ANNÉE
Mercredi 1" janvier, à Versailles. — Le roi entendit le matin In grande messe des chevaliers de Tordre. L'archevêque de Reims officia. Le roi reçut M. L'archevêque de l»aris. La cérémonie de recevoir les ecclésiastiques se fait avant la messe , et les laïques ne sont reçus qu'après la messe. L'après-dlnée le roi et toute la maison royale entendirent vêpres. — Le roi donna des étrennes, à son ordinaire, a Monseigneur, à Monsieur, à Madame , et il donna 12,000 francs à madame la duchesse de Bourgogne. — Le trésor royal donne tous les ans ce jour ici trois cents l>ourses de jetons d'argent , qui sont pour les grands officiers de la maison du roi et même pour les grands officiers des maisons des princes. Les maréchaux de France avoient accoutumé d'en avoir. Le maréchal d'Estrées est le dernier de ceux qui en ont eu. Les sept derniers maréchaux nVn ont point. Outre leshourses de jetons d'argent, le trésor royal donne neuf bourses de jetons d'or, une au roi, une à Monseigneur, une à monseigneur le duc de Bourgogne, une îi madame la duchesse de Bourgogne, une à monseigneur le duc d'Anjou, une à monseigneur le ducde Berry, une à Monsieur, une à M. le chancelier, et une à M. de Pontchartrain, comme contrôleur général * .
* l-es grands officiers de la maison dos princes qui avoient des bourses du trésor royal n etoient que ceux des fils de France directs, . c'est-à-dire le gouverneur et la gouvernante des enfants de France et le chevalier d'honneur et dame d'honneur de la reine , de ma-
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dame la Dauphine et de madame la duchesse de Bourgogne , et non d'autres.
Jeudi 2, à Versailles. — Quand le roi et Monseigneur sont ici, il y a un jour comédie, un jour appartement et le troisième jour il n'y a rien le soir. Le roi ne va ni aux comédies ni aux appartements qu'en des occasions extraordinaires ; il passe ce temps-là chez madame de Maintenon , où il Ira vaille avec quelqu'un de ses ministres ; il y travaille même quelquefois avec d'autres gens. — De l'argent que M. le prince de Conty a rapporté de Pologne, S. M. en a retenu 700,000 livres pour retirer les terres qu'il avoit engagées dans le commencement de cette affaire-là, et que S. M. lui avoit promis de dégager après la paix. On paye à ceux qui avoient avancé l'argent jusqu'au dernier sol de l'intérêt ; le roi a fait cela sans que M. le prince de Conty lui en parlât. — l,e roi, dans la dernière conversation qu'il eut avec M. de Corvonges, lui témoigna qu'il y avoit longtemps qu'il avoit envie de rendre la Lorraine, et qu'il eût souhaité la pouvoir rendre au feu duc qu'il avoit toujours fort estimé, quoiqu'il eût toujours été parmi ses ennemis , et que rien ne lui avoit fait tant de plaisir dans la paix que de rendre cette province à son légitime souverain; et S. M. ajouta à cela beaucoup de choses obligeantes pour M. de Convonges, louant la tidélité qu'il avoit eue pour son maître.
Vendredi 3, à Versailles. — On porte tant d'argent au trésor royal pour la réduction des rentes de la maison de ville du denier quatorze au denier dix-huit , qu'il y a présentement près de vingt millions dont on va employer la plus grande partie à rembourser des gens qui avoient acheté au denier dix et au denier huit quelques petits droits des fermes du roi ; mais on les rembourse sans leur rien précompter des jouissances, si bien que , pour moins de dix-huit millions, le roi rentre en possession de deux millions de son revenu. — Le roi a donné
au vieux Quinson , lieutenant général de ses armées et qui a servi la dernière campagne en Catalogne, la lieulenance générale de Bouillon , vacante par la mort du vieux Chazeron. Je crois qu'elle vaut 8 ou 10,000 livres de rente. — Le roi ne remplacera point la place d'inspecteur d'infanterie qu'avoit le comte de Chamilly, que le roi envoie ambassadeur en Danemark. — Les Hollandois n'envoient point ici les ambassadeurs qu'ils avoient nommés d'abord; ils ont choisi pour cette ambassade M. d'Odyck et M. Hemskerke. Nous avons déjà vu M. d'Odyck en France; il est fils de M. de Beverwer, et sont bâtards des princes d'Orange. M. d'Odyck a toujours été parfaitement bien avec le roi d'Angleterre d'aujourd'hui.
Samedi 4, à Versaillet. — M. de la Houssaye , l'intendant de Soissons, et dont on est content ici, a demandé iV changer d'intendance, et le roi l'envoie à Mo ntaub an ;et Ton fait venir a Soissons M. Janson, qui étoit intendant à Montauban. — J'appris que le roi avoitdonné,ii y a déjà quelque temps, un brevet de 10,000 écus de retenue au marquis de Pomponne sur la lieutenance générale de l'Ile de France, et un brevet de retenue de la même somme à M. de laFaluère, premier président de Bretagne. — On mande d'Allemagne que rélecteur palatin a fait prendre possession en son nom des terres de Veldenzet de Lautreck par un détachement de ses dragons, et qu'il met garnison chez tous ceux qui ne veulent pas le reconnoltre. On s'en est plaint au roi qui désapprouve le procédé de l'électeur, mais qui ne veut point se mêler de l'affaire , présentement que la par; est faite ; c'est aux princes qui se plaignent, de s'adresser aux tribunaux établis de tout temps en Allemagne pour juger les affaires des États de l'Empire.
Dimanche 5, à Versailles. — M. l'uinbassadeur de Savoie eut audience de madame la duchesse de Bourgogne, il y a quelques jours. M. deSainctot*. introduc-
teur des ambassadeurs, soutint que la duchesse du Lude, comme dame d'honneur, devoit aller le recevoir dans l'antichambre, et même il vouloit que les dames du palais y allassent, ce qu'elles ne firent point. La duchesse du Lude y alla seule, et l'ambassadeur la salua. Le roi a fort désapprouvé ce que M. de Sainctot avoit dit, attendu que cela ne s'est jamais fait, et lui a fait une grande réprimande de ce qu'il avoit conseillé à la duchesse du Lude de le faire. Les autres ambassadeurs présentement ne veulent point venir à l'audience que la duchesse du Lude ne les aille recevoir, ce que le roi lui a défendu de faire. — Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogue tirent les Rois chez madame de Maintenon; toutes les dames du palais y étoient; le roi les vit souper, et cela se passa fort gaiement. S. M. est bien aise que monseigneur le duc de Bourgogne s' égayé un peu.
' Sainctot faisoit ce qu'il vouloit et favorisoit qui il lui plaisoit , avec adresse et hardiesse , quitte à être grondé quand les cas y écheoient , ce qui étoit fort rare par le mépris et l'ignorance de tout ce qui est cérémonie. Fendant qu'il étoit maître des cérémonies, il mettoitet omettoit sur ses registres tout ce qu'il lui plaisoit , et en la manière qu'il lui plaisoit, ce qui a été contagieux depuis au grand maître et au maître des cérémonies et jusqu'à celui de l'ordre du Saint-Esprit. En voici un exemple célèbre. L'affaire de l'insulte faite à Rome par la garde corse du pape Alexandre VU, à l'instigation de ses parents , au duc de Créquy, ambassadeur de France, ayant été terminée par le traité de Pise, en 1(H»4, si glorieux a la couronne, on ne perdit point de temps a son exécution. Le cardinal Chigi, neveu du pape, vint avec le caractère de légat a fatere demauder pardon au roi , et y reçut tous les honneurs dont ce caractère est eu possession ; ainsi il eut un fauteuil à son audience, ce qui empêcha les princes du sang de s'y trouver, et y fut conduit par les comtes de Soissons et d'Uarcourt, des maisons de Savoie et de Lorraine. Il avoit été stipulé que ce pardon seroil demandé en présence des grands du royaume. Ainsi le roi avoit fait convier les ducs à s'y trouver, par le grand maître des cérémonies de la part de S. M. Ceux-ci prétendirent y être couverts , parce que les princes étrangers le sont aux audiences depuis Henri 1\ , et finalement décidé que ni les uns ni les autres ne le seroient. I ««-dessus les deux princes
conducteurs firent des instances pour en être dispensés. Ils ne le purent obtenir, et Assistèrent à toute l'audience, en laquelle il n'y eut que le roi et le légat de couverts. Grand nombre d'années après, puisque ce fut depuis que Monseigneur eut Meudon , et pendant un voyage que le roi y fit, la tapisserie qui fut faite de cette audience, avec les visages fort au naturel, se trouva tendue dans ce qu'on appeloit l'appartement de Madame, par où le roi passoit pour aller à la messe. Quelqu'un de bien au fait remarqua que les comtes de Soissons et d'Harcourt y étaient représentés couverts, et ce dernier fort recounoissable par cette perle qu'il portoit à l'oreille, d'où le nom du cadet la Perle qui lui étoit demeuré. Ce quelqu'un se récria sur cette faute. Chamlay, qui s'y trouva, soutint qu'ils étoient couverts aux audiences ; mais il apprit la différence et la raison de la différence de celle-ci. dépendant celui qui avoit remarqué cela en avertit M. de Coisliu, qui avoit assisté à l'audience, M. de Chaulnes, M. de Chevreuse et quelques autres. On parla àSainetot, qui étoit alors maître des cérémonies, et qui convint de la vérité. De la , ces messieurs voulurent voir son registre : il fut embarrassé ; mais il n'osa s'y opposer, d'autant qu'ayant vendu depuis peu cette charge à des Granges pour acheter celle d'introducteur des ambassasadeurs , il lui avoit donné ses registres comme appartenant à la charge qu'il lui vendoit. Des Granges les montra donc, et on n'y trouva rien du tout sur la couverture , en sorte que ce silence, en chose de cette conséquence, alloit à prouver que les deux comtes avoient été couverts puisqu'ils en étoient en possession à toutes les audiences. On retourna à Sainctot, et on lui fit voir son registre. Il ne se put tirer d'un si mauvais pas que par des pardons redoublés et par offrir tout ce qui pouvoit dépendre de lui pour réparer une si lourde faute , et qui avoit tellement l'air de n'avoir pas été innocente. Il corrigea donc le registre même de sa main, y faisant mention de l'erreur de la tapisserie, et donna soixante et un certificats dece fait, signés de lui, à autant de ducs, chacun un , et se tint très-heureux de ce qu'on voulut bien n'en pas faire de bruit. Cette aventure et quelques autres ne donnent pas grande confiance aux registres.
Lundi 6 , à Marly. — Le roi partit de Versailles un peu après son dîner pour venir ici. Monsieur, Madame et Mademoiselle sont du voyage. Madame la duchesse de la Ferté, qui n'y étoit pas venue depuis longtemps , et mademoiselle de Menetou sa fille, qui n'y étoit jamais venue, et madame la princesse d'Épinoy, la mère, qui y vient rarement , sont aussi du voyage. Le roi et la reine d'Angleterre arrivèrent sur les six heures et sout. vi. 18
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pèrent avec le roi. — Le roi n'a pas voulu faire des Bois à Versailles, comme il les a faits quelquefois les années passées, à cause du grand nombre de dames qu'il se croiroit obligé de prier; il s'est donné la peine d écrire lui-même celles qui pouvoient raisonnablement prétendre à l'honneur de manger avec lui , et il en a trouvé quatre cent sept, et il en oublie bien encore quelques-unes apparemmerl, et il nous a dit que, parmi ce grand nom bre de daines, il y en avoit plus de deux cents qu'il n'auroit pu s'empêcher de convier.
Mardi 7, à Marly. — Le roi fut tout le jour à la promenade, malgré le vilain temps. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici ensemble de Versailles et soupèrent chez madame deMaintenon. — Ce jour-là on publia la paix générale à Paris. — L'évêquede Boulogne, frère de M. deBreteuil, intendant des finances, mourut à Paris. Il avoit, outre son évéché , plusieurs bénéfices simples qu'il n*a point voulu résigner à ses neveux, quoiqu'il en eut tout le loisir; mais il s'en est fait un grand scrupule, et son confesseur même, qui lui conseilloit de le faire, n'a pu l'y obliger. — On parle fort du mariage de M. de Souvré, maître de la garde-robe, avec mademoiselle de Bebenac, nièce du marquis de Feuquières; on compte qu'elle aura plus de 500,000 livres de beau bien.
Mercredis, à Marly. — Le roi, malgré le vilain temps, s'amusa à faire planter jusqu'à la nuit. — 11 y eut, il y a quelques jours, une charge vacante dans la colonelle des gardes. Du temps de M. de la Feuillade , le colonel disposoit de ces charges-là, et il en avoit même tiré beaucoup d'argent ; le roi, après sa mort, en donnant le régiment à M. de Boufflers, se réserva la disposition de ces charges-là. S. M. a donné la charge vacante à l'enseigne de la compagnie, et a donné l'enseigne au maréchal de Boufflers pour un de ses parents qui porte son nom. — On mande de Londres que le nouveau roi d'Angleterre
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envoie ici, pour faire compliment sur le mariage de monseigneur le duc de Bourgogne , le duc de Saint-Albans , fils naturel du feu roi d'Angleterre, et d'une comédienne nommée Nell ; on n'auroit pas cru qu'il lui donnât cette commission à cause du roi d'Angleterre qui est à Saint-Germain, dont il a l'honneur d'être neveu.
Jeudi 9, à Marly. — Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici et s'en retournèrent à sept heures à Versailles. — On joue ici plus gros jeu et plus longtemps qu'on n'avoit fait depuis plusieurs années. — Le roi avoit permis au comte de Tessé, un des jours que madame la duchesse de Bourgogne viendroit ici , de lui apporter à signer le contrat de mariage de sa fille avec le marquis de Maulevrier, et le roi L a signé. Le roi a trouvé bon qu'il lui assurât 1 00,000 francs sur le brevet de retenue qu'il a â sa charge de colonel général des dragons. — Les jésuites avoient fait une réponse â l'ordonnance de l'archevêque de Reims qu'ils n'avoient point signée ; le libraire a été mis en prison, et l'archevêque a présenté une requête au parlement pour y citer quelques jésuites qui ont résolu de soutenir le livre. Cette affaire commence â faire beaucoup de bruit.
Vendredi 10, à Marly. — Le roi se promena le matin et l'après-dlnée dans ses jardins. — M. l'archevêque de Paris a donné l'abbaye de Conflans auprès de Paris â une fille de la maréchale de Bellefonds, qui est religieuse à Rouen ; ce sera une grande consolation à la maréchale de Bellefonds, qui est toujours â Vincennes, d'avoir toujours auprès d'elle une fille qu'elle aime fort; et cela lui est d'autant plus nécessaire que madame d'Amfreville se meurt. — M. d'Herbaut , de même maison que M. de Poutchartrain et intendant général de la marine , doit aller en Angleterre pour régler, avec les commissaires du roi Guillaume, tant ce qui regarde le commerce entre les deux nations que ce qui regard»' la restitution des
pays et des forts qui ont été pris de part et d'autre dans les lies Antilles, en Terre-Neuve et dans la baie d'Hudson , et pour régler les limites du côté de la nouvelle-Angleterre et du Canada.
Samedi 11 , à Versailles. — Le roi revint ici à la nuit, après s'être promené tout le jour dans ses jardins de Marly. — Catelan, qui avoit déjà la capitainerie d'une partie de la Varenne du Louvre, a acheté de la veuve et des héritiers du baron de Beauvais la capitainerie de Boulogne; il en donne 50,000 écus, et le roi lui donne un brevet de retenue de 100,000 livres et permission de vendre la capitainerie qu'il avoit déjà , dont il compte d'avoir 20,000 écus. — Pendant qu'il s'agissoit de l'élection de M. le prince de Conty pour roi de Pologne, le roi avoit fait expédier des brevets de pension pour dix ou douze seigneurs polonois, entre autres un de 12,000 francs pour le grand général Jablonowski , un de 9,000 francs pour Lubomirski, grand trésorier de Pologne; tous ces brevets n'auront point d'effet, attendu qu'ils n'ont point fait ce qu'on en attendoit. — Madame la duchesse de Richelieu est considérablement malade, et l'on ne croit pas qu'il y ait de remède à son mal; on Ta mise entre -, les mains de Chambon, médecin fort à la mode.
Dimanche 12, à Versailles. — J'appris que tous les ans le roi faisoit laisser au commencement de l'hiver un état des officiers de marine qui doivent servir dans les ports. Les cinq principaux départements sont : Toulon, Rochefort, Brest, le Havre et Dunkerque. Dans cette dernière guerre le roi en a ajouté deux nouveaux, qui sont : Bayonne et le Port-Louis. Dans cet état, on marque les vice-amiraux, lieutenants généraux et chefs d'escadre, et généralement tous les ofliciers qui doivent servirdanschacun de ces ports. Dans cet état, M. le marquis d'O et M. de Relingue y sont toujours employés, quoiqu'ils soient attachés ici par leurs emplois chez M. le comte de Toulouse. — Le roi ne sortit point de tout le jour ; il alla
au salut. — J'appris que pendant toute Tannée passée , le roi, en faisant la distribution des bénéfices, avoit chargé ceux à qui il donnoit les évèchés et les abbayes de payer pour les nouveaux convertis une certaine partie des revenus échus pendant la vacance ; c'est M. d'Aguesseau qui a la direction de ces fonds-là.
Lundi 13, à Versailles. — LL. MM. BB. vinrent ici sur les cinq heures et virent le roi et toute la maison royale; ils furent assez longtemps enfermés avec le roi avant que de commencer leurs visites. — J'appris q ue, dans le cours de l'année passée, le roi, qui est toujours fort occupé de la conversion des huguenots, avoit fait expédier un nombre infini de brevets pour des pensions et les donnoit pour des filles qui, après leur abjuration, se sont faites religieuses ou se sont mises dans des communautés. — On mande de Brandebourg que l'électeur a fait mettre en prison M. Dankelman, son premier ministre, qu'il accuse d'avoir reçu une grosse pension du roi Guillaume à son insu; et S. A. E. a disposé de toutes les charges dont il étoit revêtu dans sa cour. — On mande de Kome que le cardinal Franzone y étoit mort âgé de quatrevingt-cinq ans ; il étoit sous-doyen du sacré collège; c'est le cardinal Altieri qui monte à la place de sous-doyen du sacré collège, et M. le cardinal de Bouillon est immédiatement après lui. 11 y a présentement quatre chapeaux vacants , en comptant ceux que S. S. a gardés in petto.
Mardi 14 . à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Marly. M. de Gouvonges lui a donné part "de la mort de la reine- duchesse, et S. M. en prendra demain le deuil en violet, et le portera six semaines. — Le P. de Chevigny, que nous avons vu capitaine aux gardes et en grande réputation , est mort aux PP. de l'Oratoire ; il s'étoit mis dans cet ordre il y a fort longtemps, et y vivoit fort saintement. — Le roi a donné au duc d'Albemarle , fils naturel du roi Jacques, une pension de 2,000 écus par-dessus la pension qu'il avoit
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de i ,000 écus comme chef d'escadre ; c'est lui qu'on appeloitmilord Grand-Prieur. Le duc de Bcr\vick,son frère, est encore en Languedoc avec la duchesse sa femme, qui est a l'agonie.
Mercredi 15, à Versailles. — Le roi ne sortit point de tout le jour. Il fut longtemps enfermé l'apres-dlnéc avec M. le chancelier, et le soir, chez madame de Maintenon, il donna une longue audience au chevalier d'Harcourt, qui prit congé de lui pour s'en aller à son amhassade d'Espagne. — Le marquis de Bedmar est arrivé à Paris; il s'en va en Flandre, où il aura la charge de gorernador de las armas qu'avoit M. de Vaudemont , et M. de Vaudemont partira en Flandre dès qu'il y sera arrivé pour aller prendre possession du gouvernement de Milan. Le marquis de Bedmar est de la maison de la Cueva. — Le roi prit le deuil pour la mort de la reineduchesse fl). — M. Darnoton , maître des requêles, est nommé pour aller en Alsace faire les mêmes recherches pour lesquelles on avoit déjà* envoyé il y a quelque temps M. de la Boutière. On prétend qu'il en reviendra assez d'argent au roi, et l'on croit même que l'intendant la Grange est révoqué.
Jeudi 10, à Versailles. — Le roi ne sortit point; le vilain temps l'empêcha de chasser. Monseigneur alla à Meudon, d'où il ne reviendra que dimanche. — Artagnan, major des gardes françoises , quitte cette charge; le roi apparemment la donnera i\ quelqu'un du régiment, et Artagnan aura à vendre la compagnie de celui qui sera major. Le roi a toujours été fort content de lui , et il a plus de 20,000 écusderente des bienfaits du roi. — Le roi
i !) Cette dncliesse de lorraine étoit archiduchesse, et avoit «*te rein** de Pologne. LVnq>ereur tCCOfda au «lue de Lorraine, son fils, le titre d'Altesse Rotai»- ; la France ne lui a accord»- ce titre qu'au vo>a«e quo le duc de Lorraine lit a Paris pendant la minorité de Louis XV en.... ( We du mamuent de ta Biàtiot kèque (le Versailles.)
n'a pas encore disposé du gouvernement de la Bastille ; mais le roi a témoigné à M. de Saumery, depuis que Bezemeaux, son l>eau-père, est mort, qu'il seroit bien aise de lui faire plaisir en cette occasion ici , et comme le gouvernement de la Bastille obligeroit Saumery à quitter son emploi auprès de messeigneurs les princes, on croit qu'il se fera quelque accommodement là-dessus.
Vendredi 17, à Versailles. — Le roi entretint longtemps l'archevêque de Reims et le P. de la Chaise, chacun en particulier, et à plusieurs reprises. S. M. veut faire finir l'affaire qui est entre cet archevêque et les jésuites, qui s'aigrissoit fort et qui auroit été une occasion de scandale aux esprits mal faits. S. M., du consentement des parties, leur a donné le premier président pour arbitre, et avec ordre que cela soit terminé les premiers jours de la semaine qui vient. — Monseigneur vint de Meudon à l'opéra à Paris, et puis retourna à Meudon, où il fit médianoche. Madame la princesse de Conty, qui étoit à l'opéra avec lui, ne revint ici qu'après le médianoche. — Le roi rappelle M. de la Grange de l'intendance d'Alsace , et y envoie à sa place M. de la Fond, qui étoit intendant en Franche-Comté, et on envoie en Franche-Comté M. de Vaubourg, qui étoit intendant en Lorraine.
Samedi 18, à Versailles. — Les princesses de la maison de Lorraine ont vu le roi en mante; madame d'Ell>euf marchoit la première. Madame de Lislebonne prétendoit que cet honneur lui appartenoit comme la plus proche parente de la reine-duchesse ; elle ne s'y trouva point. Mesdames d'Épinoy la jeune et de Valentinois ne s'y trouvèrent point non plus, parce que les autres vouloient qu'elles ne marchassent que dans le rang qu'elles avoient comme filles de Lorraine et non comme nièces , et qu'ainsi elles dévoient marcher après mademoiselle d'Elbeuf. — Madame la comtesse de Quintin , veuve depuis plusieurs années, et qu'on croyoit très-éloignée du
mariage, se marie, à ce qu'on dit, à Paris, et épouse M. de Mortaigne , officier de la gendarmerie et fort estimé dans ce corps-là. — On mande de Dantzick que les affaires sont toujours fort brouillées en Pologne ; l'évèque de Plosko, qu'on avoit cru, dans les commencements, si affectionné au parti de M. le prince de Conty, traitait secrètement avec l'électeur de Saxe , dans l'espérance d'avoir Péveché de Varinie , qui est vacant , et qui vaut 200,000livres de rente.
Dimanche 19, à Versailles. — Le duc de Saint- Alhans, envoyé du roi Guillaume pour faire compliment sur le mariage de monseigneur le duc de Bourgogne , eut son audience du roi, de Monseigneur, de monseigneur le duc de Bourgogne et de madame la duchesse de Bourgogne ; il auroit souhaité d'être traité avec plus de distinction que les envoyés n'en n'ont d'ordinaire, mais on a suivi l'usage accoutumé. — Monseigneur revint de Meudon le matin pour être au conseil. — Toutes les difficultés du mariage de M. le comte d'Estrées avec mademoiselle d'Ayen sont surmontées; cependant on n'a pas pu faire publier un ban aujourd'hui; les difficultés ne se sonl terminées que le soir. Madame de Toisy donne 50,000 livres à mademoiselle d'Ayen après sa mort; elle a été bien aise de s'en réserver les revenus, et M. le cardinal d'Estrées s'est chargé de payer tous les ans les 2,500 livres , qui est la rente de ces 50,000 livres-là; ainsi les mariés n'y perdent rien.
Lundi 20, à Versailles. — Selon les ordresque le roi avoit donnés, M. le premier président a terminé l'affaire de M. l'archevêque de Reims avec les jésuites, et il a si bien • fait qu'ils sont contents les uns et les autres. — Monsieur est à Paris depuis quelques jours avec Mademoiselle; mais Madame est demeurée ici et sera du voyage de Marly. — M. le prince de Conty revint de Meudon à Paris avec la goutte très-violente ; il reçoit encore très-souvent des lettres de Pologne , et ne se loue que d'un seul Polonois,
qui est le palatin de Kalisch, celui qui a été ici dans les mousquetaires, et qui écrivit au roi il y a quelque temps; il s'appelle Premieski. — Mademoiselle de Chevreuse se marie à M. de Lévis, fils du comte de Charlus, lieutenant de roi de Bourbonnois ; il est mestre de camp de cavalerie. On donne à mademoiselle de Chevreuse 200,000 livres, savoir : 100,000 livres d'argent comptant et 100,000 livres après la mort du père et de la mère, mais dont on lui payera la rente, et outre cela quelques années de nourriture.
Mardi 21, à Versailles. — Le roi a redonné la ferme des postes à MM. Pageot et Roulier, qui l'avoient déjà. 11 y avoit des compagnies qui en offroient jusqu'à 3,200,000 livres. Le roi la donne aux anciens fermiers à '*00,000 liv res meilleur marché ; elle ne laisse pas pourtant d'être augmentée de 100,000 écus, car elles n'étoient qu'à 2,500,000 livres. On croyoitque la ferme diminueroit, à cause de toutes les places que le roi rend par la paix et parce que nous n'avons plus d'armées sur les frontières ; mais les fermiers ont compté que , le commerce se rétablissant avec les pays voisins, il en viendra un si grand nombre de lettres et on y en écrira tant que la ferme vaudra plus qu'elle ne valoit. — Il y a eu un petit différend entre M. de Barbezieux et M. Pelletier l'intendant , chacun d'eux prétendant avoir la direction de la démolition des places que le roi fait raser, M. de Barbezieux, comme secrétaire d'État de la guerre, et M. Pelletier comme directeur général des fortifications; et le roi a jugé en faveur de M. Pelletier.
Mercredi 22, à Marly. — Le roi vint ici après son diner, et se promena jusqu'à la nuit. Madame est du voyage ; madame la duchesse de Luxembourg en est pour la première fois. Le marquis de Montrevel et le marquis de UéremlKiult, lils du maréchal, qui n'y étoient jamais venus, y ontdes logements. — Le roi, avant que de partir de Versailles , signa le contrat de mariage du comle
d'Estrées avec mademoiselle d'Ayen. — Le frère du duc de Parme est arrivé à Paris ; il vient voyager en France et il sera toujours incognito. — Dans le mois de février, on réformera vingt régiments de cavalerie et quatorze régiments de dragons ; le roi ne veut pas faire sa réforme mut d'un coup, tant pour voir ce que font ses voisins que pour éviter le désordre que tant de gens réformés à la fois pourroient faire. On donne des routes aux troupes réformées pour retourner dans les pays où elles ont été levées, et on les fait accompagner par des bas officiers pour éviter les désordres qu'ils pourroient faire dans le royaume.
Jeudi 23, à Marly. — Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici et soupèrent ensemble chez madame de Maintenon. Le roi, malgré le grand froid, se promena tout le jour dans ses jardins. — Milord Portland ost arrivé en France avec une nombreuse suite d'Anglois ; il vient de Calais ici dans son carrosse , et n'arrivera à Paris que dans huit jours. Dès qu'il sera venu, le duc de Saint-Albans s'en retournera en Angleterre. — On mande de Londres que le palais de Whitehall est presque entièrement brûlé ; c'est le palais des rois d'Angleterre, une des plus grandes, une des plus vilaines maisons du monde et la plus habitée.
Vendredi 2V , à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins. — On eut nouvelles que la duchesse de Berwick étoit morte en Languedoc. — On croit que , dès que les mariages de mesdemoiselles d'Ayen et de Chevreuse seront faits , on les nommera dames du palais , malgré leur grande jeunesse. — Trois cents hommes des troupes de l'électeur palatin se saisirent depuis quelques joursdu château deLutzelstein ; le prince de Birkenfcld, qui en étoit en possession comme se prétendant héritier du feu prince de Lutzelstein, a fait des proie stations contre cette entreprise.
Samedi 25, à Versailles. — Le roi revint ici de Marly
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après s'être promené dans ses jardins toute la journée. — Le mariage de M. de Maulevrier avec mademoiselle de Tessé se fit à Paris chez le père de la mariée. — Le roi fait des changements dans les logements de Versailles; il prend l'appartement de M. le cardinal de Furstemberg pour le joindre à celui de madame de Maintenon , qui étoit trop étroitement logée (1); le roi destine à M. le cardinal de Furstemberg l'appartement de Mademoiselle , et jusqu'à ce quelle parte il aura celui de madame d'Arpajon.
Dimanche 26, à Versailles. — Le roi ne sortit point; il entendit le salut. — M. le cardinal de Furstemberg chanta le Te Ih'um à Paris pour la paix dans son église de Saint- Germain. Les cardinaux , les ambassadeurs, beaucoup d'étrangers et beaucoup de dames y étoient; ensuite il y eut un beau feu d'artitice , musique, et un grand souper où plus de deux cents personnes mangèrent. — Mi lord Clancarthy, premier gentilhomme de la chambre et premier capitaine des gardes du roi Jacques, partit de Saint- Germain il y a quelque temps pour retourner en Angleterre sans avoir fait son accommodement avec le roi Guillaume. Il est descendu à Londres chez le comte Sunderland, son beau-père, croyant être en sûreté chez lui. La cour a été avertie qu'il y étoit; on l'y a pris et on l'a mené à la Tour.
Lundi 27 , à Versailles. — Le roi ne sortit point de
( I ) L'ap|»artement occupé par madame rie Maintenon dans le château île Versailles rtait situ« du coté des appartements de la Reine , occupé* alors par la duchesse »le llourgogne, derrière la grande salle des gardes du corps, ricplainpied avec l'appartement de Louis XIV, et ouvrant en face de ce dernier dans le u'stibulc placé au haut de l'escalier de marbre ou de la Reine. Cet apj»artemcnt , successivement occupé sous Louis XV par le comte de Clcrmont , et sous Louis XVI par le maréchal de Duras , forme aujourd'hui trois des salles consacrées aux campagnes de I7«J3, 1794 et 1795. (Recherches sur cette çiMtkm : Dans quelle partie du château de Versailles, Fajtpartement de madame de Maintenon se trnuvait-il placé? pur M. J. A. Le Roi, conservateur de la bibliothèque de la ville de Versailles, dans le tome II des Mémoires de la Société des Scientes morales, Lettres et Arts de Seine et- Otse. - 1848.)
tout le jour. Monseigneur alla à Paris, avec madame la princesse de Conty, dîner chez madame la duchesse de la Férié, qui lui donna un dîner excellent et magnifique. II y eut une musique nouvelle faite exprès , un beau feu d'artifice et toute la rue de Richelieu, où elle loge, fort illuminée (1). — M. le marquisde Lévis épousa mademoiselle de Chevreuse ; la noce se fit ici chez le père de la mariée.
— On croit que M. 1 evêque de Toul, nommé a l'archevêché de Bordeaux, refusera l'archevêché, quoique d'un plus gros revenu et bien plus considérable que son évèché; mais il se fait un scrupule de la translation , ne trouvant pas, en cette occasion ici, les raisons suffisantes pour l'autoriser.
Mardi 28, à Versailles. — M. le nonce eut audience de madame la duchesse de Bourgogne, et l'ambassadeur de Venise l'aura vendredi; ils ont souhaité que M. de Torcy leur donnât par écrit que l'honneur que la duchesse du Lude avoit fait à l'ambassadeur de Savoie d'aller le recevoir dans l'antichambre étoit une méprise que l'introducteur des ambassadeurs lui avoit fait faire.
— Le roi a donné 2,000 écus à M. Bielk , qui a commission de colonel dans nos troupes, pour lui marquer qu'il est content des services qu'il a rendus a M. le prince de (kmty et de ceux qu'il a rendus à l'abbé de Polignac et à l'abbé de Chàteauneuf pendant qu'ils ont été à Stettin. Le maréchal Bielk, son oncle, n'y étoit pas ; il étoit allé en Suède.
Mercredi 29, à Versailles. — Le roi n'a point sorti tous ces jours ici; la gelée empêche qu'il ne puisse aller à la chasse. Monseigneur alla à Meudon pour y demeurer jusqu'à samedi, et y mena fort peu de monde. — Le soir se fit ici le mariage du comte d'Estrées avec mademoiselle d'Aven; le cardinal d'Estrées dit la messe dans la
(l) Voil IcilHail «le la lete «lutimt: m Motoetiuiciir |wr mariante la (lurlie.vor •le la Fcrtc, «lans le Mercure «le janvier, |*ages 27 i- 282.
chapelle et les maria ; la noce fut chez le duc de Noailles, père de la mariée ; nous étions du moins quarante. — La marquise de Lé vis et la comtesse d'Estrées furent déclarées dames du palais ; mais , comme elles sont fort jeunes, on les joint à d'autres dames pour faire leur jour chez madame la duchesse de Bourgogne ; madame de Lévis fera son jour avec madame de Dangeau; et la comtesse d'Estrées avec madame d'O. — M. de Mortaigne épousa le matin à Paris madame la comtesse de Quintin ; ils s'uimoient depuis longtemps. — Monsieur présenta au roi le marquis de Bedmar; il fut longtemps dans lecabi net du roi, toutes les portes ouvertes. Le roi lui fit beaucoup d'honnêtetés dont il fut très-content ; il n'est point grand d'Espagne; les grands qui viennent ici ne veulent pas voirie roi, parce qu'ils prétendent se couvrir devant lui *.
* Ces mémoires paraissent un peu faciles aux prétentions étrangères. On ne niera pas le fait qu'ils avancent ici des grands d'Espagne parce qu'on ne le sait pas ; mais ou doute avec raison qu'il puisse être, pane que le roi ne paroît jamais couvert en aucune occasion chez lui, et les grands d'Espagne ne pouvoient pas prétendre qu'il se couvrit exprès pour les faire couvrir à une première audience d'ambassadeur, encore moins se couvrir sans que le roi le fût , ce qu'ils ne font ni ne prétendent en Espagne. A la vérité, le roi d'Espagne est couvert en beaucoup d'occasions ordinaires chez lui , et alors les grands se couvrent.
Jeudi M, à Versatiles. — Le roi dîna de bonne heure et alla à Marly, où il demeura jusqu'à la nuit. Monsieur, qui est revenu ici depuis quelques jours, alla voir Monseigneur à Meudon, où il y eut grand jeu. — M. Houille, ancien conseiller d'État, mourut à Paris ; il étoit père de la marquise de Noailles , de madame de Bullion et de madame Bouchu. — L'évèque de Poitiers est mort ici ; il avoit été évèquede Tréguicr ; il s'appeloitSaillant ; il avoit été père de l'Oratoire. L'évèché de Poitiers vaut 28 ou 30,000 livres de rente. — Le roi a résolu de donner l'ordre à M. Vaini, gentilhomme romain, qui étoit ici il y a deux ans, qui a toujours été du part i de la France, à Kome, et
dont le roi est content. Lechapitre des chevaliers s'assemblera dimanche avant la procession, où le roi le déclarera. Depuis un an le pape l'a fait duc et prince, et il s'appelle présentement le prince Vaini.
Vendredi 31 , à Versailles. — Le roi a donné la place de conseiller d'Etat ordinaire qu'avoit M. Rouillé A M. de Bezons, conseiller d'État d e semestre et intendant en Guyenne, et la place de conseiller d'Etat de semestre a M. Bignon, intendant de Picardie et neveu de M. de Ponlchartrain. — Milord Portland est arrivé à Paris. — Le roi a réglé que madame la duchesse de Bourgogne seroit servie avec la nef, mais le maître d'hotel ne portera point le bâton. S. M. m'a ordonné de la faire servir en tout comme première tille de France, mais elle Dé veut pas qu elle ait des honneurs au delà; elle mandera en public les mardis et les vendredis, qui sont les jours qu'il y a toilette chez elle. Monseigneur le duc de Bourgogne est servi avec le bâton ; mais ce sont les ofliciers du roi, et le roi veut qu'il n'y ait que ses officiers qui le portent dans sa maison; cependant S. M. avoit accordé cet honneur-là à feu madame laDauphine; mais le roi n'a pas jugé à propos que madame la duchesse de Bourgogne Peut (1).
Samedi 1 er février, à Versailles. — M. l'éveque de Toul* a remercié le roi de l'archevêché de Bordeaux qu'il lui avoit voulu donner; il n'a pas cru qu'il y eût des raisons suffisantes pour la translation ; on a fort loué et fort approuvé son procédé. M. l'abbé Girard, qui avoit été nommé à l'évèché de Toul, a été nommé évèque de Boulogne. — Madame la duchesse de Bourgogne commença à être servie à table par les officiers de sa maison. — Monseigneur revint de Meudon, et le soir il y eut appartement. — Le prince de Parme , frère du duc ,
(1) Voir la note «lu 30 décembre KW5, tome I", page 272.
eut le matin audience particulière du roi et de la maison royale ; il est incognito en France. — Madame la duchesse de Bourgogne communia par les mains de l'abbé de Castries, son aumônier ordinaire.
* M. de Toul avoit Bissy, sou père , chevalier de l'ordre, commandant depuis longtemps dans ces pays-là , et cela pouvoit le convier fort à y demeurer. Il avoit commencé diverses entreprises qui avoieut formé des démêlés entre lui et M. de Lorraine, dont la capitale et presque tout l'État est dans ce diocèse. On soupçonna dès lors ce prélat d'avoir eu des vues particulières de fortune par ces démêlés qui ne lui permettoient pas de se laisser éblouir par quelque autre siège que ce fût, qui l'eût nécessairement tiré de cette situation. Et eu effet, ni la nouveauté de la restitution k de la Lorraine , ni le mariage de M. de Lorraine avec la ûlle de Monsieur, ni la vivacité avec laquelle Monsieur et Madame s'intéressèrent pour M. de Lorraine contre M. de Toul , ne furent pas capables de l'arrêter un moment. Il se Gt connoitre par la à Rome, dont il sut mêler les intérêts avec les siens , y lia ainsi uu grand commerce , se donna lieu à soi-même d'y tenir un agent , se sut acquérir madame de Maintcnon par Saint-Sulpice et par M. de Chartres, et chemina tant et si bien qu'il pensa être cardinal de son chef, en persuadaut Rome du graud intérêt qu'elle avoit à le soutenir, ce qui ne se pouvoit mieuv que par la pourpre. Le fut l'ouvrage de plusieurs années d'une lutte infatigable et d'intrigues continuelles. Si ce chemin ne le fit pas arriver à son but de droit (il , il l'y conduira [sic] d'une autre sorte, et il ne quitta Toul que quand il fut certain du cardinalat. Aussi son père , qui étoit homme de beaucoup d'esprit , et qui l 'avoit bien reconnu , tout jeune qu'il étoit , le montrant un jour à ses amis avant son épiscopat : « Voyez-vous bien ce prestolet-là ? leur dit-il : je vous réponds que s'il y trouve le moindre jour, et qu'on ne l'arrête pas de bonne heure, il mettra le feu partout, et culbutersi l'Eglise et l'État pour sa fortune. » Cette parole étrange et plus qu'inconsidérée d'un père sur un fils est devenue célèbre par l'événement , d'autant plus que ce prestolet , pour parler comme sou père, est parti ae bien loin pour remuer tant de choses.
2 , jour de la Chandeleur, à Versailles. — Le roi lit assembler le matin le chapitre des chevaliers de l'ordre, et nous dit qu'il avoit résolu d'en honorer le prince Vaini *. Après le chapitre, le roi marcha a la chapelle, précédé de tous les chevaliers; il y eut procession dans la cour, mais le vilain temps fit qu'elle fut fort
courte. L'archevêque de Paris officia l'après-dinée. Le roi en tendit le sermon du P. Gaillard, qui doit prêcher ce carême. — On mande de Pologne que l'électeur de Saxe a fait son entrée à Varsovie, et que la reine douairière a pris soin de le régaler sur son chemin, et est revenue A Varsovie depuis qu'il y est, et a souvent de longues conférences avec lui. Cependant les affaires du royaume ne se terminent point encore. Le cardinal primat persiste jY vouloir conserver l'autorité que lui donne l'interrègne. I^s armées de la couronne et de Lithuanie demandent de grandes sommes pour leur payement que l'électeur n'est point encore en état de leur donner. Le prince Sapieha, qui devoit venir le trouver a Varsovie, s'en est excusé sur ce qu'une partie de l'armée de Lithuanie est entrée sur ses terres qu'elle ravage.
* Ce Vaini étoit un très-simple gentilhomme romain, également éloigné de rhonneur d'être fait chevalier du Saint-Esprit par sa naissance et ses alliances très-communes et par sa très-petite considération personnelle ; mais la conjoncture lui fut heureuse. 11 s'étoit attaché au cardinal de Bouillon dans ses précédents voyages, et lui avoit donné l'Altesse que personne de tant soi peu distingué ne lui vouloit accorder. C'étoit là le chemin du cœur du cardinal de Bouillon , qui se lit une affaire capitale d'élever Vaini et par reconnoissance, et pour s'attirer cette même complaisance par l'exemple de la récompense, et pour s'élever soi-même parla considération et l'état d'un homme qui le traitoit d'Altesse. Il avoit employé tous ses amis pour le faire titrer par le pa|>e, et y étoit parvenu, non sans qu'on en eût été scandalisé à Borne , encore que ces titres de duc et de prince que les papes donnent y soient assez peu considérés, mais ce pas étoit nécessaire pour le porter plus liant. C'est ce qu'il fit en lui procurant l'ordre, en exagérant ici tout ce qu'on ne trouva point après , et dont on eut tout lieu de se repentir dans la suite, et par une prostitution de l'ordre, qui le fit mépriser en Italie et qui n'y rehaussa point Vaini , et par les honteuses affaires qui importunèrent fort le roi à le soutenir, et donnèrent heaucoup d'emiKirras daus les suites à son ambassadeur, qui influèrent sur les affaires du temps du prince de Monaco. Peut-être , dans un autre temps , y auroit-on regardé de plus près ; mais l'affaire de M. de Cambray étoit alors à Borne. Elle étoit devenue l'affaire de cœur de madame de Maintenon, qui y avoit engagé rhonneur du roi . et l'on ne voulut pas
dans cette occasion pressante mécontenter le cardinal de Bouillon, chargé de tout à cet égard , et enclin à M. de Cambray, par le refus de la chose du monde qu'il demandoit avec le plus d'instance et de chaleur.
Lundi 3, à Versailles. — Le roi prit médecine ; il la prend présentement toutes les six semaines, et ne s'est jamais si bien porté. — Milord Portland avoit demandé audience ; mais, comme le roi s'est purgé, on l'a remis à demain. — On mande devienne que les propositions de paix avec les Turcs sont entièrement cessées, et que le comte de Kaunitz, qui étoit ambassadeur de l'empereur pour la paix à Ryswyck, avoit été fait vice-chancelier de l'Empire. — On mande de Madrid que le duc de Giovenazzo a obtenu les honneurs de lagrandesse, pour lui et pour trois générations, lui faisant la première (1). 11 les avoit eus déjà étant vice-roi d'Aragon, et les vice-royautés donnent des honneurs de grand de la première classe \ — On mande de Rome que le pape, sachant M. le prince de Conty de retour en France , avoit résolu de reconnoltre l'électeur de Saxe roi de Pologne, et il a ordonné au cardinal Barberin, protecteur des affaires de ce royaume, de lui amener les envoyés de l'électeur de Saxe, a qui il donnera audience comme à des envoyés de roi. — Le duc de Gramont donna, le soir à Paris, une grande fête à milord Portland, qui lui a apporté une lettre du roi Guillaume fort obligeante.
* Ce qui est taux est que les vice-royautés aient jamais donné les honneurs de la grandesse. Ce duc de Giovenazzo , qui fut iait grand alors, et comme le disent les Mémoires, étoit un v ieux conseiller d'Etat de beaucoup d'esprit, de capacité, de considération, mais de la plus courte naissance. On a vu, longtemps depuis, son frère, le cardinal del Giudice , faire une grande ligure en Espagne sous Philippe V, puis venir eu France, et y laisser ambassadeur d'Espagne le (ils de ce duc de Giovenazzo, sous le nom de prince de Cellamare, qui, après la mort de Louis XIV, y fut arrêté, et en même temps M. et madame du
(t) Ceci est feux. ( Soit de Ikinqmu. ) T. vt.
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Maiue. Il devint depuis gniud éeuyerde la seconde femme de Philippe V,et. n son instante prière, chevalier du Saint-Lsprit , en 1728. Son frère fut cardinal un peu après, sous le nom de cardinal del Giudice, du vivant encore du cardinal son oncle, disgracié et retiré a Rome depuis son voyage de France. Cellamare , qui prit le nom de duc de Giovenazzo après la mort de son père, n'avoit guère moins d'esprit , de souplesse d esprit et de capacité que lui.
Mardis, à Marly. — Le roi donna, le matin à Versailles, une audience particulière à milord Portland \ qui ensuite allachez Monseigneur, chez messeigneurs ses e nfants et chez madame la duchesse de Bourgogne, chez Monsieur et chez Madame. Milord duc de Saiut-Albans prit ses audiences de congé pour s'en retourner en Angleterre. — L'après-dlnée S. M. vint ici. Monsieur, Madame et Mademoiselle sont du voyage. Madame la duchesse de Chîirtres est demeurée a Versailles fort incommodée de sa grossesse. Madame la duchesse de Sully, qui n etoit jamais venue ici , y a un logement. — On mande de la Haye que les États Généraux ont fait la réforme de leurs troupes, et qu'ils ne conservent que quarante mille hommes, comme ils les avoient sur pied avant la dernière guerre. — Le roi fait travailler à l'augmentation de l'appartement qu'on donne à madame de Maintenon, et, quoiqu'il y ait heaucoup de choses à faire et des degrés si chan ger, Mansart a promis au roi que samedi, a son retour de Marly, il trouvèrent tout l'appartement achevé et meublé.
* On n'a guère rien vu de plus singulier en France que la manière dont milord Portland y fut reçu. Le prince d'Orange étoit l'ennemi personnel du roi, et le roi le sien , qui ne lui a voit jamais pu pardonner la hauteur avec laquelle il avoit refusé madame la princesse de Conty que le roi lui avoit fait proposer. Il répondit , pour le rendre au roi en propres termes, qu'il vouloit bien qu'il siU que les princes d'Orange étoient accoutumés à épouser les filles légitimes des rois, et non pas leurs bâtardes; et eu effet, sa mere étoit sœur de Charles II et de Jacques 11, rois d'Angleterre, duquel il épousa ensuite la tille. Le roi chercha a se dépiquer par le mariage de M. le prince de Conty , et n'oublia rien pour abaisser le prince d'Orange en Hollande et
toute l'Europe, et pour lui donner toutes les mortifications peMa, auxquels il put atteindre, dont ses ambassad^ « Hollande furent partieulièrement chargés. Le prince d'Oran»c fit par la suite tous les efforts et toutes les tentatives imaginables et di rectos et indirectes , pour tacher d'effacer l'offense de son refus e"t persévéra pendant plusieurs années dans ce travail, et dans l'espérance d y réussir ; mais, se voyant enfin sans cesse rebuté , heurté et méprisé ■I se tourna à la vengeance, et par la supériorité de son génie' son application infatigable, son union intime avec l'électeur dè Brandebourg, l'autorité qu'il usurpa dans Tes Provinces-Unies il de vint l'Ame et l'instrument de toutes les guerres contre la France et de tout ce qui fut brassé contre elle , qui lui frava le chemin à l'in'va sion d'Angleterre. Bentinck étoitun Hoilandois qui avoit été son pagesa figure, sa prompte faveur et la réputation bien ou mal fondée du prince d'Orange avoieut fort donné à parler sur le genre de cette faveur; mais, si elle avoit commencé par du scandale, elle continua par un attachement soutenu de beaucoup d'esprit, de capacité et de services qui initièrent le favori dans toutes les affaires et dans tous les secrets de son maître, qui l'employa toujours et fort utilement. Devenu roi d Angleterre, il le fit comte de Portland, pair du royaume, chevalier do la Jarretière et gentilhomme de la chambre, et' le choisit enfin comme l'homme le plus aftidé et en même temps le plus propre à se mêler dans une grande cour et un grand monde pour son ambasadeur en Y ranee, dont. I vouloit être exactement instruit, il y parut avec une dépense, un goût, un éclat extraordinaire, et avec une politesse un air de cour, une galanterie qui surprirent et qui charmèrent ; tout '
soutenu de beaucoup de dignité , même de hauteur, mais avecu M i-
et un discernement prompt et peu commun.
Les François qui courent après la nouveauté , la bonne chère le bon accueil et la magnificence, firent en moins de rien la foule chez lui , où ce qu'il y avoit de plus distingué s'empressoit le plus. Ce qu'il y eut de plus surprenant fut que le roi y donna lieu lui-même pour un te'l ambassadeur et d'un roi si personnellement odieux , avec le roi Jacques à Saint-Germain; mais ce prince, qui porta ce nouveau revers avec une constance et une modestie admirables, n eu perdit rien des soins du roi pour lui et causa de rudes mortifications à Portland au milieu des fêtes qu'il donnoit et qu'il recevoit de tout le monde ; et il se vit deux fois obligé a revenir sur ses pas, une fois de Marly, une autre de Meudon, d'où il s'étoit rendu de Paris pour suivre une fois le roi , une autre Monseigneur a la chasse, sur ce que le roi d'Augleterre y arriva inopinément pour y aller. M. de la Kochefoucauld fut le seul qui ne * rendre aucune civilité a Portland , ni répondre à aucune de ses u II émit grand chasseur, et mourait d'envie de voir courre la
292 JOURNAL DE DANGEAC.
meute du roi. Peut-être y entroit-il de la vanité de se faire donner une ehasse. J.assé de tourner autour sans qu'on le \onliH eutendre, il prit enfin son parti d'eu demander une à M. de la Rochefoucauld; mais il lui repondit tout court et sans compliment aucun , qu'il étoit vrai qu'il étoit grand veneur, mais qu'il ne l'étoit pas moins qu'il ne pouvoit disposer de I équipage du roi, parce qu'il étoit toujours aux ordres du roi d' Angleterre. Portland outré n'en dit pas davantage, et n'eut plus envie de voir chasser les chiens du roi. C'est son fils qui , longtemps après, fut fait duc de Portland, par le duc d'Hanovre devenu roi d'Angleterre.
Mercredi», àMarly. — Le roi, malgré le vilain temps, se promena tout le jour dans ses jardins. — Madame la duchesse de Bourgogne donna à souper, à Versailles, a monseigneur le duc de Bourgogne et a toutes ses dames.
— M. le comte de Marsan a acheté la maison de M. Tamlionneau, a Paris; il lui en donne 235,000 francs; il lui en coûtera encore pour les ventes et pour la faire achever, si bien qu'on compte qu'elle lui reviendra à 100,000 écus.
— M. Courtin, doyen des conseillers d'État, marie mademoiselle de Varengeville , sa petite-fille , à de M. Poissy, lils de M. le président de Maisons, qui a la survivance de la charge de son père. On donne en mariage à mademoiselle de Varengeville V 00, 000 livres qu'elle a déjà de bien, échu par la mort de son père , et madame de Varengeville, sa mère, lui assure, après sa mort, 100,000 livres dont M. Courtin est caution ; outre cela, on compte qu'elle aura deux cent autres mille francs.
Jeudi G, ù Marly. — Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici, et soupirent chez madame de Maintenon'avec toutes les daines du palais. Le roi, malgré le vilain temps, ne rentra qu'à lii nuit. — Le comte de Tessé a deux régiments d'infanterie, dont l'un est fort ancien et sera conservé, l'autre est fort nouveau et va être cassé. Le roi a consenti qu'il vendit le nouveau , et il a trouv é un homme qui l'achète pour avoir le rang de colonel, et on lui en- donne 1,000 pistoles d'or ; il s'appelle M. de , gentilhomme d'Au-
vergue. — Le roi a donné un arrêt fort favorable pour les officiers qui ont servi dans ses troupes de terre et de mer durant la dernière guerre; la faveur même s'étend jusqu'à leurs veuves et à leurs enfants mineurs; c'est pour empêcher que leurs terres ne puissent être vendues par décret forcé durant trois ans, pourvu toutefois qu'ils payent 1,'illlérêt de ce qu'ils doivent , durant ces trois années.
Vendredi 7, à Marly. — Le roi se promena tout le jour dans ses jardins, où il fait beaucoup planter. — M. de Mascranny, maître des requêtes, beau-frère de M. de Caumarlin, est mort à Paris assez subitement. 11 n'a qu'une fille qui n'a pas encore sept ans et qui sera une des plus riches héritières de France , car elle a déjà plus de 500,000 écus, et cette somme augmentera encore de iM'aucoup avant qu'elle soit en Age d'être mariée. — Le roi devoit aller mercredi prochain à Meudon pour y passer le reste de la semaine , mais le vilain temps lui a l'ait prendre le parti de remettre ce petit voyage de mercredi en huit jours.
Samedi 8, à Versailles. — Le roi partit de Marly après son dîner, alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre, et arriva ici avant la nuit. Monseigneur alla aussi de Marly à Sainte-Germain avec madame la princesse de Conty, et vit le roi et la reine d'Angleterre après que le roi en fut reparti. — Le roi ayant demandé aux princesses si elles avoient envie qu'il y eiH des bals ces derniers jours de carnaval , et elles ne s'en étant non plus soucié que madame la duchesse de Bourgogne, le roi a réglé qu'il n'y en auroit point.
Dimanche 9, à Versailles. — Le roi et toute la maison royale signèrent le contrat de mariage de M. de Poissy, lils aîné du président de Maisons, avec mademoiselle de Varengeville, petite-tille de M. Oourlin. — Milord Portland vint ici. Il ne fera son entrée que dans un mois, et son équipage, quoique fort grand, l'est beaucoup moins
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qu'on ne J'avoit dit. Il a conseillé à madame la duchesse de Portsmouth de ne pas retourner en Angleterre ; et on regarde ce conseil quasi comme un ordre. Le roi Guillaume n'est point mal content d'elle, mais il est fort mal content , à ce qu'on dit , du duc de Kichemond son fils. La marquise de Richelieu s'est embarquée pour passer en ce pays-là, malgré les conseils de la duchesse de Mazarin, sa mère, qui est à Londres, et qui la détour- Doil fort de ce voyage. — Il y eut le soir appartement.
Lundi 10, à Versailles. — Le roi recommença d aller tirer dans son parc ; mais il fait encore fort vilain. Monseigneur alla dînera Meudon et revint le soir. Monseigneur le duc de Bourgogne soupa chez madame de Maintenon avec madame la duchesse de BouFffOfnie , messeitrneurs les «lues d'Anjou et de Berry, les duchesses de Chevrense, deBeauvillierset du Lude, et deux des dames du palais. — Il y a quelques diflicultéssur la maison que M. de Marsan vouloit acheter de M. Jambonneau, et comme ils ne conviennent pas de leurs faits dans le procédé, les discours de leurs amis de part et d'autre pourroient faire rompre cette affaire. Cependant, comme il convient à M. Jambonneau de vendre et à M. de Marsan d'acheter, on croit que cela si* raccommodera.
Mardi 11, à Versailles. — Le roi alla l'aprcs-dlnée se promener à Ma ri y. Monseigneur courut le loup. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne soupèrent chez madame de Maintenon ; il y avoit à souper madame de Mailly et les six dames du palais qui n'a voient pas été hier du souper. — M. le comte de Monasterol , envoyé extraordinaire de l'électeur de Bavière, eut audience du roi et de toute la maison royale. — On mande d'Angleterre que le czar, qui a passé une partie de l'hiver à Amsterdam, est arrivé à Londres.
Mercredi 12. à Versailles. — Le roi alla à la chasse l'aprcs-dlnée. Monseigneur joua a culbas chez madame
la princesse de Conty. Monsieur et Madame sont à Paris, et en leur absence il n'y a point d'appartement. — Le roi fait repartir les directeurs et les inspecteurs de cavalerie et d'infanterie pour la réforme qu'il a résolu de faire dans ce mois-ci, qui sera assez considérable. On réforme presque la moitié des régiments suisses ; on réforme les seconds bataillons des régiments allemands. Les régiments royaux danois, de Savoie et de Montferrat sont réformés. On en réforme aussi beaucoup de françois. Ceux à qui on touche le moins sont les régiments irlandois; le roi les conserve la plupart . en considération du roi Jacques, qui l'en a fort prié.
Jeudi 13 , à Versailles. — Le roi va présentement presque tous les jours à la chasse. Monseigneur alla à Paris à l'opéra, avec madame la princesse de Conty. — Le roi a choisi pour major de son régiment des gardes Traversonne, qui est un des plus anciens capitaines; sa compagnie, qui est une des plus belles du régiment, est donnée pour la vendre à Artagnau, qui quitte la majorité. — Le roi a entièrement cassé son régiment de hussards; on l'a mené sur la frontière, et là on l'a congédié. Il n'y a que le colonel à qui on a donné l'incorporation, et quelques officiers sont venus ici la solliciter. — Le roi conserve à Artagnan 2,000 écus de pension qu'il avoit, son logement et les petites entrées qu'il avoit comme major des gardes. Il trouve 110,000 francs pour la compagnie qu'on lui donne à vendre; mais le roi veut qu'elle ne soit vendue que 80,000 francs, qui est le prix auquel les compagnies sont tixées.
Vendredi I V, à Versailles. — Le roi alla dîner à Marly, et y mena madame la duchesse de Bourgogne et toutes ses dames; ils n'en revinrent qu'à la nuit. Le soir il y eut comédie. — Milord Portland n'a point encore parlé ♦l'affairés au roi ni à ses ministres; mais il a témoigné k plusieurs de ses amifl que le roi son maître apprenoit avec peine que le roi voulût toujours laisser le roi Jac-
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ques à Saint-tiermain ; il auroit bien souhaité qu'il fût plus éloigné d'ici.
Samedi 1 5, à Versailles. — Le roi alla tirer. Monseigneur courut le loup dans la fortt de Saint-Germain. — Le bonhomme Du Fresnoy, mari de la belle madame Du Fresnoy (1), mourut à Paris d'apoplexie; il avoit quatre-vingt-cinq ans. Il étoit premier commis de M. de Barbezieux, et avoit toujours été fort en réputation d'un honnête homme; il avoit une charge dans l'ordre de Saint-Louis (2). — Le roi avoit donné à M. Bontemps, un de ses premiers valets de chambre , le gouvernement de Bennes à vendre lorsqu'il vaqua par la mort de M. de Coëtlogon. et S. M., atin que Bontemps en pût tirer davantage, a consenti qu'il fût héréditaire pour celui qui l'achètcroit , comme les autres gouvernements de ville que le roi a vendus depuis peu. Bontemps vient de le vendre 30,000 écus à M. le marquis de la Hautonièrc, gentilhomme breton , que nous n'avons jamais vu en ce pays ici.
Dimanche 16, à Versailles. — Le roi alla au sermon, et ensuite travailla avec M. de Pontehartrain. Monseigneur alla au sermon avec le roi ; et pins monseigneur le due de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne allèrent le voir chez madame la princesse de Conty. Monsieur, qui est À Paris depuis quelques jours, vint ici voir le roi, dîna avec lui, et puis s'en retourna. — Le roi a donné la charge dans l'ordre de Saint-Louis qu'avoit M. Du Fresnoy à Charpentier, autre commis de M. de Barbezieux. Outre cela, le bonhomme Du Fresnoy avoit une charge dans les Suisses, qui vaut 2,500 francs, qui est à la nomination de M. du Maine, et qu'il a donnée à Saint-Just, officier de ses gardes. — Le roi signa le con-
(I) « Madame Ou l'resno), sa femme, a eu l lionneur d'être dix ans dame du lit de la reioe. » ( Mercure de mars, page 181. ) 17) II étoit trésorier. I yote de Ihingeau. )
trat de mariage de M. le marquis de Souvré , maître de sa garde-robe et frère de M. de Barbezieux, avec mademoiselle de Rebenac.
Lundi 17, à Versailles. — Le roi donna le matin une audience particulière a milord Portland; et comme beaucoup d'Anglois qui sont à Saint-Germain étoient ici , le roi fit dire à milord Middleton , qui est chef du conseil du roi Jacques, qu'il le prioit, pour une autre fois , d'éviter de se trouver en môme jour que l'ambassadeur d'Angleterre. — Le roi a voulu que le chevalier de Montgon, celui que l'on appelle Philippe dans les gardes, eût la compagnie qu'on a donné à vendre à Artagnan; il en donne ^0,000 livres et sa lieutenance ; c'est le maréchal de Boufflers qui a fait cela pour lui auprès du roi, car Artagnan avoit pris des mesures pour la vendre à un autre. — Monseigneur partit d'ici après la messe pour s'en aller dîner à Meudon, où il demeurera dix jours. Le roi ira mercredi, et y passera le reste de la semaine.
Mardi 18, à Versailles. — Le roi alla se promener à Mari y l'après-dinée. Monseigneur courut le loup et revint coucher à Meudon , d'où il étoit parti. — M. Spanheim, envoyé de l'électeur de Brandebourg, et que nous avons déjà vu en France en la même qualité , eut audience du roi et de toute la maison rovale. — Le soir, à Paris , se fit le mariage de M. de Souvré avec mademoiselle de Rebenac; M. de Souvré, par le contrat, est obligé de prendre le nom de Rebenac. — Bercour, brigadier et ancien mestredecamp de cavalerie, est mort; le roi a donné son régiment au petit comte dTzès ; il en avoit déjà un, mais le sien va être réformé , et on conservera celui qu'on lui donne , qui est un bon et ancien régiment.
Mercredi 19, à Meudon. — Le roi, après avoirentendu le sermon à Versailles, vint ici. Monsieur est de ce voyage. Madame la duchesse de Bourgogne prit congé du roi après le sermon , et le roi lui ordonna de le venir voir
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vendredi. Madame de Maintenon se trouva mal ici le soir, et fut saignée du pied. — On eut nouvelle que M. le duc d'Hanovre étoitmort; ilavoit épousé la princesse Sophie, tante de Madame. Madame a été fort affligée de cette mort ; elle est demeurée à Paris , quoiqu'elle eût compté d'être du voyage de Meudon. — On mande aussi d'Allemagne que le duc de Courlande est mort ; il avoit é|>ousé une sœur de l'électeur de Brandebourg. Son fils, qui lui succède, n'a que six ans.
Jeudi 20, à Meudon. — Le roi se promena tout le jour dans les jardins. Madame la duchesse de Bourgogne lui manda le matin qu'apprenant que madame de Maintenon étoit malade, elle ne pouvoit se résoudre de demeurer à Versailles; le roi lui permit de venir, et elle passa ici toute l'après-dlnée. — Le roi a donné une déclaration favorable pour les religionnaires, pourvu qu'ils donnent une assurance, en entrant en France, de se convertir dès qu'ils seront arrivés chez eux. — On mande de Borne que le cardinal Conti est mort; il vaque présentement quatre places dans le sacré collège. Le cardinal Conti avoit plus de quatre-vingts ans; il avoit laissé passer le cardinal de Bouillon devant lui.
Vendredi 21 , à Meudon. — Le roi alla tirer l'après-dlnée dans le parc. — Milord Portland vint ici le matin , et trouva ce lieu-ci bien plus beau qu'il n'avoit pensé. — Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne vinrent ici et soupèrent chez madame de Mainlenon, qui ne se porte pas encore trop bien. — Le roi avoit jeté les yeux sur M. de Crécy pour l'envoyer à Aix-la-Chapelle, où se doivent régler les prétentions de Madame contre M. l'électeur palatin ; mais il s'en est excusé sur ce que ce n'est point une affaire de négociation, et que ce sera une discussion qui ne regarde proprement que la jurisprudence des lieux où les biens sont situés. Il a même nommé au roi sur cela l'homme qu'il croît le plus propre à conduire cette affaire, qui est
M. Obreicht, prèteurroyal de Strasbourg, qui est déjà fort instruit de cette affaire.
Samedi 22 , à Versailles. — Le roi revint ici de Meudon à la nuit. Madame , qui étoit demeurée à Paris, revint aussi le soir. Monseigneur est demeuré à Meudon avec madame la princesse; de Conty. — Le roi donne à M. de Harlay, qui étoit plénipotentiaire à Ryswyck, 5,000 francs de pension ; il en avoit déjà cinq , ainsi il en aura dix. — J'appris que le roi donna, le mois passé, 2,000 écus à mademoiselle Moreau , fille de la première femme de chambre de feu madame la Dauphine; elle a 2,000 francs de pension du roi, et Monseigneur lui donne 2,000 francs aussi tous les ans. — H y a eu un combat au fond de la Méditerranée entre deux vaisseaux du roi, commandés par Champigny et par LeMotteux, contre un vaisseau bollandois qui étoit plus fort qu'aucun des deux francois. LeMotteux vint à l'abordage, se rendit maître du bollandois après un long combat; le feu prit au bollandois et les deux vaisseaux sautèrent. Le Molleux et quelques matelots se sont sauvés dans une chaloupe que leur envoya Champigny. Le neveu de l'abbé de Chaulicu, capitaine en second, est péri avec le reste de l'équipage. Deux jours après le combat, Champigny apprit la nouvelle de la paix.
Dimanche 23, à Versailles. — Le roi, après avoir entendu le sermon , alla voir Madame sur la mort de M. le due d'Hanovre, et ensuite S. M. alla au salut. Monseigneur le dm; de Bourgogne alla chez Monsieur et chez Madaïne, le matin, pour faire ses compliments, et madame la duchesse de Bourgogne y alla en sortant de vêpres. — Le roi donna à M. de Calières , un de ses plénipotentiaires à Ryswyck et le premier par qui les négociations de la paix ont commencé, la charge de secrétaire du cabinet qui vaquoit depuis longtemps par la mort de M. Bergère!. Sur celte charge, M. de Calières donnera 50,000 livres à M. de Créry, et 15,000 livres à l'abbé Morel, qui
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lui étoient dues par feu M. Bergeret, et le roi donne à M. de Calières un brevet de retenue de 20,000 écus. Outre les 50,000 livres que le roi fait donner à M. de Crécy, son plénipotentiaire à Ryswyck , il lui donne une charge de gentilhomme ordinaire de sa maison pour son fils, qui es! encore fort jeune.
Lundi 2V, à Versailles. — Le roi a envoyé M. Obreicht, préteur royal de Strasbourg, pour aller à Aix-la-Chapelle, où se doivent traiter les affaires de Madame avec M. l'électeur palatin. C'est une affaire d'une grande discussion et dont Obreicht a beaucoup de connoissance. — Monseigneur alla hier de Meudon à Paris à l'opéra, avec madame la princesse de Conty, et aujourd'hui il a couru le loup. — Suivant la proclamation du parlement d'Angleterre , sept ou huit milords sont sortis du royaume. Cette proclamation ordonne à tous ceux qui étoient sortis d'Angleterre, d'Kcosse ou d'Irlande, depuis la révolution de 1688, et qui sont depuis rentrés dans un de ces trois royaumes, sans avoir pris d'amnistie , d'en ressortir incessamment, faute de quoi ils seront regardés et traités comme criminels de haute trahison. Milord Ailsbury et milord Montgomery sont déjà sortis du royaume, et milord duc de Riehemond a pris l'amnistie.
Mardi 25, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée se promener à Mari y. — L'ancien évéque de Fréjus(l) et son frère , que nous avons vu médecin ordinaire du roi , ont été exilés, le roi étant fort mécontent de la conduite de l'évôque et des conseils que lui a donnés son frère , qu'on prétend qui le gouvernoit. — M. de Ris, mari de mademoiselle de Bar, qui étoit tille d'honneur de madame la Princesse, a acheté la charge de maître de la garderobe de Monsieur 07,000 livres; il a un brevet de retenue de V0,000. C'est M. de Rosmadec qui lui a vendu
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cette charge et qui demeure premier gentilhomme de la chambre de Monsieur; il avoit les deux charges, etcherchoit depuis assez longtemps a se défaire de celle de maître de la garde-robe. — Monsieur alla voir Monseigneur à Meudon , où il y eut un fort gros jeu.
.Uercredi 26, à Versailles. — Le roi alla l'après-dlnée au sermon. Monseigneur revint de Meudon. Monseigneur le duc de Bourgogne et madame la duchesse de Bourgogne furent au sermon avec le roi. — Le roi envoie à MantoueM. d'Audiffret, en qualité de son envoyé extraordinaire ; il avoit suivi M. le prince de Conty à son voyage de Pologne , et c'est à sa recommandation qu'on lui a donné cet emploi. — L'abbé de Chateauneuf est revenu depuis peu de jours à. Paris, et ne reviendra point ici saluer le roi. L'abbé de Polignac n'est point encore rentré en France, et en y entrant il trouvera l'ordre de s'en aller à son abbaye.
Jeudi 27, à Versailles. — Le roi alla tirer l'après-dlnée. Monseigneur courut le loup; milord Portland étoitiY la chasse avec lui. — D'Estrades, lieutenant des gardes du corps, alla, par l'ordre du roi, à Paris pour mener mademoiselle de Oirignan dans les tilles de Sainte-Marie ; on l'y mena dans le carrosse de l'ambassadeur de Savoie, qui savoit apparemment la résolution que le roi avoit prise. Il y avoit déjà longtemps que S. M. n etoit pas contente de la conduite de mademoiselle de Carignan. Mademoiselle de Soissons, sa sœur, a eu la même destinée à Bruxelles depuis un mois, et M. l'électeur de Bavière, à la prière de madame la comtesse de Soissons, sa mère, la fait mettre dans un couvent où elle ne voit p-rsonne. — M. le comte de Tallard a ordre de partir incessamment pour l'ambassade d'Angleterre. — Le soir il y eut appartement.
Vendredi 28, à Versailles. — Le roi entendit le sermon l'après-dlnée. Monseigneur le duc de Bourgogne el madame la duchesse de Bourgogne y étoient avec lui. —
M. de Montespao a acheté la terre d'Épernon environ 50,000 «eus; elle ne vaut que k à 5,000 livres de rente, mais il l'a achetée cher par la prétention qu'ils ont dans leur maison de pouvoir faire vivre le duché d'Épernon. Ils ont fait renoncer mademoiselle d'Épernon et l'abbé d'Épernon à la succession, et ont pris des lettres d'héritiers sous bénéfice d'inventaire. Ils viennent, par femme, d'une soeur du duc d'Épernon (1), le favori de Henri III, qui épousa le fils de Sébastien Zamet, et dont la fille fut mariée à un de leurs grands-pères.
Samedi l* r mars, à Versailles. — Le roi, Monseigneur, monseigneur le duc de Bourgogne , madame la duchesse de Bourgogne et Monsieur, allèrent dîner tous ensemble a Marly. Après le dîner, Monsieur alla à Saint-Germain voir le roi et la reine d'Angleterre. Le roi se promena jusqu'à la nuit dans ses jardins. Monseigneur, après s'être promené quelque temps avec lui, joua avec Livry et moi jusqu'à ce que S. M. en partit. — Le président Talon (*2 mourut à Paris; il avoit été longtemps avocat général et avoit eu beaucoup de réputation pour l'éloquence, et avoit acheté une charge de président a mortier quand le roi en créa de nouvelles. La belle maison d'Issy étoit a lui. M. le prince de Conty a témoigné avoir envie de l'avoir, et le roi l'a dit publiquement connue étant bien
(1) Hélène, so-ur du premier duc d'Épernon [épousa] Jacques Goth , marquis de itouillac, et en eut Louis , marquis de Rouillac, qui fut père de M. de Rouillac , qui a pris le titre de duc d'É|>ernon et de l'abbé d'Épernon. ( Xofe de Dungeau. ) Il est nécessaire d'ajouter à cette note de Dangeau que c'est une lille d'Hélène de Nogaretct de Jacques de Goth, nommée Jeanne de Goth, qui époau Jean Zamet.
(2) Le président Talon étoit fils du fameux Orner Talon , avocat général dont nous avons des Mémoire» imprimé*. Celui dont c'est ici l'article , se nommoit Denis. Il fut avocat général et puis président à mortier, (."étoit un digne héritier de son père. Nous avons de lui quelques actions publiques imprimées, mais on lui a attribué mal à propos le traité de l'autorité îles rois dans le gouvernement de l'Église : ouvrage excellent qui est de M. le Vayer de Boutignv. Le lils de Denis a été colonel, et a laissé pour lils le président a mortier d'an* jourd'hui. (ITM). (Soie du dur de Luwex. )