reçu
* Cette grande maladie de M. de Vendôme étoit la vérole l#ic]. il fut marqué et demeura fort défiguré du nez fort raecourei et aplati et toute la physionomie changée. En revenant de Catalogne il ne s'en étoit point caché, et avoit pris congé du roi , de Monseigneur, des princesses pour aller à Aiiet la suer. C'est le premier exemple de pareille chose , qui n'a pas été imité depuis par personne et que le roi trouva très-bonne de lui.
Dimanche 15, à Versailles — Le roi, monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne, entendirent le sermon. Madame de Bourgogne dans son rang, comme elle y sera toujours présentement. — Il y avoit quelques difficultés en Savoie sur le cérémonial entre notre ambassadeur et M. le prince de Carignan; et M. de Briorde,en partant, avoit eu ordre de faire passer ses carrosses devant ceux de ce prince dans les cérémonies où ils se rencontreroient. Le roi a bien voulu présentement que son ambassadeur lui cédât, comme à l'héritier présomptif de M. de Savoie, et S. A. R. consent en même temps que notre amlmssadeur ne donne point la porte aux chevaliersde l'Annonciade, qui est la première dignité de ce pays-là. Les ambassadeurs de France ne leur ont jamais donné; mais, depuis que M. de Savoie aie traitement de tète couronnée en cette cour ici, sis prétentions augmentoient. — La ratification de l'empereur arriva le 11 à la Haye; elle devoit être échangée le 13; la ratification des princes de l'Empire étoit arrivée quelques jours auparavant.
Lundi 16, à Versailles. — Le matin, au conseil, le roi nomma le marquis de Villars le lils pour son envoyé à Vienne ; le comte de Chamilly pour son ambassadeur en Danemark; M. de Phélypeaux, maréchal de camp, pour son envoyé à Cologne; Desalleurs , ancien capitaine aux
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gardes, pour son envoyé auprès de l'électeur de Brandebourg; du Héron, colonel de dragons, pour son envoyé auprès du duc de Woifenbuttel ; d'Iberville , qui étoit à Genève, pour son envoyé auprès de l'électeur de Mayence ; et on envoie à Genève en sa place un neveu de Fouchet , nommé la Clausure ; Rousseau , gentilhomme ordinaire, aura l'emploi de Ratisbonne. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly, et fit toujours planter malgré le vilain temps. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne soupèrent ensemble chez madame de Maintenon. Monseigneur alla dtner à Meudon , et revint ici le soir.
Mardi 17, à Versailles. — Le roi partit d'ici sur les quatre heures pour aller à Trianon ; il avoit dans son carrosse monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne. On y joua jusqu'à ce que le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent; dès qu'ils furent venus, le roi les mena par l'appartement de madame de Maintenon, dans la tribune, où il n'y avoit que Leurs Majestés. Monseigneur le duc de Bourgogne, madame la duchesse de Bourgogne, Monsieur, les dames de la reine et les dames du palais, Monseigneur, Madame et toutes les princesses étoient dans la salle de la comédie. Dès qu'ils y furent placés on servit une magnifique collation en corbeilles ; ensuite l'opéra commença, qui étoit l'opéra d'/wc, dont le roi fut fort content. Après l'opéra LL. MM. BB. retournèrent à Saint-Germain et le roi revint ici. Le spectacle fut fort beau ; il n'y avoit que des gens de condition ; cependant la foule ne laissa pas d'y être fort grande. — Le roi envoie un frère de Asfeldt en Holstein pour travailler a l'accommodement' du roi de Danemark avec le duc de Gottorp. — L'êvèque de Munster a souhaité qu'on lui envoyât Frischmand, fils de celui qui étoit autrefois agent du roi à Strasbourg ; et l'on envoie au duc de Wurtemberg et en Souabe Gergy, gentilhomme ordinaire du roi. Tous ces envoyés furent
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nommés lundi en même temps que les autres, mais je ne m'en souvenois pas.
Mercredi 18, à Marly. — Le roi partit de Versailles après son dîner pour venir ici ; il y a mené moins d'hommes et de femmes qu'à pas un voyage; il a dit aux princesses de nommer seulement chacune une dame outre le service. Madame de Chartres a nommé madame de Sforce ; madame la Duchesse a nommé la princesse de Furstemberg; et madame la princesse de Conty a nommé mademoiselle de Lislebonne. — Monsieur, Madame et Mademoiselle sont allés à Paris pour y demeurer jusqu'au premier jour de l'an. 11 n'y a qu'une table ici, où sont le roi , Monseigneur, M. de Chartres, toutes les princesses et les dames. Aux autres voyages il y a toujours deux tables, dont le roi en tient une et Monseigneur l'autre. — Le comte de Tessé demanda au roi, le matin à Versailles, son agrément pour marier sa seconde fille au marquis de Maulevrier-Colbert, colonel du régiment de Navarre. Tessé maria, l'été passé, sa fille aînée au marquis de la Varenne, à qui le roi avoit donné toutes les charges de son frère qui venoit de mourir, en considération de ce mariage.
Jeudi 19, à Marly. — Le roi fut tout le jour dehors à faire travailler à ses jardins malgré le vilain temps. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne arrivèrent ici ensemble de Versailles sur les trois heures, et ne s'en retournèrent qu'après avoir soupé chez madame de Maintenon. — Le bonhomme Bezemeaux, gouverneur de la Bastille, mourut il y a deux jours à Paris; il avoit quatre-vingt-six ans. Il donne une terre de 6,000 livres de rente aux enfants de madame de Saumery, sa fille; il donne 60,000 ceus aux enfants de feu madame de Curton, son autre fille; et cela pour égaliser en quelque façon ce qu'il avoit donné à feu son tils par son contrat de mariage. Ce fils n'a laissé qu'une tille, qui aura un million de bien avant qu'elle soit en
âge d'être mariée. — Par les nouvelles qu'on a de Dantzick, il ne paroit pas que les affaires de M. l'électeur de Saxe soient encore terminées; le primat et les Sapieha ne veulent point encore le reconnoitre pour roi.
Vendredi 20, à Marly. — Le vilain temps n'empêcha pas le roi de faire travailler tout le jour dans ses jardins. — On eut nouvelles que l'échange des ratifications avec l'empereur étoit fait. Nos plénipotentiaires reviennent ; ils n'ont laissé qu'un secrétaire en ces pays-là pour quelques formalités qu'il y. a à changer dans la ratification des princes de l'Empire. — On mande d'Espagne que S. M. C. a enfin donné le gouvernement du Hilanez au prince de Vaudemont, quoique des grands du conseil s'y opposassent. La cabale de la reine l'a emporté; elle a fait donner aussi la vice-royauté de Catalogne au prince de Darmsfadt, son parent. — L'ambassadeur de Venise a eu nouvelle, qui nous a été confirmée par d'autres endroits, qu'il y a eu un grand combat par terre entre las trouprs de la république et les Turcs ; les Turcs ont été bien battus et ont perdu plus de trois mille janissaires, et l'épouvante est grande dans toutes leurs troupes.
Samedi 21 , à Versailles. — Le roi revint ici de fort bonne heure, parce qu'il étoit fête et qu'il ne pou voit pas faire travailler à Marly. Sur les six heures monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent le voir chez madame de Maintenon. — Le roi fait partir les directeurs et les inspecteurs de cavalerie qui étoient presque tous ici, pour aller faire la réforme de quatre compagnies des régiments des gentilshommes qui sont à douze compagnies ; cette réforme monte à quatorze mille chevaux. On ne touche point aux quatorze premiers régiments de dragons. — Le roi a trouvé bon que Monsieur donnât à Chauvel , enseigne des gendarmes d'Orléans, la sous-lieutenance des chevau-légers d'Orléans, vaquante par la mort de Montauzé; il y a voit un brevet de retenue dessus que Chauvel a payé.
— Le pape consent que les Napolitains aient un auditeur de rote ; il y en avoit dix et il y en aura onze ; le roi d'Espagne en avoit trois de ses états ; un pour Milan , un pour Castille et un pour Aragon ; ainsi il en aura quatre présentement.
Dimanche 22 , à Versailles. — Le roi , monseigneur le duc de Bourgogne , madame la duchesse de Bourgogne entendirent le sermon et le salut . Monseigneur le Dauphin alla avec madame la princesse de Conty dîner à Paris chez Madame ; ensuite il y eut grand jeu et puis ils entendirent l'opéra dans la loge de Monsieur et revinrent ici souper avec le roi. — On publia ces jours passés un arrêt pour faire payer la capitation, les trois premiers mois de Tannée où nous allons entrer; après quoi la capitation finira entièrement, comme le roi Pavait promis par sa déclaration du mois de janvier 1695. — L'évèque de Metz (1) fut sacré à Paris; il y avoit tant de courtisans à son sacre qu'il n'y eut quasi personne ici au sermon. — M. le marquis de Couvonges, envoyé de M. de Lorraine,' est arrivé à Paris; il aura sa première audience du roi jeudi ; le duc son maître l'envoie demander Mademoiselle en mariage; il ne fera la demande qu'à sa seconde audience. Le roi a parlé là-dessus fort agréablement pour M. de Lorraine. On ne sait point encore s'il viendra ici lui-même, à cause du cérémonial. Les princes du sang prétendent passer devant lui, et feu M. le Prince, à Bruxelles, a toujours passé devant M. de Lorraine, son grand-oncle*.
* Les prétentions des prinees étrangers et la facilité qu'où a sur eela eu France méritent ce petit récit. Toutes les deux fois que Henri IV a vu M. de Savoie , le célèbre Charles-Emmanuel , nulle diffficulté avec les princes du sang ni à Lyon, ni à Paris. M. le Prince et kii se trouvant tous deux, à Lyon, à la porte de la chambre où le roi s'habil-
l ) H • m i i-Cli.n tlu Cantliout de Coislin.
loit , et s'arrêtent tous deux pour entrer, il éleva la voix et dit à Il le Prince : « Entrez donc mon cousin; M. de Savoie sait trop ce qu'il vous doit. » M. le Prince entra, M. de Savoie suivit. Cela fut toujours de la sorte entre eux et avec les autres princes du sang, sans que M. de Savoie en fut peiné ni qu'il les évitât. Il donnoit aussi la chemise à défaut de princes du sang , qui la donnoient en sa présence sans lui en faire d'honnêteté, à Lyon et à Paris.
M. de Lorraine, Charles IV, et d'autres avant lui, sont venus en France ; celui-là plusieurs fois et de longs séjours ; il n'a jamais été question de rien prétendre à l'égard des princes du sang, ni à la duchesse Nicole, sa femme. M. de Lorraine, mari de la reine de Pologne, sœur de l'empereur Léopold, et généralissime de ses armées en Hongrie, n'y prétendit jamais passer en aucun lieu et dans sa propre armée avant MM. les princes de Conty, qui y étoient allés sans aveu et volontaires ; et l'électeur de Bavière qui prétendoit l'égalité avec eux, passoit presque toujours partout et se plaçoit après eux.
Lorsque M. le duc de Rohan-Chabot , frère de madame de Soubisc, alla voyager étant fort jeune , mais déjà duc et pair par la mort de son père, M. de Lyonne lui donna, par ordre du roi, une instruction siguée de lui à laquelle il ne pensoit pas , qui lui défendoit de voir aucun prince, même électeur de l'empire , qu'il ne lui donnât la main , et en outre l'égalité entière, à l'exception du seul duc de Savoie dont il ne prétendoit que la parfaite égalité en tout et non la main. M. de Chevreuse, fils du duc de Luvnes, eut le même ordre. Us l'exécutèrent tous deux sans trouver de difficulté nulle part que chez deux électeurs, dont l'un se mit au lit, l'autre alla à une maison de chasse, et du reste toutes sortes d'honneurs pareils aux leurs, faits par leurs fils ainés, qui les visitèrent; et toutes sortes d'excuses de l'électeur palatin de ce que • sa maladie vraie ou feinte l'empêcboit.
On verra un électeur prétendre le monseigneur de bouche et par écrit des ducs et maréchaux commandant les armées, l'obtenir par ignorance, puis le conserver avec le repentir du roi; de là, prétendre l'incognito à la cour; puis, dans cet incognito, prétendre l'égalité avec Monseigneur; enfin, à fore* de prétendre, en obtenir l'équivalent trèsmarqué de la main, tout incognito qu'ilVtoit valut, en plein publie [.tic].
Pour M. de Lorraine , on verra bientôt ses prétentions surpre nantes et les appuis de ces prétentions plus surprenants encore. Il fut le premier qui quitta la couronne de duc à ses armes que son père et tous ses prédécesseurs avoient portée. Il en composa une tout à fait singulière. Il mêla les trèlles de croix de Lorraine et la couvrit de quatre bars à la manière de la couronne de notre Dauphin , et en surmonta les queues" d'un globe croisé : mais le duché de Bar étant mouvant de droit Pi de fait de la couronne de France , les bars qui sont les armes de ce
duché t urent mal choisis pour se faire une couronne a la royale. Je ne sais si sou père portoit le manteau ducal à ses armes , mais il est encore bien distinctement esployé aux armes de Lorraine en pierre sur les portes de Nancy.
Lundi 23, à Versailles. — Monsieur vint ici le matin de Paris et dîna avec le roi ; il n'a point encore vu M. de Couvonges ; mais il témoigne que la proposition qu'il vient lui faire lui est très-*agréable. — J'avois remis la Saint-Lazare à ce jour-ici ; le nonce assista à la cérémonie, et ensuite nous donna un grand dîner où il pria les officiers de l'ordre et quelques chevaliers. — Toutes les places que nous rendons aux Espagnols sont évacuées en Flandre. Le maréchal de Bouf fiers étoit demeuré en ces pays-là jusqu'à ce que cela fût achevé ; il en est reparti présentement et viendra pour passer l'hiver à la cour, chose qui ne lui est pas arrivé depuis plusieurs années. Il a envoyé au roi une lettre de milord Portland , qui lui mande qu'il arrivera ici incessamment. — Le roi donna ordre au marquis d'Harcourt de se tenir prêt à partir pour son ambassade d'Espagne, au plus tard dans quinze jours; on ne presse pas encore les autres ambassadeurs de partir.
Mardi 24, veille de Noël, à Versailles. — Le roi fit le matin ses dévotions. Après-dlner il entendit vêpres; ensuite il lit la distribution des bénéfices vaquants. A dix heures il retourna à la chapelle, et n'en sortit qu'après avoir entendu les trois messes de minuit comme il fait tous les ans. Monseigneur, messeigneurs ses enfants et madame la duchesse de Bourgogne assistèrent à toutes les dévotions de la journée. L'évèque de Metz, qui fut sacré il y a deux jours, officia. — Le roi a donné l'archevêché d'Arles à l'abbé de Mailly, un de ses aumôniers ; l'archevêché de Bordeaux à l'évèque de Toul, fils de Bissy, chevalier de l'ordre ; l'evèché de Toul à l'abbé (lirard, autrefois précepteur de M. le comte de Toulouse; TablMiye di*la <;ràce au fils aîné de M. le prince dïlar-
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court qu'ils ont fait ecclésiastique depuis quelques années; l'abbaye de Toronet à l'abbé d'Herbaut , proche parent de M. de Pontchartrain ; l'abbaye de Chaumont à l'abbé de Dénonville , frère du sous-gouverneur de monseigneur le duc de Bourgogne.
Mercredi 25 , jour de Noël y à Versailles. — Le roi entendit la grande messe et assista à toutes les dévotions de la journée. Monseigneur et les princes ses enfants y assistèrent avec lui. — Le roi continue à donner aux gouverneurs des pays et places qu'il rend les appointements qu'ils avoient pour leurs gouvernements ; cela monte à plus de 200,000 écus. Le maréchal de Lorges a 20,000 écus pour sa part, qui est ce qu'il avoit pour le gouvernement de Lorraine, et le maréchal de Catinat 32,000 francs , qui est ce qu'il avoit pour le gouvernement du Luxembourg. — Monseigneur donna au comte de Tessé les entrées chez lui , comme nous les avons, et cela en faveur de ce qu'il a fait le mariage de monseigneur le duc de Bourgogne. — Le duc de la Force est considérablement malade en Normandie , et on ne croit pas qu'il en réchappe ; le roi a eu soin de charger des gens de se tenir auprès de lui pour l'affermir dans la religion catholique.
Jeudi 26, à Versailles. — Le roi profita du beau temps et alla à la chasse , ce qu'il n'avoit pas pu faire depuis plusieurs jours. Monseigneur alla aux écuries de madame la duchesse de Bourgogne , voir ses chevaux et ses carrosses. Le roi avoit été les voir il y a quelques jours. Madame la duchesse de Bourgogne alla passer l'aprèsdlnée à Saint-Cyr, et au retour alla, à son ordinaire, voir le roi chez madame de Maintenon. — Le matin, le roi, après son lever, donna audience publique à M. de Couvonges , envoyé de M. de Lorraine ; il parla fort respectueusement de la part du duc son maître, et le roi répondit très-gracieusement. Il fera les propositions du mariage avec Mademoiselle à une autre audience. — Le
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roi donne k,000 francs par mois a ses aml)assadeurs en Angleterre, et ne donne que 1,000 écus à ses ambassadeurs en Espagne ; mais, comme il veut bien traiter le marquis d'Harcourt, qu'il y envoie, il lui donne 12,000 francs par an de plus ; outre cela , les entrées à Madrid valent du moins 10,000 francs par an.
Vendredi 27 , à Ver saille*. — Le roi dîna de bonne heure , et alla tirer dans son grand parc. Monseigneur ne sortit point de tout le jour et joua le soir chez lui. — Madame de Lislebonne parla assez longtemps au roi dans son salon ; c'est chez elle que loge M. de Couvonges, envoyé de M. de Lorraine. 11 n'a vu ni prince ni princesse de la maison de Lorraine qu'elle; il les verra tous, à cette heure qu'il a eu son audience. On croit que ce sera madame de Lislebonne qui sera chargée de mener Mademoiselle en Lorraine après le mariage. — Le parlement d'Angleterre commença à s'assembler le 13; on croit qu'il n'est pas porté à accorder au nouveau roi tout ce qu'il demande; S. M. B. lésa harangués, et leur a fait voir en même temps [les raisons qu'il y avoit à continuer les fonds qu'ils luiavoient donnés l'année passée, parce qu'il restoit encore des dettes considérables et qu'il fallait payer les troupes et la flotte , et que les revenus de la couronne avoient été pris par avance , et même qu'ils étoient diminués assez considérablement, et qu'ainsi, sans des secours extraordinaires, il ne pouvoit pas soutenir les dépenses nécessaires de l'État.
Samedi 28, ô Versailles. — Le roi alla a SainUGermain, voir le roi et la reine d'Angleterre. Monseigneur alla à Meudon, où il demeurera jusqu'à mardi ; il n'y a point mené de dames , mais il y a mené beaucoup de courtisans. Madame la duchesse de Bourgogne soupa chez madame de Maintenon. — Le marquis de Cirié, de la maison Dorhi , que M. de Savoie a envoyé pour faire compliment sur le mariage, eut hier audience du
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roi et de toute la maison royale. — Le roi augmente l'argent qu'il < Ion nuit à monseigneur le duc de Bourgogne pour ses menus plaisirs; il n'avoit que 500 francs par mois; il aura 1,000 écus présentement (1). Le roi a réglé que madame la duchesse de Bourgogne auroit la même somme, et elle sera payée tous les mois par le trésorier de la maison; elle avoit eu jusqu'ici 500 écus par mois. Madame d'Épernon — Rouillac mourut ces jours passés à Paris ; elle n'a laissé qu'une fille avec fort peu de bien, mais qui prétend que le titre de duchesse d'Épernon lui doit demeurer ; elle en a la terre comme héritière de la maison.
Dimanche 29, à Versailles. — Le roi alla dans son petit parc voir des chevaux qui lui sont venus d'Angleterre, dont il fut très-content, et rentra de fort Iwnne heure. Monseigneur lit venir tous les grands joueurs à Meudon. — MM. de la Vieuville, père et fils, secrétaires des commandements de madame la duchesse de Bourgogne en survivance l'un de l'autre, prêtèrent leur serment entre les mains de cette princesse -, et ce fut M. de Pontchartrain qui fit la lecture du serment , en qualité de secrétaire d'état de la maison du roi. On a trouvé à propos qu'il prêtât son serment avant les grands officiers de la maison, afin qu'il put lire le serment quand nous le
(l) Lettre de monseigneur te duc de Bourgogne à madame de Maintenon.
2S décembre 1697.
» M. de HeauvilHers, Madame, vient de me dire la buoté qu'a le roi de m'augmenter mes menus plaisirs jusqu'à 3,000 livres par mois. Je vous prie de vouloir bien lui en marquer ma reconnoissance , et d'être persuadée que je suis tré^-sensible à l amitié que vous me faites paraître dans toutes les occasions. Je vous assure, Madame, que j'y répondrai toujours comme je dois. <
Lons.
(Lettres de Louis XIV, etc. , à madame de Maintenait , imprimé»»* |muh MM. le* bMtapMtet français; Paris, Didot, I8VJ, in-x" )
DÉCEMBRE 1697. 2 57 prêterons. — On eut nouvelles par Bruxelles que la duchesse-reine, mère de M. de Lorraine, éloit morte d'apoplexie à Vienne; cette nouvelle n'est pas encore sûre, mais, quand elle le seroit, on la tiendroit cachée, jusqu'à ce que M. de Couvonges ait eu du roi l'audience particulière dans laquelle il demandera Mademoiselle en mariage pour le duc son maître.
Lundi 30, à Versailles. — Le matin, au conseil de dépêches, on jugea une affaire qui regarde les capitaineries qui ne sont pas tout à fait royales. Le maréchal de Villeroy, capitaine deschasses deCorbeil, M. le chevalier de Lorraine et M. de Marsan, qui sont ses lieutenants dans les capitaineries , prétendoient que les seigneurs haut-justiciers ne pouvoient pas chasser sur leurs terres, et qu'à plus forte raison ils n'y pouvoient mener aucuns de leurs amis; cette affaire-là a voit commencé par un démêlé qu'avoit eu M. de Maugiron, maître des requêtes, avec un garde de cette capitainerie. Le roi a réglé que les seigneurs haut-justiciers pourroient chasser sur leurs terres avec deux ou trois de leurs amis , pourvu qu'ils n'en abusassent pas; bien entendu qu'ils ne pourront chasser avec aucun valet. — Le roi fit une promotion d'officiers des galères; il y avoit une place de chef d'escadre vacante , qui a été donnée à du Beuil, le plus ancien capitaine de ce corps, et on a fait trois capitaines, qui sont Gratien, Chaumont et un frère de Chéladet, brigadier de cavalerie. Le roi a fait monter environ cinquante officiers. — Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent ensemble à Saint-Germain , et virent le roi et la reine d'Angleterre, le prince de Galles et la princesse d'Angleterre, chacun dans leur chambre.
Mardi 31, à Versailles. — M. de Couvonges eut une audience secrète du roi, dans laquelle il demanda en mariage Mademoiselle pour le duc son maître. Ensuite M. de Couvonges alla à Paris en faire la demande à Monsieur, t. vi. J7
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qui, aussi bien que le roi, lui lit la réponse qu'il souhaitoit et la lui accorda ; ainsi la chose est présentement publique. — Le soir on eut la confirmation de la mort de la reine-duchesse, mère de M. de Lorraine. — L'aprèsdinée , le roi alla se promener à Marly , et y fut jusqu'à la nuit à faire travailler dans ses jardins. — M. le comte d'Estrées doit épouser au premier jour mademoiselle de Noailles, fille du maréchal de Nouilles ; le roi, en faveur de ce mariage, augmente de 2,000 écus par an ce qu'il donne au comte d'Estrées, vice-amiral. — Le roi régla que madame la duchesse de Bourgogne auroit 12,000 francs pour ses étrennes.
Le roi, durant toute cette année, a continué de tenir ses conseils tous les jours, savoir : le dimanche, le mercredi et le jeudi, conseil avec ses ministres, qui sont M. de Beauvilliers, M. de Pomponne et M. de Pontchartrain. Monseigneur entre dans tous les conseils.
Le mardi et le samedi, le roi tient conseil de finances auquel entrent M. le chancelier, M. de Beauvilliers, M. de Pontchartrain, M. Daguesseaii et M. de Pommereuil ; M. le chancelier par sa charge, M. de Beauvilliers comme chef du conseil des finances, M. de Ponchartrain comme contrôleur général, MM. Daguesseaii et de Pommereuil comme conseillers de ce conseil.
Les lundis alternativement il y a conseil d'État ou conseil de dépêches. Au conseil fie dépêches Monsieur y entre, M. te chancelier , M. de Beauvilliers et tous les secrétaires d'État, même les survivanciers. Are conseillà les secrétaires d'État sont debout, même ceux qui sont ministres.
Le vendredi,' le roi est enfermé avec le P. de la Chaise pour les affaires de sa conscience, pour la distribution des l>énéfices et pour ce qui regarde d'autres affaires ecclésiastiques.
Outrées conseils que le roi tient le matin, il travaille d'ordinaire tous les soirs chez madame de Maintenon : le lundi aux fortifications avec If. Pelletier de Souzy ; le reste de la semaine avec M. de Barbezieux pour la guerre ; M. de Pontchartrain pour les finances ou pour la marine; avec M. de Torcy, pour les affaires étrangères.
APPENDICE A L'ANNÉE 1fi97.
RELATION DE TOUT CE QUI S'EST PASSÉ AU MARIAGE DE MONSEI- GNEUR LE DUC DE BOURGOGNE ET DE MADAME L\ PRINCESSE DE SAVOIE , ET LES JOURS SUIVANTS.
Jamais prince n'a terni sa parole avec tant d'exactitude que le roi. Par le traité fait avec M. le duc de Savoie, Sa Majesté setoit engagée de marier M. le duc de Bourgogne avec madame la princesse de Savoie, sitôt qu'elle auroit douze ans , et comme elle les ertt accomplis le « de ce mois, le mariage se Ht le lendemaiu. Ce jour-là, quiétoit un samedi, tous les princes , princesses et principales dames de la cour se rendirent entre onze heures et midi dans la chambre de madame la princesse de Savoie. Monseigneur le duc de Bourgogne, accompagné de M. le due de Beauvilliers , y fut conduit sur les onze heures et demie, par M. le marquis de Blainville, grand maître des cérémonies, et par M. des Oranges, maître des cérémonies; et ce prince prit un siège assez près de la princesse , qui étoit encore à sa toilette. Le roi l'ayant fait avertir à l'issue du conseil , elle sortit de sa chambre pour aller joindre Sa Majesté qui l attendoit dans la galerie. Monseigneur le duc de Bourgogne lui donna la main droite. M. le marquis de Dangeau, son chevalier d'honneur, soutenoitsa robe derrière ce prince, et M. le comte de Tessé , son premier écuyer, en faisoit autant de l'autre côté , lui donnant aussi de temps en temps la main pour la soulager à cause de la pesanteur de ses habits , se reculant néanmoins pour ne pas pa • roitre aussi avancé que monseigneur le duc de Bourgogne. L'exempt des gardes pour lors en service auprès de madame la princesse de Savoie portoit sa queue. On se mit en marche pour aller à la chapelle. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la princesse de Savoie marchoient devant Sa Majesté ; les princes et princesses marchoient à leur rang. On n'a jamais poussé si loin la magnificence des habits. I.> roi en avoit un de drap d'or, relevé sur les tailles d'une épaisse et riche broderie d'or. Monseigneur étoit vêtu d'un brocard d'or avec une broderie d'or sur les tailles. Celui de monseigneur le duc de Bourgogne étoit de velours noir en manteau. Il étoit brodé d'or en plein et le manteau doublé d'une étoffe d'argent pareillement brodée d'or, mais d'une broderie délicate. Il étoit en pourpoint, en chausses ouvertes, en grosses jarretières et couvertes de dentelles, telles qu'on les portoit autrefois, des ailes et des rubans sur les souliers et un bouquet de plumes sur le chapeau L'habit de madame la princesse de Savoie étoit d'un drap d'argent brodé d'argent avec une parure de rubis et de perles. Monseigneur
le duc d'Anjou, et monseigneur le duc de Berry avoient des justaucorps de velours noir, couverts de broderie d'or, et des vestes très-riches. L'habit de Monsieur étoit superbe ; il étoit de velours noir avec d'épaisses boutonnières de broderie d'or, sans intervalle , et de gros boutons de diamants. Sa veste étoit d'or, et le reste de sa parure étoit de la même richesse. M . le duc de Chartres avoit un habit de velours gris-blanc , couvert d'une broderie d'or très-agréable, enrichi de diamants, de rubis etd'émeraudes. M. le Prince et M. le Duc a voient des habits d'une grande beauté et singuliers : celui de M. le Prince étoit de velours noir, brodé d'or en plein d'une très-fine broderie , et les tailles marquées par une plus forte et plus riche. M. le duc du Maine et M. le comte de Toulouse avoient aussi des habits fort magnifiques. Madame , madame la duchesse de Chartres et madame la Duchesse en avoient à peu près de même goût, c'est-à-dire des plus belles étoffes d'or, relevées d'agréments d'or les plus forts et les plus riches qui se puissent faire ; leurs coiffures et leurs corps étoient chargés de toutes sortes de pierreries. 1 , 'habit de Mademoiselle fut généralement admiré. Il étoit de velours vert , couvert d'une broderie d'or d'un goût exquis avec une parure de diamants et de rubis ; madame la princesse de Conty la douairière avoit aussi un habit de velours vert en broderie d'or magnifique, avec beaucoup de pierreries. L'habit de mademoiselle de Condé étoit de velours incarnat , brodé d'or et d'argent avec quantité de pierreries. Grand nombre de seigneurs et de dames avoient des habits qui n étoient guère inférieurs à ceux dont je viens de vous parler. Les dames qui ne sont plus de la grande jeunesse étoient vêtues de velours noir, avec de très-belles jupes , ou brodées , ou chamarrées d'or et étoient parées de riches croix de diamants.
« La cour dans cet éclat passa le long de la galerie , des appartements et du grand escalier et entra dans la chapelle ; la foule des spectateurs étoit très-grande , dans tout son passage , mais on avoit observé un fort bon ordre dans la chapelle. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la princesse de Savoie se mirent d'abord à genoux sur des carreaux au bas des marches de l'autel. M. le cardinal de Coislin fit la cérémonie des fiançailles, qui fut suivie de celle du mariage , et, dans l'une et dans l'autre cérémonie , monseigneur le duc de Bourgogne se tourna vers le roi et vers Monseigneur pour leur demander leur consentement, et madame la princesse de Savoie en fit autant et se tourna de plus vers Monsieur et vers Madame, pour leur demander aussi leur consentement. Monseigneur le duc de Bourgogne mit une bague au doigt de la princesse de Savoie et lui lit présent de treize pièces d'or. Knsuite M. le cardinal commença la messe. A l'offertoire, monseigneur le duc de Bourgogne et madame la princesse de Savoie allèrent à l'offrande , après avoir fait les révérences ordinaires a'ïautel , au roi
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et a Monseigneur M. lu marquis de Blaiuville présenta à monseigneur le duc de Bourgogne un cierge où étoient dix louis d'or, et M. des Granges en lit autant à madame la princesse de Savoie , avec pareil uombrede louis. Le poêle fut tenu par M. l'abbé de Coislin , nommé à Pévéché de Metz, premier aumônier en survivance, et par M. l'abbé Morel , aumônier du roi. Après la messe, le roi signa sur le registre de In paroisse, ensuite monseigneur le Dauphin, monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duebesse de Bourgogne , monseigneur le duc d'Anjou , monseigneur le duc de Berry, Monsieur et Madame, M. le duc et madame la duchesse de Chartres, M. le Prince et madame la Princesse . et les autres princes et princesses. On sortit de la chapelle dans le même ordre qu'on y étoit entré et l'on* retourna par l'escalier, l'appartement et la galerie, dans la chambre de madame la duchesse de Bourgogne, d'où l'on passa dans son antichambre. Sa Majesté y dina sur une table en demi-cercle, où étoient placés, selon leur rang, monseigneur le Dauphin , monseigneur le duc de Bourgogne , madame la duchesse de Bourgogne , monseigneur le duc d'Anjou , monseigneur le duc de Berry, Monsieur, Madame, M. le duc de Chartres, madame la duchesse de Chartres, Mademoiselle, madame la grande Duchesse, M. le prince et madame la Princesse, M. le Duc et madame la Duchesse, madame la princesse de Conty la douairière, mademoiselle de Condé , M. le duc du Maine, M. le comte de Toulouse et madame la duchesse de Verneuil
« A la sortie de table , l'on rentra dans la chambre de madame la duchesse de Bourgogne où le roi ne demeura qu'un instant et retourna chez lui , toujours plus occupé des affaires de son État que des plaisirs, même dans les plus grandes fêtes. Sur les six heures du soir, l'ambassadeur de Savoie, avec une assez nombreuse suite, vint faire compliment à cette princesse sur son mariage et lui présenta quelques jeunes seigneurs piémontois. A sept heures et un quart , madame la duchesse de Bourgogne, suivie d'un grand nombre de dames, se rendit dans l'appartement du roi , où Sa Majesté l'attendoit dans le salon , pour recevoir le roi et la reine d'Angleterre, qui arrivèrent un moment après. L'on entra dans la galerie qui étoit éclairée par trois rangs de lustres et grand nombre de girandoles. De là l'on passa dans la chambre du portique , auquel on joua l'espace d'une heure ; ensuite de quoi le roi et Leurs Majestés Britanniques et toute la cour vinrent dans le salou du bout de la galerie qui regarde l'orangerie, pour voir tirer le feu d'artifice , qui avoit été préparé au bout de la pièce d'eau , appelée la pièce des Suisses, à cause que les Suisses y ont travaillé. Klle a plus de cent toises de large et environ cent cinquante de long. Il n'y avoit point de théâtre dresse, comme on le fait ordinairement pour les feux
d'artifice; mais l'artifice étoit autour de cette pièce d'eau, et particulièrement au bout sur une espèce d'amphithéâtre naturel. Tous ces endroits étoient disposés en sorte qu'il en devoit partir de l'artifice pour former des berceaux de feu qui auroient couvert la pièce d'eau, et cette pièce d'eau devoit être bordée d'un nombre infini de terrines remplies de grosses mèches qui auroient fait voir un parterre de lumières; mais le grand vent et la pluie violente qu'il faisoit pour lors furent fort contraires à ce spectacle, qui néanmoins parut grand et extraordinaire. Toute la cour passa ensuite par la chambre de madame la duchesse de Bourgogne, qui étoit extrêmement éclairée, et dans laquelle, des le jour précédent, l'onavoit tendu un lit magnifique de velours vert en broderie d'or et d'argent. L'ony voyoitaussi la toilette de cette princesse, qui fut admirée, tant pour les pièces d'orfèvrerie que pour la broderie et les points. Ces pièces d'orfèvrerie étoient d'un dessin, d'un goût cl d'un travail admirable. On y voyoit en quelques endroits de petites têtes antiques en forme de médailles, mêlées parmi les ornements, si belles et si bien faites qu'on n'a jamais rien vu de plus beau en ce genre Ce qu'il y a de fort remarquable , c'est qu'aucune de ces têtes ne se ressembloit. Ce merveilleux ouvrage est de M. de Launay. ï,e drap du lit et le eouvrepied furent aussi fort regardés et fort admirés. On se mit à table, et le roi soupa au même endroit avec le roi et la reine d' Angleterre et les mêmes personnes qui avoient été du dîner. Pendant le repas, l'on disposa dans le grand cabinet de madame la duchesse de Bourgogne la toilette de monseigneur le duc de Bourgogne, dont la richesse et le bon goût mirent dans l'embarras de juger à laquelle des deux toilettes on devoit donner la préférence, à l'égard des points et de la broderie. Après le souper, le grand maître et le maître des cérémonies allèrent quérir M. le cardinal deCoislin, qui fit la bénédiction du lit. Monseigneur le duc de Bourgogne vint se déshabiller dans le cabine! où l'on avoit mis sa toilette, et l'on déshabilla dans le même temps madame la duchesse de Bourgogne qui se mit à son prie-Dieu dès qu'on eut fait sortir de sa chambre toutes les personnes qui n'y dévoient |K)iut rester. Le roi d'Angleterre vint donner la chemise à monseigneur le duc de Bourgogne, et la reine la donna à madame la duchesse de Bourgogne , qui donna ses jarretières et son bouquet à Mademoiselle. Sitôt que madame la duchessse de Bourgogne fut au lit, le roi fit appeler monseigneur le duc de Bourgogne, qui entradans la chambre en robe de chambre , le bonnet à la main et les cheveux noués par derrière avec un ruban couleur de feu, et se mit au lit du côté droit. Les rideaux du pied étoient fermés, mais ceux des côtés demeurèrent .1 demi ouverts. Le roi lit entrer M. l'ambassadeur de Savoie, et lui dit qu'il pouvoit mander qu'il avoit vu les mariés couchés ensemble. Ensuite le roi et Leurs Majestés Britanniques se retirèrent, mais Monseigneur
resta dans la chambre. Un moment après monseigneur le due de Bourgogne se releva, passa dans le grand cabinet où il se rhabilla , et s'en retourna coucher chez lui.
« Ta» dimanche 8, il y eût sur les six heures du soir, dans le grand cabinet de madame la duchesse de Bourgogne, un grand cercle où se trouvèrent les princesses et les duchesses en très-grand nombre et ma* gnifiquement vêtues. Le roi s'y rendit à sept heures. Le cercle se leva et Ton passa dans les appartements , où il y eut musique, jeu de portique et une collation surprenante , tant par la quantité que par son ordonnance Madame la duchesse de Bourgogne avoit ce jour-là un habit de velours couleur de feu , brodé d'or, avec une parure de diamants. î-e matin de ce même jour, MM. les cardinaux d'Estrées, de Janson , de Kurstemberg et de Coislin , vinrent , en rochet et en camail , à la toilette de cette princesse, prendre possession du tabouret.
« Le lundi 9, fête de la Conception de la Vierge, le roi avec toute la cour, entendit la prédication du P. Bourdaloue et vêpres , et madame la duchesse de Bourgogne y parut pour la première fois en son rang. Elle avoit ce jour-là un habit de velours noir, avec une parure de diamants, et une jupe de drap d'or brodée d'or.
« Le mardi 10, M. le prince de Galles et madame la princesse d'Angleterre vinrent sur les trois heures rendre visite à madame la duchesse de Bourgogne , qui avoit ce jour-là un habit de satin couleur de rose, brodé d'argent , avec une parure de diamants. Ils allèrent ensuite chez monseigneur le duc de Bourgogne.
« Le mercredi 11, il y eut dans la galerie de Versailles le plus grand et le plus magnifique bal qui se soit jamais vu à la cour. La place disposée pour la danse étoît de cinquante pieds de long sur dix-neuf de large, dans le milieu de la galerie , avec double rang de sièges pour les seigneurs et les dames du bal. Les fauteuils du roi et ceux du roi et de la reine d'Angleterre étoient en face du salon qui regarde l'orangerie, et, vis-à-vis ces fauteuils, l'enceinte du bal avoit une ouverture de six pieds pour y entrer et pour en sortir. Onavoitélevé des gradins dans toutes les croisées de la galerie, et on les avoit couverts de tapis de la Savonnerie ; la galerie étoit éclairée par trois rangs de lustres d'un bout à l'autre. Celui du milieu étoil de huit, qui étoient les plus forts, et les deux autres de dix-sept chacun, mais plus petits. Il y avoit aussi de chaque côté trente-deux girandoles sur des guéridons dores ; mais ce qui l'cclairoit bien davantage , c'étoit huit grandes pyramides rondes , de dix pieds de haut, qui portoient chacune cent cinquante bougies dans des flambeaux d'argent posés sur huit degrés qui s'élevoient en pointe et qui étoient revêtus de gaze d'or. Ces pyramides étoient portées par des piédestaux carrés, de quatre pieds quatre pouces de haut et de quatre pieds de diamètre, revêtus de velours cra-
moisi avec des franges d'or. Quatre de ces pyramides etoient placées aux quatre coins de l'enceinte du bal, et les quatre autres aux deux bouts de la galerie , à côté des portes des salons , lesquels étoient éclairés par cinq lustres chacun , et par quatre girandoles sur des guéridons dorés. On avoit élevé dans les trois portes du salon du petit appartement du roi , qui donnent dans le milieu de la galerie , des échafauds pour les violons et pour les hautbois , et ces échafauds n'avoient point de saillie dans la galerie. Avant quatre heures, tous les gradins des croisées furent remplis de monde , et entre six et sept tous les seigneurs et toutes les dames de la cour se rendirent dans l'appartement de madame la duchesse de Bourgogne. Je n'entreprendrai point la description de la richesse et de la diversité des habits. Il suffit de vous dire que l'imagination ne peut aller plus loin et que les yeux en étoient éblouis. L'habit de Monseigneur étoit d'une étoffe d'or, avec des agréments en broderie d'argent. Messeigneurs les ducs de Bourgogne , d'Anjou et de Berry étoient en habits de velours brodés d'or en plein; celui de monseigneur le duc de Bourgogne étoit noir et les deux autres de couleur avec beaucoup de diamants. Monsieur avoit le même habit qu'il avoit porté le jour du mariage , de velours noir, avec des boutonnières en broderie d'or et de gros boutons de diamants. Celui de M. le duc de Chartres étoit riche et galant; il étoit d'une étoffe d'or relevée par des agréments d'or. Une partie des seigneurs qui étoient en grand nombre, avoit des habits de velours , ou brodés ou couverts de boutonnières appliquées , et l'autre en avoit de riches brocarts d'or. Il y en avoit quelques-uns de simples , mais la plupart étoient relevés de broderies ou d'agréments d'or et d'argent appliqués, llsavoient tous des nœuds d'épaule fort riches , des bouquets de plumes à plusieurs étages , les manches du justaucorps chargées de dentelles d'or et d'argent et de rubans , et les gants pareillement garnis de dentelles , des bas de soie de diverses couleurs , brodés d'or et des rubans sur les souliers. Les dames étoient encore plus superbement vêtues. L'habit de madame la duchesse de Bourgogne étoit d'une étoffe d'or avec une garniture de diamants, dans laquelle , ainsi que dans sa coiffure, entroient les plus beaux diamants de la couronne. Madame, madame la duchesse de Chartres , Mademoiselle , madame la Duchesse , madame la princesse de Conty et mademoiselle de Condé avoient toutes des habits qui se disputoient de richesse et d'agrément. Ceux de madame de Chartres et de madame In Duchesse étoient d'étoffes d'or, rehausses de boutonnières d'or, et les jupes chamarrées d'une richesse qu'on ne sauroit exprimer, les corps et les coiffures charges «le pierreries. Mademoiselle et madame la princesse de Conty avoient des habits de velours brodés d'or. Knlin toutes les dames du bal etoient généralement habillées, ou d'étoffes d'or garnies d'a-
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gréments d'or et d'argent , ou de velours de toutes couleurs brodé d'or, et elles étoienl brillantes de pierreries sur leurs habits et dans leurs coiffures.
« Le roi se rendit sur les sept heures dans la chambre de madame la duchesse de Bourgogne ; son habit étoit magnifique et majestueux. Il étoit de velours noir, couvert en plein d'une broderie d'or line et délicate , et marquée sur les (ailles d'une plus épaisse et plus riche , avec des boutons de diamants. Le roi et la reine d'Augleterrc arrivèrent peu de temps après. La reine étoit fort richement vêtue d'une étoffe d'or avec des agréments d'or. L'on passa dans la galerie et le bal commença. Monseigneur le duc de Bourgogne ouvrit la danse par le branle, menant madame la duchesse de Bourgogne, et lorsque le branle fut fini , ils dansèrent ensemble la première couraute et tout le monde en fut charmé. Madame la duchesse de Bourgogne prit monseigneur le duc d'Anjou , et il prit madame la duchesse de Chartres , laquelle prit monseigneur le duc de Berry , qui prit Mademoiselle et le reste se passa dans l'ordre et selon le rang. Comme le nombre des danseurs etoit fort grand , plusieurs de ceux qui avoient été nommés ne dansèrent point, faute de daines qui se trouvèrent en plus petit nombre. Madame la duchesse de Bourgogne se lit admirer dans le menuet et le passepied. L'on dansa souvent le menuet à quatre, afin de faire danser plus de monde. Sur les huit heures le roi demanda la collation , qui fut apportée sur douze tables de formes inégales , couvertes de mousse et de verdure au lieu de nappes , et chargées par comparu mentsde toutes sortes de fruits de la saisou et de confitures sèches entremêlées de fleurs Elles furent portées dans l'enceinte du bal, et lorsqu'elles furent rassemblées, elles formèrent une espèce de parterre trèsagréable où paroissoient quatre orangers portant des oranges confites. Ces tables furent ensuite séparées, et passèrent l'une après l'autre autour de l'enceinte, au moyen des roulettes qu'elles avoient sous les pieds. On porta aussi à la main une quantité prodigieuse de corbeilles , pleines de paquets de confitures et de massepains , et une infinité de soucoupes chargées de liqueurs et de glaces. Après la collation, qui fut entièrement pillée, l'on fit nettoyer la place et l'on continua le bal jusqu'à dix heures et demie. lorsqu'il fut fini , le roi et Leurs Majestés Britanniques entrèrent dans le petit appartement de Sa Majesté, où le souper étoit servi dans l'antichambre. Tous les seigneurs et dames du bal sortirent par l'appartement de madame la duchesse de Bourgogne. I^a table du sou|kt étoit en demi-cercle , ainsi que celle du jour du mariage. Klle étoit remplie par Sa Majesté, le roi et la reine d'Angleterre, Monseigneur, monseigneur le duc et madame la duchesse de Bourgogne , messeigueurs les ducs d'Anjou et de Berry, Monsieur et Madame, M. et madame de Chartres. Mademoiselle, ma-
dame la Duchesse et madame la princesse de Cont) . Apres le souper, le roi et la reine d'Angleterre retournèrent à Saint-Germain et chacun se retira.
« Le samedi suivant il y eut un grand bal qui commença plus tard que le précédent , parce que Ton ne soupa qu'après le bal et qu'il veut média noche. La foule des spectateurs avoit été si grande au premier, qu'on trouva moyen d'accommoder le lieu où Ton dansa , de manière qu'il y eut encore plus de place pour les personnes de la première qualité. Madame la duchesse de Bourgogne mit ce jour-là un habit de velours noir tout couvert de diamants; ses cheveux étoient nattés de perles, et tout le reste de sa coiffure étoit si rempli de diamants, qu'on peut dire, sans exagératiou, que la vue en pouvoit à |>eiiie supporter l'éclat. La plupart des princesses de la maison royale mirent ce jour-là des habits de velours noir. Madame en avoit un chamarré de rubis et de diamants ; la jupe d'entre-deux étoit de brocart d'or rebrodé d'or. L'habit de madame la duchesse de Chartres étoit de velours noir chamarré sur toutes les taillesde diamants brillants, et celui de Mademoiselle étoit aussi de velours noir chamarré de gros diamants et de perles sur toutes les tailles. I a jupe d'entre-deux de cette princesse étoit de mémo velours chamarré en plein de point d'Espagne, or et argent. Toutes les coiffures étoient couvertes de pierreries. Les princes étoient en habit de brocart d'or rebrodé. Les uns avoient des brandebourgs de pierreries, et les autres seulement de gros boutous. Monsieur avoit des brandebourgs d'argent avec des boutons de rubis d'Orient et de diamants. L'habit de M. le duc de Chartres étoit de velours noir, les brandebourgs d'or mêlées de brandebourgs de diamants doublées de velours couleur de rose ; ses manches étoient garnies de dentelles d'argent. M. le duc du Maine et M. le comte de Toulouse se faisoient distinguer et admirer tout ensemble , tant leurs habits étoient riches, brillants et bien entendus. Enfin, à voir chaque habit en particulier, il semhloit que rien ne se pouvoit ajouter à tous ceux des princes , princesses, seigneurs et dames qui dansoient à ce bal, tant ils étoient somptueux et brillants ; en sorte que sans compter les pierreries, les habits seuls des deux bals revenoient à plusieurs millions. L'habit que la reine d' .Angleterre avoit au second bal étoit de velours noir avec une très-belle parure de diamants. La collation ne fut pas servie sur des tables comme la première , mais elle fut portée dans un nombre infini de corbeilles. Jamais il ne s'est rien v u de si brillant qtie ce bal. Il y avoit, tant dans la galerie où l'on a dansé que dans les appartements des environs, quatre à cinq mille lumières, ce qui faisoit beaucoup briller la richesse des habits et la magniiieenee des appartements. Il y a eu à Trianon une représentation de l'opéra d'Apollou et
d'Issé qui avoit été prépare comme un des divertissements qui dévoient suivre le mariage de monseigneur le duc de Bourgogne. Il étoit accompagnéde tout le spectacle que peut permettre le lieu. I /assemblée fut nombreuse et en sortit très-satisfaite. Tous les habits de cet opéra étoient neufs et bien entendus et faits sur les dessins et swis la conduite de M. Berain. » {Mercure de décembre 1697, pages 205 à 255. )